Skip to main content

Full text of "Bulletin de la Société d'émulation du Bourbonnais. Lettres, sciences et arts"

See other formats


This is a reproduction of a library book that was digitized 
by Google as part of an ongoing effort to preserve the 
information in books and make it universally accessible. 

Google" books 

https://books.google.com 






A propos de ce livre 

Ceci est une copie numérique d’un ouvrage conservé depuis des générations dans les rayonnages d’une bibliothèque avant d’être numérisé avec 
précaution par Google dans le cadre d’un projet visant à permettre aux internautes de découvrir l’ensemble du patrimoine littéraire mondial en 
ligne. 

Ce livre étant relativement ancien, il n’est plus protégé par la loi sur les droits d’auteur et appartient à présent au domaine public. L’expression 
“appartenir au domaine public” signifie que le livre en question n’a jamais été soumis aux droits d’auteur ou que ses droits légaux sont arrivés à 
expiration. Les conditions requises pour qu’un livre tombe dans le domaine public peuvent varier d’un pays à l’autre. Les livres libres de droit sont 
autant de liens avec le passé. Ils sont les témoins de la richesse de notre histoire, de notre patrimoine culturel et de la connaissance humaine et sont 
trop souvent difficilement accessibles au public. 

Les notes de bas de page et autres annotations en marge du texte présentes dans le volume original sont reprises dans ce fichier, comme un souvenir 
du long chemin parcouru par l’ouvrage depuis la maison d’édition en passant par la bibliothèque pour finalement se retrouver entre vos mains. 


Consignes d’utilisation 

Google est fier de travailler en partenariat avec des bibliothèques à la numérisation des ouvrages appartenant au domaine public et de les rendre 
ainsi accessibles à tous. Ces livres sont en effet la propriété de tous et de toutes et nous sommes tout simplement les gardiens de ce patrimoine. 
Il s’agit toutefois d’un projet coûteux. Par conséquent et en vue de poursuivre la diffusion de ces ressources inépuisables, nous avons pris les 
dispositions nécessaires afin de prévenir les éventuels abus auxquels pourraient se livrer des sites marchands tiers, notamment en instaurant des 
contraintes techniques relatives aux requêtes automatisées. 

Nous vous demandons également de: 

+ Ne pas utiliser les fichiers à des fins commerciales Nous avons conçu le programme Google Recherche de Livres à l’usage des particuliers. 
Nous vous demandons donc d’utiliser uniquement ces fichiers à des fins personnelles. Ils ne sauraient en effet être employés dans un 
quelconque but commercial. 

+ Ne pas procéder à des requêtes automatisées N’envoyez aucune requête automatisée quelle qu’elle soit au système Google. Si vous effectuez 
des recherches concernant les logiciels de traduction, la reconnaissance optique de caractères ou tout autre domaine nécessitant de disposer 
d’importantes quantités de texte, n’hésitez pas à nous contacter. Nous encourageons pour la réalisation de ce type de travaux l’utilisation des 
ouvrages et documents appartenant au domaine public et serions heureux de vous être utile. 

+ Ne pas supprimer l’attribution Le filigrane Google contenu dans chaque fichier est indispensable pour informer les internautes de notre projet 
et leur permettre d’accéder à davantage de documents par l’intermédiaire du Programme Google Recherche de Livres. Ne le supprimez en 
aucun cas. 

+ Rester dans la légalité Quelle que soit l’utilisation que vous comptez faire des fichiers, n’oubliez pas qu’il est de votre responsabilité de 
veiller à respecter la loi. Si un ouvrage appartient au domaine public américain, n’en déduisez pas pour autant qu’il en va de même dans 
les autres pays. La durée légale des droits d’auteur d’un livre varie d’un pays à l’autre. Nous ne sommes donc pas en mesure de répertorier 
les ouvrages dont l’utilisation est autorisée et ceux dont elle ne l’est pas. Ne croyez pas que le simple fait d’afficher un livre sur Google 
Recherche de Livres signifie que celui-ci peut être utilisé de quelque façon que ce soit dans le monde entier. La condamnation à laquelle vous 
vous exposeriez en cas de violation des droits d’auteur peut être sévère. 


À propos du service Google Recherche de Livres 


En favorisant la recherche et l’accès à un nombre croissant de livres disponibles dans de nombreuses langues, dont le français, Google souhaite 
contribuer à promouvoir la diversité culturelle grâce à Google Recherche de Livres. En effet, le Programme Google Recherche de Livres permet 
aux internautes de découvrir le patrimoine littéraire mondial, tout en aidant les auteurs et les éditeurs à élargir leur public. Vous pouvez effectuer 


des recherches en ligne dans le texte intégral de cet ouvrage à l’adresse |http : //books . qooqle . com 



'JLLETllsi 


, la 


:TÊ o 

U li ° ,]fiB ONNAlS 


émulation 


' • r **> Sel, 


no es et 


Art® 




Ollt o, V 


■"SVVlÈHé 



OULiNs 

E'I 'l ENN ê 

I 9 li 


AUc ^ihe 


Digitized by 


Üoogle 

















Digitized by LaOOQle 



Digitized by LaOOQle 



Digitized by 



B U LLETIN 


DE LA 

SOCIÉTÉ D’ÉMULATION 

Du Bourbonnais 


Digitized by LaOOQle 



Digitized by 



BULLETIN 

DK I.A 

SOCIÉTÉ D ÉMULATION 

DU MOI 1H BONN AJ S 


•«♦-e Lettres, Sciences et Arts a-** 


TOME DIX-NEUVIÈME 



MOULINS 

IMPRIMERIE ETIENNE A U CJ, A 1 K E 


1911 


Digitized by LaOOQle 



MAIN LIBRARÏ 


Digitized by 


Google 





PROCÈS-VERBAL 


SÉANCE DU 9 JANVIER 1911 


AS/éSy 

Sù¥ 

AVl.Oj 

k I e ! 


Présidence de M. Morand 

r 

E taient présents : MM. Baury, Besson. Biernawski, Capelin, 
Delaigue, Dénier. Flament, Gédel, L. Grégoire, Leutrat, 
Sorin de Bonne. 

— Excusés : MM. l’abbé Audin, Boutal, R. Chabot, le chanoine 
Clément, Joly et Montagne. 

— Ed ouvrant la séance, le président souhaite la bienvenue à 
MM. Biernawski et Sorin de Bonne, qui assistent pour la première 
lois à l'une de nos réunions. 11 annonce, en outre, la perte que la So¬ 
ciété vient de faire en la personne de M. Albert Defaye. notaire à 
Dornpierre. Si notre confrère n’avait pas pris une part active à nos 
travaux, il s’y intéressait du moins spécialement et avait fait don 
récemment de diverses brochures pour notre bibliothèque ; au nom 
de la Société, le président adresse à sa famille l'expression de ses 
bien sincères regrets. 

— Après lecture du procès-verbal, il est procédé au dépouillement 
de la correspondance. — Lettres de MM. Chassain de là Plasse, Rony, 
de Boissieu et E. Brassart, remerciant la Société du compte rendu de 
la dernière excursion. — De M. Henry de Laguérenne demandant si 
l’on pourrait lui donner le titre d'un ouvrage sur les fabriques de 
porcelaine où il lui serait possible de trouver des renseignements sur 
la fabrique d’Ainay. — De M. Ronjat, président de la Société des 
Amis de Vienne, demandant de lui prêter en communication l’ouvrage 
de M. l'abbé Perrot : Le patois de Ferrières et proposant l’échange 
des publications des deux sociétés. — De M. René de Frémont, avo¬ 
cat à Périgueux, et de Madame, née des Salles, une lettre de faire- 
part de la naissance de leur fils Jean. — De M. Bréhier remerciant 
de l’envoi des tirages à part de sa conférence sur la Bible de Sou- 
vigny. — Une correspondance et des journaux adressés par la Société 


903 


Digitized by LrOOQle 



2 


SOCIÉTÉ D’ÉMULATION DU BOURBONNAIS 


préhistorique de France , relatifs au projet de loi sur les fouilles inté¬ 
ressant l’archéologie et la paléontologie. La Société, après en avoir 
délibéré, charge son président de transmettre à la Société préhisto¬ 
rique l'adhésion de notre compagnie et de l’assurer de notre dévoué 
concours pour faire aboutir les démarches entreprises. — Vœux de 
nouvel an de la Société archéologique de Tarn-el-Garonne. - Demande 
de souscription pour élever à Sfax une statue à notre confrère M. Phi¬ 
lippe Thomas (renvoyée au conseil d’administration). 

— Ouvrages offerts. De M. René de Frémont : Les doléances finan¬ 
cières du Tiers-Etat du Périgord en 1789 , d’après les cahiers rédigés 
par les paroisses en vue des Etats généraux. — De M. Flament : Un 
compte de la châtellenie de Souoigny en Bourbonnais (1412-1413). — 
De M. Louis Grégoire : un lot de cartes postales illustrées. 

— Travaux déposés. M. Montagne fait déposer un travail intitulé” 
Une sculpture de l’âge de la pierre polie. — M. Morand : L’armée de 
Gaston d'Orléans en Bourbonnais en 1632. 

— Le Président donne le compte rendu des publications reçues ce 
mois-ci : 

« Le Bulletin de la Société académique de Brest publie une notice de 
M. Guérin sur la Déesse gallo-romaine des eaux. Il cite (p. 90) les 
Vénus de Diou, de Toulon, de Saint-Bonnet-Yzeure, de Saint-Pour- 
çain-sur-Besbre. de Saint-Rémy-en-Rollat, de Vichy, de Néris et en 
donne la description. Pour l’auteur, toute statue de femme est une 
Vénus, c’est par trop simple. 

« — La même Société publie la table de toutes ses publications de 
1858 à 1910. C’est un exemple que. je l’espère, nous suivrons bientôt. 

« — Le Bulletin historique du diocèse de Lyon donne, sous la signa¬ 
ture de l'abbé Rochigneux, une étude des Croix monumentales du 
Forez. L'auteur dit qu’au xvii' siècle, diverses juridictions enjoi¬ 
gnirent aux maires, echevins, etc., de planter des croix pour fixer 
les limites des fiefs, justices et .paroisses. Je rappellerai que cet 
usage était également très fréquent en Bourbonnais. D’autres croix 
fixaient le lieu de grands événements. Une croix fixait le point prin¬ 
cipal de la bataille de Cognât. Malheureusement, cette croix a été 
déplacée il y a quelque quarante ans et n’indique actuellement plus 
rien. 

« — Le Bulletin de la Société des Sciences de Semur en Auxois publie 
le Journal des fouilles exécutées à Alésia, par le commandant Espé- 
randieu, et Au Mont Auxois, par M. Pernet, pendant les années 1908- 
1909. 

« — La Société d’Agriculture, Sciences et Arts de la Marne publie 
les productions des lauréats de son concours de chansons et un 
folklore de l’abbé Laurent : Les échos rustiques de l’Argone. Dans ce 
recueil, je trouve des chants populaires qui pourraient tout aussi 
bien figurer dans un folklore bourbonnais. 

« — La Société hacraise publie une étude de l’abbé Anthonin sur 
les Sciences nautiques avant Christophe Colomb. L’auteur donne des 
notions sur les cartes nautiques, notions qui pourront être utilisées 
par M. le chanoine Clément pour dater le beau portulan qu’il nous a 
présenté à notre dernière réunion. 


Digitized by 


Google 



PROCÈS-VERBAL 


3 


a — ht Bulletin historique d'Auvergne continue la publication du Duc 
de Morny et l’Auvergne , de M. Prugnard. Avant de donner l’acte de 
naissance de Charles-Auguste-Louis-Joseph Demorny, inscrit le 22 oc¬ 
tobre 1811 sur les registres du 3' arrondissement de Paris, l’auteur 
soulève d’une plume indiscrète le voile de gaze qui cachait les amours 
de Louis XV avec M"' de Lompré, de l’abbé de Périgord (le futur 
Talleyrand, prince de Bénévent) avec la baronne de Souza, et du 
colonel comte de Flaüaut avec Hortense de Beauharnais, reine de 
Hollande. 

« — Les Annales de la Société d’Emulation de l'Ain donne Honoré 
d’Ur/é dans ses rapports avec la Bresse. Après l’ouvrage couronné de 
notre savant confrère le chanoine Reure : Urfé, sa oie, ses œuvres, je 
croirais inutile de signaler cette étude si elle n’était accompagnée de 
vues du monument élevé à Virieu-le-Grand, le 20 septembre 1908. 
Chacun de nous a présente à l’esprit la gravure du beau portrait 
d’Urfé, par Van Dyck. Ce portrait fut fait d’pprès nature vers 1629, au 
moment où l’artiste, revenant d’Italie, traversa la France, et il repro¬ 
duit les traits d’un rêveur à la mise soignée. Au lieu de cette figure 
classique, M. Jean Fournier a juché sur le haut d’une fontaine-abreu¬ 
voir le buste d’un bretteur débraillé rappelant bien plus Coquelin 
dans l’une des scènes de Cyrano que l’auteur de VAsirée. 

« — Dans les Mémoires de la Société historique de Châïon-sur-Saàne, 
une biographie par M.Variot, de l’ingénieur Gauthey, le constructeur 
du canal du Centre. L’auteur rappelle que ce canal, mis à l’étude sous 
François I" et Henri II, fut construit de 1783 à 1792 et ouvert le 1" jan¬ 
vier 1793. 

« — La Société d'Emulation de Montbéliard nous adresse deux vo¬ 
lumes : Histoire des Corporations d'Arts et Métiers de Montbéliard, 
par MM. Nardin et Mauveux. 

« — L'Académie de Reims publie une notice de M. Jodart : Jeanne 
cfArc à Reims, qu’accompagnent les fac-similés de trois lettres de la 
Pucelle. Reste encore à établir si Jeanne savait écrire ; en tous cas, 
l’écriture et la signature de ces lettres n’ont aucune ressemblance 
avec celles de la lettre datée de Moulins et conservée aux Archives 
de Riom. — Le Bulletin de la Société d’archéologie d’Orléans donne 
la reconstitution d’une cheminée de la maison de Jeanne d’Arc. 
— Dans le même ordre d’idées, je signalerai la publication, dans 
la Revue des Deux-Mondes du 15 décembre 1910, de La Folie de 
Charles VI. roi de France, par le D r Dupré. L’auteur est amené à dis¬ 
cuter la question du secret de Jeanne d’Arc : Charles VII était-il b⬠
tard, comme le proclamait sa mère, l’odieuse Isabeau de Bavière? 
Dans cet article, le D' Dupré n’est pas tendre pour nos ducs de Bour¬ 
bon ; étudiant les ancêtres de Charles VI, il dit : 

« (Mère) Jeanne de B >urhon (1338-1378). En 1353, à l'âge de 35 ans, elle fut 
atteinte d'un accès d'aliénation mentale qui dura plusieurs mois, elle perdit 
son bon sens et son bon mémoire (chronique des Valois), elle mourut à 40 ans 
d'infection puerpérale. 

« (Grand-père) Pierre de Bourbon (1311-1356), pas de renseignements mé¬ 
dicaux. 

« (Arrière-grand-père) Louis de Bourbon (1279-1341), dit le Boiteux, fut 
impotent de gouttes, mourut d'apoplexie cérébrale. (Olivier de la Marche.) 

« (Trisaïeulmaternel) Robert de Clermont (1256 1302). En 1279, à 23 ans, fut 
atteint d'aliénation mentale, consécutive d'un traumatisme crânien : coup 
de masse d'arme sur la tète, tomba alors t'n amentiam perpetuam. (Guillaume 
de Nangis.) » 

— M. Baury fait circuler trois pièces romaines en argent, faisant 
partie d’un Important trésor découvert récemment dans la commune 


Digitized by LaOOQle 




4 


SOCIÉTÉ D’ÉMULATION DU BOURBONNAIS 


de Dompierre ; elles sont à l'effigie : 1" de Gordien III (238 à 243), 2° de 
Philippe père (244 à 249;, 3" de Volusien (251 à 254) ; notre confrère 
fait circuler en outre trois autres pièces de monnaie, dont une à l’ef¬ 
figie de Henri IV, datée de 1610, trouvée au cours de travaux effec¬ 
tués place d'Allier. M. Baury offre pour nos collections ces différentes 
pièces et la Société adresse au donateur ses plus vifs remerciements. 

— Comme suite à une correspondance de M. le D r Chopard, M. Fla- 
ment signale un entrefilet de l 'Echo de Paris relatant l’offre faite 
par M*' la comtesse de La Roehe-Aymon au sous-secrétaire d'Etat 
des Beaux-Arts, de classer parmi les monuments historiques la cha¬ 
pelle de Champigny-sur-Veude (Indre-et-Loire) dont elle est proprié¬ 
taire. Cette chapelle, qui appartenait à l’ancien château des Bourbon- 
Montpensier, contient une série de vitraux célèbres retraçant la 
Passion du Christ, l’histoire de saint Louis et la généalogie des Bour¬ 
bons. Cette généreuse initiative met sous la sauvegarde de l’Etat les 
plus beaux types existant aujourd’hui de l’art français du vitrail du 
XVI e siècle. A ce propos, il fait part à la Société de plusieurs mesures 
de classement parmi les monuments historiques prises par le sous- 
secrétariat des Beaux-Arts sur la demande des municipalités en 
faveur des églises de Bes-av, Verneuil. Sainte Croix de Gannat. 
Domérat (crypte et chœur). Le maire de Verneuil a chargé M. Tier- 
sonnfer de transmettre à la Société ses remerciements pour les dé¬ 
marches qui ont abouti au classement. 

La municipalité de Neuilly-en-Donjon demande également le clas¬ 
sement de son église, connue par son beau portail roman ; la Société 
ne ménagera pas son concours en cette occasion et adresse ses félici¬ 
tations au maire de Neuilly-en-Donjon et à M. de Quirielle, qui s’est 
spécialement intéressé à cette question. 

— M. Delaigue ajoute à ce sujet que l’église du Breuil, qui contient 
la pierre tombale d’Alix du Breuil que la Société a signalée en 1903 
et qu’elle a contribué’ à faire classer, serait elle-même fort avanta¬ 
geusement classée ; il est en effet question de construire au Breuil 
une église neuve, privée, ce qui serait la condamnation de l’ancien 
sanctuaire roman, visité par la Société au cours de sa cinquième 
excursion. M. Delaigue a signalé cette situation à la Commission des 
monuments historiques. 

— M. L. Grégoire, de la part de M. Max Boirot, fait circuler la repro¬ 
duction d’une estampe du xviif siècle représentant Pierre Le Doux, 
marchand d’estampes, natif de la Rondhaye, en Basse-Normandie, 
mort à Moulins en Bourbonnais, le 28 septembre 1757, âgé de 39 ans, 
pesant 423 livres. Ce colporteur mourut dans une auberge de Moulins 


Digitized by 


Google 




PROCÈS-VERBAL 


5 


et y fut inhumé ainsi qu’en fait foi le registre de Saint-Pierre-des- 
Ménestraux, n“ 493, page 17. 

— M. Morand montre un fac-similé d’une page de la Bible en 
42 lignes de Gutenberg, publié par la maison Welter, et fait passer 
deux autres bibles, dont l’une, datée de 1475, appartient à la biblio¬ 
thèque municipale de Moulins. 

— De la part de M. Montagne, M. Flament fait circuler un silex 
taillé, trouvé il y a quelques années à Varennes dans la rivière d’Al- 
lier. Ce silex, représentant un chien couché, fait d'ailleurs l'objet 
d’un travail qui est en même temps déposé sur le bureau. 

— M. Dénier signale comme complément à la communication faite 
le 2 août 1909 par M. Duchon, les armoiries probables de Françoise 
de Boucé, épouse de messire Jacques de Thomassin, qui figurent en 
tête d’un terrier de Gayette provenant des archives départementales 
et classé sous la cote E 148. Ces armes sont de sabir., au griffon d’or 
armé et lampassc de gueules, accroupi, la queue fourchue passée entre 
les pattes de derrière, posé au-dessus de Jlammes d’argent rehaussées de 
gueules, desquelles il semble sortir. 

— Le Président ayant demandé qu'il soit présenté pour la réunion 
du jour divers projets d'excursion, M. Montagne fait exposer le 
plan d’une excursion dans la région de Varennes, comprenant la vi¬ 
site de Boucé, Gayette, le Méage, Rongères, Montaigu-le-Blin, Saint- 
Gérand-le-Puy, Langy, Créchy, Billv, Saint-Germain-des-Fossés et 
Chermont. M. Grégoire soumet un projet dans la région de Besson, 
comprenant visite de Bressolles. du Lys. église de Chemilly, château 
de Soupaize, Fourchaux. Givry, les Ecossais. Rochefort, Bost, la 
grotte des Fées, les Foucaults, les Ramifions, etc. M. Delaigue pro¬ 
pose la région de Villeneuve avec arrêts à Toury, Confex, Montilly, 
Laugère, Belleperche, la Malmotte, le Riau, Villeneuve, Baleine, 
Avrilly, église de Trevol. 

La Société, après examen, statuera dans sa prochaine réunion sur 
le choix définitif et chargera l’auteur du projet retenu de présenter le 
plan détaillé de l’excursion. 

— Est élu membre titulaire : M. Albéric Devaulx de Chambord. 

— Est présenté comme membre titulaire : M. Henry de Lagué- 
renne, rue Nationale à Saint-Amand (Cher), par MM. Dénier, Tier- 
sonnier et Flament. 

— L'ordre du jour étant épuisé, la séance est levée à 10 h. 1/2. 

M. D. 




Digitized by 


Google 



Société d’EmaiatioQ da Bourbonnais 


STATUTS 


I. Bat et eomposition de la Soeiété. 

Article premier. 

La Société d'Emulation du Bourbonnais (lettres, sciences et arts), 
(ondée en 1845, a pour but exclusif de cultiver l'bistoire, l'archéolo¬ 
gie, les beaux-arts et les sciences dans les limites où ces objets inté¬ 
ressent l'ancienne province du Bourbonnais et le département de 
l'Ailier ; de stimuler et encourager les travaux qui s’y rapportent. La 
durée de la Société est illimitée. Son siège social est à Moulins. 

Article 2. 

Les moyens d’action de la Société sont : 

1* La publication d’un bulletin périodique intitulé : Bulletin de la 
Société d'Emulation du Bourbonnais. 

2‘ Des excursions archéologiques. 

3* Eventuellement des expositions, des conférences et la publication 
d’ouvrages et de documents. 

Article 3. 

La Société se compose de membres de droit, de membres hono¬ 
raires, de membres titulaires et de membres correspondants. Pour 
appartenir à la Société, il faut être présenté en séance ordinaire par 
trois membres. A la première séance qui suit la présentation, il est 
procédé au scrutin d'admission ; ce scrutin est secret. 

Les dames peuvent faire partie de la Société ; les mineurs ne peu¬ 
vent être présentés qu'avec le consentement de leurs parents et 
tuteurs. 

La cotisation annuelle est de 12 francs pour les membres titulaires 
et de 10 francs pour les correspondants. 

Elle peut être rachetée par le versement d'une somme dont le mon¬ 
tant est fixé en assemblée générale. 

Sont seuls membres de droit, avec toutes les prérogatives dont 
jouissent les autres membres, mais dispensés de toute obligation sta- 


Digitized by LaOOQle 




STATUTS DE LA SOCIÉTÉ D'ÉMULATION 


7 


tutaire : 1* le préfet de l’AUler ; 2* l'évêque du diocèse ; 3° le général 
commandant d’armes ; 4* le maire de la ville de Moulins. 

La qualité de membre honoraire peut être accordée dans certaines 
conditions à des notabilités littéraires, scientifiques ou artistiques, 
ainsi qu’à certaines personnes qui se sont signalées par l’envoi de 
travaux remarquables intéressant le département ou par des services 
importants rendus à la Société. Ce titre est donné au scrutin secret 
par la Société réunie en assemblée générale sur la proposition de 
cinq membres au moins et après lecturé d’un rapport motivé présenté 
par un membre de la Société désigné par elle. Le nombre des mem¬ 
bres honoraires est limité à dix. Les membres de celte catégorie 
sont dispensés de toute cotisation. 

Article 4. 

La qualité de membre de la Société se perd : 

1* Par la démission ; 

2* Par la radiation, prononcée pour non paiement de la cotisation 
par le conseil d’administration ; 

3* Par l'exclusion pour motifs graves prononcée en assemblée gé¬ 
nérale sur le rapport d’un membre du bureau. 

II. Administration et fonctionnement. 

La Société est administrée par un conseil composé des membres du 
bureau et de neuf administrateurs. 

Les membres du conseil sont élus à l'assemblée générale de no¬ 
vembre, à la majorité absolue des suffrages, et, après deux tours de 
scrutin sans résultats, à la majorité relative. 

Le bureau de la Société se compose : d’un président, de deux vice- 
présidents. d’un secrétaire général, d’un secrétaire adjoint, d’un con¬ 
servateur des collections, d’un trésorier, d’un bibliothécaire-archi¬ 
viste et du directeur du Bulletin. 

Le président est élu pour deux ans et n’est pas rééligible avant un 
égal laps de temps. 

Les vice-présidents sont annuels et rééligibles une seconde année, 
après laquelle ils ne peuvent être renommés avant deux ans. 

Le secrétaire général, le conservateur des collections, le trésorier 
et le bibliothécaire-archiviste sont nommés pour cinq ans et rééli¬ 
gibles. 

Le secrétaire adjoint et le directeur du Bulletin sont nommés tous 
les ans et rééligibles. 

Les administrateurs sont élus pour un an et rééligibles. 


Digitized by LaOOQle 



8 


SOCIÉTÉ D'ÉMULATION DU BOURBONNAIS 


Article 6. 

Le conseil d'administration se réunit tous les mois et, de plus, 
chaque lois qu'il est convoqué par le président ou sur la demande de 
cinq de ses membres. La présence du tiers des membres du conseil 
est nécessaire pour la validité des délibérations. 

Il est tenu procès-verbal de ses séances. Les procès-verbaux sont 
signés par le président et le secrétaire. 

Article 7. 

Toutes les fonctions de membres du conseil sont gratuites. 

Article 8. 

L'assemblée générale des membres de toute catégorie de la Société 
se réunit au moins deux fois par an, en novembre et en mars, et 
chaque fois qu'elle est convoquée par le conseil d’administration ou 
sur la demande du quart au moins de ses membres. 

Son ordre du jour est réglé par le conseil. 

A la séance de mars, elle approuve les comptes de l’exercice clos 
et vote le budget de l’exercice suivant. 

Les comptes figurent au procès-verbal qui est imprimé dans le 
Bulletin adressé à tous les membres. 

A la séance de novembre, l'assemblée générale pourvoit au renou¬ 
vellement des membres du conseil. . 

Article 9. 

Les dépenses sont ordonnancées par le président. Celui-ci ou son 
délégué représente la Société en justice et dans tous les actes de la vie 
civile. Le représentant de la Société doit jouir du plein exercice de ses 
droits civils. 

Article 10. 

Les délibérations du conseil d’administration relatives aux acquisi¬ 
tions, échanges et aliénations des immeubles nécessaires au but pour¬ 
suivi par la Société, constitution d'hypothèques sur lesdits immeu¬ 
bles, baux excédant neuf années, aliénation de biens dépendant du 
fonds de réserve et emprunts, doivent être soumises à l’approbation 
de l’assemblée générale. 

Article 11. 

Les délibérations du conseil d'administration relatives à l'accepta¬ 
tion des dons et legs ne sont valables qu’après approbation adminis¬ 
trative, donnée dans les conditions prévues par l’article 910 du Code 
civil et les articles 5 et 7 de la loi du 4 février 1901. 

Les délibérations de l’assemblée générale relatives aux aliénations 
de biens dépendant du fonds de réserve ne sont valables qu’après 
l’approbation du gouvernement. 


Digitized by LaOOQle 




STATUTS DE LA SOCIÉTÉ D’ÉMULATION 


9 


III. ponds de pésevve et ressources annuelles. 

Article 12. 

Le tonds de réserve comprend : 

1* La dotation composée de rente sur l'Etat et d’un livret de caisse 
d'épargne. 

2“ Le dixième du revenu net des biens de la Société. 

3‘ Les sommes versées pour le rachat des cotisations. 

4" Le capital provenant des libéralités, à moins que l’emploi immé¬ 
diat n’en ait été autorisé. 

Article 13. 

Le fonds de réserve est placé en rentes nominatives sur l'Etat ou en 
obligations nominatives dont l'intérêt est garanti par l'Etat. Il peut 
être également employé à l'acquisition des immeubles nécessaires au 
but poursuivi par la Société. 

Ahticle 14. 

Les recettes annuelles de la Société se composent : 

1* Des cotisations et souscriptions de ses membres. 

2* Des subventions qui pourront lui être accordées. 

3” Du produit des libéralités dont l'emploi immédiat a été auto¬ 
risé ; des ressources créées à titre exceptionnel et, s'il y a lieu, avec 
l’agrément de l’autorité compétente. 

4‘ Du revenu des biens. 

IV. modification des statuts et dissolution. 

Article 15. 

Les statuts ne peuvent être modifiés que sur la proposition du con¬ 
seil d’administration ou du dixième des membres dont se compose 
l'assemblée générale. Cette proposition doit être faite au moins un 
mois avant la séance. 

L'assemblée doit se composer d'au moins vingt membres en exer¬ 
cice. Si cette proportion n'est pas atteinte, l’assemblée est convoquée 
de nouveau, mais à quinze jours au moins d'intervalle, et cette fois 
elle peut valablement délibérer quel que soit le nombre des membres 
présents. 

Dans tous les cas, les statuts ne peuvent être modifiés qu'à la majo¬ 
rité des deux tiers des membres présents. 

Article 16. 

L'assemblée générale, appelée à se prononcer sur la dissolution de 
la Société et convoquée spécialement à cet effet, doit comprendre au 
moins la moitié plus un des membres en exercice. 


Digitized by LrOOQle 



10 


SOCIÉTÉ D ÉMULATION DU BOURBONNAIS 


Si cette proportion n’est pas atteinte, l'assemblée est convoquée de 
nouveau, mais à quinze jours au moins d'intervalle, et cette fois elle 
peut valablement délibérer quel que soit le nombre des membres pré¬ 
sents. 

Dans tous les cas, la dissolution ne peut être votée qu'à la majorité 
des deux tiers des membres présents. 

Article 17. 

En cas de dissolution volontaire prononcée en justice ou par dé¬ 
cret, l'assemblée générale désigne un ou plusieurs commissaires 
chargés de la liquidation des biens de la Société. Elle attribue l'actif 
net à un ou plusieurs établissements analogues publics ou reconnus 
d'utilité publique. 

Ces délibérations sont adressées sans délai au Ministre de l'Intérieur 
et au Ministre de l'Instruction publique. 

Article 18. 

Les délibérations de l’assemblée générale prévues aux articles 15, 
16 et 17, ne sont valables qu’après l’approbation du gouvernement. 

V. Sarveillanee et règlement intérieur. 

Article 19. 

Le président devra faire connaître dans les trois mois, à la pré¬ 
fecture, tous les changements survenus dans l’administration. 

Les registres et pièces de comptabilité de la Société seront présen¬ 
tés sans déplacement sur toute réquisition du Préfet, à lui-même ou 
à son délégué. 

Article 20. 

Le Ministre de l'Instruction publique aura le droit de faire visiter 
par ses délégués les établissements fondés par la Société et de se faire 
rendre compte de leur fonctionnement. 

Article 21. 

Un règlement intérieur adopté par l'assemblée générale sur la pro¬ 
position du conseil d'administration et approuvé par le Ministre de 
l'Intérieur et le Ministre de l’Instruction publique arrête les condi¬ 
tions de détail propres à assurer l’exécution des présents statuts. 11 
peut toujours être modifié dans la même forme. 

Le Président , Le Secrétaire, 

G. Morand. M. Dénier. 


Digitized by LnOOQle 




JAROUFFLET 

NOTAIRE A MOULINS 

Guillotiné a Paris pendant la Terreur 


J ean Jaroufflet succéda en 1761 à Nicolas Jaroufflet, son père, 
notaire royal en la sénéchaussée du Bourbonnais, à Moulins. 
Il épousa Marie-Anne Péronnin, dont le père, Claude Péron- 
nin, avait été lui-même notaire à Moulins de 1738 à 1779. De ce ma¬ 
riage naquit une fille unique. 

La clientèle de son ofllce se composait principalement de prêtres, 
de congrégations religieuses et delamilles appartenant à la noblesse. 
11 était appelé fréquemment à exercer son ministère pour les prises 
de possession de bénéfices et autres actes ecclésiastiques. 

Il avait des relations d'amitié avec plusieurs prêtres, notamment 
avec l’abbé Dupont, curé de Lucenat-la-Vallée, et il eut le courage de 
les continuer alors qu'elles étaient devenues compromettantes. 

Dans les plus mauvais jours de la Révolution, tandis que son col¬ 
lègue Mioche se signalait par son zèle révolutionnaire et devenait un 
ardent terroriste, et que parmi ses autres collègues, Amy, Delarue, 
Saulnier, Boulard, Bougarel, Pornotte, Billaud et Dufour, les uns 
évitaient d'être suspects d'incivisme grâce à d’heureuses circonstances 
ou à leur attitude prudente, alors que les autres donnaient des gages 
de leur civisme, Jaroufflet attira sur lui la haine des révolutionnaires 
en restant fidèle à ses idées et à ses clients et amis devenus sus¬ 
pects. 

Le décret du 29 septembre 1791 supprima la vénalité et l'hérédité 
des offices des notaires royaux, seigneuriaux et apostoliques, mais 
laissa les titulaires de ces offices libres de continuer leurs fonctions en 
attendant l'établissement des notaires publics qui devaient les rem¬ 
placer. 

Jaroufflet continua à exercer ses fonctions jusqu'au 5 septembre 
1792. 

A partir de celte date, il cessa volontairement de recevoir des 
actes, sans doute à cause de la difficulté des temps , suivant sa propre 
expression dans l'inventaire Péronnin, dont nous parlerons plus loin. 


Digitized by LaOOQle 



12 


SOCIÉTÉ D’ÉMULATION DU BOURBONNAIS 


Le dernier acte inscrit sur son répertoire porte la date du 5 sep¬ 
tembre 1792 et est le dépôt du testament de M** de Damas, supérieure 
de la Visitation. 

En attendant qu’il fût pourvu à son remplacement, il restait dépo¬ 
sitaire de ses minutes et il en délivrait les grosses et les expéditions 
qui lui étaient demandées. 

Cette retraite volontaire fut interprétée comme une nouvelle preuve 
d’incivisme. 

Aussi, le 18 juin 1793, fut-il compris dans la liste des suspects et 
mis une première fois en arrestation. Cette liste avait été dressée par 
le conseil général de la commune contre le vœu des sections. Les 
révolutionnaires invoquèrent pour la justifier le décret du 2 juin, qui 
donnait aux autorités constituées le droit de faire arrêter les inci¬ 
viques, mais en réalité ils se servirent de ce décret pour exercer des 
vengeances. 

Le mois de septembre suivant, Fouché venait en mission à Mou¬ 
lins et son premier acte était d’instituer un comité central de sur¬ 
veillance révolutionnaire dont les pouvoirs illimités étaient tels que 
la liberté, la fortune et la vie même des citoyens étaient à sa merci. 

Ce comité fit rechercher les prêtres qui étaient soumis à la dépor¬ 
tation en vertu de la loi du 26 août 1792. 

L’abbé Dupont, ancien curé de Lucenat-la Vallée, était du nombre 
des prêtres qui étaient recherchés. Il était l'ami de Jaroufflet. Il put 
s’échapper et se réfugier à l’étranger, plus heureux que les ecclésias¬ 
tiques qui furent arrêtés et subirent les plus cruelles tortures à la 
rade de nie d'Aix, entassés dans deux vaisseaux qui devaient les 
transporter à la Guyane, mais qui ne purent partir, la flotte anglaise 
leur barrant le passage. 

Avant son départ, l’abbé Dupont avait confié son mobilier à Jaroufflet 
et ce dernier l’avait déposé dans un grenier qu’il avait loué aux ci¬ 
toyennes Petit, attenant à la maison qu il habitait rue de l’Ancien- 
Palais, n” 120. 

La municipalité de Moulins en eut connaissance et, le 7 octobre 
1793, Dupont et Laurent, officiers municipaux, firent une perquisition 
au domicile de Jaroufflet et dressèrent un inventaire du mobilier de 
l’abbé Dupont. 

Le lendemain 8 octobre, le conseil général de Moulins prenait une 
délibération par laquelle il décidait d’envoyer cet inventaire au Di¬ 
rectoire de Moulins pour qu’il statue. 

Le mobilier de l’abbé Dupont fut confisqué et vendu, mais Jarouf¬ 
flet, quoique inculpé de recel, ne fut pas cependant poursuivi devant 


Digitized by LaOOQle 




JAROUFFLET 


13 


le tribunal criminel de Moulins. Le comité central de surveillance 
craignit sans doute qu’il ne fût acquitté par ce tribunal, qui était 
trop indulgent à son gré. 

Dut-il à un oubli de n’êlre pas compris, en frimaire an II, dans le 
convoi des 32 habitants de notre ville qui furent transportés à Lyon, 
où ils furent massacrés le 31 décembre 1793, convoi dans lequel se 
trouvaient Bonnet et Pajot, tous deux avoués à Moulins, coupables 
comme Jaroufflet d’avoir conservé des relations avec leurs clients de¬ 
venus suspects ? 

Cet oubli ne fut toutefois que momentané, car quelques jours après 
le départ de ce premier convoi, un second était préparé et quinze nou¬ 
velles arrestations avaient lieu, parmi lesquelles celle de Jaroufflet, 
mais Noël Pointe» représentant du peuple envoyé en mission dans 
l'Ailier, vint à passer à Moulins et, moins cruel que Fouché son pré¬ 
décesseur, il s’opposa à ce nouveau crime. 

Jaroufflet, grâce à une circonstance inespérée, avait échappé à la 
vengeance des terroristes, mais ils avaient juré sa perte et. peu de 
temps après, ils le firent arrêter de nouveau. Une dénonciation allait 
leur permettre d’arriver à leur but. 

Claude Péronnin, beau-père de Jaroufflet, était décédé le 4 août 
1792. Il avait laissé pour héritières ses deux filles, Marie Péronnin, 
épouse de Jaroufflet, et Marie-Anne Péronin, célibataire. 

Le 20 août, Jaroufflet, d’un commun accord avec sa belle-sœur, 
fit un inventaire sous-seings privés de la succession de son beau- 
père. Il en dépendait notamment 3.090 livres d'assignats au sujet 
desquels Jaroufflet et sa belle-sœur firent la convention suivante : 

« Quant à la somme de 3.090 livres pour les assignats et à tous les 
titres.. .., considérant la difficulté des temps qui nous fait appréhen¬ 
der la perte d'iceux comme étant en ellets représentatifs de la mon- 
noye ayant cours en l'année 1789, ce qui pourrait causer une inéga¬ 
lité dans ce qui doit revenir à chacun de nous, nous sommes demeu¬ 
rés d’accord de ne partager les dits immeubles, créances et autres 
choses qu'au retour de la monnoye et en attendant nous avons invité 
moi Jaroufflet à les administrer. » 

Jaroufflet administra la succession de son beau-père jusqu’au 23 dé¬ 
cembre 1793 et, à cette date, il établit le compte de sa gestion et pro¬ 
céda au partage avec sa belle-sœur par acte sous-seings privés. 

Voyant sa vie en danger, il avait voulu, en agissant ainsi, éviter 
toutes difficultés possibles entre sa femme et sa belle-sœur au sujet 
de leurs intérêts communs. Ce partage devait, en outre, lui per¬ 
mettre de faire connaître le chiffre véritable de sa fortune qui était 
modeste et de se défendre contre des taxations excessives. 


Digitized by 


Google 



li 


SOCIÉTÉ D'ÉMULATION DU BOURBONNAIS 


Il avait été porté le 5 octobre 1793 dans la liste des citoyens désignés 
par le comité de surveillance pour la contribution pécuniaire néces¬ 
saire à la solde de l’armée récolutionnaire et au secours des malheuri ux 
citoyens et taxé pour 20 000 francs. 

Le 25 mars 1794. M"' Jaroufflet, agissant comme mandataire de son 
mari qui était en prison, et M"' Péronnin tirent le dépôt à M'Dufour, 
notaire à Moulins, de l’inventaire du compte de gestion et du par¬ 
tage sous-seings privés de la succession Péronnin. 

Le 5 avril suivant, ces actes furent déposés au bureau de l’enregis¬ 
trement et contrôlés. 

Le commis du bureau de l’enregistrement remarqua, en lisant ces 
actes,la clause relative aux assignats et fit aussitôt contre Jaroufflet, 
sa femme et sa belle-sœur, une dénonciation au comité révolution¬ 
naire de surveillance portant qu’ils avaient jeté dé la défaveur sur les 
assignats. 

C’était un crime qui les rendait justiciables du tribunal révolution¬ 
naire de Paris. 

Le 7 du môme mois, Jaroufflet, sa femme et sa belle-sœur compa¬ 
raissaient devant le comité qui leur faisait subir un interrogatoire. 
Il nous a paru intéressant de reproduire ici le procès-verbal de cet 
interrogatoire. Ce document et ceux que nous reproduisons ci-après 
se trouvent dans le dossier Jaroufflet aux Archives nationales 
(W. 370). 

« Extrait du registre des délibérations et arrêtés du Comité révolution¬ 
naire de suroeillance du district de Moulins , département de l'Ai¬ 
lier. 

Séance du 18 germinal, 2' année de la République française, 
une et indivisible. 

« Le citoyen.. commis au bureau de l’enregistrement, fait une 

dénonciation contre le nommé Jaroufflet, notaire, et les nommées 
Péronnin, femme et belle-sœur du dit Jaroufflet, portant qu’ils ont 
jeté de la défaveur sur les assignats, ce qui résulte d’un acte de par¬ 
tage sous les signatures privées dont le dit.a déposé la copie 

certifiée de lui et du citoyen Dufour, notaire, qui en a été déposi¬ 
taire . 

Le comité, considérant l’importance de ce fait, a décerné un man¬ 
dat d’amener contre les nommées Péronnin, femme et fille. 

Et le nommé Jaroufflet détenu a été amené. Et tous ont été enten¬ 
dus et interrogés séparément ainsi qu'il suit: 


Digitized by 





JAROUFFLET 


15 


Les nommées Marie-Anne Péronnin, femme à Jaroufflet, et Anne 
Péronnin, interrogées si elles connaissaient le sous-seing passé entre 
son mari, sa sœur et elle relativement à leur partage de la succession 
de leur père ; 
ont répondu que oui. 

Interrogés depuis quand le dit acte de partage avait été fait chez le 
nommé Dufour, notaire ; 
ont répondu qu’il y avait environ 8 à 10 jours. 

Lecture a été faite de la clause portée en ce partage et dont extrait 
est ci-joint, relatif à la somme de 3.090 livres en assignats, portant 
entre autres choses que, considérant la difficulté des temps qui leur 
fait appréhender la perte (d'iceux assignats) comme étant les effets 
représentatifs de la monnaye ayant cours en 1789, ce qui pouvait 
causer une inégalité dans ce qui devait revenir à chacun d'eux dans 
les dites successions, ils sont demeurés d'accord de n’en partager les 
dits immeubles, etc..., qu'au retour de la monnaye; 

ont répondu qu'on achetait plus cher les dits Immeubles avec des 
assignats qu'avec de l'argent, par conséquent que les immeubles va¬ 
laient mieux que les assignats dans le temps. 

Lecture à elles faites de leurs réponses, y ont persisté et ont signé : 
Péronnin, Péronnin, Jaroufflet. 

Le nommé Jaroufflet, s’il avait connaissance de l'inventaire des 
meubles et effets délaissés par Claude Péronnin, son beau-père ; 

a répondu que oui, que même il l'avait rédigé et écrit de sa main 
et qu'il devait être chez lui. 

Interrogé si leur partage était fait ; 
a répondu que oui. 

Interrogé s’il avait donné ordre de le faire enregistrer et déposer 
chez quelque notaire ; 
a répondu que non. 

Interrogé si son épouse et sa belle-sœur avaient connaissance du 
contenu entier du sous-seing ; 
a répondu que oui. 

Interrogé s'il avait communiqué toutes les clauses à sa femme et à 
sa belle-sœur et s'il en avait senti lui-même toute la force et l'es- 
prit ; 

a répondu que oui. 

Interrogé s'il reconnaissait l'acte et les signatures au bas apposées ; 
a répondu que oui et que c'était sa propre signature et celles de sa 
femme et de sa belle-sœur. 

Lecture à lui faite des mots suivants : quant à la somme de .; 


Digitized by 


Google 




16 


SOCIÉTÉ D’ÉMULATION DU BOURBONNAIS 


avant d'en dire davantage, il a dit qu’il n’y avait pas : d'argent. Et lors¬ 
qu’on lui a ajouté : pour les assignats, il a avoué qu'il y avait bien 
des assignats et non de l'argent. 

Interrogé de l’emploi qu’il avait tait des assignats ; 

a répondu qu’il les avait employés à faire bâtir. 

Interrogé que dans son inventaire il devait se rendre dépositaire 
de cette somme de 3.090 livres ; 

a répondu que c’était vrai, mais que les circonstances ayant changé, 
c’est ce qui l’a déterminé à l'employer. 

Ensuite il nous a dit que l'acte de partage est au contrôle depuis 
sept à huit jours. 

Interrogé qui est-ce qui lui avait dit qu’il était au contrôle ; 

a répondu qu'il a écrit à sa femme de le déposer, par une lettre 
qu’il a mise dans le panier où on lui porte son manger. 

Interrogé si sa femme lui avait fait réponse ; 

a répondu qu'il y avait cinq à six jours et qu'il l'avait mise au feu. 

Interrogé pourquoi il ne voulait plus signer les actes de ses con¬ 
frères depuis l'établissement de la République ; 

a répondu qu’il était fatigué et que c'était pour se reposer qu’il ne 
les signait plus depuis 1792. De plus, a déclaré que par argent il en¬ 
tendait la monnaie républicaine ou royale, dans le cas où elle revien¬ 
drait. 

Lecture à lui faite, a persisté dans ses réponses et a refusé de 
signer. 

Pour ampliation. » 

Le comité décida de traduire d'office Jaroufflet devant le tribunal 
révolutionnaire de Paris.- 

Il fut expédié à Paris le lendemain avec Madeleine Tourret et 
des Escures. 

Le 13 avril, le comité adressa à Fouquier-Tinville, accusateur pu¬ 
blic près le tribunal révolutionnaire de Paris, la lettre suivante : 

« Moulins, le 24 germinal l'an II de la République française, une et 
indivisible. 

Liberté, égalité, fraternité ou la mort. 

Les républicains membres du comité de surveillance du district de 
Moulins, au républicain accusateur public près le tribunal révolu¬ 
tionnaire de Paris. 

Tu recevras ci-joint, républicain, les pièces que nous avons re¬ 
cueillies contre le nommé Jaroufflet et que nous n'avions pu Joindre 


Digitized by LaOOQle 



JAROUFFLET* 


17 


aux premières que nous t’avons envoyées, tu en tireras le parti que 
ton intégrité républicaine te dictera. Salut et fraternité. » 

Le 23 avril, Jaroufflet subissait un interrogatoire de pure forme, 
car l’instruction n'existait pas et tout accusé était condamné à 
l'avance : 

« Ce jourd'hui 4 floréal an II de la République française, une el indi¬ 
visible, heure de midi et demie, nous, Charles Harry, juge au tribu¬ 
nal révolutionnaire établi à Paris par la loi du 10 mars 1793, sans 
aucun recours au tribunal de cassation, et encore en vertu des pou¬ 
voirs délégués au tribunal par la loi du 5 avril de la même année, 
assisté de Symphorin Larive, duquel avons reçu le serment de com¬ 
mis greffier du tribunal en l’une des salles de l'auditoire au Palaiç 
et en présence de l'accusateur public, avons fait amener de la maison 
de la Conciergerie.. .. (un blanc) auquel avons demandé ses noms, 
âge, profession, pays et demeure. 

A répondu se nommer Jean Jaroufflet. âgé de 51 ans, né à Moulins, 
y demeurant, de l’Ailier, notaire public. 

D. — Pourquoi, dans l’acte de partage des effets délaissés par 
Claude Péronnin, n’avez-vous pas partagé les 3.090 livres en assi¬ 
gnats. Vous n’avez donc aucune confiance en eux ? Et c’est donc pour 
cette raison que vous avez dit que les immeubles et autres effets de 
créance ne seraient partagés qu’au retour de la monnaye. 

R. - C’est une mauvaise rédaction, n'ayant eu jamais l'intention 
de discréditer, les assignats. 

D. — Avez-vous connu Dupont, prêtre? 

R. — Oui. 

D. — Savez-vous où il est ? 

R. — Je ne sais. 

D. — Combien y a-t-il de temps que vous ne l’avez vu ? 

R. — Je ne l’ai point vu depuis le 7 septembre 1792. 

D. — N’avez-vous pas des effets à lui, et n’en êtes-vous pas déposi¬ 
taire ? 

R. — Oui, j’en ai été dépositaire. Ils sont actuellement dans un gre¬ 
nier d’une maison à côté de la mienne, où je les ai mis. 

D. — Saviez-vous que Dupont était exporté ? 

R. — Oui. 

D. — Pourquoi avez-vous recélé ses effets ? 

R. — Je ne les ai point recélés dans le temps qu'il a été exporté. Le 
décret qui rendait nationaux les effets des exportés n'avait pas encore 
été rendu. 

D. — Depuis que ce décret a été rendu, avez-vous déclaré que vous 
aviez des effets à un prêtre exporté ou émigré ? 

2 


Digitized by 


Google 



18 


SOCIÉTÉ D’ÉMULATION DU BOURBONNAIS 


R. — Au mois d’octobre dernier, la municipalité de Moulins me fit 
appeler, me dit qu’elle savait que j’avais des effets à Dupont, a 
nommé deux commissaires pour en faire un inventaire, ce qui a été 
exécuté. 

D. — Avez-vous reçu des lettres de Dupont et savez-vous où il est? 

R. — Je n'ai reçu aucune lettre de lui depuis le mois de novembre 
1792 et le crois dans la Suisse. 

D. — Aviez vous renoncé à votre état de notaire avant le 1" septem¬ 
bre 1792 ? 

R. — Oui, j’avais renoncé quant à ce qui concernait les actes à 
faire ; m’étant réservé les expéditions de ceux qui m'étaient restés 
dans mon étude. 

D. — Avez-vous un défenseur ? 

R. - Non. 

Et lui avons nommé d’oflice le citoyen... (nom illisible, c'est peut- 
être Guillier). 

Lecture à lui faite de son interrogatoire, a dit contenir vérité, y 
persister et a signé, nous, l'accusateur public et le commis greffier. 

Signé : Jaroufflet, Larive. Harry. » 

Le dossier Jaroufflet, aux Archives nationales, ne contient pas le 
jugement. Deux lettres intéressantes s’y trouvent. Elles ont été écrites 
par Jaroufflet et portent la date du 21 mai 1794. 

Dans la première, adressée à Fouquier-Tinville, il le priait de faire 
parvenir la seconde à sa fille. Cette seconde lettre n’a pas été en¬ 
voyée à sa destinataire. 

Elles sont ainsi conçues : 

Première lettre. 

« Paris, à la chapelle de la Conciergerie du Tribunal révolution¬ 
naire, 2 prairial l’an II de la République française. 

« Citoyen, 

« 11 a dû vous être remis deux lettres que j’ai pris la liberté de vous 
écrire pour vous prier de laisser passer les deux lettres que j’avais 
Jointes et qui étaient écrites à ma fille, afin d'avoir le double qui est 
en ma maison de l’inventaire du partage fait sous-seings privés entre 
mon épouse et sa sœur, ou une expédition de ce partage déposé chez 
Dufour, notaire à Moulins, chef-lieu du département de l'Ailier. Je 
n’en ai point eu de nouvelles. Ces deux actes n’ont point été envoyés 
à votre tribunal. Et mes juges ne pourront se dispenser de les avoir 
pour connaître la vérité sur l’imputation qui m'est faite d'avoir cher¬ 
ché à discréditer les assignats. Je crains que vous n’ayez pas encore 


Digitized by LaOOQle 


JAROUFFLET 


«9 


reçu ces deux pièces. Je récris à ma fille pour me les envoyer à votre 
adresse. Ayez la bonté de faire mettre à la poste la lettre que je lui 
écris, que vous trouverez ci incluse. 

Salut et fraternité. 

Jaroufflet, » 

Deuxième lettre. 

« 2 prairial au II de la République française. 

J'ai besoin, ma fille, de l'inventaire fait entre ta tante et ta mère, 
du 20 avril 1792, et du partage des contrats et des fonds aussi passé 
entre elle sous-seings privés. Le partage est déposé chez le citoyen Du¬ 
four, notaire à Moulins, il y a près de deux mois. Ces deux pièces me 
sont nécessaires pour prouver mon innocence dans cequi m’estimputé. 
Le double de l’inventaire et des deux actes de partage doivent être à 
la maison. Si tu ne les y trouves pas, il faut au moins me procurer 
promptement une expédition des deux actes de partage déposés chez 
le citoyen Dufour. Dès que tu les auras, tu les mettras sous enve¬ 
loppes avec une lettre au citoyen Fouquier, accusateur public au 
tribunal révolutionnaire à Paris, pour le prier de me remettre ces 
pièces. 

Adieu, ma fille, je salue tous nos parents et amis. 

Jaroufflet. » 

Et au dos : 

« A la citoyenne Jaroufflet, à Moulins, chef-lieu du département de 
l'Ailier. » 

Trois jours après, le 24 mal 1794, Jaroufflet fut guillotiné. 

Le tribunal révolutionnaire l’avait condamné à mort avant qu’il ait 
pu produire pour sa défense les actes sur lesquels était basée l’ac¬ 
cusation. 

Nous avons cité les noms de Bonnet et Pajot, tous deux avoués à 
Moulins, qui furent du nombre des 32 habitants de Moulins, massa¬ 
crés à Lyon le 31 décembre 1793. Comme Jaroufflet, ils avaient mérité 
la haine des terroristes par leur droiture et leur fidélité à leurs cliefnts 
devenus suspects ; comme lui ils méritent l’hommage qui est dû aux 
victimes du devoir. 

A. Sabatier, notaire. 



Digitized by 


Google 



cî&mc&nc+im £i*icmSmcmtw ic«$r> <«$*><»$*> ««Son 

wWWs?W ww WW yy wwW xy xy yy sy 


Quelques médisances 

SUR DBS 

PERSONNAGES INTÉRESSANT LE BOURBONNAIS DU XVII e SIÈCLE 


S ous le titre : Portraits des membres du Parlement de Paris et des 
maîtres des requêtes eers le milieu du XVII’ siècle auxquels on 
a joint un armorial et des notes biographiques , M. Duleau pu¬ 
bliait, dès 1862, dans le tome I" de la Reçue historique , nobiliaire et 
biographique une curieuse série de notes, parfois peu flatteuses, sur 
le compte des membres du Parlement de Paris. 

Il les emprunta à un cahier manuscrit de 25 feuillets in-4', non 
numérotés, provenant des papiers du chanoine Robert Hubert 
(1620 -f 1694). Cette copie lui semble avoir été faite sur l’original 
même et être plus ancienne et plus exacte que celle existant dans le 
fonds des Cinq-Cents Colbert sous la cote CCXIl, utilisée parDep- 
ping dans le second volume de la Correspondance administrative sous 
le règne de Louis XIV (in-4\ 1851), ou quenelles des n“ 1096 du fonds 
Saint-Victor et 890 supplément français (1). 

Voici comment M. Duleau s'exprime au sujet de l’origine du docu¬ 
ment qui nous occupe : 

« Enlisant attentivement ces quelques pages, on s’aperçoit à cer- 
« tains détails, et surtout au respect avec lequel il est parlé de Fou- 
« quel, que les notes ont été composées avant sa disgrâce par un de 
« ses plus familiers domestiques, par Pélisson peut-être, et sans 
« doute par son ordre. » M. Duleau arrive ainsi à Axer la date du 
document entre mars et septembre 1661. 

Etant donné les liens bien connus qui rattachent la famille du 
surintendant Fouquet à notre province, les « portraits » sont déjà 
intéressants, mais il y a plus. Dans le nombre des personnages que 
M. Duleau fait défiler sous les yeux du lecteur, il en est de Bourbon¬ 
nais, il en est d'autres qui furent mêlés à notre histoire provinciale. 
N’est-il pas piquant de voir jugés à leur tour par un contemporain tels 
ou tels de nos intendants qui, dans leurs notes secrètes au pouvoir cen¬ 
tral ou dans leurs mémoires, édictaient parfois des arrêts, équitables 

(I) Pour plus de détails, voir l'intéressant travail de M. Duleau. 


Digitized by 


Google 




MÉDISANCES DU XVII' SIÈCLE 




peut-être, en tous cas bien sévères sur les gens en place de leur géné¬ 
ralité. 

M. Duleau ayant eu l’heureuse pensée d’accompagner sa publica¬ 
tion d’un armorial des familles citées, on a la bonne fortune d'y 
trouver des renseignements héraldiques sur plusieurs des intendants 
du Bourbonnais. 

11 a paru à propos de glaner ces quelques miettes d’histoire bour¬ 
bonnaise. Voici les portraits qui nous intéressent, tels que M. Duleau 
les publia jadis : 

« N* 225. DE CREIL. — Est homme qui aime la justice. 

« D'aiur au checron d'or accompagné de trois clous de même. » 

« Henri de Creil, seigneur de Bournezeau, maître des requêtes le 22 dé- 
« cembre 1644, mort le 10 juin 1691. Etait d’une famille différente de celle du 
« conseiller au Parlement du meme nom que lui. » 

Cette autre famille de Creil, originaire du Beauvaisis, portait : 
d'atur au checron d'argent chargé de trois molettes de sable et accom¬ 
pagné de trois roses d'argent. La famille de Creil-Bournezeau est 
signalée Ici. parce que c’était celle de l’intendant du Bourbonnais 
Jean de Creil (1685) et qu’ainsi nous sommes fixés sur ses armoiries. 

« X* 190. CHARLET [conseiller à la première chambre des re- 
« quêtes]. - D’humeur fort particulière et de suffisance raisonnable, 
« paresseux pour ses amys, ne pouvant pas respondre. facile à gou- 
« verner par de petits intéresls. A espousé une Guéroust. M..., son 
« père, qui est bon homme et de manières obligeantes, a pouvoir sur 
« luy. Est renfermé assez dans sa famille. 

« D'or à l'aigle éployée de sable. (Etal de la France de 1661.— Arm. 
« de 1696. - Médaille.) 

« Pierre Charlet, seigneur des Garennes, d’Esbly et de Tourvoye, 
« conseiller au Parlement le 3 août 1640, mort le 1" a,oût 1680, doyen 
« des requêtes du Palais, avait épousé en troisièmes noces Marie 
« I,e Faulqueux, fille de Martin Le Faulqueux, président en l’élec- 
« tion de Paris, et de Jacqueline Guéroult. Elle mourut peu après 
a son mari en septembre 1680. » 

Pierre Charlet intéresse le Bourbonnais comme seigneur des 
Garennes, près Verneuil. Ihdevait être le père de Guillaume Char¬ 
let, seigneur des Garennes, dont il a été question à l’occasion de 
cette seigneurie, dans le compte rendu de l’excursion du 12 juin 1907 
(pages 168 et 169 du tirage à part). 

« N* 108. DAURAT [conseiller en la troisième chambre des en- 


Digitized by LaOOQle 



22 


SOCIÉTÉ D’ÉMULATION DU BOURBONNAIS 


« quêtes]. — Se picque d’éloquence ; harangueur, les chambres as- 
a semblées. Peu judicieux, emporté, incapable de raison dans ses pas- 
« sions peu seur quoy qu'il (le surintendant Fouquet ?) le prise d'amy. 
a Grand frondeur, a esté dans les affaires et le recouvrement des 
« taxes, déclamant néantmoins contre le mestier. Brouillé avec sa 
« famille et particulièrement avec M*' du Tillet, femme du con- 
« seillerde la grand’chambre. Nullement attaché à ses intérêts, l’es- 
« toitfortà ceux de M. le cardinal de Retz. 

« D'argent à trois hermines de sable ; parti d'argent au chevron de 
a gueules , accompagné de trois étoiles d’asur. (La Baune, Panéggrique 
« du Parlement, en latin ; 1685, in-4\) 

• Etienne Daurat, reçu conseiller en février 1642, vivait encore en 1680, 
« et en 1685 ; il était mort avant 1696, doyen du Parlement. Sa veuve, Marie 

• de Murat, fit enregistrer ses armes et celles de son mari, qui auraient été, 

« d’après VArmorial de 1696 : d’aeur au chevron d'or accompagné de trois 
a étoiles d’argent. On voit que cet armorial n’est pas d’accord avec l’ouvrage 

■ du Père de La Baune. II est très difficile, sinon impossible, de décider lequel 
« mérite la préférence. M“ du Tillet, parente d’Etienne Daurat, s’appelait 

■ Marie Oudailles. ■ 

« N” 136. DORAT [conseiller en la quatrième chambre desenquè- 
« tes]. — Ne manque pas de capacité, aymant la pratique et les inté- 
« resis raisonnables ; est d’esprit civil, obligeant, justicier, un peu 
a ingrat et chagrin. A grande defférence pour M. le procureur géné- 
« ral, aime tout à fait M. le président Le Bailleul. A curiosité pour 
« les tableaux ; aime l’estude et les lettres humaines, s’applique 
« à la poésie latine et françoise. Sa femme, qui est (une) d'Espinoy, 
a a grand pouvoir sur luy. A les aydes de Massy et Chastenay de 
« 900 livres. 

b De gueules à trois croix ancrées (ou paitées)d'or. (Moréri, La Ches- 
B NAYE DES Bois.) 

a Joseph Dorât, sieur de La Barre, fut reçu le 7 août 1637, mourut d’apo- 

• plexie le 11 avril 1669. » 

Ces deux personnages étaient de la même souche. Le nom primitif 
de leur famille était Dinematin. Une branche des Diuematin, origi¬ 
naires du Limousin, fut possessiorméa sous le nom de Dorât en 

• Bourbonnais. Us me paraissent se rattacher au Bourbonnais par 
l’alliance Murat de i’un et par la possession du fief de La Barre du 
second. (Voir Y Armorial du Bourbonnais de Soultrait.) 

a N'280. (Le Febvre) DE LA BARRE [maître des requêtes du quar- 


Digitized by 


Google 




MÉDISANCES DU XVII' SIÈCLE 


23 


• lier d'octobre]. — Esprit souple, accommodant. Amy des traittant§ 
a dans son intendance qui, par ces moyens, a fort augmenté ses biens. 

« Ecartele aux 1 et 4 d'asur à un chevron sommé d’une tour, et accom- 
a pagnè en chef de deux étoiles et en pointe d'une fleur de souci tigéeet 
o feuilléo, le tout d'or gui est Le Febvre ; aux 2 et 3 d'asur au chevron 
« d'or accompagné en chef de deux étoiles du même et en pointe d’un 
« mouton passant d’argent gui est Séguier. (Jeton de la famille.) 

■ Antoine Le Febvre de la Barre, maître des requêtes le 4 mars 1653, 

■ mort le 4 mai 1688. » 

Antoine Le Febvre, chevalier, seigneur de La Barre, était intendant 
de la généralité de Moulins en 1650. 

« N' 273. FOULLÉ [maître des requêtes du quartier d’octobre]. — 
« A l'esprit dangereux et embarrassé. Est sujet de tomber dans les 
« pièges qu’il tend aux autres. 

« D’argent à la fasce de gueules et trois pals d'asur brochants sur 
« le tout, accompagnés de six hermines de sable, 4 et 2. {Tablettes de 
« Thémis, 3' vol. in 16.) Un jeton fait la fasce brochante et met 8 her- 
« mines. 

m Etienne Foullé, seigneur de Prunevaux, greffier des présentations du 

■ Parlement de Paris le 17 juin 1624, conseiller au Parlement le 14 mai 1632, 
« premier président de la Cour des Aydes de Guyenne le - 22 août 1633, 

■ maître des requêtes les août 1636, honoraire le 31 décembre 1656, inten- 

■ dant à Limoges, en Languedoc et à Moulins, puis des finances en 1660, 
« mort en 1673. » 

On le trouve intendant de la généralité rie Moulins en 1640. 

« N“219. GAULMIN [maître des requêtes du quartier de janvier] — 
n Hardy, brusque, frondeur contre le Parlement, entend les langues 
« orientales, a beaucoup de science, mais un peu confus. Assez bon 
« amy et obligeant. 

« D'asur à trois glands tiges et feuilles d'or. (Arm. de 1696.) 

« Gilbert Gaulmin, seigneur de Montgeorges et de Guyonnières en Bour- 
« bonnais, reçu avant août 1631. Il avait été avocat au grand conseil. Il mou- 

■ rut conseiller d’Etat en 1665,.âgé de 74 ans. » 

L'inventaire si incomplet et si mal conçu des archives municipales 
donne sans date, sous la cote n° 116 : « Lettre de cachet par laquelle 
« Louis XIV annonce la nomination du sieur Gaumin en qualité de 
« commissaire départi dans les provinces du Bourbonnais, Marche 
« et Nivernais. » De ce fait parait résulter que Gilbert Gaulmvn 
fut un moment intendant èe la généralité de Moulins. En tous oas, 


Digitized by LaOOQle 




24 


SOCIÉTÉ D'ÉMULATION DU BOURBONNAIS 


c’est lui le Gilbert Gaulmyn, une des illustrations de la vieille maison 
noble bourbonnaise encore existante, auquel M. Roger de Quirielle 
a consacré un intéressant article dans sa Bio-bibliographie des écri¬ 
vains anciens du Bourbonnais 

« N* 82. DE LAMBERT [conseiller à la deuxième chambre des 
« enquêtes}. — Ne manque pas d'esprit ; parle bien, s’applique peu 
a aux affaires, est dans le jeu et le divertissement ; est dans la sociélé 
b ordinaire avec MM. (de Mcsmes) d'Avaux, Barillon, Courtin. A es- 
b pousé une Rouillié, sœur du maistre des requestes, est nepveu de 
« M. le président de Mesmes, qui estoit cy devant surintendant et 
b chef du conseil de Mademoiselle. 

a D'azur au lion d'or ; au chef d'argent , chargé de trois étoiles de 
gueules. » 

■ Henri Lambert d'Herbigny, marquis de Thibouville, né le 3 novembre 
« 16:3, conseiller au Parlement de Paris le 4 février 1650, maître des requêtes 

■ le 16 décembre 1660, intendant de Moulins en 1666, en Dauphiné en 1679, 
* à Montauban en 1691, à Lyon en 1694, puis à Rouen conseiller d’Etat ; 
« mort le 23 novembre 1700 Avait épousé Elisabeth Rouillié. » 

Le môme personnage se trouve encore mentionné sous les deux 
numéros suivants : 

b N* 215. DE LAMBERT [conseiller en la deuxième chambre des 
b requêtes], — Ne manque pas d’esprit, etc., est maistre des reques- 
a tes, est cy dessus desja à la deuxième (chambre). » 

a N” 263. (Lambert) D’HERBIGNY [maître des requêtes du quartier 
a d’avril]. — Très honneste homme, fort sage, de grande probité, 
a aymant la justice sur toutes choses. » 

a N" 238. LE LIÈVRE [maître des requêtes du quartier d’avril]. — 
a Fin, adroit, avec beaucoup de suffisance, faisant bien ses affaires, 
a est capable de faire celle des autres, s’il vouloit s’en charger. Bon 
a juge, mais formaliste au dernier point. » 

Les ms. 890 et 1096 ajoutent : et capacité. 

a D'azur au chevron accompagné en chef de deux quintefeuilles et en 
« pointe d’une aigle à deux têtes , le tout d'argent. » 

■ Thomas Le Lièvre, seigneur de Glisy, baron d'Huriel, marquis de Fou- 
« rilles et de La Grange, conseiller au Parlement le 19 juin 1626, secrétaire 

■ du Roi après son père le 25 juillet 1631, s’en démet en 1648, maître des 

■ requêtes le 7 avril 1634. président au grand conseil le 7 novembre 1637, 

■ conseiller d’Etat par brevet en 1638, intendant de la généralité de Paris 

,« en 1658 et 1659, mort le 13 août 1669. » * 


Digitized by LaOOQle 




MÉDISANCES DU XVII' SIÈCLE 


25 


« N* 243. MORAND [maître des requêtes du quartier d'avril], — 
« Fort esclairé, subtil et d’une expression aisée qui sçait donner le 
« tour aux choses, et qui en a lait de bons en sa vie ; Normand et un 
« peu dangereux. 

« D'azur à trois cormorans d’argent , écartelé de gueules au griffon 
« d’or gui est Cauchon. » 

« Thomas Morand, seigneur et baron, puis marquis de Mesnil Garnier, 
« comte de Penzès, né en juillet 1616, conseiller au grand conseil le 18 sep- 
a tembre 1638, maître des requêtes le l er -6 août 1643, intendant de Bordeaux 
■ et Montauban en 1650, Picardie et Bourgogne en 1651, Caen en 1653, 
« Rouen en 1655, Touraine, Anjou et Maine en 1659, maître des requêtes 
a honoraire le 30 août 1663, conseiller d’Etat et mort le 6 octobre 1692. » 

Quel était son degré de parenté avec Georges Morand, chevalier, 
intendant de la généralité de Moulins en 1675? 

« N" 268. DE POMMEREUIL [maître des requêtes du quartier de 
« juillet]. — A de l’esprit, vif, adroit ; qui a des dispositions à pousser 
« sa fortune. Civil, bienfaisant et bon juge. 

« D’azur au cheoron d’or accompagné de trois pommes d’or. 

« Robert-Auguste de Pommereu, chevalier, seigneur de La Bre- 
« tesche, Saint-Nom et Vauxmartin, baron de Riceys, conseiller au 
« grand conseil le 18 janvier 1651, maître des requêtes le 31 juillet 1656, 
« intendant du Bourbonnais en 1661, président au grand conseil en 
« mars 1662, intendant en Auvergne en 1663, à Bourges et à Moulins 
« en 1664, conseiller d'Elat, prévôt des marchands de Paris en 1676, 
« intendant en Bretagne en 1689, président en la chambre royale de 
« l'Arsenal, conseiller au conseil royal des finances en 1697, premier 
« commissaire du Roi aux assemblées du clergé, mort le 7 octobre 
« 1702. 11 avait épousé une Lesné, fille d'Aubin Lesné, maître des 
« comptes, etc., et une sœur de sa femme avait pour mari Michel 
0 Bouvard ; — Aubin Lesné était lui-même frère de Jean Laisné ou 
« Lesné, conseiller au Parlement. » 

« N” 255. TIIUBEUF (maître des requêtes du quartier d’avril).— 
Bon juge, a un esprit doux, civil et bienfaisant. 

« D’argent à trois aigles cotantes de sable , le col abaissé. 

« Charles Tubeuf, baron de Planzat et de Ver, maître des requêtes le 12 dé- 
« cembre 1661, mort en 1680. » 

Charles Tubeuf, chevalier, baron de Verd et de Blanzat, est inten¬ 
dant de la généralité de Moulins en 1669. 


Digitized by 


Google 



Quelques Ex-iris intéressant le Bourbonnais 



Cet ex-libris anonyme est aux armes de la famille nu Ligondès. 
qui porte : d'azur semé de molettes d'éperon d'or , au lion de même bro¬ 
chant sur le tout. Cette famille tire son origine et son nom de la terre 
du Ligondès, située à la limite du Bourbonnais, de la Combraille et 
de l'Auvergne. 

Largement possessionnés dans notre province, les membres de 
cette maison furent seigneurs du Ligondès (paroisse de Saint-Marcel- 
en-Marcillat), du Peyroux, d’Avrilly, de Rochefort. de Bègues, du 
Chezeau, de Vieillevigne, de Chàteaubodeau, etc... Nous ne savons 
quel fut le possesseur de cet ex-libris dont l’original provient de la 
collection de M. René Chabot. 

M. D. 


«09 


Digitized by LaOOQle 








QUELQUES EX-LIBRIS BOURBONNAIS 


27 


*AT A. 


M 

a, 

VI 



< 

O 

P 

M 

X 

H 


Si lefatal vouloir de mon Dieu fer* tel, 
felpere qu'en delfit de tout effort contraire^, 
offres as tient mortel*, iobtiendra\y timmortel, 

< PuùquvU’ ardente FOT merethaufeJêSm'efcUirc_,. 

Antoine i>'V r. f e', Eucfque de S.Flour, & Abbé 
de la Chazc-Dieu, finiflant le troifiefine fepcenairc 
de Ton âge, l'an 15 91. au mois de May. 

Antoine d'Uhfé, né en 1571, de Jacques, seigneur d’Urfé et de 
Renée de Savoie-Tende, n’est pas d'origine bourbonnaise, mais nous 
pensons qu’il nous est permis d'emprunter au Forez cet ex-libris qui 
peut trouver sa place ici. puisque son possesseur est le petit-iils de 
Marie de Chabannes-la-PaliSse et qu'une de ses sœurs fut abbesse de 
Cusset. 

Antoine d’Urfé fit ses études au collège de Tournon, se voua à l’état 
ecclésiastique, fit profession dans l’abbaye de la Chaise-Dieu, devint 
prieur de Montverdun, puis abbé de la Chaise-Dieu. En mars 1593, 
les habitants de Saint-Flour le choisirent pour évêque, mais il ne put 
jouir de cette charge ; forcé d'abandonner la ville lorsqu’elle tomba 
au pouvoir des royalistes, il se réfugia en Fore/, et fut tué d'un coup 
d’arquebuse le 1" octobre 1594, près de Villeret en Roannais. Il ne 
justifia que trop la fatale réticence qui se trouvait dans sa noble de¬ 
vise : S/ies si /ata calent. 11 fut inhumé en la chapelle des Cordeliers 
à la Bâtie. 

L'anagramme d 'Antoine d'Urfé se lit dans les trois mots en capi¬ 
tales du quatrain placé sous ses armes : de rair au cher de . 

(l’émail du chef, qui n'est pas indiqué et qu’on retrouve dans les ar¬ 
moiries des autres membres de sa famille, est de gueules). 

(Collection M. Dénier. Original 14 X 12.) M. D. 

OOO 


Digitized by LaOOQle 





28 


SOCIÉTÉ D'ÉMULATION DU BOURBONNAIS 



La maison de Bonnay semble être originaire du Nivernais, mais 
elle a possédé des terres importantes et nombreuses dans notre pro¬ 
vince sur les châtellenies de Belleperche, de Moulins, de Chaveroche, 
d’Ainay-le-Château. Elle fut admise aux honneurs de la cour sur 
preuves faites en avril 1783 par-devant Chérin. 

Seigneurs de i’récy, de Demoret, du Bessay, marquis de Bonnay, 
pairs de France, les Bonnay portent : d’azur au chef d’or, au lion 
île gueules couronné de môme, brochant sur le tout. L’écu a pour sup¬ 
port deux griffons. Ils ont pour devise : Oncques ne déoie. 

(Collection René Chabot.) 

M. D. 


O O O 


Digitized by 


Google 








QUELQUES EX-LIBRIS BOURBONNAIS 


29 



Cet ex-libris est aux armes des Salvert-Montrognon, qui portent : 
d’azur à la croix ancrée d'argent. Cette vieille lamilie. originaire 
d’Auvergne et qui intéresse le Bourbonnais par les nombreuses 
alliances qu’elle prit dans notre province et les terres qu’elle y pos¬ 
séda, tire son nom du fief de Montrognou (I’uy-de-Dôme), qu elle dé¬ 
tient dès l’année 1094. Robert de Montrognon, prieur de Montferrand, 
fut inhumé en 1276 en l’église de ce lieu ; avant que cette église fût dé¬ 
truite, on pouvait y lire l’épitaphe ainsi connue : « Annodomini 1276 
quinto nonas Martii , /râler Robertux de Monlc-Rugoso qui fuit pvior 
do mus hospilalis Ierosolimilani in procincia Aroerniae, obiit, cujus 
anima requiescat in pace. » Au-dessous étaient gravées ses armes avec 
pour cimier un gerfaut essoré. Jean de Montrognon, qui vivait en 
1350, épousa Catherine de Salvert, dame de Salvert. Sa posiérité 
adopta le nom de Salvert-Montrognon et forma les nombreuses 
branches maintenues dans leur noblesse en Auvergne et en Bour¬ 
bonnais en 1666 1668. 

(Collection M. Dénier.) 

M. D. 


O O O 


Digitized by LaOOQle 



Les Communautés agricoles de nos régions 


C es communautés ont été généralement assimilées aux « So¬ 
ciétés taisibles de manans et de serfs », telles que celles dont 
parle Beaumanoir. 

De tous les faits qui ont été apportés à la discussion, il résulte 
qu'elles ne sauraient l’ètre, tant à cause de la nature foncière de leurs 
biens que de l’étendue considérable de ces domaines. 

Exemple pris parmi les principales : communauté bourbonnaise 
des Gourliers, plus de 100 hect. ; communautés thiernoise et vollo- 
rienne des bourgades de la Dardye, Decouson du Sandier, Ferriers, 
Quittard-Pinon, chacune de 60 à 100 hect. de prés, vignes et excel¬ 
lentes terres. 

En-réalité, les sociétés taisibles du genre de celles dont parle Beau¬ 
manoir ne pouvaient porter et ne portaient Juridiquement que sur 
des meubles. Or, la fortune mobilière était de bien peu d’importance 
au Moyen-Age. Si la constitution de ces sociétés taisibles soustrayait 
au seigneur quelques minces droits de transmission, elle présentait 
l’avantage de favoriser considérablement des voies éventuelles d’exé¬ 
cution. 

Chez nos communautés régionales, au contraire, quelle qu’en fût 
l’origine, l’état permanent d’indivision de leurs biens fonciers en fai¬ 
sait des sortes de baronnies et le non paiement des droits de trans¬ 
mission, qui était la conséquence de cette indivision, donnait à. ces 
biens une allure allodiale, ce qui était par excellence le caractère de 
noblesse de la terre. 

Aussi M. Tiersonnier a-t-il dit une parole très juste en affirmant 
« que ces communautés avaient un véritable reflet de noblesse, tant 
parleur tenue générale que par la considération dont jouissaient leurs 
membres ». Aussi les appelait-on dans le langage courant de la cam¬ 
pagne : les grosses maisons, las grossas mouésous. 

Quelle était l’origine de ces communautés ? Quelques-unes exis¬ 
taient de temps immémorial. Ainsi, celle des Decouson, qui habitait 
le manoir du Sandier, à côté du village de Couson, entre Augerolles 
et Vollore, était tenue pour antérieure à la création du chapitre de 
Vollore, au début du xi' siècle. 


Digitized by LaOOQle 




LES COMMUNAUTÉS AGRICOLES 


31 


Celle des Quittard-Pinon — la plus célèbre de toutes grâce à sa 
proximité de Thiers, à sa longévité dans le xix' siècle et à la renom¬ 
mée que lui fit le dernier intendant d’Auvergne, M. de Chazerat, en 
présentant son chef au roi Louis XVI — date de la guerre de Cent Ans. 
Elle s'installa (je ne sais si ce fut par concession du seigneur de 
Thiers ou par un autre mode d'acquisition) dans la baronnie d’Aus- 
sandon, ou plutôt Dos Sandons, qui était tombée en déshérence, son 
dernier seigneur av ant disparu au cours des guerres. Ce point corro¬ 
bore avec précision le dire de M. Tiersonnier. 

Les comtes de Forez firent des concessions à fin de jouissance com¬ 
mune et de service militaire à certaines familles de leurs serviteurs : 
telle celle des communaux de Sauvain, près Pierre-sur-Haute, qui est, 
je crois, du début du xiv' siècle. Lors du procès occasionné par la 
possession de ces communaux, sous le règne de Napoléon III. vers 
1865 ou 1866. le savant greffier du tribunal de Montbrison, M. Per- 
rler, véritable rat d'archives, retrouva le titre originaire de conces¬ 
sion. Ce qui lit attribuer aux descendants des concessionnaires primi¬ 
tifs l’usage exclusif de ces communaux. 

Les grands feudataires durent souvent faire des concessions sem¬ 
blables pour avoir des hommes d’armes bien à eux. Les vassaux pos¬ 
sesseurs de fiefs ne devaient, en ellet, le service d’ost que peu de 
temps chaque année et n’étaient pas d'une nature très maniable. Des 
vassaux d'un degré inférieur devaient être plus dociles et pouvaient 
être appelés en tout temps. Il y a peut-être là un des modes fréquents 
de l’origine de nos communautés. N'y aurait-il pas lieu de rechercher 
autour de chaque grand fief les traces de celles qui ont pu y exister ? 

Quel que soit le résultat de cette recherche, il est constant que 
dans les montagnes du Lyonnois et du Forez, en Auvergne et en Bour¬ 
bonnais, il existait d’assez nombreuses communautés d'un type net 
et spécial très distinctes de la société taisible coutumière et consti¬ 
tuées à différentes époques. 

Pour les distinguer de la « communauté taisible de manants et de 
serfs » ou communauté coutumière, je proposerais volontiers d’appe¬ 
ler les communautés qui ont fait l'objet de la discussion de la séance 
de la Société d'Emulation du mois de décembre, et qui font l’objet 
de cette note : communautés foncières. 

J'en arrive à l'hypothèse que J’ai eu l’honneur de soumeltre à notre 
Société. 

Pour que des constitutions du genre de nos communautés se soient 
ainsi faites à différentes époques du Moyen-Age, il y a lieu d’émettre 
l'opinion qu’elles se sont faites suivant un type de tenure antérieur 


Digitized by 


Google 



32 


SOCIÉTÉ D'ÉMULATION DU BOURBONNAIS 


et sans doute très ancien, adéquat au milieu où elles ont été établies. 
De leurs caractères généraux, de l’aire géographique où nous les 
constatons, des particularités ethnographiques des habitants de cette 
aire et de ce que nous savons des guerres mérovingiennes et caro¬ 
lingiennes dans nos régions, j’ai cru pouvoir émettre celle que nos 
communautés pourraient être rattachées à la centaine franque. L’exis¬ 
tence des centaines dans nos régions est certaine. Point n’est besoin 
de rappeler que Chazaud, dans la chronologie des Afchambaud, 
donne une charte où il est question de plusieurs centaines (il serait 
intéressant de rechercher si elles sont mérovingiennes ou carolin¬ 
giennes) des environs de Souvlgny. 

D' Chopard. 


CHRONIQUE 


11 a paru, au cours de l’an dernier, plusieurs livres dans lesquels 
les travailleurs bourbonnais pourront avoir intérêt à puiser. Nous en 
signalerons deux notamment : I. De M. A. Thomas, membre de l’Ins¬ 
titut, Le comté de la Marche et le Parlement de Poitiers (1418-1436), à 
Paris, chez H. Champion (1910). C’est un recueil de documents iné¬ 
dits tirés des Archives nationales, précédé d’une étude sur la géogra¬ 
phie historique de la Marche aux xiv' et xv' siècles et d’une intro¬ 
duction sur la formation du comté, lequel fut entre les mains de la 
famille de Bourbon de 1328 à 1435. — II. De MM. Gerbaux et Schmidt, 
archivistes aux Archives nationales, le tome IV de la publication des 
Proqcs-verbauæ des comités d'agriculture et de commerce de la Consti¬ 
tuante, de la Législatice et de la Convention ; outre l’intérêt général de 
ce travail, on y trouvera d’utiles éclaircissements sur le rôle qu’y jouè- 
rent deux des membres de ces comités, qui doivent nous intéresser 
spécialement, Barailon et Giraud de l’Ailier ; ce dernier, après avoir 
été secrétaire du Comité de commerce et approvisionnements, en 
fut nommé président à la séance du 24 frimaire an III. 




Le Gérant : P. FLAMENT. 


Moulins. — Imprimerie Etienne Auclaire. 


Digitized by LaOOQle 






PROCÈS-VERBAL 


SÉANCE DU 6 FÉVRIER 1911 


Présidence de M. Morand 

r 

E taient présents : MM. le chanoine Berthoumieu, L. Boutal, 
Capelin, le chanoine Clément, Dénier, Flament, L. Gré¬ 
goire, Queyroi. 

— Excusés : MM. Baury, R. Chabot, Delaigue, L. Joly, Leutrat 
et Tiersonnier. 

— Dépouillement de la correspondance. Lettre de M. Tiersonnier 
annonçant que notre confrère M. Garmy, juge de paix à Commentry, 
a obtenu diverses récompenses aux Jeux floraux de Languedoc : une 
première mention très honorable et un prix d'honneur avec eau-forte 
et médaille d'or et d’argent. Notre confrère avait déjà l'an dernier 
remporté plusieurs mentions et médailles pour les prix de Bornier, 
Fabié et Cassan, avec le « Babo ou Barbo, chasse-gallaire ou gayère 
du Bourbonnais, la chasse à Ribaud à Châteauroux, la chasse ma¬ 
ligne dans le Berry, la sarabande infernale dans le Poitou ». M. 
Tiersonnier annonce en outre que la monographie historique du 
canton de Commentry publiée par M. Garmy, Le pays noir, doit pa¬ 
raître prochainement. — Lettre de M. René de Frémont demandants! 
quelqu’un de notre compagnie pourrait le renseigner sur la postérité 
de Gilbert de Combes, qui épousa, en 1643 ou 1644, demoiselle Saincte 
Martin, fille de noble Jean, s. de Saint-Priest. — De la Société 
d'Economie politique, le compte rendu de sa séance de janvier 1911. 
— La Société préhistorique française accuse réception de notre lettre 
d'adhésion aux démarches relatives au projet de loi sur les fouilles. 
— M. Buriot, gérant des Cahiers du Centre, demande l'échange 
de cette publication avec notre bulletin. — Lettres : de M. P. Duchon, 
au sujet du possesseur de la Motte des Noyers qui, d’après M. Révé* 

3 


Digitized by LaOOQle 



34 


SOCIÉTÉ D’ÉMULATION DU BOURBONNAIS 


rend du Mesnil, s’appelait Charles de Saint-Aubin, et qui d’après La 
Mure comparait au procès du connétable, qualifié seigneur de la 
Motte des Noyers ; — de M. Montagne informant la Société qu’une 
trouvaille archéologique vient d’être faite à Rongères et qu’une notice 
détaillée concernant les objets découverts sera adressée au Bulletin ; 
— de M. J. Baury fournissant au sujet de la découverte du trésor de 
Dompierre, au lieu dit les Barrières, des renseignements que vient 
compléter une note de M. Pérot, présentée par M. Morand, donnant 
le classement chronologique des pièces découvertes, qui vont de 
Trajan à Dioclétien ; un travail relatif à cette trouvaille a été de¬ 
mandé pour le Bulletin ; — de M*' S. Pâtissier, de Souvigny, deman¬ 
dant que le service du Bulletin lui soit continué par abonnement. 

— Ouvrages offerts : M. L Bréhier, Les mosaïques mérovingiennes 
de Thiers ; — M. L. Caillet, un lot de brochures sur la région lyon¬ 
naise ; — M. l’abbé Clément dépose la lettre pastorale deMs r l’Evêque 
de Moulins, promulguant un questionnaire programme pour les Mono¬ 
graphies paroissiales du diocèse de Moulins ; — M. P. Flament offre 
une série de cartes postales du château de Gien et de l’église Saint- 
Étienne, dont la reconstruction fut commencée à la fin du xv' siècle 
par Anne de Beaujeu, duchesse de Bourbon, comtesse de Gien. La 
duchesse fonda à Gien un couvent de Minimes et, en 1497, installa 
les religieuses de sainte Claire, réforme de sainte Colette; le comté 
de Gien passa après elle entre les mains du connétable ; — M. E. Méhu 
adresse des bulletins de souscription à son ouvrage. Salles en Beau¬ 
jolais, qui va prochainement paraître ; ce volume présente un cer¬ 
tain intérêt pour un grand nombre de familles bourbonnaises. 

— Travaux déposés : M"' Léonie Duchet adresse copie d’un ma¬ 
nuscrit en sa possession, relatif au Coup de main tenté à Hérisson 
en 1650, suivi de la copie du titre de la fondation faite par les habi¬ 
tants d’Hérisson en l’église collégiale dudit lieu ; — M. Max Boirot, 
Une page de l'histoire d'Ebreuil. 

— Des nombreuses publications reçues pendant le mois de janvier, 
le Président extrait ce qui suit : 

« Deux numéros du Centre médical. M. F. Pérot continue ses bio¬ 
graphies médicales du Bourbonnais et donne la biographie de Fran¬ 
çois Faye, né à Moulins en 1736. Je rappellerai que M. Grégoire a déjà 
donné dans le Bulletin, tome XV, p. 167, une biographie de Faye. 

« La Société de l'Histoire de Paris, en outre de son volume de mé¬ 
moires, nous a adressé le Recueil des chartes de l'abbaye de Saint - 
Germain-des-Prés et ses tables décennales. 

« Dans le Bulletin de la Société académique de Laon, on trouve une 
étude sur les bibliophiles du Laonnais et leurs ex-libris. 


Digitized by 


Google 








PROCÈS-VERBAL 


35 


« Je signalerai dans la Revue des Études historiques une étude sur 
Isabelle de Montmorency, duchesse de Châtillon, en rappelant que la 
lamille du premier époux de cette belle précieuse, Gaspard de Coli- 
gny-Châtillon, avait de nombreuses attaches avec le Bourbonnais. 

« La Reoue d'Auvergne publie une étude de M. Glangeaud sur « La 
région volcanique du Puy-de-Dôme ». Pour le savant professeur, 
les volcans de la Basse-Auvergne dorment mais ne sont pas éteints ; 
il en trouve la preuve dans les déjections bitumineuses du Puy de 
la Poix et de Pont-du-Chàteau, dans les émanations d’acide carbo¬ 
nique non seulement de la fontaine empoisonnée de Montpensier ou 
de celle du Salet, mais encore dans tout le sous-sol d’une partie de 
la ville de Clermont-Ferrand. 

Le Bulletin historique et archéologique de la Mayenne donne un mé¬ 
moire de M. Lécureux sur les « Peintures murales des églises de 
Laval » ; l'auteur est conduit à déplorer la démolition d’une foule 
d’églises anciennes pendant la seconde partie du xix* siècle. 

« Le Bulletin de la Société d’archéologie de la Corrèze publie un 
mémoire de l’ingénieur Fayol sur « les sculpteurs et peintres du Bas- 
Limousin ». Il étudie dans ce numéro les frères Pierre Léger et Julien 
Duhamel, sculpteurs, qui ont meublé de leurs œuvres nombre de 
châteaux et d’églises : Tulle, Meymac, Montagnac, Hautefort, etc. 

« Les mosaïques mérovingiennes de Thiers, par M. Bréhier. Le sa¬ 
vant professeur donne une courte note sur l’odyssée de ces mosaïques 
découvertes en 1863 dans l’église Saint-Genest, offertes à un Musée de 
Paris, placées dans cinq grandes caisses et... oubliées sous le préau 
du collège depuis quarante-sept ans. Ces mosaïques représentent un 
oiseau (le phénix), un cerf, un lion, un homme à cheval sur un pois¬ 
son, etc. En comparant leur dessin avec celui de tapisseries égyp¬ 
tiennes des v' et vr siècles, M. Bréhier est amené à les attribuer â 
l’époque mérovingienne. Après l’étude de vieux titres établissant que 
saint Didier, évêque de Cahors, fit faire un pavement en mosaïque 
en l’abbaye de Mozat, en 655, il croit pouvoir conclure que les mo¬ 
saïques de Thiers sont de la même époque et du même artiste. » 

— M. Flament, au nom de M. Delaigue, correspondant de la Com¬ 
mission des Monuments historiques, fait circuler des photographies 
du plafond du tribunal correctionnel de Moulins, autrefois ancienne 
chapelle du collège des Jésuites, plafond dont il est d’avis de de¬ 
mander le classement à la Commission. 

La Société, s'associant à ce désir, émet le vœu que des démarches 
soient entamées dans ce but. 

— M. L. Boutal montre trois pièces de bronze, dont l'une, monnaie 
de confiance de cinq sols, a été trouvée dans la démolition d’un mur à 
Bellenaves ; les deux autres proviennent de l'ancienne chapelle désaf¬ 
fectée, comprise aujourd'hui dans le camp de la Courtine (Creuse). 

— M. l’abbé Clément donne quelques explications à propos des 
vitraux de Champigny-sur-Veude, et dépose à ce sujet un travail 
renvoyé au Conseil. 

Il fait part de la découverte, à Urçay, de plusieurs sépultures en 


Digitized by 


Google 



36 


SOCIÉTÉ D'ÉMULATION DU BOURBONNAIS 


pierre provenant de l’ancien cimetière de la paroisse. Il se rensei¬ 
gnera pour connaître la valeur de cetle trouvaille. 

Enfin, notre confrère fait passer sous les yeux de l'assemblée la 
reproduction d’une tapisserie déposée aujourd’hui au trésor de la 
cathédrale de Sens et provenant du cardinal Charles de Bourbon, 
tapisserie sur laquelle on voit les emblèmes du prélat avec les mêmes 
caractères que ceux qu'on a pu remarquer sur la planche publiée par 
M. de Quirielle dans le compte rendu de la dernière excursion. 

— La Société est appelée ensuite à se prononcer sur le choix défi¬ 
nitif d'un projet d'excursion pour 1911. L’excursion dans la région de 
Varennes est votée ; notre confrère M. Montagne voudra bien nous 
en établir un plan détaillé. La date sera fixée à la prochaine séance. 

— Est élu membre titulaire : M. Henry de Laguérenne. 

— Sont présentés comme membres titulaires : 

M. Bargnoux fils, huilier à Cusset, par M. Antoine Villeneuve, 
M*' la C 1 "" de Fradel et M. Philippe Tiersonnier. 

M. Jacques Pays, directeur du pensionnat Saint-Gilles, à Moulins, 
par MM. les chanoines Clément et Berthoumieu et par M. Dénier. 

— L’ordre du jour étant épuisé, la séance est levée à 10 heures. 

M. D. 


NOTA 

Nous rappelons que la réunion du 6 mars sera, conformément à 
l'article 8 des statuts, une assemblée générale, à laquelle sont 
conviés tous les membres pour l'audition des comptes du trésorier et 
le vote du budget. 



Digitized by LaOOQle 




LE RETABLE DE SAIRT-PROUX 


SON EXODE 


O n peut voir sous le porche de l’église de Saint-Menoux une 
petite collection très curieuse de débris sculptés, alignés le 
long des murs. Plusieurs de ces objets sont presque complets 
et d’assez grandes dimensions, mais il s’en trouve peu d'intacts. On 
les croirait tous, à première vue, découverts sur l’emplacement de 
quelque vieux monument enseveli, et à vrai dire on ne se trompe¬ 
rait qu'à moitié car ils proviennent soit de l'église môme, soit de 
l’abbaye de bénédictines du lieu, dont les vastes bâtiments s’élevaient 
à côté, et ils rappellent par leurs brisures et le morcellement lamen¬ 
table de la plupart, les heures terribles qui marquèrent les derniers 
moments de l’ancien établissement monastique. Un intérêt d’histoire, 
ajouté à l’intérêt d'art se trouve donc attaché à ces vestiges, justifiant 
pleinement les soins dont on les entoure. 

11 y a quelque cinquante ans il existait à Saint-Menoux de ces débris 
en quantité beaucoup plus considérable, mais nul dans la localité 
n'attribuait la moindre valeur à ces vieilles et inutiles choses. La 
municipalité, qui n’aurait pas osé pourtant les jeter à la voirie par 
soupçon d'un blâme possible, ne savait où les loger, quand la restau¬ 
ration du narthex (1861) était venue fort à propos la tirer d’embar¬ 
ras. C'était une destination toute naturelle et aucune autre n’eût pu 
mieux convenir pour les abriter ; seulement il eût fallu prendre des 
moyens préventifs pour en assurer la conservation en ce dépôt en 
somme ouvert à tous venants, et c'est ce que l’on avait négligé de faire. 
On se contenta de jeter et entasser le tout pêle-mêle sur le dallage, 
puis on ne s’en était plus occupé jusqu’à l’arrivée à Saint-Menoux 
de M. l’abbé Moret, qui y fut curé de 1888 à 1907. On verra plus loin 
les conséquences de cet abandon. 

M. le curé Moret n’était pas de ceux qui se désintéressent du passé. 
Après avoir en quelque sorte jeté la sonde dans l’espèce de gisement 
archéologique étalé sous ses yeux et s’être rendu compte de ce qu'il 


Digitized by LaOOQle 



38 


SOCIÉTÉ D'ÉMULATION DU BOURBONNAIS 


pouvait contenir, U en avait exhumé et mis en ordre les richesses ; 
puis plus tard était intervenu M. René Moreau, architecte, lequel 
profitant de travaux qu’il avait à faire exécuter en 1909 à l'église pour 
l'administration des monuments historiques, eut l’excellente idée de 
faire fixer chaque objet à sa place à l'aide de solides crampons scellés 
dans la muraille. La sécurité en était ainsi garantie pour l'avenir. 

Actuellement le narthex de Saint-Menoux donne assez bien l’illu¬ 
sion d’un coin de musée constitué par de patientes recherches. C'est 
en tous cas un vestibule digne de la superbe église que tout le 
monde connaît. Les visiteurs s’y arrêteront toujours avec complai¬ 
sance, surtout quand un catalogue explicatif - que l'on pensera bien 
quelque jour à faire imprimer et que l'on tiendra sans doute à accom¬ 
pagner d'une suffisante notice historique, — aura été mis à leur 
disposition. L’aspect en est, ainsi qu'on peut le supposer, plus que sé¬ 
vère, mais non dénué de pittoresque, — un pittoresque portant à la 
tristesse et au recueillement. Une ombre discrète y est partout ré¬ 
pandue, faute d'éclairage sur les côtés, et cela fait penser aux cryptes 
funéraires (1). On y remarque particulièrement des chapiteaux de la 
vieille église paroissiale (2) et, dans une belle ordonnance, des orne¬ 
ments divers, des statues en pierre et en bois, des pièces de toutes 
sortes dont plusieurs, travaillées avec une véritable maîtrise,laissent 
vivement regretter la destruction des œuvres auxquelles elles appar¬ 
tenaient (3). Les morceaux provenant de l'ancien tombeau de saint 
Menoux, notamment ce bas-relie! représentant le Christ dans une 
gloire (4), en font partie, ainsi que les trois spécimens de ce dallage 
incrusté qui ornait au xu* ou xm* siècle le sanctuaire de l'église, dont 
a parlé Viollel-le-Duc et après lui un autre distingué architecte, 
M. Lucien Bégule, dans son remarquable ouvrage sur les Incrusta¬ 
tions décoratives des cathédrales de Lyon et de Vienne (5). 

(1) En cet endroit même, sous le dallage, se trouve le caveau qui était des¬ 
tiné à recevoir les sépultures des abbesses de Saint-Menoux, sépultures qu'un 
ancien maire, aidé de plusieurs notables habitants, ne craignit pas de pro¬ 
faner pour s’emparer du plomb des tombeaux. (V. E. Delaigue, La Révo¬ 
lution à Saint-Menoux, p. 77-78.) 

(2) Remplacée en partie par le narthex. A la vérité ces chapiteaux, fort 
habilement fouillés, ont été provisoirement laissés à l'extérieur, vers t'en¬ 
trée. Il serait désirable, dans l'intérêt de leur bonne conservation, qu’on ne 
les y laissât pas trop longtemps. 

(3) Quelques-uns de ces fragments, du xii* siècle, ont été classés (2 décem¬ 
bre 1907). 

(4) Reproduit par l'Ancien Bourbonnais, t. I, Voyage pittoresque, p. 188, 
et par M. l'abbé Moret dans son Histoire de Saint-Menoux, p. 53. — Classe¬ 
ment du 7 avril 1902. 

(5) Histoire de Saint-Menoux, p. 515-516. 


Digitized by 


Google 


LE RÉTABLE DE SAINT-MENOUX 


39 


J’ai dit qu’il y avait eu à Saint-Menoux une quan lté beaucoup plus 
considérable qu’aujourd'hui d'objets anciens de toute nature. C’est 
en effet ce qui résulte de renseignements particuliers ultérieurs à 
186t. époque à laquelle tout avait été transporté sous le narthex. Il 
parait qu’alors les deux côtés, quoique très vastes, en étaient encom¬ 
brés au point de ne laisser de libre.au milieu, que le passage nécessaire 
pour accéder à l’église. Peut-être exagère-t-on un peu, mais le cer¬ 
tain c’est qu'une bonne partie de ces précieuses épaves a disparu (1), 
entre autres, à ce que l’on raconte, des rouleaux de ces vieilles tapis¬ 
series dont il est vrai que l’abbaye possédait un grand nombre, ainsi 
que le montrent les inventaires dressés en exécution des décrets avant 
les ventes mobilières (2), et tout à fait dédaignées dans le moment. 

Si l'on veut au surplus se faire une opinion sur la nature et la va¬ 
leur des objets qui furent enlevés du narthex et prélevés sur l’en¬ 
semble au gré des amateurs, il suffira de citer comme exemple un 
meuble qui, après un exode un peu mouvementé, est revenu très ex¬ 
ceptionnellement à son point de départ. C'est ce beau rëtable — plus 
connu sous le nom d 'autel du Sacré-Cœur , — qui occupe présente¬ 
ment dans l’église la deuxième travée de gauche, en face de l'ancien 
maltre-autel Louis XIII, de la deuxième travée de droite. Cet autel 
était, à l’origine, compris dans la masse de débris dont nous parlons, 
mais à l’état informe et les panneaux qui le composent complètement 
disjoints, dispersés et confondus avec le reste sous une épaisse couche 
de poussière. Ces panneaux ont été depuis retirés du fouillis puis 
assemblés, restaurés, transférés dans l’église, et cela à la suite de 
circonstances qui firent quelque bruit même en dehors de Saint- 
Menoux et qu'il n’est peut-être pas inutile de rappeler, ne serait-ce 
que pour montrer les dangers que laissait autrefois trop souvent 
courir aux œuvres d’art le peu de souci qu'on en avait (3). 

Un officier du 19* régiment de dragons en garnison à Moulins, le 
capitaine L.(4), collectionneur habile, découvrit un jour ce rétable 

(1) Personne ne s’opposait aux enlèvements. On cite ce fait qu'en une seule 
fois, en plein jour, on en chargea deux voitures entières, sans empêchement 
de qui que ce soit. 

(2) Voir notamment celui des 28-31 juillet 1790, transcrit au registre muni¬ 
cipal de Saint-Menoux, (Arch. de l'Ailier, E. suppl., 1038 [arch. comm. Saint- 
Menoux, BB.2J). 

(3) Les renseignements qui suivent proviennent de deux dossiers adminis¬ 
tratifs des Archives départementales, série O, Eglise de Saint-Menoux : 
1* Vente irrégulière et 2° Revendication d’objets d’église. 

(4) Ce qui suit fera suffisamment comprendre pourquoi M. L.(ou Le B..., 

ainsi qu'il se faisait aussi appeler) n’est désigné ici que par une initiale de 
son nom. 


Digitized by 


Google 





40 


SOCIÉTÉ D’ÉMULATION DU BOURBONNAIS 


en furetant sous le narthex. Pris du désir d'en devenir propriétaire, 
il fit dans ce but des ouvertures au curé, M. l'abbé Martin (1), homme 
très naïf et très confiant. Quelques jours après un fourgon régimen¬ 
taire transportait le meuble (avec plusieurs statues en supplément) 
chez lui à Moulins, 1 bis, boulevard de Lavieuville (2). 

Ceci se passait en juin 1878. Le 9 le préfet (M. d'Ormesson) recevait 
de l’adjoint de Saint-Menoux, M. Jean-Louis Bouchand, une lettre l'in¬ 
formant du fait. « Le conseil de fabrique, y lisait-on, a vendu un vieil 
autel vermoulu à M. le colonel des dragons pour la somme de cent 
francs... Cet autel a été enlevé par un fourgon des dragons le mercredi 
5 juin. »M. Bouchand ajoutait : « Je crois de mon devoir de vous an¬ 
noncer l'enlèvement de cet autel qui pour moi n'est pas grand'chose, 
mais qui pour plusieurs conseillers a une certaine valeur », laissant 
entendre par là que lui, Bouchand, ne tombait pas dans ce ridicule de 
prêter quelque attention à du vieux bois dont on n’eût pas tiré grand 
comme la main de bonne planche. L'archéologie, cependant, ne comp¬ 
tait pas d'adeptes à Saint-Menoux et il est à présumer qu'un avis reçu 
de Moulins par l'un des conseillers municipaux avait provoqué leur 
émoi, car malgré le peu de temps écoulé l’affaire s'y était ébruitée ; 
une réclamation avait même été présentée déjà au préfet à ce sujet 
par M. Alfred Bertrand, actuellement conservateur du musée muni¬ 
cipal (3), d'où la note de service ci-après : 

Urgent. — M. Boucheron ( 4 ). 

Note : — Un autel en bois sculpté a été aliéné par le curé de Saint- 
Menoux à un officier au prix de cent francs. Le portail (?), dit-on, vaut au 
moins mille francs et le curé aurait agi sans autorisation. S’informer dans 
la commune. En causer avant avec M. le chef de cabinet, qui est au courant 
de la question. 

Sur la lettre de l'adjoint M. d'Ormesson écrivit à Mgr de Dreux- 
Brézé, évêque de Moulins, pour lui faire part de l'incident, le priant 
en même temps « de recommander à messieurs les curés de s'abstenir 

(1) L'abbé Gilbert Martin fut curé de Saint-Menoux de 1875 & 1888. 

(2) Actuellement boulevard Ledru-Rollin. 

(3) Le Bulletin de la Société d.'Emulation (année 1878, I, 581 ; procès-verbal 
de la séance du 5 juillet) mentionne cette réclamation. « Si c'est faute de 
place à Saint-Menoux que les objets ont été vendus, ajoute le procès-verbal, 
le musée départemental pourra bien leur donner asile. » Le rétable fut, ainsi 
qu'on le verra plus loin, tiré hors de péril et c’est probablement à M. Bertrand 
qu'on le doit. 

(4) - Sous-chef de la deuxième division, chef du premier bureau et plus tard 
chef de division et conseiller de préfecture. 


Digitized by tcjOOQle 




LE RÉTABLE DE SAINT-MENOUX 


44 


à l'avenir de procéder à toute vente d’objets mobiliers n'étant pas 
leur propriété particulière » (i). Le curé, mis par M. Gilbert, vicaire 
général, en demeure de fournir des explications, répondit : 

Saint-Menoux, 27 juin 1878, 
Monsieur le Vicaire général, 


Voici les faits tels qu’ils se sont passés : nous avions sous le porche 
de l’église, au milieu d’une masse de débris, un vieil autel se détériorant 
de jour en jour et menaçant de tomber en poussière sans nous procurer 
le moindre avantage. De tous les visiteurs de l’église, très nombreux, nul 
n'avait remarqué cet autel tout à fait démantelé et dont- les différentes 

pièces étaient éparses çà et là, lorsque M. 1.. capitaine au 19* dragons, qui 

en cherchait un, m’a-t-il dit, pour placer dans une chapelle que possède sa 
mère, est venu me prier de le lui céder Je lui répondis que de mon chef je ne 
pouvais rien, mais que j’en parlerais à mes fabriciens et que je lui transmet¬ 
trais leur réponse. C’est ce que je fis. Ceux de messieurs les membres de la 
fabrique que je consultai furent d'avis qu’il valait mieux tirer une somme, 
quelque minime qu’elle fût, que de laisser cet autel tomber en ruines, attendu 
que, nous trouvant dans la nécessité de remplacer notre grosse cloche, qui 
est fêlée, nous avions besoin de nous créer toutes les ressources possibles. 

J’écrivis donc au capitaine L. pour lui dire qu’il pouvait venir chercher 

l’autel en question. Lorsqu'il s’est agi d’en débattre le prix je lui confessai 
ma complète ignorance sur la valeur des objets antiques et laissai à sa bonne 
foi le soin de le régler lui-même. Il me dit, en présence de M. l’abbé (son vi¬ 
caire) et de mon sacristain : « F.n conscience je crois qu’il ne vaut pas plus 
de cent francs » et je reçus au nom de la fabrique cette somme qu’il me 
donna séance tenante. Plus tard j’appris que cet autel avait davantage de 

valeur que ne lui en supposait dans le moment le capitaine L.Aussitôt je 

lui écrivis pour faire appel à sa conscience d’honnête homme et le prier d’aug¬ 
menter la somme déjà donnée. Je n’ai pas encore reçu sa réponse,que je me 
propose d’aller chercher moi-même si elle tarde trop à venir. 

Veuillez, etc... 

Les explications du curé furent portées à la connaissance du 
préfet. 


(1) Cette invitation eut pour conséquence une note publiée dans le 20* 
Synode du dioccse de Moulins, année 1878, laquelle rappelle page 9, article IX 
« la prescription du premier synode détendant que, sous prétexte de vétusté, 
inutilité ou spéculation aucun objet appartenant aux églises ne soit vendu, à 
moins que les administrateurs fabriciens n'y consentent et que l’évèque n'ait 
donné son approbation ». 


Digitized by 


Google 







42 


SOCIÉTÉ D'ÉMULATION DU BOURBONNAIS 


Monsieur le Préfet, 


3 juillet 1878. 


Ce rapport (du curé de Saint-Menoux; vous démontrera comme à moi que 
tout a été fait par M. l’abbé Martin et tes membres de sa fabrique qu'il a 
consultés avec une entière bonne foi. Mais si excusables qu’ils soient pour ce 
motif, M. le curé ne l’est peut-être pas autant d’avoir omis de me consulter ; 
aussi l'un de mes vicaires généraux, à qui il a cru devoir s’ouvrir il y a une 
quinzaine de jours seulement des détails de cette opération, n’a-t-il pas 
manqué de lui faire apercevoir aussitôt qu’elle ne laissait pas d’être f⬠
cheuse . 

Quoi qu’il en soit, je déplorerais autant que vous que l’église de Saint- 
Menoux fût privée d’un objet d’art qu’elle est d’ailleurs si digne par elle- 
même de posséder. Permettez-moi donc de vous proposer de prier ensemble 
M. l’architecte Esmonnot ! 1 ) et M Queyroi, conservateur du musée dépar¬ 
temental, de vouloir bien examiner l’autel vendu à M. le capitaine L.et de 

nous en faire connaître la valeur artistique. S’ils la trouvaient véritablement 
importante, je ne doute point qu’il ne vous soit aisé ensuite d’obtenir de l’ac¬ 
quéreur une résiliation amiable de la vente, sauf à l’indemniser des frais dont 
elle aurait pu être l’occasion..... 

Recevez, etc. 

Pierre, évêque de Moulins. 


La proposition qui précède ne pouvait qu’être acceptée par M. d’Or- 
messon. Elle le fut en effet, ainsi qu’il résulte du rapport suivant, 
que ne tardèrent pas à déposer les experts : 


14 juillet 1878. 

Monsieur lb Vicaire général, 

Répondant à la demande que vous avez bien voulu nous adresser par lettre 
du 11 juillet au nom de Sa Grandeur, de concert avec M. le préfet de l’Ailier, 
d’avoir à fournir des documents précis sur la disparition d’un autel récem¬ 
ment vendu par M. le curé de Saint-Menoux, nous sommes aujourd’hui en 
mesure de fournir ces renseignements pris à diverses sources et concordant 
parfaitement entre eux. Nous mettdns d’abord sous vos yeux le détail des 
objets enlevés du narthex de l’église et de l’ancien presbytère (2). 

Un grand panneau en bois sculpté formant devant d’autel, ayant pour objet 

(1) M. Louis-Gabriel Esmonnot avait la direction, pour l’Ailier, des travaux 
des monuments historiques. Ses connaissances en archéologie étaient très 
étendues. 

(2) Il n’est pas tait mention ailleurs que des objets, parmi ceux qui sont 
indiqués ensuite, eussent été enlevés de l’ancien presbytère. Cet ancien 
presbytère était alors inoccupé par suite delà construction récente du nou¬ 
veau. 


Digitized by 


Google 



LE RÉTABLE DE SAINT-MENOUX 


43 


l’adoration des bergers, encadré de deux montants, figures se terminant en 
gaines, formant cariatides, et de deux traverses avec ornements sculptés. 

Deux autres panneaux plus étroits formant crédences de chaque côté de 
l’autel et représentant le baptême du Jourdain et la descente de croix. 

Deux ou trois petits anges nus d’une charmante exécution, supportant des 
attributs, corne d’abondance et armoiries d'une abbesse, provenant sans 
aucun doute du couronnement du rétable. 

Nous devons aussi mentionner : 

Deux statues d’évêques en bois sculpté, mesurant environ un mètre de 
hauteur, et enfin un bas-relief (i) également en bois sculpté, représentant 
une vierge debout sur une petite chapelle, dans le style du xvi® siècle, sans 
doute Notre-Dame de Lorette. 

Lesdits morceaux de l'autel appartenant à la seconde moitié du xvu’siècle, 
autrefois entièrement doré, sont les plus beaux spécimens que nous connais¬ 
sions dans les églises du Bourbonnais. Le nouveau propriétaire lui a fait subir 
un lessivage regrettable pour lui donner un ton de bois trop foncé après quel¬ 
ques restaurations nécessaires aux diverses parties qui avaient souffert de 
l’abandon où il avait été laissé. 

La valeur historique nous a semblé incontestable. Il provient des embel • 
lissements apportés à l’abbaye royale par dame Marie-Gabrielle de Boulay- 
Favier, nommée abbesse en 1678 et morte en 1695, comme le fait supposer 
l’épitaphe gravée sur cuivre et placée à la porte de l’église (2). 

Quant à la valeur artistique, nous pensons ne pas exagérer le prix de l'en¬ 
semble des objets enlevés en le fixant de 1.800 à 2.000 francs. 


Le Conservateur du Musée départemental, 
A. Qüeyroi. 


L'Architecte diocésain, 
Esmonnot. 


Cette pièce mettait en évidence l’intérêt qu’il y avait pour la fa¬ 
brique à annuler un marché trop onéreux pour elle, et c’est ce qu'avait 
prévu le vicaire général Gilbert dans sa lettre du 3 juillet. Or 
sans l'observation des formes légales, c’est-à-dire à défaut de la dou¬ 
ble autorisation épiscopale et préfectorale, ce marché se réduisait à 
néant ; l'acquéreur, loin de s’être vu conférer un droit de propriété 

(1) Ceci doit être une erreur de copiste, — carie dossier des Archives ne con¬ 
tient pas l'original du rapport, mais simplement une copie. Cette statue de 
Notre-Dame de Lorette, debout sur sa maison, n'est pas en bas-relief, mais 
en relief entier. L 'Histoire de Saint-Menoux en contient une héliogravure 
parfaite, p 166. 

(2) D'après la plaque cette abbesse était née en 1642, avait fait profession 
dans l’ordre de Saint-Dominique en 1658 et avait été nommée à Saint-Menoux 
en 1678. Elle mourut en son prieuré de Bourbon le 16 juin 1695 et fut inhu¬ 
mée & Saint-Menoux, dans le caveau des abbesses du monastère. 


Digitized by LaOOQle 



44 


SOCIÉTÉ D'ÉMULATION DU BOURBONNAIS 


définitive, ne devait être considéré tout au plus que comme « déten¬ 
teur temporaire » d’objets qu’il ne pourrait, à aucun titre, se dispen¬ 
ser de restituer quand sommation lui en serait faite, et dans ces con¬ 
ditions il ne se refuserait sans doute pas à accepter une résiliation si 
la demande lui en était présentée par qui de droit. C’est le raisonne¬ 
ment que tint Ms r de Dreux-Brézé à M. d’Ormesson en lui trans¬ 
mettant le rapport des experts. C’était en effet la meilleure solution 
et le préfet ne üt aucune difficulté d’en convenir. Par lettre du 
27 juillet il invita le président du conseil de fabrique, Saulnier, à 
faire une démarche auprès du capitaine pour essayer de le décider 
à l’accepter dans cette lettre et il insistait sur ce que l’église de Saint- 
Menoux, classée au nombre des monuments historiques(1), ne devait 
pas être « dépouillée de meubles aussi précieux que ceux dont la 
vente avait été irrégulièrement consentie ». 

Il espérait bien, par le moyen de cet intermédiaire, arriver à se 
débarrasser d'une affaire qui traînait en longueur, mais le président 
Saulnier ne tarda pas à le désabuser. Son interlocuteur s’était con¬ 
tenté de répondre : « L’autorité régulière (religieuse ou administra¬ 
tive) peut s’adresser à moi directement ; je verrai ce que j’aurai à 
faire... » 

Cette fois force était au préfet d'entrer personnellement en rapports 

avecM. L.Cependant il semble que celui-ci, sans attendre d'y être 

autrement invité, soit allé de lui-même le trouver. Notre collection¬ 
neur était d'ailleurs un homme bien trop avisé pour ne pas com¬ 
prendre la faiblesse de sa position. Il n'avait, devant une revendica¬ 
tion formelle qu’il pressentait imminente, qu’à négocier amiablement 
pour tirer son épingle du jeu, et c'est avec des intentions prudem¬ 
ment conciliantes qu’il avait abordé (16 août) M. d’Ormesson. Il lui 
avait fait des propositions que ce dernier déclare, dans une lettre 
qu’il lui adresse quelques jours plus tard, le 20 août, « mériter sérieu¬ 
sement d’être examinées ». Il se disait môme « tout disposé à engager 
l’autorité diocésaine à les accepter, pourvu qu’elles fussent formu¬ 
lées par écrit ». Voici en quoi elles consistaient. 


Monsieur le Préfet, 


22 août 1878. 


Conformément à l’invitation que vous voulez bien m’adresser, j’ai l’hon¬ 
neur de vous envoyer écrit l’énoncé de mes intentions relatives aux bois par 
moi achetés à Saint-Menoux. 


(1) Classement d’origine, 1837. 


Digitized by LaOOQle 





LE RÉTABLE DE SAINT-MENOUX 


45 


\ 


Bien qu’ils ne m’aient été vendus qu’avec le consentement unanime du 
conseil de fabrique ; bien qu'ils ne fussent alors que des débris, véritables 
matériaux de démolition provenant du remplacement du maltre-autel (rem¬ 
placement effectué bien avant que l’église fût classée) ; quedès lors la qualité 
de monument historique de l’église n’ait pas plus d’importance que si j’avais 
acheté des débris de tuiles provenant des réparations à la toiture ; bien que 
je juge mon marché inattaquable, mais dans un but de déférence à l’autorité 
civile et religieuse et dans un esprit de conciliation, je me suis résolu, Mon¬ 
sieur le Préfet, à vous soumettre l’arrangement suivant : 

Je restituerai à l’église de Saint-Menoux le devant d’autel et deux sta¬ 
tues que j’ai acquises en même temps. 

Mon marché comprenait en outre deux panneaux beaucoup moins impor¬ 
tants qui n’ont jamais fait partie de l’àutel et qui ne sauraient trouver place 
dans sa restauration, à cause de leurs dimensions différentes. J’entendrais 
conserver ces panneaux que j'ai d’ailleurs déjà utilisés, croyant qu’ils peu¬ 
vent m’être à fort juste titre laissés comme compensation de la peine prise 
pendant près de soixante-dix jours et des frais considérables faits pour les 
réparations. 

Si vous voulez bien considérer, Monsieur le Préfet, que le devant d’autel 
était, quand je l’ai acheté, en neuf morceaux, le plus grand troué au milieu 
par les rats, que chacun de ces fragments était contourné dans un sens diffé¬ 
rent par les pierres sous lesquelles ils étaient enfouis, que le tout était couvert 
de plâtre et que j’offre maintenant un devant d’autel entièrement réparé, 
j’espère que mes prétentions vous paraîtront non moins conciliantes qu’accep¬ 
tables. 

Je suis heureux de vous remercier une fois encore. Monsieur le Préfet, 
d’avoir bien voulu juger favorablement cette offre, la seule que je sois d’ail¬ 
leurs disposé à consentir, et vous prie de croire. 

Capitaine L. 

P.-S. — Aussitôt après avoir reçu avis que cette proposition est acceptée, je 
me hâterai de faire réexpédier le devant d’autel et le déposerai dans la hui¬ 
taine, soit à Saint-Menoux soit à l’évêché. 

Ainsi, M. L.qui affecte de parler avec mépris de ces « bois » et 

« matériaux de démolition » auxquels il dénie toute valeur, serait 
cependant heureux qu'on lui en abandonnât une partie, les deux seuls 
petits panneaux, pour lui tenir lieu des cent francs qu’il adonnés au 
curé et pour le compenser « de la peine qu’il a prise pendant près de 
soixante-dix jours et des frais considérables qu’il a faits pour les répa¬ 
rations » (1). Pris ainsi en flagrant délit d’absence de bonne foi, pou' 
vait-onle croire sur parole désormais ? Pouvait-on croire notamment 

( 1 ) Il y eut en effet quelques réparations faites par M. Merlin, tapis¬ 
sier, place d'Allier. 


Digitized by LaOOQle 





46 


SOCIÉTÉ D’ÉMULATION DU BOURBONNAIS 


que ces deux petits panneaux n’avaient, ainsi qu'il le prétend, jamais 
fait partie de l’autel ? Cela valait la peine d'être vérifié, car il va de 
soi que dans le cas contraire la pièce principale qu’il consentait à res¬ 
tituer se fût trouvée subir une notable dépréciation du fait de l’aban¬ 
don du surplus. On ne pouvait courir un tel risque sans examen. 
M. d’Ormesson, en faisant part à l’évêque (28 août) de la proposition 
n'en conseilla pas moins de l'accepter purement et simplement. 
« Cette réserve (des deux petits panneaux) a été faite surtout, faisait-il 
observer, pour indemniser M. L.des dépenses relativement impor¬ 

tantes (1) qu’il a faites pour réparer les objets acquis, notamment le 
devant d'autel » et c’est pourquoi « la transaction parait susceptible 
d'être accueillie ». 

Mais à l’évêché on était moins confiant. On y avait, à vrai dire, 
d’autres raisons de se défier de la sincérité du souple négociateur 
qu’était le capitaine de dragons. « Je serais comme vous disposé, dé¬ 
clare le vicaire général Gilbert (10 septembre), à accepter les pro¬ 
positions de M. L.. si MM. Esmonnotet Queyroi.àqui nous avons 

d'un commun accord confié précédemment l’expertise, Jugent que 
les deux panneaux que désire se réserver l'acquéreur ne touchent 
point à l'intégrité de l’autel même. Je les prierai donc, si vous n’y 
voyez pas d'inconvénient, de nous fournir sur ce point un nouvel 
avis, ils voudront bien en même temps s'assurer si les statues que 
M. le capitaine consent à nous remettre sont bien les mêmes que celles 
dont parle M. le curé de Saint-Menoux dans une lettre du 23 juillet 
dernier, dont je crois devoir placer confidentiellement sous vos yeux 
l'extrait ci-joint. » Et il ajoutait : « Vous remarquerez en effet que ce 
ne sont pas deux statues, mais bien trois que signale M. le curé. » 

Cette circonspection et ces précautions inusitées étaient sans doute 
motivées, sans quoi elles eussent pu être tenues pour injurieuses. 
Mais que signifie ce chiffre de trois statues, alors que jusqu’ici il n’a 
été question que de deux et que le capitaine n'en avoue que deux ? 
L'extrait de lettre auquel fait allusion M. Gilbert en fournit l'expli¬ 
cation. 

Copie d'extrait , 23 juillet 1878 . 

M. le Vicaire général, 


Je ne vous ai pas répondu relativement à la note que vous a donnée 
M. Queyroi sur les statues de Saint-Menoux ; je pense qu’il vous a transmis 

( 1 ) Le dossier ne contient pas d'indication sur le chiffre de ces dépenses. 


Digitized by LaOOQle 







LE R ÉTABLE DE SAINT-MENOUX 


47 


la réponse verbale que je lui ai faite ; j’ignore si, depuis que je suis à Saint- 
Menoux, on a fait disparaître quelques-unes des vieilles statues ; n’ayant pas 
trouvé d’inventaire je ne sais nullement ce qui pouvait se trouver dans le 
narthex. Tout ce que je puis vous affirmer c’est que, en chargeant le vieil 

autel, le capitaine L. en a enlevé trois, qu’il a certainement prises à mon 

insu. Mon sacristain, qui était présent, les a vu charger et n’a fait aucune 
observation parce qu’il a cru qu’elles entraient dans le marché. On peut donc 
parfaitement poursuivre le capitaine pour ce fait tout à fait déloyal. 

Pour copie conforme : 

Moulins , le 18 août i 8 j 8 . 

Eug. Gilbert. 

Déloyal n’est pas trop fort si le curé dit vrai, ce dont il est difficile 
de douter, puisqu'il offre de faire la preuve de ce qu'il avance. 

D'après lui aucune statue n'a donc été vendue ; celles qui ont suivi 
l’autel ont été emportées à son insu. De plus le capitaine en a pris 
trois et on a vu que dans sa lettre au préfet il n’en avoue que deux, 
encore que le rapport des experts en ait mentionné trois, en y com¬ 
prenant celle de Notre-Dame de Lorette. On a dû remarquer également 
qu’il garde le silence sur les deux petits anges, d'où il résulte qu'il 
entendait conserver ces trois dernières pièces. Cela prêtait gravement 
à la critique, aussi l'abbé Martin ne s’en fait-il pas faute. A bon droit 
furieux du rôle qu’on lui a fait jouer il ne répugnerait pas à des pour¬ 
suites, à une plainte en justice. Le vicaire général, probablement, 
n’y ferait pas non plus d’objections, mais le préfet ne voyait pas les 
choses tant au tragique. Peut-être pensait il qu’il n’était pas séant 
que pour quelques statues d’évêques un procès fut fait dont on eût 
pu redouter un certain scandale, et c’est pourquoi sans doute il répon¬ 
dait le 14 septembre à la lettre du 10 sans relever l’allusion, se disant 
au contraire toujours disposé personnellement à-donner son adhésion 

à la combinaison Imaginée par M. L.Il n’avait néanmoins, disait-il, 

aucune raison de s’opposer à ce que MM. Esmonnot et Queyroi fus¬ 
sent consultés encore une fois ; il désirait seulement que cette affaire, 
vieille ^éjà de plus de deux mois, prit fin avant le prochain départ 
du capitaine, dont le régiment était désigné pour changer prochai¬ 
nement de garnison (1). 

Les experts eurent par suite à donner leur avis sur le cas spé¬ 
cial des deux panneaux et cet avis, exprimé par M. Esmonnot, fut 
que ces panneaux « bien que distincts du meuble lui-mème en étaient 

(1) Le 19* régiment de dragons quitta en effet Moulins le mois suivant pour 
aller k Saint-Etienne. 


Digitized by LaOOQle 





48 


SOCIÉTÉ D'ÉMULATION DU BOURDONNAIS 


cependant des appartenances notablement importantes et dont la 
disparition nuirait visiblement à l’ensemble artistique de l’autel ». 
Le vicaire général, en faisant part (25 septembre) de cette appré¬ 
ciation à la préfecture, ajoutait que dès lors la fabrique préférerait 
une résiliation pure et simple de tout le marché et qu’elle serait 
disposée à prendre à sa charge l’indemnité qui pourrait être due. Il 
disait se ranger lui-même à cette opinion « la plus conforme aux 
prescriptions législatives en même temps qu’aux intérêts bien en¬ 
tendus de l’église... ». Puis : « Veuillez donc être assez bon pour faire 
connaître cette décision, si vous ne voyez de votre côté aucun incon¬ 
vénient à l’adopter, à M. le capitaine L. et l’inviter à remettre 

l’église en possession de l’autel tout entier , comme aussi de toutes les 

statues qui lui appartiennent... ». M. L.fut informé de ce refus, mais 

M. d’Ormesson tint à déclarer ensuite (3 octobre) que dès le moment 
où les offres qu’il avait considérées comme de nature à être accep¬ 
tées étaient repoussées, il entendait rester désormais en dehors de 
la question. Le capitaine n’avait plus qu’à s’exécuter et à présenter 
sa note de dépenses. 

Cependant, quatre mois plus tard, le préfet n’avait reçu aucun avis 
de réintégration, ainsi que le constate une lettre du 6 mars 1879, par 
laquelle il demande à l’évèché un renseignement à ce sujet afin de 
répondre à une question de la commission de classement des ri¬ 
chesses artistiques du département, qui siégeait alors. A cette date 
l’autel n’avait pas encore reparu à Saint-Menoux et l’affaire, contraire¬ 
ment à ce que l’on eût pu penser, était loin d’être terminée. Comme 
un aérostat près de toucher terre et qui a jeté du lest, elle allait au 
contraire prendre un nouvel essor, ou plutôt après une phase de 
négociations elle allait entrer dans une autre, celle de la lutte. On 
allait plaider. 

Mais, dira t-on, pourquoi plaider? Le capitaine n’ayant pas le droit 
de conserver les objets litigieux, il avait l’obligation stricte de les 
rendre, et puisqu’on lui offrait de l’indemniser de ses déboursés — 
ce dont on eût été peut-être en droit de se dispenser, — il eût dû 
être, sinon satisfait, du moins résigné. Or il ne l’était nullement et 
il faut croire que la déconvenue qu’il éprouvait de ne pouvoir rete¬ 
nir entre ses mains aucun trophée de son expédition de Saint-Menoux 
était telle qu’il n’entendait plus raison. De même que l’avare entraîné 
au fond de l’eau par son trésor et qui néanmoins ne peut se décider à 
s’en séparer, il se cramponnait désespérément à sa proie. 

Après la réponse faite par l’évêché à la lettre du préfet du 6 mars, 
celui-ci avait compris qu’il n’obtiendrait rien par les voies ordinaires. 


Digitized by LaOOQle 




LE RÉTABLE DE SAINT-MENOUX 


49 


Il informa le ministère des Beaux-Arts de la situation et chargea 
l’avoué de l’Etat, \1* Rondeau, d’intenter des poursuites pour faire 
prononcer l’annulation de la vente (1). Ultérieurement, le conseîï 
de fabrique, dont les incessantes démarches et tentatives de concilia¬ 
tion auprès de M. L. s’étaient constamment heurtées à des moyens 

dilatoires ou n’avaient eu pour résultat que des promesses jamais 
tenues (2). avait résolu de poursuivre aussi pour son compte et dans 
ce but s’était fait autoriser administrativement (3). Mais les choses 
en étaient là encore à la fin de l’année quand vint à Moulins M. Sel- 
mersheim, récemment nommé architecte diocésain. Ii eut naturelle¬ 
ment à s’entretenir du rétable de Saint-Menoux avec le préfet (4) 
et celui-ci, sur son conseil, voulut faire intervenir la commune. 
« L’Eglise n’est pas la propriété de l’Etat ni de la fabrique, écrivait-il 
à ce propos au maire pour répondre à quelques objections de sa part, 
mais bien de la commune, comme toutes les églises rendues au culte 
par la loi de germinal an X, et il en est de même de tous les objets 
mobiliers et autres se trouvant dans les églises. » Il concluait en 
disant que c’était à la commune à traduire la fabrique devant le 
tribunal civil de Moulins, afin que celle-ci pût à son tour appeler en 
cause M. L.Le 3 Janvier 18 S 0 , le conseil municipal prenait une déli¬ 

bération dans ce sens et de son côté le conseil de fabrique tenait 
également, le 1" février — « toutes tentatives de conciliation étant res¬ 
tées infructueuses malgré les promesses réitérées du détenteur. » 

— une nouvelle séance où étaient adoptées les résolutions les plus 
énergiques. 

Le capitaine allait donc avoir à tenir tète à la fois à deux adver¬ 
saires en réalité coalisés contre lui malgré leur apparente division. 
Pour s’en défendre, quelle diversion allait-il imaginer ?... Tout sim¬ 
plement de s’en prendre à sa propre victime, au malheureux abbé 
Martin, décidément le personnage sacrifié en cette aventure. Le curé 
était, il est vrai, la cause initiale du démêlé, l’artisan de sa propre 
disgrâce, mais devait-il attendre cette dernière infortune de celui qui 
avait déjà tant abusé de sa simplicité ? Tenu maintenant par lui pour 
responsable de tous les risques du conflit, combien l’imprudent ne 
devait-il pas amèrement regretter d'avoir écouté trop complaisam¬ 
ment les insidieuses paroles de l'officier ? 

( 1 ) D'après une lettre ministérielle du i 3 mai, mentionnée ci-après. 

( 2 ) Délibération du conseil de fabrique du l* r février 1880 , mentionnée 
ci-après. 

( 3 ) Lettre du 13 mai 1880 , ci-après mentionnée. 

( 4 ) Lettre du 27 décembre 1879 , mentionnée ci-après, 

4 


Digitized by 


Google 






50 


SOCIÉTÉ D'ÉMULATION DU. BOURBONNAIS 


Toutefois le procès ne semble pas au début avoir été poussé avec 
beaucoup d'activité. N'en entendant plus parler, un rappel fut adressé 
de Paris au préfet. « Depuis un an bientôt, lui écrivit (13 mai 1880) le 
sous secrétaire d’Etat Edmond Turquet, je n’ai reçu de vous aucune 
communication nouvelle sur cette alïaire, à laquelle j'attache une 
grande importance. Je ne puis m’empêcher de vous en témoigner 
mon étonnement et je vous prie de ne pas différer plus longtemps à 
me faire connaître si les objets aliénés ont été réintégrés... » 

Le préfet répondit en envoyant copie d’une lettre de M' Rondeau. 


Monsieur le Préfet, 


26 mai 1S80. 


Le procès relatif A l’aliénation des objets d’art de l’église de Saint-Menoux 
est pendant devant la première chambre du tribunal civil de Moulins Les 
conclusions seront posées A t’audience de mercredi 2 juin, et la cause viendra 
en plaidoiries, vraisemblablement, A la quinzaine suivante. 

Le retard de la mise en état de cette affaire vient de ce que la commune, 
qui est propriétaire des objets revendiqués, ayant assigné la fabrique respon¬ 
sable vis-à-vis d’elle, celle ci a appelé en garantie et demandé la restitution 

desdits objets au sieur I..acquéreur. A son tour le sieur l.a appelé en 

garantie M. Martin, curé de la paroisse de Saint-Menoux, qui lui aurait 
vendu les objets litigieux. Pour ne pas compliquer la procédure, nous avons 
attendu que tous les appelés en cause fussent présents pour un jugement con¬ 
tradictoire. 

Agréez. . 


J’ignoi’e à quelle date fut rendu le jugement et quel fut ce jugement. 
J'espère, quoiqu’il mérilât une sévère leçon que les juges, pitoya¬ 
bles à l'abbé Martin n’auront pas usé de rigueur envers lui au point 
de le charger d’indemnités et de frais dont eût bénéficié l'astucieux 
militaire. Mais à vrai dire ce qui importait davantage c’était que la 
commune et la fabrique obtinssent gain de cause et que la réinté¬ 
gration fût ordonnée. 


Telle est l'odyssée de ce rétable, meuble magnifique et de haute 
valeur (1) auquel le comité des monuments historiques ne pouvait 
manquer de faire et fit en effet les honneurs du classement. Il est 
maintenant et pour toujours à la place que j'ai indiquée, où on peut 

(!) Lechiffre de deux mille francs fixé par MM. Queyroi et Esmonnot, y 
compris les statues et les anges, serait aujourd'hui considérablement dé¬ 
passé. 


Digitized by LrOOQle 






LE RÉTABLE DE SAINT-MENOUX 


51 


le voir (1) Ainsique l’ont noté dans leur rapport MM. Queyroi et 
Esmonnot il a été complètement dédoré, ce qui est un malheur, et 
fâcheusement noirci à l’encaustique, ce qui en est un autre. Il est en 
bois de chêne, mais donnant l'illusion de l'ébène (2). Par surcroît la 
lumière, trop discrète en cet endroit de l'église, ne laisse que diffici¬ 
lement apercevoir les détails (3) ; venant de droite et de gauche, un 
peu de face aussi et de haut, elle ne produit sur l'ornementation que 
des ombres vagues et contrariées. Les sujets sont tous bien composés 
et dans le style tourmenté du xvu' siècle. Les deux petits panneaux, 
placés en retour et non en crédence, sont encadrés de rinceaux, de 
têtes d’anges et de chutes de fleurs de la même habile exécution que 
l'on observe dans le panneau de face. On doit savoir gré à M. le vi¬ 
caire général Gilbert d'avoir su éviter le piège tendu à la bonne foi 
de M. d’Ormesson par l’adroit capitaine pour s'en emparer. 

Tout ceci, en fin de compte, se résume en une restauration dont il 

est douteux que, sansM. L., l'initiative eût été prise par un autre. 

On sait qu’il ne faut pas l’en congratuler ni penser que ce bienfait 
fût digne de figurer parmi ses états de services, mais on avouera tout 
de même que si les enlèvements plus ou moins subreptices d’objets 
d’église aboutissaient toujours à un semblable résultat, on serait dis¬ 
pensé de les déplorer. 

E. Delaigue. 

(1) Les deux évêques ont été replacés sous le narthex. La statue de N.-D. 
de Lorette et les petits anges sont dans l'église, sur l'ancien maiUe-autel. 

(2) Le décret de classement du 2 déc. 1907, porte en effet qu'il est en ébène. 

(3) M. le chanoine Moret en a publié cependant une excellente reproduc¬ 
tion en plusieurs phototypies obtenues d'après les clichés de M. l'abbé Duriat 
(Hist. de Saint-Alenoux, p 156). 


Digitized by 


Google 





I*e Trésor de’ Rongères 


U ne découverte d’un intérêt archéologique considérable vient 
d'être faite à Rongères. Il y a environ un mois, un cultiva¬ 
teur de l’endroit, M Antoine Démonnet, en creusant dans 
son champ un fossé de drainage, profond de 50 centimètres, ramena 
à la surface un objet de la grosseur du poing, rond et tout souillé de 
terre, ayant apparence de métal ; il le rejeta sur l’accotement sans 
lui accorder plus d'attention. Mais le lendemain, pris de doutes, il 
vint le reprendre et ne fut pas peu surpris, après l’avoir plongé dans 
l’eau, de voir apparaître, au fur et à mesure que la terre se désagré¬ 
geait, un petit vase en métal brillant d’une belle couleur jaune, con¬ 
tenant quatre autres objets de même métal : un bracelet, un anneau 
et deux sortes de ressorts à boudin. Il venait ainsi de découvrir un 
petit trésor, dont il ne soupçonna pas tout d’abord même la valeur 
intrinsèque ; ce n’est que quelques jours après qu’il apprit d'un bijou¬ 
tier de Varennes-sur-Allier auquel il l'avait soumis que tous ces 
objets étaient en or. 

Cette trouvaille, du poids exact de 196 grammes, comprend : 



1” Une lasse sans anses, d'environ 0*,065 de hauteur sur 0*,090 de 
diamètre, formée d’une mince feuille d'or estampée, sans soudure. 


Digitized by 


Google 






LE TRÉSOR DE RONGÈRES 


53 


Elle est décorée d'ornements simples, disposés en zones parallèles 
composées alternativement de bossettes entourées de cercles concen¬ 
triques, de bossettes simples, de rayures, de côtes et enfin d'une 
surface lisse sur les bords où devait se poser les lèvres. 

2" Un bracelet non fermé, fait d’une bande d’or massif, dont cha¬ 
cun des bouts est terminé par deux fils d’or roulés extérieurement en 
spirale. L’ornementation consiste en rayures incisées dans le sens de 
la longueur, alternant avec des raies de points également en creux. 
Il mesure 0",068 dans son plus grand diamètre, 0*,057 dans le plus 
petit et 0",013 en largeur. 

3* Un anneau ou virole d’or, formé d'un ruban légèrement renforcé 
dans le milieu. 

4* Enfin, deux spirales faites chacune de deux fils d’or soudés au 
deux bouts et comprenant six spires. 

Ces objets, provenant d'un dépôt et non d'une sépulture, n'étaient 
accompagnés d’aucun autre qui permette de les dater. Néanmoins 
les spirales qui servaient, croit-on, à la parure des cheveux et l’or¬ 
nementation en volutes du bracelet sont suffisamment typiques, pour 
qu’on puisse sans trop d’hésitation les faire remonter à la fin de la 
première moitié de l’époque du bronze, soit de treize à quinze cents 
ans avant notre ère. 

Cette trouvaille a déjà été signalée (1) par un journal moulinois, 
dont l’érudit correspondant, après avoir, entre autres choses, raconté 
que des connaisseurs en avaient offert jusqu’à 2.000 francs, termine 
son entrefilet par celte docte affirmation : « Ces objets vraisembla¬ 
blement remontent à la période gallo-romaine et sont simplementen 
bronze. » 

L. Montagne. 

Saint Germain-des-Fossés, io février igu. 


(1) Le Progrès de l'Ailier , n° du 9 février 1911. 




Digitized by LaOOQle 




Quelques Ex-libris intéressant le Bourbonnais 



Deux écussons accolés : le premier, de vair plein, qui est Vichy, le 
second, aux 1 et 4 de sable, à la croix d'or, aux 2 et 3 d’or, au dauphin 
d'azur, qui est d’Albon. 

Ex libris de Gaspard de Vichy, comte de Champrond, né en 1699, 
de Gaspard de Vichy, seigneur de Montceaux, capilaine-lieutenant 
des gendarmes du Berry, et d'Anne Brulard, fille de Nicolas Brulard, 
marquis de la Borde, premier président au parlement de Bourgogne. 

Ce rejeton du seigneur de Montceaux suivit la carrière des armes 
Mestre de camp d’une brigade du régiment royal des carabiniers, 
puis brigadier de cavalerie, il devint maréchal de camp le 20 février 
1743. 

11 avait épousé Marie-Diane-Camille d’Albon de Saint-Marcel, Allé 
de Claude, comte d'Albon de Galles, prince d’Yvetot. 11 mourut à 
Ligny, le 17 juin 4-781. 

(Collection Louis Grégoire.) 

Roger de Quirielle. 

O O O 


Digitized by 


Google 






QUELQUES EX-LIBRIS BOURBONNAIS 


55 



Deux écussons accolés : le premier, de cair, qui est Vichy, le se¬ 
cond, d'argent à la croix de gueules, qui est Saint-George. 

Ex-libris d’Abel-Claude Marie, marquis de Vichy Champhond, sei¬ 
gneur de Montceaux. Né le 8 octobre 1740, il était fils de Gaspard 
de Vichy, comte de Champrond, dont l’article précède. Le 26 no¬ 
vembre 1764, il épousa Claude-Marie-Joseph de Saint-George, fille de 
Claude-Marie, comte de Saint-George, seigneur d’Etiengue, et de 
Marie-Cécile d’Amanzé. A la date de son mariage, il était guidon 
des gendarmes de Berry. 

Le marquis de Vichy survécut à sa femme qui était morte avant 
1777. Cette année-là, en effet, fut achevé un superbe mausolée, que 
ce seigneur avait fait élever en mémoire de la défunte dans l’église 
de Montceaux, lieu de sépulture des Vichy. La Révolution n'a pas 
laissé trace du monument (I). 

(Collection M. Dénier.) 

Roger de Quirielle. 

(i) La tamille de Vichy est représentée, aujourd'hui, par Louis-Abet, mar¬ 
quis de Vichy, né à Marcigny, le 3 février 1848, marié, en 1879, à Madeleine 
Simon de Quirielle, fille de Jean-Marie-François-Xavier Simon de Quirielle, 
et de Jeanne-Marie-Constance Richard de Soutirait, et par Georges, comte 
de Vichy, né à Marcigny le 7 août 1849. 


9 0 0 


Digitized by LaOOQle 



CODIGNY-jSADIGNY 

( 1617 - 1686 ) 


n accuse souvent le Bourbonnais d'être pauvre en 
grands hommes et spécialement en hommes de 
guerre ;M. II. Faure avait cependant déjà pu donner 
les biographies de Villard, de Choisy, de Berwick 
et d’Orvilliers, tous nés en cette province. Cette 
liste est loin d'ôtre complète : j'y ajouterai Jean, comte daColigny- 
Saiigny, lieutenant général des armées du roi, qui vécut de 1617 à 
1686. 

Ce personnage a écrit des mémoires (1), sorte d'autobiographie; 
aussi le laisserai-je se présenter lui-même. 

« Je nacquis le jour de Noël 1617 à Saligny, je fus tenus sur les 
fonts par Jean Coligny, chevalier de Malte, mon oncle paternel, et 
par M"'de Saint-Geran, ma bis-ayeule paternelle, mère du maréchal 
de Saint-Geran, gouverneur du Bourbonnais, et de Françoise de La 
Guiche, ma grand’mère. 

« A l’âge de dix ans je fus mis au collège des Jésuites à Moulins (2) 
avec Gaspard, mon frère aîné, nous y demeurâmes un an et demi, 
ensuite mon frère fut mis page de la chambre du roy Louis XIII et 
on me ramena de Paris pour me mettre à un méchant petit collège à 
Paray-le-Monial où je demeurai huit mois, ensuite on me mita Paris 
au collège de Bauvais où je demeurais deux ans. 

« En 1643, on me mit aux pages du cardinal de Richelieu, où j'ai 
appris assez bien mes exercices excepté que je n’ai jamais été bon 
homme de cheval quoique j’y fusse fort ferme, mais j’avais la main 
rude. » 



(1) Les mémoires du comte de Coligny-Saligny ont été publiés par la 
Société de l'histoire de Fiance, en 1844. 

(2) Henri IV autorisa les Jésuites à prendre la direction du collège de 
Moulins par lettre du 29 juin 1604. Ils ouvrirent leurs cours le 10 novembre 
1606. (Le collège de Moulins, par E. Bocchabd.) 


Digitized b; 






^Société d’^mulatioh du Bourbonnais 



C .COKTEDE COUCNYLV’OG'OTENF.NTE 

Minérale dlg'lie.sercitî de PeChristianissimo y 

Commandai te Ge.nf.rale dellf. trvppe Francesi i n 

Vnchf.ria 


D'après une gravure de le collection du merquis des MMoizes. 


Digitized by LaOOQle 


































Digitized by 


COLIGNY-SALIGNY 


57 


Quelques feuillets plus loin, il nous trace son porlrait en ces termes : 

« Je suis d'une taille fort droite, fort aisée, fort grande et très belle, 
je suis gaucher au dernier point sans qu’on m’en ayt jamais pu 
châtier, j'ay la main extraordinairement petite pour un homme de ma 
taille, les bras un peu trop longs, la jambe bien faite mais le Usage 
fort irrégulier, le nez gros et mal fait, la bouche grande, les yeux 
beaux et excellents, le teint assez vif, dans la jeunesse le poil ch⬠
tain, mais je suis devenu chauve de bonne heure; j'ay été fort adroit 
à de certains exercices et fort maladroit dans d'autres, j'ay parfaite¬ 
ment dansé sans aimer la danse, j’ay été fort adroit à faire des armes 
et il y a paru, car j’ay tué ou battu tous ceux quy ont eu affaire à moy.» 

En quelques mots je vais faire connaître sa famille : Les Coli- 
gny étaient originaires de la Bresse et le Père Anselme en fait 
remonter l’origine à un certain Manasses, seigneur de Coligny, vi¬ 
vant en 1086 ; ils s'implantèrent dans notre pays par suile du mariage, 
en 1437, de Guillaume de Coligny, seigneur d’Andelot, avec Cathe¬ 
rine de Saligny, fille unique de Jean de Saligny, baron de la Mothe- 
Saint-Jean, qui fut chambellan du roi Charles VI etdes ducs de Bour¬ 
gogne Jean sans Peur et Philippe le Bon ; il en est souvent question 
comme diplomate à l'époque de Jeanne d’Arc. 

Guillaume Coligny eut de ce mariage quatre fils, mais dont deux 
seulement, Jean et Jacques, eurent postérité. 

I.—Jean eut en partage les terres de Bresse et celle de Châtillon-sur- 
Loire, d’où le nom de Coligny-Châtillon ou simplement de Cbâtillon 
donné à sa lignée. Il eut deux fils : l'alné, Jacques, fut tué à Ravennes 
en 1512, sans laisser de postérité ; l’autre, Gaspard, fut fait maréchal la 
veille de la bataille de Pavie (1525) et épousa Louise de Montmorency, 
sœur du connétable, de laquelle il eut trois fils, les trois Châtillon, 
chefs du protestantisme en France à l’époque des guerres de Reli¬ 
gion : l’Odet, cardinal de Châtillon ; 2° Gaspard, amiral de Coligny ; 
3* François,seigneur d'Andelot. Si tous les trois se marièrent, l’amiral 
eut seul un fils, François de Châtillon, qui joua un rôle sous Henri III 
et Henri IV. Le fils de ce François, Gaspard, eut lui-même deux fils : 
l'alné, Maurice, mourut peu après son duel avec le duc de Guise (1) ; 

( 1 ) « Maurice de Coligny était faible et peu adroit et il relevait d'une longue 
maladie, it choisit d'Estrades pour appeler te duc de Guise qui se servit de 
de Bredieu et ils prirent leur rendez-vous à la place Royale. Le duc de 
Guise en mettant l'épée à la main dit à Coligny : « Nous allons décider les 
querelles de nos deux maisons et on verra quelle différence on doit mettre 
entre le sang de Guise et celui de Coligny. » Le combat fut bientôt fini : 
Coligny tomba et Guise pour l'outrager en lui ôtant son épée le frappa du 


Digitized by 


Google 



58 


SOCIÉTÉ D'ÉMULATION DU BOURBONNAIS 


restait Gaspard, qui épousa Isabelle de Montmorency-Bouteville et 
dont nous parlerons par la suite. Fait duc de Châtillon après la vic¬ 
toire de Lens. il fut tué au combat de Cliarenton en 1649. Il laissait 
sa femme enceinte d'un flls, Henry, qui mourut le 23 octobre 1657 et 
en qui s’éteignit la branche ainée des Coligny. 

II. — Jacques 4e Coligny eut en partage le fief de Saligny et la ba¬ 
ronnie de la Motte Saint-Jean, d’où le nom de Coligny-Saligny donné 
à sa descendance. Il se trouvait à la fois vassal des ducs de Bourbon 
et de Bourgognes à l'exemple de son père et de ses grands-pères, il 
prit parti pour Charles le Téméraire et fut fait prisonnier à la bataille 
de Monllhéry, en 1465. Ayant envahi le Bourbonnais à la tète des 
Bourguignons qui, en 1470, allèrent assiéger Charroux, le duc Jean II 
de Bourbon s’en vengea en faisant prononcer, le 5 juillet 1472, la 
confiscation du fief de Saligny, et ce ne fut qu’après l'annexion de la 
Bourgogne à la France, après la mort de Charles le Téméraire (1477) 
que par suite de l'intervention de Louis XI. qui tenait à se l’attacher, 
il put obtenir du duc Pierre II la restitution de ce fief. Il mourut en 
1510. Son fils, Renaud Lourdln, successivement chambellan des rois 
Charles VIII, Louis XII et François I", mourut à la Mothe Saint-Jean 
en 1547 ( 1) ne laissant de son mariage avec Jacqueline de Montboissier 
qu'un flls, Marc Lourdin. Celui-ci épousa Gabrielle Loup de Belle- 
nave, embrassa la Réforme vers 1559 comme ses cousins les Châtillon, 
abjura à la même époque qu’Henri IV et mourut à Saligny, en 1597, 
ne laissant aussi qu'un fils, Lourdin Gaspard, qui épousa, le 18 no¬ 
vembre 1586, Françoise de la Guiche-Saint Geran. Celui-ci fut député 
delà noblesse du Bourbonnais aux Etats généraux de 1614 et bailly 
du Charolais en 1628 ; ce fut lui qui fit rebâtir le château de Saligny 
qu'il timbra de ses armes et de celles de sa femme. Il eut trois fils : 
le plus jeune, Claude, mourut sans postérité ; le second, Jean, che¬ 
valier de Malte, fut tué au siège de Saint-Antonin en Languedoc 
(1622), c’était le parrain de notre personnage. Restait l’alné, Gaspard, 
né le 10 juin 1590, pour continuer la maison. 

Gaspard de Coligny-Saligny épousa, le 17 novembre 1609, Jacque¬ 
line de Montmorin-Saint-Héiem, dont il eut deux fils, Gaspard et 


plat de la sienne. Coligny, accablé de douleur d'avoir si mal soutenu une si 
belle cause, mourut quatre ou cinq mois après d'une maladie de langueur. * 
(Mémoires de La Rochefoucauld, t. LI, page 391, de la collection Petitot.) 

(1) Ils furent inhumés lui et sa femme en l’ancienne église de la Motte au¬ 
jourd’hui détruite, et leur pierre tumulaire sert actuellement d'appui de 
fenêtre dans une modeste maison de la Varenne (commune de la Motte). 


Digitized by LaOOQle 



COLIGNY-SALIGNY 


59 


Jean. Il tintloujours parti pour le roi. Ce fut lui qui dirigea la défense 
de Cusset contre Gaston d'Orléans en Juin 1632. Richelieu l’en fit 
récompenser par le titre de comte de Saligny, puis par le gouverne¬ 
ment d’Autun. Nommé maréchal en 1637, il fut fidèle à Anne d'Au¬ 
triche et à Mazarin jusqu’à sa mort (8 mars 1651). Il avait acheté 
suivant acte de Revanger, notaire à Moulins, le 30 juillet 1620, la 
terre de Dôme, dont il fit l'apanage de son fils aîné; celui-ci prit le 
nom de marquis de Dorne (ou de l’Orne, comme écrivaient ses con¬ 
temporains) et fut tué au combat de Charenton en 1649. 

Le second fils de Gaspard de Çoligny-Saligny fut le Jean de Coligny, 
celui dont je vais vous parler. Il se fit tout d'abord appeler simple¬ 
ment Saligny, et ce ne fut qu'après la mort de son père qu'il prit le 
titre et le nom de comte de Coligny-Saligny. 

Comme il n’est qu'un cadet d'une branche cadette, ses débuts dans 
la carrière militaire sont assez durs. En sortant des pages de Riche¬ 
lieu. il entre à 17 ans comme simple soldat dans les gardes-françaises 
(compagnie de Rambure) et fait campagne sous les ordres du cardinal 
de la Valette. On sait que cette armée après avoir occupé Mayence 
et Bergem dut repasser le Rhin et battre en retraite sur Metz où elle 
fut licenciée. Coligny rentra à la Motte où il retrouva sa mère, qu’il 
□ avait pas vue depuis huit ans. En 1636, il accompagne son père en 
Artois puis entre à son grand déplaisir aux mousquetaires : il lui 
était pénible, nous dit-il, de monter la garde devant la porte du car¬ 
dinal, à lui qui, comme page, avait eu ses entrées dans les salons, 
puis ses camarades étaient gens grossiers ne se plaisant qu’au caba 
rel ou dans les mauvais lieux ; aussi, avec quel plaisir il obtint une 
lieutenance aux dragons en 1638, lors de l’organisation de ces corps, 
sorte d'infanterie montée, armée de mousquets et devant combattre 
bien plus à pied qu'à cheval. Immédiatement envoyé en Italie, il se 
distingua aux sièges de Novi et de Tortone. En 1611, il fut nommé 
capitaine au régiment d’Harcourt (cavalerie) avec lequel il passa, en 
1645. en Catalogne où il fut blessé au siège de Lérida. 

« J’y reçus un grand coup de pistolet au bas ventre, mon péché 
me sauva, car j’avais mon gousset gauche rempli de poulets d’une 
religieuse, ils soutinrent le choc de la balle qui, par ce moyen, ne 
fit que percer la peau. » 

En 1647, il fut avec son régiment en Flandre. Après l’échec du 
maréchal de Ranlzau contre le fort de Nieuvendam, ce fut Saligny 
qui sauva les débris de l’armée par sa défense à Dixmude ; le cardinal 
lui adressa une lettre de félicitation pour ce fait d’arme, mais cela 
ne l’empécha pas de l’envoyer quelques jours après à la Bastille pour 


Digitized by 


Google 



60 


SOCIÉTÉ D’ÉMULATION DU BOURBONNAIS 


avoir gourmandé un peu trop fortM. Gamin, intendant de Picardie. 
« Avec le seul régiment d'Harcourt Je battis l’avant-garde des Espa¬ 
gnols et Je rétablis les affaires, mais J'ai toujours été accompagné 
d'une destinée si bizarre que quand J’ai bien servi j’ai été maltraité 
et que quand Je méritais châtiment et la mort j’ai été le plus caressé. » 
A peine en liberté, au printemps de 1648, il retourne en Flandre où 
Condé venait de prendre le commandement, ayant pour aller ego son 
ami le jeune Cbâtillon, âgé de 27 ans et déjà maréchal de camp. 
Saligny lut des mieux reçu par son cousin qui le présenta au prince. 
11 retrouva aussi à l’armée son frère, le marquis de Dorne, maître de 
camp aux gendarmes de la reine. 

Après une suite de succès et d'insuccès à Ipres, à Tournay, à Os- 
tende, les armées française et espagnole se trouvèrent en présence, 
le 20août,entre Béthune et Lens. Vingt mille Espagnols, avec trente- 
huit caiîons, étaient solidement retranchés sur les hauteurs de Lie- 
ven ; Condé, qui ne disposait que de seize mille hommes et de dix- 
huit canons, jugea que c'était folie de les attaquer dans cette position, 
il feignit de battre en retraite ; l’ennemi, pour le poursuivre, descen¬ 
dit dans la plaine, c’est ce qu’il espérait ; il fit faire halte, puis volte- 
face à ses troupes et la bataille s’engagea ; suivant la tactique de 
l'époque, le prélude fut un combat de cavalerie pendant lequel Sali¬ 
gny, dans une sorte de cartel, tua un colonel ennemi, mais eut lui- 
mème un bras cassé d’un coup de pistolet. 

Châtilion, qui avait le commandement de toute l'infanterie, voyait 
déjà faiblir son centre, formé des gardes-françaises, lorsqu'il fut 
dégagé par une brillante charge des gens d’armes conduite par le mar¬ 
quis de Dorne ; prenant à son tour l’offensive, il chargea à la tète de 
toutes ses troupes et enleva l'artillerie espagnole. Grâce aux Coligny, 
Condé avait la victoire (1). 

En récompense, Châtilion, chargé de porter les trophées à Anne 
d’Autriche, fut nommé duc de Châtilion ; Saligny, lui, fut nommé 
par Condé mestre de camp du régiment d’Enghien. « C’est ce qui a 
causé mon attachement à lui et tout s’est terminé en une guerre mor¬ 
telle, d’une haine irréconciliable entre nous, car il me hait en diable 
et je le hais en diable et demi », écrivait-il dans ses Mémoires. 

La paix fut signée quelques jours après à Munster (29 octobre 1648). 

Pour soutenir cette longue guerre, Mazarin avait dû augmenter les 
impôts ; le peuple murmura, puis, à la voix du Parlement, se révolta. 
Paris se couvrit de barricades (26 août), la reine s’enfuit à Saint-Ger- 

(1) Histoire des Condés , par le duc d’Aumale, Lens, tome V, p. 246 et suiv. 


Digitized by 


GooQle 





CÛLIGNY-SALIGNY 


61 


main avec ses deux fils et le cardinal rappela Condé et son armée 
victorieuse : c'était la Fronde qui commençait. 

Les Parisiens, en outre de la fameuse cavalerie des portes cochères 
(ainsi nommée parce que chaque propriétaire de maison à porte co¬ 
chère devait fournir un homme monté et équipé à ses frais), avaient 
armé douze régiments d’infanterie auxquels étaient venus se Joindre 
deux mille déserteurs sous les ordres de Bernard de Chaulin. Condé, 
au lieu de faire le siège de Paris, en établit le blocus, pensant prendre 
les bourgeois par la famine. Le 8 février, Châtillon reçut l’ordre de 
s’emparer de Charenton qu'occupait Chaulin. Dès le début de l’action, 
les Parisiens firent une sortie à grand bruit de tambours et de trom¬ 
pettes et s'avancèrent jusqu'au bois de Vincennes, mais, pris de pa¬ 
nique, ils se retirèrent avant même d'avoir été engagés. Le combat 
n'en avait pas moins été des plus vifs à Charenton ; le Jeune duc de 
Châtillon y fut blessé et expira le lendemain, à Vincennes, fcntre les 
bras de sa femme ; le marquis de Dorne y fut tué raide à ses côtés. 
Bientôt Mazarin, craignant de s'ètre donné un maître en Condé vic¬ 
torieux, traita avec les Parlementaires et la paix fut signée à Saint- 
Germain le 30 mars. 

(A suivre.) G. Morand. 



Digitized by LaOOQle 




BIBLIOGRAPHIE 


Frémont (R. de). Les doléances financières du Tiers-État du 
Périgord en 1789, d’après les cahiers rédigés par les pa¬ 
roisses... — Bordeaux, 1910, in-8". 174 p. 

Voici une savante étude de notre confrère sur tout le système 
financier de l’ancien régime. L’auteur prend successivement chaque 
impôt, en fait l’historique, nous indique son origine, sa base, son 
mode de perception, ses abus, ce qui le discrédite et souvent un nou¬ 
veau mode de perception proposé. 

Dans l'introduction il cherche, peut-être un peu sommairement, 
les causes du mauvais état des finances royales, ciie les efforts 
faits par Loménie de Brienne et par Necker pour y porter remède, 
mais ne dit pas un mol de Turgot qui, lui, cependant, avait bien vu 
d'où venait le mal et avait voulu porter le fer rouge dans la plaie ; 
il avait été brisé par la coterie de la reine et des Polignac, car trop 
de gens de la cour vivaient de ces abus, notamment des lettres de 
créance. 

Après cette légère critique, revenons à l'ouvrage de M. de Frémont. 
Nous y trouvons une étude très fouillée des divers impôts de la 
taille, puis, comme impôts indirects, des aides, des traites, des ga¬ 
belles, du contrôle, des insinuations, du monopole du tabac, du droit 
de franc fief, etc. ; comme impôts en nature : des corvées, de la mi¬ 
lice, des convois militaires et du logement des troupes. 

Après les impôts royaux, il étudie les impôts seigneuriaux, les 
rentes foncières, les lods, le retrait féodal, les banalités, les péages 
et... le droit de cuissage (encore en usage, nous dit-il, àSaint-Sulpice 
de Roumagnac). 

Enfin, il consacre tout un chapitre aux finances ecclésiastiques, ce 
qui l'amène, après avoir parlé des dîmes, à dire quelques mots du 
traitement du clergé. 

Cet ouvrage a un intérêt tout spécial pour nous Bourbonnais qui 
ne pouvons nous livrer â la même étude ; les cahiers de doléances 
de notre province étant en grande partie perdus. M. Dénier a cepen¬ 
dant pu nous donner dernièrement le cahier de Bessay-le-Monial et 
M. Bodard celui de Cérilly. 

J’aurais voulu voir M. de Frémont terminer son travail par une 
comparaison des impôts de l’ancien régime avec les impôts actuels. 
Nous dire que bien souvent l'appellation a seule changé, qu’ainsi 
la taille est devenue la contribution foncière, les aides l’impôt sur 
les boissons, les traites les douanes, les gabelles les droits sur le sel, 
le sucre, etc., le contrôle l’enregistrement, les Insinuations les droits 








NÉCROLOGIE 


63 


de transcription aux hypothèques, les francs fiefs les droits de muta¬ 
tions, etc. 

. M. de Frémont nous montre que i'idée de l’impôt sur le revenu 
n'est pas nouvelle ; déjà, en 1789, dans plusieurs cahiers du Périgord 
on demande que la taille soit basée sur le revenu, dans plusieurs 
autres on demande, à l'exemple de Vauban. qu’elle soit un dime royal 
sur tous les produits du sol. Mais le eri général est l'égalité pour 
tous devant l’impôt, plus de privilège financier pour la noblesse et 
pour le clergé. G. Morand. 

Bujon (Ch.). En Italie. Journal des voyages d’Allnda Bru- 
namonti. — Paris, Fa'que, 1910, V, 406 p. 

Ce livre est un guide à travers l’Italie, mais un guide dont l’auteur 
est à la fois un poète sensible, une artiste intelligente et une huma¬ 
niste passionnée. Alinda Brunamonti. née en 1841, à Pérouse, d'un 
père fort érudit, écrivit, au bord du mélancolique lac de Trasimène, 
brillant « comme un miroir d’étain », ce journal de ses voyages à 
travers la Lombardie, la Toscane, les Marches et J’Ombrie, dont cha¬ 
cune des merveilles est analysée d’une émotion pénétrante que 
l’auteur sait faire partager au lecteur. Ces impressions n’étaient 
pourtant pas destinées au public ; ce n’était qu'un « album d'artiste ». 
M. Ch. Bujon a traduit, avec tact, ces confidences intimes ; le livre 
qu’il nous donne ainsi est à lire par tous ceux qui connaissent le 
pays du Dante, — et aussi par ceux qui l’ignorent. P. F. 




NÉCROLOGIE 


M. Albert Defaye. — Nous extrayons du journal Le Libéral, du 
dimanche 1" Janvier 1911, les lignes qui suivent, dues à M. Léon 
Tissier et consacrées à la mémoire de M. Albert Defaye, notaire à 
Dompierre, décédé le 25 décembre dernier. Notre président a déjà, 
en ouvrant la séance de janvier, résumé par quelques mots l’existence 
empreinte de tant de droiture élégante de notre regretté confrère, 
qui ne comptait parmi nous tous que d’afïeelueuses sympathies : 

«... Albert Defaye méritait, en effet, qu’on rappelât ce qu'a été sa 
noble existence. Possesseur d’une fortune qui lui eût permis de ne 
s’occuper que delà gestion de ses intérêts, il préféra se rendre utile 
aux autres en suivant la voie qui lui avait été tracée par les siens. 
Pendant trente années, il dirigea cette étude qui, durant soixante ans, 
avait été gérée par son père et par son aïeul et qu'il désirait pouvoir 
remettre lui-même à son fils. Doué de connaissances juridiques pro¬ 
fondes, complétées par une exquise distinction et une bonté parfaite, 
il était le guide le plus sûr et le plus aimable... Ses confrères de l’ar- 


Digitized by LaOOQle 



64 


SOCIÉTÉ D’ÉMULATION DU BOURBONNAIS 


rondissement rendirent hommage à ses qualités, en le nommant 
membre de la chambre de discipline aussi souvent que la loi le per¬ 
met et en l'appelant cinq fois aux fonctions de président. Dans ces 
délicates fonctions, il apportait constamment le tact qui lui était 
familier et trouvait toujours la solution élégante des difficultés, sou¬ 
vent ardues, soumises à ces assemblées confraternelles. Son souve¬ 
nir demeurera parmi ses confrères, comme il restera dans le cœur 
de tous ceux qui font connu... » 

HI. Brugière de Lamotte. — Des circonstances Indépendantes 
de notre volonté nous ont empêché jusqu’ici de décerner à notre 
confrère, depuis si longtemps membre de la Société, qui avait eu 
maintes occasions de l'apprécier à sa Juste valeur, l’hommage qu’ap¬ 
pelait tout naturellement le caractère de cet homme de bien. Une 
personnalité bien connue à Montluçon lui a consacré dans le Centre 
du 22 décembre 1909 un article dont voici le principal passage : 

« Le regretté défunt appartenait à une des familles les plus an¬ 
ciennes et les plus estimées de notre ville. Son grand-père, qui fut 
sous-préfet de Montluçon, sous lçi monarchie de juillet, était un 
archéologue distingué et a publié plusieurs mémoires intéressant le 
passé de sa ville natale. 

Son père exerça longtemps la médecine à Montluçon et mérita, par 
sa bonté, le titre de médecin des pauvres. 

M. Georges Brugière de Lamotte était donc « un vieux Montlu- 
çonnais » dans toute la force du terme. Né à Montluçon. il ne l’avait 
Jamais quitté que pour ses études de droit à Paris, après avoir fait 
ses humanités chez les Maristes de Montluçon. 

En 1870, il fit, avec les mobiles montluçoanais, la campagne d’Al¬ 
gérie. Toujours et partout il sut mériter l’estime et la sympathie de 
ceux qui l’approchaient, par la droiture de sou caractère, sa mo¬ 
destie, son affabilité, la distinction de son esprit et l’enjouement de 
sa conversation. 

Il aimait et cultivait les arts, surtout le dessin et la peinture où il 
avait acquis un vérilable talent. On lui doit des plaquettes très artis¬ 
tiques qui ont servi à illustrer divers ouvrages sur le vieux Mont¬ 
luçon. 

M. Brugière était un homme d’œuvre ; il était depuis fort long¬ 
temps le président de la Société de secours mutuels de Saint-Fran¬ 
çois-Xavier, dont tous les membres professaient pour lui une véri¬ 
table et respectueuse sympathie. 

Il aimait à faire le bien, mais sans ostentation, en véritable chré¬ 
tien qu’il était. 

C’est en vrai chrétien aussi qu’il a vu arriver la mort et qu’il Ta 
acceptée avec une résignation parfaite, dans la pleine lucidité de 
cette belle intelligence qu’il a gardée Jusqu’à la fin. 

A toute la famille que cette mort met en deuil, nous offrons nos 
condoléances. » 


Le Gérant : P. FLAMENT. 


Moulins. — Imprimerie Etienne AUclaire. 


Digitized by 




PROCÈS-VERBAL 


ASSEMBLÉE GÉNÉRALE DU 6 MARS 1911 


Présidence de M. Morand 

r 

E taient présents : M"* Françoise de Bonand, MM**‘ la M'*' de 
Champeaux, la V'” M d’Orcet, R. de Quirielle, la C'“" de 
Saint-Laumer, MM. le chanoine Berthoumieu, L. Boutal, le 
D r de Brinon, E. Capelin, R. Chabot, le chanoine Clément, Delaigue, 
Dénier, Flament, Frobert, L. Grégoire, Leutrat, Linglin, Queyroi 
et R. de Quirielle. 

— S'élaient fait excuser : MM. Joly, Milcent el Montagne. 

— En ouvrant la séance, le Président souhaite la bienvenue à ceux 
de nos confrères qui assistent pour la première fois à l’une de nos 
réunions. 

— Après lecture du procès-verbal, M. le chanoine Clément donne 
quelques renseignements complémentaires au sujet des cercueils de 
pierre découverts à Urçay ; ces renseignements lui ont été communi¬ 
qués par M' Grandjean, notaire. Notre confrère M. H. de Laguérenne 
donne d’intéressants détails sur cette trouvaille et sur celles anté¬ 
rieurement faites dans la même commune. 

— Dépouillement de la correspondance.— Lettres : de M. le général 
Pérez remerciant de l’avoir compris dans la liste des membres de 
droit de notre Société ; — deM. H. de Laguérenne remerciant de son 
admission ; — de M. Choussy donnant sa démission de membre titu¬ 
laire. — Autorisations de la municipalité de Montoldre et des divers 
propriétaires des châteaux dont la visite est projetée pour l’excursion 

5 


Digitized by LrOOQle 



66 


SOCIÉTÉ D'ÉMULATION DU BOURBONNAIS 


prochaine ; — de M. Montagne signalant que, dans son ouvrage sur 
le chevalier de Togues, seigneur de la Motte des Noyers, le seigneur 
de ce fiel est bien dénommé, quelquefois aussi, Charles de Saint-Aubin, 
comme l’indique M. Duchon d’après M. Révérend du Mesnil. 

— Ouvrages offerts. — M. de Quirielle, au nom de son fils, M. Jean 
de Quirielle, offre à la Société son dernier ouvrage récemment paru : 
L’homme qui fit parler les bêtes. La Société adresse ses remercie¬ 
ments aux donateurs. 

— Le président fait ensuite le compte rendu des publications re¬ 
çues : 

« La Société historique et scientifique des Deux-Sècres publie une 
biographie par M. Petiet, du comte de Sainte-Hermine, ancien dé¬ 
puté.— Cette étude est précédée d’une note généalogique bien incom¬ 
plète. Notre confrère M. Delaigue. dans sa Révolution à Saint-Menoux. 
nous en avait déjà donné une, M"' Andrée de Sainte Hermine, tante 
de l’ancien député en question, ayant été la dernière abbesse de Saint- 
Menoux au moment de la Révolution. Notre confrère le chanoine 
Moret avait lui aussi consacré quelques pages à M*' de Sainte-Her¬ 
mine dans son Histoire de Saint-Menoux. 

a Le Bulletin archéologique du Comité des Travaux historiques pu¬ 
blie une étude de M. Audollent, professeur à la Faculté des Lettres 
de Clermont, sur les tombes à incinération du musée de Clermont. 

« Dans les Mémoires de la Société historique du Cher, on peut lire : 
1“ une notice de M. Supplisson sur « le canon de Sancerre », pièce de 
4 en bronze sortie de la fonderie de canons de Moulins pendant la 
Révolution ; on y trouve des renseignements sur cette fonderie d’une 
durée bien éphémère et sur le conventionnel Noël Pointe, ancien 
ouvrier arquebusier, qui l’organisa ; inutile de rappeler que l’un des 
premiers actes de Pointe en arrivant à Moulins, en nivôse an II, fut 
de faire élargir quinze suspects que l’on se disposait à envoyer re¬ 
joindre les trente-deux victimes de Lyon. — 2° Une chronique du 
comte de Toulgoët : Les trois mariages de la dame de Ville-gougis ; 
l’héroïne de ce roman historique est Avoye de Chabannes, noble 
sinon vertueuse dame qui vécut de 1493 à 1542. Elle tenait au duc 
de Bourbon par la main gauche et autour d’elle s’agitent de nom¬ 
breux personnages de notre pays. Toutefois, je préviendrai les lec¬ 
teurs que cette chronique n’est peut-être pas complètement ad usum 
puellarum. 

« Le Bulletin de la Société pour la protection des paysages annonce 
un projet de modifications dans la législation du classement comme 
monument historique. Ce classement pourrait être fait en dehors et 
malgré les propriétaires. » 

— Le trésorier donne l’état des comptes de l’exercice écoulé et le 
projet de budget pour l’exercice suivant ; l’ensemble en est approuvé 
et M. le président se fait l’interprète de la Société pour adresser à 
M. Frobert les plus vifs remerclments pour son dévoué concours. 
Conformément à l’article 8 des statuts, nous donnons les comptes de 
l’exercice de l’année passée. 


Digitized by LaOOQle 




PROCÈS-VERBAL 


67 


COMPTE DE GESTION 1909-1910 
Recettes : 

Solde en caisse au 1" janvier 1910 .... 1.975 08 

226 cotisations de membres ac- \ 


tils à 12 francs.2.712 » I 

12 cotisations de membres cor- / 

respondants à 10 francs. ... 120 » > 3.310 45 

30 abonnements à 10 francs. . . 300 » I 

Vente de bulletins . 118 45 ] 

Intérêts de l'avoir. 60 » / 


Total des recettes. 5.285 53 ci. 5.285 53 


Dépenses : 


Imprimerie du bulletin et gra- \ 

vures. 1.657 85 

Frais de recouvrements et de j 

bureau. 143 40 I 

Bibliothèque. 60 50 \ 2.061 75 

Gens de service. 130 » L 

Souscription aux inondés. ... 50 » ! 

— Philippe Thomas. . . 10 » 

— du millénairedeCluny 10 » / 

Achat de 90 francs rente 3 •/. 2.930 85 


Total des dépenses. 4.992 60 ci. 4.992 60 


Solde en caisse. 


292 93 


— M. l’abbé Clément fait passer sous les yeux des membres plu¬ 
sieurs photogravures extraites de l'ouvrage de M. Bégule sur les vi¬ 
traux dans la région lyonnaise et qui donnent la vue de la chapelle de 
Bourbon, édifiée dans la cathédrale de Lyon par le cardinal Charles 
de Bourbon. Les sculptures, les vitraux reproduisent le monogramme 
et les dextrochères du cardinal, dans la même forme qu'on les trouve 
répétés plusieurs fois à la cathédrale de Moulins, dans le missel de 
Montbrison et sur la tapisserie du trésor de Sens. 

Enfin, il lit une note sur la composition des tissus dans les ver¬ 
rières de notre vieille collégiale, prouvant, par des comparaisons, que 
si les tissus qu'on trouve dans quatorze verrières sont de composition 


Digitized by LaOOQle 














•68 


SOCIÉTÉ D’ÉMULATION DU BOURBONNAIS 


française, les damas de la robe et de la tapisserie de fond de la jolie 
sainte Catherine du vitrail des ducs sont d'inspiration italienne et 
relèvent spécialement des cartons employés depuis le xiv' siècle par 
les ateliers de Lucques, qui sont d’origine persane. 

— M. Delaigue signale que, dans les déblais d’un terrain situé rue 
de Decize, anciennement rue des Carmélites, entre les numéros 26 
et 30, appartenant à M. Thibaud, boulanger, les ouvriers ont mis au 
jour un fragment de terre cuite revêtu d’une couche d’émail présen¬ 
tant une partie d’inscription funéraire : 

MONT CARMEL. . . 

SECOND COUVE. . . 

LE 27 AOUST 16. 

ANS ET DE. 

Requieacat . 

Cette épitaphe doit provenir de la tombe d’une ancienne carmélite 
décédée à Moulins, et il est à croire que cette terre émaillée est un 
spécimen de l’industrie moulinoise. 

— M. Dénier fait circuler une reliure aux armes d’Antoine d’Urfé, 
mort en 1594. qui est le complément de 1 ’ex-libris publié dans un 
numéro précédent. Cette reliure présente un intérêt d’autant plus 
grand que ce fer n’avait pas été signalé dans Y Armorial des Biblio¬ 
philes. 

— Sous ce titre : Les lettres de Jeanne d’Arc et la prétendue abjura¬ 
tion de SaintOuen , M. le comte de Maleissye a publié dans la Reçue 
des Deux Mondes (1911, I, p. 610-642) un travail qui, par certains 
côtés, offre pour nous un intérêt local. M. Delaigue en a fait un 
compte rendu dont il donne lecture et dont les conclusions, à savoir 
que Jeanne d’Arc avait appris à lire et à écrire pendant les trêves, 
ne lui ont pas paru soutenables. Il termine ainsi : 

a M. de Maleissye a fait certainement un effort méritoire, mais je 
crois qu’il a été gagné par le mirage de l’idée fixe et qu’il a confondu 
les apparences avec la réalité. Il n’a mis en avant aucune preuve 
sérieuse, ni même de ces demi-preuves dont on peut parfois consti¬ 
tuer un ensemble vrai. Sur les cinq lettres qu’il cite, il en possède 
trois, ce qui est, on en conviendra, une circonstance très propre à 
entretenir les illusions. » 

M. l’abbé Clément parle dans le même sens et, à ce propos, M*' la 
comtesse de Saint-Laumer signale que la Société archéologique 
d’Eure-et-Loir a eu aussi à s’occuper de cette question, sous l’inspi¬ 
ration de M. de Maleissye lui-même. 


Digitized by 


Google 





PROCÈS-VERBAL 


6a 


— M. Louis Grégoire fait circuler un volume assez rare de Claude 
Duret : Traité de la vérité des causes et effets des divers cours de la 
mer Ocèane, ouvrage orné d'un monogramme du xvn' siècle et ayant 
appartenu à Anquetil-Duperron. 

— Après avoir montré un sceau curieux aux armes des Bourbons 
trouvé récemment à Billy, M. Morand demande à la Société de fixer 
le jour de la prochaine excursion. La date du jeudi 22 juin est 
définitivement arrêtée. 

— Le Secrétaire donne lecture du projet de règlement Intérieur qui, 
mis aux voix, est approuvé en assemblée générale. 

M. Dénier donne ensuite connaissance d'une inscription relevée 
sur une pierre tombale de l’église de Souvigny ; celte épitaphe, placée 
à gauche de l'autel de Notre-Dame de Lourdes, est ainsi conçue : 

t 

Cy gist Jehan Sirot jadis 

CONSEILLER ET TRÉSORIER 
GÉNÉRAL DE MONSEIGNEUR 
LE DUC DE BOURBONNOIS ET 
d’Auvergne, et receveur des 
AIDES POUR LE ROI AU DIT PAYS 
LEQUEL TRESPASSA LE XU' JOUR 
DU MOIS DE DÉCEMBRE L’AN 
MCCCCLVIII. PRIEZ NOSTRE 

Seigneur pour luy. 

Jehan Sirot occupait les fonctions de trésorier général des finances 
depuis le 8 août 1439. fBlbl. nat., ms. de la collection Gaignières 654, 
1" registre de Bourbonnais, f* 51.) En reconnaissance des libéralités 
faites au monasière de Souvigny, un service annuel était célébré à 
la date anniversaire de sa mort ainsi qu'en fait foi l’obituaire de Sou¬ 
vigny à la date du II des ides de décembre : « Offlcium sollenne fiat 
pro honorabili viro Johanne Sirot, consilliario et thesaurario Karoli 
ducis Borbonii, qui dédit nobis annuatim quindecim libras turonensium 
annui et perpetui redditus. » 

— Sont élus membres titulaires : MM. Bargnoux et Jacques Pays. 

— Sont présentés comme membres titulaires : 

M' 1 ' Joséphine de Boisé de Courgenay, château de Chabenet, par 
Saint-Marcel (Indre), par MM. Dénier, le chanoine Clément et L. Gré¬ 
goire. 


Digitized by LrOOQle 



70 


SOCIÉTÉ D’ÉMULATION DU BOURBONNAIS 


M*' la C 1 "” Louis de Ronseray, 25, rue Paul-Bert à Moulins, par 
M" la C 1 "" de Saint-Laumer, MM. Boutai et Flament. 

M 11 * Thonier-la-Rochelle, 5, rue de la Croix-Verte à Montluçon, 
par M' 1 ' Léonie Duchet, MM. J.-B. Thonnié et le chanoine Clément. 

M. le D r Paul Benoit, à Saint-Gérand-le-Puy, par MM. Montagne, 
Morand et Dénier. 

M. le baron Desmaroux de Gaulmin, au château de Saint-Allyre, 
près Saint-Gérand-le-Puy, par MM. J.-B. Thonnié, H. Olivier et 
Morand. 

M. Duchollet de Costebelle, 87, rue Taitbout, à Paris, et château 
de Champfeu, à Avermes, par MM. Henry Frobert, Queyroi et 
Morand. 

M. Albert Grellet-Dumazeau, avocat général, 10, rue Duplat à 
Lyon, par MM. Tissier, J.-B. Thonnié et Morand. 

M. Orsel, notaire à Billy, par M*' la C"“* de Fradel, MM. R. de 
Quirielle et Morand. 

M. Georges Pégat, au château de la Croix-de-l’Orme, par M“' la 
C 1 "" de Fradel, MM. H. Olivier et Morand. 

M. Joseph Robin, propriétaire au Moulin-à-Vent, Yzeure, par MM. 
Dénier, Grégoire et Tiersonnier. 

M. le baron de Waldner de Freundstein, au château de Lévy 
(Allier), par M*'la C 1 "*' de Saint-Laumer, MM. Boulai et Flament. 

— Est présenté comme membre correspondant : 

M. Henri de Feydeau, contrôleur général de l’armée du cadre de 
réserve, 70, avenue du Maine à Paris, par MM. Flament, H. de Brinon 
et Queyroi. 

— L’ordre du jour étant épuisé, la séance est levée à 10 h. 3/4. 

M. D. 



Digitized by 




Ai A* A *A* *A» -A A A A A A A A 

Kysr^ySr 


Coup de main tenté a Hérisson en 1650 "' 


A u temps de la guerre civile suscitée par le prince de Condé, le 
sieur Simon Sanson, écuier, s. de Brie, qui s'était secrète¬ 
ment rangé dans son parti, entreprit de faire prendre la ville 
d’Hérisson. Sous prétexte de mettre à couvert ses meubles des incur¬ 
sions des troupes de ce prince, il demanda à M. François de Fou- 
gières, seigneur du Creux, qui, en sa qualité de capitaine châtelain, 
avolt la garde de cette ville, la permission de les faire transporter 
dans le château : le s. de Fougières, sans méfiance et ajoutant une foi 
crédule à son exposé, la lui accorda. 

Aussitôt le s. de Brie en prévient le s. Thomas de Méchalin, s. du 
Tilloux, qui étoit en garnison à Monrond, ayant des troupes sous ses 
ordres, et l’invite à venir seconder son projet. Tandis que celui-ci 
s’avance avec son régiment, le s. de Brie fait voiturer au château 
quatre grands coffres dans lesquels étoient renfermés des soldats 
armés au nombre de neuf à dix et contenants en outre des muni¬ 
tions de guerre. A peine furent-ils déchargés qu’il en fit sortir les 
soldats et s’empara avec eux de la cour et du devant du donjon du 
château. 

La femme du concierge, qui s'en aperçut, courut au donjon, en 
ferma la porte et appela du secours ; à ces cris, M. le chevalier du 
Creux, fils de M. de Fougières, accourt avec quelques particuliers et 
le s. de Brie et ses soldats se retranchent dans une petite tour, un 
combat s’engage entre eux. Le bruit de la mousqueterie et le son du 
tocsin de l'horloge donnent l’éveil aux habitans de la ville qui se 
rendent en grand nombre au château. Ayant trouvé le pont levé et 
barricadé, ils plantent des échelles, escaladent les murs, entrent dans 
le château et rompent les barricades. 

Alors le s. de Brie s’élance sur le chevalier du Creux et veut le poi¬ 
gnarder, mais celui-ci esquive le coup et saisit au corps son adver¬ 
saire. Tandis qu’ils étoient ainsi aux prises, le s. de Fougières père, 
qui étoit dans le donjon très incommodé de la goutte, se mit à une fe- 

(l)Ce court mémoire inédit, dû à G.-B. Perrot de Saint-Angel, nous a été 
communiqué par notre confrère M l,a Léonie Duchet, sa petite-nièce. 


Digitized by LaOOQle 



72 


SOCIÉTÉ D'ÉMULATION DU BOURBONNAIS 


nètre et, s'étant armé d'un fusil, couche en joue le s. Debrie ; celui-ci 
s’en étant aperçu lui crie : « Cousin, tu turas ton fils ! — N'importe, 
lui réplique le s. de Fougières, pourvu que je tue le traître. » Et de 
suite, il lâche son coup, dont le s. Debrie fut mortellement blessé. 

Il y eut dans cette action, du côté des ennemis, trois soldats de tués, 
les autres mirent bas les armes et furent faits prisonniers, et du côté 
des habitans il n'y eut que Claude Madet de tué. Le sieur Pierre 
Demay, écuyer, s. de Breuilly, lieutenant de la châtellenie, fit ensuite 
la visite des coilres et les trouva remplis de poudre, plomb, balles, 
mèches et de trois douzaines de grenades, faites en terre et char¬ 
gées. 

Le s. de Méchatin, qui s'était mis en embuscade aux abords de la 
ville, ayant été instruit que cette trahison était découverte, se retira 
du côté de Saint-Amand. 

(Pour perpétuer la mémoire de cette action, les habitans d’IIérisson 
firent la fondation suivante :) 


« Copie du titre de la fondation faite par les habitans d’Hérisson en 
l’église collégiale dudit Heu. 

Ainsi fut par les officiers du Roi, ecclésiastiques, sindics et babi- 
tans de cette ville d'Hérisson assemblés, résolu et juré serment de 
fidélité au service du roi, mourir plustot et perdre tous leurs biens 
que de s'en départir, garder ceste dite ville et château à son service 
et s'opposer vigoureusement contre les entreprises qui seroient faites 
par les garnisons de la forteresse de Montrond et autres lieux, leurs 
ennemis, se seroient resoux prendre les armes pour garder la dite 
ville et chateau, et, par exprès, le vingt-septième juillet 1650, Simon 
Sanson, écuyer, s. de Brie, et Thomas Méchatin, écuyer, s. du Til- 
loux. oublieux de leurs naissances et devoirs, par une insigne trahi¬ 
son et pratique faites avec les ennemis de cette dite ville, ayant fait 
entrer des coffres dans le château d’icelle, sous prétexte d'y serrer les 
meubles du dit Debrie. mirent des hommes dans les dits cofres, et 
par cette invention surprirent le château, à la réserve du château 
donjon, lequel étant vigoureusement défendu le dit Debrie et quelques 
soldats [furent] tués ou faits prisonniers. De quoi les dits officiers du 
Roi et habitans de cette dite ville, incertains de la dite surprise, se 
seroient résolus d’attaquer le dit château, ce qui leur auroit si favo¬ 
rablement réussi qu’ayant escaladé le pont, rompu la grille, coupé le 
verrouil, se seroient rendu les maîtres, si bien que, songeant au 
dehors, quelques particuliers, étant montés au haut du donjon, au- 
roient reconnu un gros de cavalerie posté dans le dessein de favori¬ 
ser la dite trahison.de quoi les dits habitants s’etant apperçu auroient 
sommé et obligé le sieur marquis de Persant en personne, comman¬ 
dant la dite cavalerie, comme il est certifié, par leur trompeté, de se 
retirer ; ayant ainsi assuré le château et ville, se résolurent en pre¬ 
mier lieu en rendre grâce au Tout-Puissant, ce qui fut sur le champ 
solennellement fait ; et, du depuis, s’étant glorieusement maintenu dans 
le dit service du Roi, contre tous les efforts et menaces de leurs enne- 


Digitized by LaOOQle 



COUP DE MAIN TENTÉ A HÉRISSON 


73 


mis et ce pendant une année, faisant réflexion de la haute et puissante 
protection spéciale et particulière du Très-Haut, se sont assemblé et 
ont avisé dans leur assemblée d’en marquer le jour d'icelui, le solem- 
niser comme le saint Dimanche par prières et vœux faits à Dieu, et 
afin gu’il soit pour eux et leurs descendants tenu et inviolablement 
gardé et observé, de faire une fondation autant que leur commodité 
peut le permettre, et de requérir le chapitre de celte dite ville la vou¬ 
loir accepter pour eux et les leurs et contribuer de leur part, comme 
il est dû, à cette divine protection. 

« Pour ce est-il qu’en sa personne M' Pierre Roueron, sindic de celte 
dite ville, de son gré et volonté et suivant le résultat des dits habi- 
tans, assemblés en corps en leur hôtel commun, ce jourd’hui vingt 
sixième juillet 1651, a constitué et constitue par ces présentes une 
charge annuelle et perpétuelle de six boisseaux seigle sur la dîme de la 
charité dè cette dite ville, à prendre et percevoir par les s" doyen et 
chanoines de l’église collégiale de Saint-Sauveur de cette diteville.aux 
charges et conditions de faire à pareil jour, 27' juillet, une procession 
générale qui, partant de leur église, sortira par la porte de la Varenne, 
ira montant autour des murailles et château, à la croix de Piraveau, 
et. au pied du donjon du dit château, faire une station, y faire les 
prières nécessaires en action de grâce de ce que l’on a été délivré de 
l’effet de la trahison des dits Debrie et Méchatin, ainsi qu’il est or¬ 
donné par la sainte Eglise en pareille rencontre, et pour la conserva¬ 
tion des dits habitans les prières jaculatoires et bénédictions accou¬ 
tumées, et après revenir an leur eglise par la porte du pont, où étant 
chanteront un Te Deum et grande messe en musique avec diacre et 
sous-diacre, les chanoines revêtus des plus beaux ornemens de 
leur église, icelle en l’honneur de saint Sauveur, patron de la dite 
église, avec le sufrage de la Vierge.de saint Loup, patron de cette dite 
ville, de saint Pantaleon et des sept dormans. jour de leur fête, et, 
pendant la levée du Saint Sacrement, chanteront un mottet en l’hon¬ 
neur et bien de la délivrance du château, et à la fin d’icelle messe, un 
exaudiat pour la prospérité et santé de Sa Majesté. Outre quoi, secélé 
brera par les dits sieurs vénérables une messe de mort basse, le len¬ 
demain à la mémoire et pour prier pour l’âme de Claude Madet, 
maître cordonnier, tué à la reprise du dit château, et faire par les 
dits sieurs vénérables pour la solennité du dit service, soit de mu¬ 
sique, orgue qu’autrement, tout ce qu’ils trouveront avantageux à 
cette fin. Sera offert par le sindic de cette dite ville un pain béni d’un 
boisseau froment. A quoi les dits sieurs doyen et chanoines ont ac¬ 
quiescé et accepté le traité des habitans. en présence de P’rançois 
de Fougières, écuier, seigneur du Creux, capitaine et châtellain d’Hé- 
risson, Pierre Lemire, s. des Jardins, procureur du rov, Pierre De- 
may, écuier. sieur de Breuilly. conseiller du roy, lieutenant général 
civil et criminel en la ville et châtellenie d’Hérisson ; et le dit Roue¬ 
ron, sindic, pour et au nom des dits habitans et leurs successeurs, a 
fait vœu à Dieu et juré sur les saints évangiles, icelles présentées 
par messire Gabriel Luylier, chanoine, revêtu d’habits sacerdotaux, 
au devant du grand et principal autel de la dite église, de garder 
et inviolablement observer le jour vingt-septième juillet comme le 
saint dimanche et assister à la procession générale et service qui 
sera fait par les dits sieurs chanoines en leur église en commémo¬ 
ration de ce que Dieu, par sa toute puissante main, les a gardé et 
délivré de la main de leurs ennemis, en foi de quoi ils ont signé les 
jours et an que dessus. » 


Digitized by 


Google 



, ï , ï'ï r »f. 3E**"4 3E*SE*3?3u^ 


Uqe page de l’Hi5toire d’Ebreuil 


L e 5 décembre 1743, mourait à Ebreuil messire Jean-Baptiste 
Massillon, «prêtre licencié, archidiacre et chanoine de la cathé¬ 
drale de Clermont, vicaire général de Mgr l’évêque, conseiller- 
aumônier du Roi »,abbé commendataire de l'abbaye royale de Saint- 
Léger d’Ebreuil. Il était le neveu du célèbre prédicateur promu en 1717 
à l'évêché de Clermont. 

Le successeur à Ebreuil de messire J.-B. Massillon fut l'abbé 
Jacques-François-Paul-Aldonce de Sade, originaire de Provence. Fort 
Jeune, il avait été vicaire général de l'archevêque de Toulouse, puis, 
en 1735, de l'archevêque de Narbonne, et ses talents et la considéra¬ 
tion dont il jouissait l’avaient fait charger d’une mission à la cour 
par les Etats du Languedoc. Placé en 1744 à la tète du monastère 
d'Ebreuil, le nouvel abbé s'occupa plus de littérature que des inté¬ 
rêts de son abbaye. Les Remarques sur les premiers poètes français et 
les troubadours , les Mémoires pour la vie de François Pétrarque qu’il 
commençait à publier d'après les traditions de sa famille, l'absor¬ 
baient davantage que les discussions matérielles de son administra¬ 
tion et le souvenir charmant d’une de ses aïeules, la belle Laure de 
Noves, la dame « aux beaux cheveux blonds et bouclés », muse de 
Pétrarque, ménageait à sa plume des images plus riantes que les 
comptes de son bénéfice (1). D’aucuns prétendent également que le 
chagrin causé par la mort d’une amie dévouée, M*' de La Popeli- 
nière, fut un nouveau motif à sa retraite, à son indifférence et à son 
mépris des choses d’ici-bas. Il séjourna peu dans le palais abbatial 
des bords de la Sioule et se retira bientôt dans son château de Sau- 
mane près Avignon, où il mourut en 1778. 

Bref, quelles qu’en soient les raisons, c’est pendant la durée de son 
administration que commence le déclin du couvent des Bénédictins. 
Par ses dépenses exagérées et par sa négligence, l’abbé de Sade com¬ 
promit les intérêts de la célèbre abbaye qui, peu à peu, perdit quantité 
de petites rentes ou redevances grossissant les revenus des Pères. 
Une de ces redevances consistait en un droit de péage qui se parta- 

(1) Laure de Noves, immortalisée par Pétrarque, avait épousé en 1325 
Hugues de Sade, dit le Vieux, syndic d’Apt en 1348. Les traditions recueillies 
sur elle par l’abbé de Sade sont curieuses, mais manquent d'authenticité. 


Digitized by 


Google 



UNE PAGE DE L’HISTOIRE D’EBREüIL 


75 


geait entre l’abbaye et les habitants de la ville : d'après l'abbé Bou¬ 
dant, ce droit aurait été supprimé en 1745 (1). 

La suppression de ce droit est exacte, mais ce qui l'est moins, c'est 
sa date. Ce n’est pas en 1745, mais seulement sept ans plus tard, en 
1752, qu'un arrêt du Conseil d’Etat du Roi interdit ce droit de barre 
ou de péage ; en voici d'ailleurs le texte intégral : 

« Arrest du Conseil d'Etat du Roi 

« qui fait défenses au sieur abbé de l'abbaye de Saint-Léger 
d'Ebreuille, généralité de Moulins, et aux habitans de ladite villed’y 
percevoir des droits de péage ; et déclare qu'il n’a point été statué sur 
les droits, si aucuns sont dûs, sur les bestiaux amenés dans la ville 
pour y être vendus ou consommés, ni sur les droits de foire ou de 
marché. » 

« Du 20 juin 1752. • 

« Extrait des registres du Conseil d'Etat. 

a Vu par le Roi, étant en son conseil, les titres et pièces représentés 
en exécution de l'arrêt rendu en icelui le 29 août 1724, et autres ren¬ 
dus en conséquence, et de l'arrêt interlocutoire du premier avril 1749, 
signifié le 27 mai suivant, par le sieur de Sade, abbé de l'abbaye de 
Saint-Léger d’Ebreuillî. se prétendant en droit de percevoir moitié 
d’un droit de péage ou barre, sur le pont et en la terre et seigneurie 
d'Ebreuille. généralité de Moulins, l'autre moitié appartenante aux ha¬ 
bitans dudit lieu ; savoir, etc..., conclusions du sieur Maboul, maître 
des requêtes procureur général de Sa Majesté en cette partie ; Vu aussi 
l’avis des sieurs commissaires nommés par ledit arrêt du Conseil du 
29 août 1724,et autres rendus en conséquence ; Ouï le rapport et tout 
considéré, le Roi étant en son Conseil, conformément à l'avis desdits 
sieurs commissaires, fait très-expresses inhibitions et défenses audit 
sieur abbé de l’abbaye de Saint-Léger d'Ebreuille, et aux habitans de 
ladite ville, de percevoir aucun droit de péage, sous quelque déno¬ 
mination que ce soit, sur les voitures, bêtes de somme, bestiaux, 
denrées et marchandises qui y passent debout, sous les peines por¬ 
tées par les ordonnances. Déclare Sa Majesté qu'il n'a point été statué 
par le présent arrêt sur les droits, si aucuns sont dûs, tant audit 
sieur abbé qu'auxdits habitans et communauté d'Ebreuille, sur les 
bestiaux amenés en ladite ville, pour y être vendus et consommés, 
ni sur les droits de foires et de marché, attendu que lesdits droits ne 
sont pas sujets à la vérification ordonnée par l'arrêt du Conseil du 
29 août 1724. Fait au Conseil d'Etat du Roi, Sa Majesté y étant, tenu 
pour les finances, à Versailles, le vingt juin mil sept cens cinquante- 
deux. Signé : Phelvpeaux. » 

Tel est cet arrêt qui dorénavant fixera un léger point de l'histoire 
du monastère d’Ebreull. Treize ans plus tard, à Compiègne, le roi 
Louis XV signera un autre édit et cette fois pour la dislocation de 
l’antique abbaye des Bénédictins qui, cependant, était jadis l’objet 
de la sollicitude des papes et de la munificence des rois. Ce sera le 
premier glas qui sonnera pour cette illustre fille de saint Benoit, la 
Révolution de 1789 se chargera d'en tinter le dernier. 

Max Boirot. 


(iy Histoire d’Ebreuil, par l'abbé Boudant, page 11. 


Digitized by LrOOQle 



COMGNY-jgADIGNY 

(1617-1080) 

(Suite et fin) 


Dix-huit mois se passèrent en intrigues. A l'hiver 1649 « le vieux 
renard » persuada à Condé d’envoyer ses quatre tégiments personnels 
prendre leurs quartiers d’hiver dans les provinces dont il avait le 
gouvernement : le régiment d’Enghien dont Saligny était maistre de 
camp lut envoyé en Limousin, le régiment de Condé (cavalerie) en 
Berry, les deux régiments d'infanterie Persan et Condé, dont Saint- 
Micaud était colonel, en Bourgogne ; puis, croyant faire un coup de 
maître, le cardinal fit. le 18 janvier, arrêter et conduire au donjon de 
Vincennes les chefs de ses opposants, Condé, Conli, Longueville et 
Beaufort. 

Saligny était à Limoges chez son oncle l’évêque de La Fayette lors¬ 
qu’il apprit l’arrestation de Condé. Il forma de suite le projet de réu¬ 
nir les deux régiments de cavalerie qui étaient dans les environs, de 
passer en Bourgogne, d’y rallier les deux régiments d’infanterie 
Condé et Persan et de marcher sur Paris pour délivrer les princes. 

Il se mil immédiatement en route et entra en Bourbonnais à la tête 
de deux mille chevaux. En arrivant à Montluçon, il apprit que son 
cousin Saint-Géran, gouverneur de la province, avait pris parti pour 
Mazarin (les deux partis se réclamaient bons et fidèles sujets du roi) 
et se disposait à lui disputer le passage par Moulins ; changeant de 
route, il fut avec six cavaliers s’emparer de Vichy, ce qui lui permit 
de faire passer l'Ailier, alors en crue, à toutes ses troupes sur le pont 
de cette ville, mais il n’osa y séjourner à la nouvelle que Laferté- 
Imbaud. qui occupait Riom (1), venait de se mettre à sa poursuite ; 
continuant sa route, il passa le 1" février au Donjon (2), alla franchir 


(\) Ces troupes avaient été envoyées à Riom pour réprimer une révolte 
des paysans qui refusaient de payer la taille (ordonnance du 7 octobre 16491. 
12) Registres paroissiaux du Donjon. 


Digitized by tcjOOQle 





COLIGNY-SALIGNY 


77 


la Loire au gué de Cée, en amont de Digoin, puis, prenant par la 
Clayette, rejoignit la Saône à Belleville ; remontant alors la vallée, 
il lut faire sa jonction avec le comte de Tavannes à Seurre. 

Entre l'Ailier et la Loire, Laferté-Imbaud, le futur maréchal 
d’Etampes, le serrait de si près qu’à Givardon il lui enleva un page 
et un trompette qui, étant du pays, avaient voulu s'arrêter quelques 
heures chez leurs parents. Fort heureusement pour Saligny, faute 
d’ordres, a les Mazarins » n’osèrent entrer en Bourgogne et s'établirent 
au Donjon, où ils étaient encore le 15 mars « mettant à mal hôtes et 
hôtesses » (1). 

En Bourgogne, le comte de Tavannes, à la nouvelle de l'arrestation 
des princes, avait essayé dès le 23 janvier de soulever Dijon, mais il 
avait été chassé de la ville par son oncle le marquis, lieutenant du 
roi, et, après un échec à Is-sur-Tille, il avait dû se réfugierà Seurre, 
qu'occupait Salnt-Micaud, lieutenant-colonel du régiment de Condé 
(infanterie), tandis que le régiment de Persan, tout au moins en par¬ 
tie, refusait de suivre son colonel. 

Le 16 février, le duc de Vendôme, nommé gouverneur de Bour¬ 
gogne au lieu et place de Condé, avait fait son entrée à Dijon, où il 
fut bientôt rejoint par le roi, la reine et Mazarin ; ayant reçu l'ordre 
d'attaquer Seurre, il en commença le siège et le cardinal y conduisit 
le jeupe roi ; à la vue de cet enfant de douze ans, les troupes con- 
déennes refusèrent de combattre et jetèrent bas les armes au cri de 
« Vive le roi ! » Saint-Micaud et Tavannes durent capituler le 18 avril. 
Aux termes de cette capitulation, les troupes condéennes devaient 
être licenciées et les officiers, après avoir donné parole de ne plus 
servir contre le roi, devaient se retirer sur leurs terres. Saligny se 
trouvait compris dans cette capitulation, il se retira au château de la 
Motte-Saint-Jean, mais, assez froidement reçu par ses parents qui 
tous tenaient pour la reine, il ne fit qu'embrasser sa mère déjà bien 
malade (2) et prit la route de Montrond-sur-Cher où venait d’arriver 
la princesse de Condé. 

Immédiatement après l’arrestation de Condé, sa mère, sa femme, 
son fils âgé de sept ans avaient reçu l’ordre de se retirer à Chantilly, 
qui devint de suite un centre de galanteries, d'intrigues et de conspi¬ 
rations où, parmi toutes ces belles Précieuses, M" la duchesse de Châ- 
tillon tenait la première place. Craignant pour elle et son fils, la prin¬ 
cesse s'évada dans la nuit du 14 au 15 avril et alla se réfugier en son 
château de Montrond, près de Saint-Amand-sur-Cher. 

(4) Registres paroissiaux du Donjon. 

Elle mourut à la Motte le 21 août 1650. 


Digitized by LaOOQle 




78 


SOCIÉTÉ D’ÉMULATION DU BOURBONNAIS 


Ce château de Montrond, aujourd’hui en ruine, était alors une vé¬ 
ritable forteresse d'où l’on pouvait commander au Nivernais, au 
Bourbonnais et au Berry, et d’où l’on pouvait agir soit vers la Bour¬ 
gogne et l’Allemagne, soit- vers la Guyenne et l’Espagne. Il se com¬ 
posait d’un vaste bâtiment de trois étages, appuyé par un donjon de 
cent vingt pieds de haut et était entouré de jardins, de vergers, de 
bosquets, compris dans une enceinte de plus d’une lieue de tour,avec 
des fossés alimentés par le Chignon. 

Dès son arrivée à Montrond (1), la princesse s'occupa d’organiser 
la défense de la place en y réunissant armes, vivres et munitions ; dès 
le 20 avril, elle écrivait aux présidiaux de Moulins et de Bourges pour 
les déterminer à prendre parti pour elle, ce à quoi ils se refusèrent ; elle 
convoqua alors tous ses partisans; bientôt, plus de cinq cents répon¬ 
dirent à son appel et se réunirent à Saint-Amand ; grâce à eux, elle 
put faire occuper les villes voisines, notamment Cérilly, Ainay-le- 
Chàteau et Hérisson. Ce qui lui manquait le plus, c'était l’argent : 
elle écrivit à sa tante, la duchesse de Montmorenci (2), qui venait 
d’entrer chez les Visitandinesà Moulins. La pieuse femme lui répon¬ 
dit qu'elle avait rendu à sa famille d'Italie tous les biens qui en 
venaient, qu’elle avait fait don du surplus de ses immenses richesses 
aux pauvres ou à son couvent, enfin qu’elle ne pouvait plus faire 
qu’une seule chose : prier Dieu ! C'était peu. On lança des coureurs 
pour piller et rançonner, il en vint même jusqu’aux portes de Mou¬ 
lins, où ils enlevèrent l’un des échevins, pour lequel la ville dut com¬ 
poser (3). 

Après la capitulation de Seurre, les Condéens arrivèrent en bien 
plus grand nombre à Montrond ; François de Ventadour, marquis de 
Persan, y arriva avec quarante officiers et cinq cents hommes de son 
ancien régiment et le 4 mai Saligny avec cent cavaliers. A peu près 
en môme temps, on apprit que le comte de Paluau venait à marches 
forcées du Poitou avec des troupes mazarines pour faire le siège de 
Montrond ; d'autre part, le duc de Bouillon pressait la princesse de 
venir avec son fils le rejoindre pour se mettre à la tète des révoltés 
de Guyenne, ce qu’elle décida de faire. A qui laisserait-elle le com- 

(1) Voir Mémoires de Lenet, t. LUI de la collection Petitot. 

(2) Marie-Félicie des Ursins, veuve d'Henri de Montmorenci, avait été ar¬ 
rêtée après l'exécution de son mari à Toulouse en octobre 1632 et envoyée 
prisonnière au château de Moulins ; mise en liberté après la mort de Richelieu 
en 1645, elle étéit entrée à la Visitation où elle fit ses vœux en septembre 
1657. La mère de Condé, Charlotte-Marie de Montmorenci, était la sœur 
de son mari. 

(3j Mémoires de Gaspard comte de Chavagnac, p. 79. 


Digitized by LaOOQle 




COLIGNY-SALIGNY 


79 


mandement de Montrond ? 11 fut question de Saligny, mais, sur la 
remarque que son cousin Saint-Géran était gouverneur du Bourbon¬ 
nais, que son père le maréchal de Coligny était peut-être avec Paluau, 
on lui préféra Persan. 

Le 10 mai, sous le prétexte d’une chasse au chevreuil suivie de 
dtner et de bal, la princesse réunit tous ses officiers, au nombre de 
plus de cent vingt, au château. A minuit sonnant, elle fit son entrée 
dans la salle de bal en costume de voyage, tenant le jeune duc d'En- 
ghien par la main, et annonça son départ immédiat pour le Poitou, 
exhortant tout le monde à faire son devoir et à obéir à Persan comme 
à elle-même ; puis, montant en voiture avec son fils et deux de ses 
femmes sous l'escorte de cinq ou six cavaliers, dont Coligny, Lenet 
et son écuyer Vialas, elle partit tout en recommandant de bien fer- 
merles portes et de ne laisser sortir qui que ce soit du château avant 
le lendemain soir, tant sa confiance en ses gens était grande. Elle 
prit la route du Poitou, mais, un peu avant Châteaumeillant,.elle 
descendit de carrosse avec son fils qu’elle confia à Vialas, donna 
ordre à sa voiture avec ses femmes de continuer route sur la Châtre 
et monta elle-même en croupe derrière Saligny sur le Brézé, un fa¬ 
meux cheval qui lui venait de son père. 

Après avoir dîné à Vierzac et passé le Cher à Chambon, la petite 
troupe arriva à la nuit à Marcillat. Coligny alla demander gîte à 
M. La Garde, seigneur du lieu, qui lui fit bon accueil, sans même 
s’inquiéter qui il était. En le voyant arriver avec une femme en 
croupe, M" La Garde ne douta pas que ce fussent deux époux, et 
elle ne leur fit préparer qu’un seul lit. Coligny dut prendre la dame 
à part pour lui expliquer que « la jeune veuve » avec laquelle il voya¬ 
geait n’était pas encore sa femme, mais simplement sa fiancée, qu'il 
enlevait, a Oh ! qu’à cela ne tienne, répondit M* e La Garde, j'ai 
Ju stement un prêtre ici, je vais le faire appeler, il bénira votre union 
et vous ferez votre première nuitée sous mon toit. » Coligny et la 
princesse se récrièrent, ils ne voulaient pas d’un mariage clandestin, 
ils préféraient attendre quelques jours ; et, après avoir, pour mieux 
jouer leur rôle de fiancés, échangé quelques tendres baisers, la prin¬ 
cesse alla seule occuper le lit, tandis que Coligny allait coucher à la 
paille, avec le Brézé. Le lendemain, dès l'aurore, ils partirent dans 
le même équipage, avant le réveil de leurs hôtes, dînèrent à Saint- 
Agoulin, près Aiguepérse, passèrent l'Ailier au bac de Dallet, en 
amont du Pont-du-Château, et arrivèrent le soir au château de Mon- 
taigu-Listenois, près Billon, où la marquise de Bouillé leur fit bon 
accueil. Le 12, l'étape fut encore plus longue, mais la princesse de 


Digitized by LaOOQle 



80 


SOCIÉTÉ D’ÉMULATION DU BOURBONNAIS 


Condé et son Gis purent la faire en grande partie en voiture ; on 
coucha à Lempdes (Haute-Loire). Le 13, il fallut reprendre les cde- 
vaux, la route devenant plus mauvaise ; après avoir dîné à Bras, près 
Murat, on fut coucher à Dienne, chez Montboisier-Canillac. En arri¬ 
vant, la princesse et son 01s étaient si las que, bien qu'on vint leur 
dire que le duc de Bouillon les attendait avec huit cents cavaliers à 
Mauriac, il leur fut impossible de se mettre en route avant le lende¬ 
main midi. Ils dînèrent à Vaumier (seigneurie d’Apchon) et rejoi¬ 
gnirent le duc à Neussargue. Le 15, la petite troupe était reçue à 
Turenne avec les honneurs royaux. 

Après quelques jours de repos, de fêtes et d'orgies, on se rendit à 
Bordeaux, qui venait de se révolter et avait chassé son gouverneur, 
le duc d'Epernbn. C’est pendant ce trajet que se passa un incident 
qui devait avoir la plus haute importance sur la destinée de Saligny. 

L’histoire veut que tous les Condé aient été malheureux en mé¬ 
nage ; le grand Condé ne Ot pas exception à la règle, et l'on sait que 
sa femme, Claire-Clémence de Maillé-Brézé, après avoir toujours 
passé pour coquette et légère, mourut enfermée à Châteauroux, à la 
suite d'une aventure galante avec l'un de ses pages, le jeune Ra- 
butln. 

Que s'était-il passé, pendant la longue chevauchée en Auvergne, 
entre Coligny et la princesse, en dehors des quelques complaisances 
auxquelles celle-ci avait dû se prêter à Marcillal pour mieux Jouer 
son rôle de Gancée ? Rien, bien certainement, et Coligny, en parfait 
galant homme, dit à deux reprises dans ses mémoires que jamais 
il n'aurait osé lever les yeux si haut ; il ajoute même qu'il était déjà 
pourvu de Miss Gerbier, l'une des ûlles d'honneur de la princesse, 
« qui, en fait d’honneur, n'en avait que le nom ». Peu importe, on 
jasa dès leur arrivée à Turenne ; ce fut bien pis quelques jours après. 
Entre Brive-la-Gaillarde et Bordeaux, Saligny crut s’apercevoir que 
le Gis du comte de Clermont-Lodève, le jeune marquis de Cessac, se 
montrait très assidu auprès de la princesse ; il lui en üt reproche, 
d'où querelle suivie d'un duel où Cessac fut tué. Ce ne fut, il est 
vrai, que trois ans après que Condé eut connaissance de cette his¬ 
toire. 

Peu après l'arrivée de la princesse de Condé à Bordeaux, Mazarln, 
la reine et le roi vinrent, le 2 août, assiéger cette ville. Coligny se 
distingua pendant ce siège et la princesse le nomma elle-même maré¬ 
chal de camp de ses armées ; puis l’on traita à Castillon le 1" octobre. 
D’après ce traité, les Condéens devaient se retirer sur leurs terres, ce 
qui fait dire à Coligny : « Mais ceux qui n’en avaient point, comme 


Digitized by LaOOQle 



COLIGNY-SALIGNY 


81 


moi, furent bien empêchés, car mon père ne me voulut point voir et 
jamais homme ne fut plus embarrassé de sa personne que moi. » 

Fort heureusement, la fortune tourna : 

Mazarin dut s'exiler ; en partant, il alla ouvrir les portes de la pri¬ 
son de Condé (21 février 1651). Quelques jours après, le comte de 
Coligny mourait à Paris (8 mars 1651), ce qui permit à son fils de se 
retirer sur ses terres : on le voit le 15 juin signer sur les registres 
paroissiaux de Saligny comme parrain et il s'y qualifie de « général 
des armées du prince de Condé ». Anne d'Autriche, pour se l’attacher, 
fit faire des démarches auprès de lui : après l’avoir nommé gouver¬ 
neur d’Autun au lieu et place de son père, elle lui fit oflrir la lieute¬ 
nance de ses gardes ; Mazarin, allant plus loin, lui fit offrir la main 
de sa nièce, Hortense Mancini ; mais le nouveau comte de Coligny- 
Saligny voulut rester fidèle à Condé, et peu après nous le retrouvons 
avec Tavanne, à la tête de quinze cents hommes, allant rejoindre les 
Espagnols à Slenay. Leurs troupes désertèrent en partie et ils n’avaient 
plus qu’un millier de soldats lorsqu'ils furent attaqués par six mille 
cavaliers royaux.au moment du passage de la Meuse à Belle ville. 
Ce passage d’un fleuve en présence de l'ennemi est certainement 
l’une des belles manœuvres de notre général. Sur son ordre, l'infan¬ 
terie passa au gué, ayant de l'eau jusqu'aux aisselles, et alla prendre 
position sur la rive opposée, pendant que les seize escadrons, divisés 
en deux lignes, se retiraient par échelons ; lorsqu'il ne resta plus 
qu'une ligne sur la rive gauche, quatre escadrons se Jetèrent au grand 
trot dans le fleuve, tandis que les quatre autres tenaient tête à l’en¬ 
nemi, puis, se mettant eux-mêmes à l’eau, ils continuèrent à com¬ 
battre jusqu'au milieu du fleuve, soutenus par les feux de l’infan¬ 
terie. 

En mars 1652, Coligny reçut la mission de conduire cinq mille 
hommes, surtout des Espagnols, de Flandre jusque sur les rives de 
la Loire. Après s’être emparé de Mantes par surprise, il rejoignit 
Condé à Jargeau, entra avec lui à Montargis le 2 avril et prit part à 
la bataille de Bléneau (7 avril) ; mais, tandis que le prince revenait 
sur Paris se faire battre au faubourg Saint-Antoine (2 juillet), il fut 
envoyé, à la tête de douze cents cavaliers, au secours de Montrond, 
assiégé depuis le 16 octobre 1651. Le comte de Paluau occupait Salnt- 
Amand et serrait la place de très près ; Persan, à bout de ressource, 
avait, le 15 août, signé une capitulation par laquelle il s'obligeait à 
se rendre s’il n'était pas secouru avant le 1" septembre. Lorsque Co¬ 
ligny se présenta, il trouva les lignes bien gardées, et, n'ayant que 
des cavaliers avec lui, après un léger échec, il fut forcé de se retirer ; 

6 


Digitized by 


Google 



82 


SOCIÉTÉ D’ÉMULATION DU BOURBONNAIS 


il remit le commandement de sa troupe à son second, Briaide, et se 
réfugia à Saligny. Après la prise de Montrond, Paluau, qui avait reçu 
le bâton et pris le nom de maréchal de Clérambauld, vint à Saligny 
avec quelques cavaliers lui donner ia chasse, il dut se cacher dans 
les bois ; Clérambauld, quoique appartenant à un parti contraire, 
avait toujours été son ami ; il entra dans le château de Saligny, y 
dîna et, en partant, laissa une lettre pour le maître de céans, le priant 
d'avoir à quitter immédiatement le Bourbonnais. Coligny n'en fit 
rien et Clérambauld dut revenir à Saligny : « Je fus obligé une 
seconde fois de me retirer dans les bois, il ne fit encore nul désordre 
et, ce qui est plaisant, c’est qu'il logea dans les villages de mes voi¬ 
sins, sans vouloir toucher aux miens, dont ils criaient comme des 
enragés et ils avaient raison. » 

La Fronde était finie, Mazarin était rentré plus puissant que jamais 
à la cour, il renouvela ses démarches auprès de Coligny, Le Tellier 
lui fit les offres les plus avantageuses et il semble avoir hésité : le 
13 mars 1654 il est de nouveau parrain à Saligny, où il prend le titre 
de général des armées du roy ; puis, tout à coup, il quitte son ch⬠
teau de la Motte avec cinquante chevaux, emportant toute sa vais¬ 
selle plate, tout l'argent qu'il peut réunir, et va rejoindre Condé à 
Péronne, au milieu des troupes espagnoles, où pendant cinq ans il 
servit contre la France. 

A la bataille des Dunes (14 juin 1658), notre général commandait le 
centre de l’armée de Condé. Celui-ci, vaincu, allait être fait prison¬ 
nier, son cheval venait de s'abattre, lorsque Coligny se porta en per¬ 
sonne à son secours ; il fut blessé et fait prisonnier ; il obtint de 
se retirer sur parole en son château de la Motte, où il ne séjourna 
que très peu du reste,ayant été peu après échangé contre le maréchal 
d'Aumont ; il retourna en Flandre, où il resta jusqu'au traité des Pyré¬ 
nées (7 novembre 1659). L’une des clauses de ce traité autorisait tous 
les officiers de Condé à rentrer en France et leur maintenait leurs 
grades. 

La réconciliation officielle entre Condé et Louis XIV eut lieu à 
Avignon ; le prince partit de Lyon en bateau, accompagné de ses 
principaux officiers, et Coligny était du nombre. L'accueil fut un peu 
froid à l’égard de Condé ; le roi demanda au contraire que Coligny 
lui fût présenté et le fit asseoir près de lui, Mazarin ne parlait que par 
lui, Anne d'Autriche le réclamait en ces termes : « Où est ce Coligny, 
que je l’embrasse. » Tout cela n’était pas fait pour calmer la jalousie 
de Condé, aussi, en quittant Avignon, la brouille était-elle complète 
eqtre eux : le prince lui enleva le commandement de son régiment 


Digitized by 


Google 



COLIGNY-SALIGNY 


83 


d'Enghien et s'opposa à ce qu'il fût fait chevalier du Saint-Esprit, 
enfin refusa de lui verser douze mille livres qui lui étaient dues pour 
la solde à l'armée du roi d'Espagne. 

C’est à cette époque, en 1661, que Coligny épousa Anne Conchonde 
Maupas. Peu après son mariage, se trouvant en présence de Condé 
dans la chambre même d'Anne d'Autriche, à Fontainebleau, une 
querelle des plus violentes éclata entre eux, Coligny ne parlait de rien 
moins que découper la gorge au prince. Il en appela au roi, qui,l’ayant 
en haute estime, chercha un moyen honorable de l'éloigner de la 
cour. 

Les Turcs venaient d'envahir la Hongrie, l'empereur Léopold I" 
Implorait le secours de la France ; Louis XIV donna à Coligny le 
commandement en chef de l’armée qu'il envoyait sur le Danube (1). 

Notre général se rendit immédiatement à Metz, où se concentrait 
cette armée, composée de six régiments d’infanterie et de quatorze 
escadrons, de cavalerie, auxquels vingt-six autres escadrons, qui 
hivernaient alors à Modène et à Parme, devaient venir se joindre à 
Vienne même, en traversant la Vénétie. Il lui fut donné comme ma¬ 
réchaux de camps les comtes de La Feuillade et de Podwitz, et pour 
intendant M. Robert, parent de Louvois ; cent vingt jeunes gens des 
premières familles de France vinrent se mettre sous ses ordres 
comme volontaires. 

Cette armée quitta Metz le 17 mal 1664, alla franchir le Rhin à 
Spire le 31 et atteignit le Danube à Danawerth, en aval d’Ulm. Pen¬ 
dant que la cavalerie suivit les rives du fleuve, l’infanterie le descen¬ 
dit, montée sur des bateaux. En arrivant à Vienne, les Français 
lurent reçus bien plus en ennemis qu'en amis ; on leur ferma les portes 
delà ville. Léopold se crut obligé d’offrir un banquet et une chasse aux 
offieiers à Edelsdof, mais quelle chasse ! Desmadry écrivit à ce sujet 
à Louvois : « Nous allâmes à Edelsdof, où l'empereur avait fait pré¬ 
parer une chasse, ou plutôt le meurtre de trois cerfs, que de gros 
limiers terrassaient après avoir été tirés par l'empereur, qui, aussitôt 
qu'ils étaient à terre, allait leur fourrer son épée dans le corps. » 

Immédiatement après avoir été rejoint par la cavalerie venant 
d'Italie, on reprit route et, le 24 juillet, Coligny faisait sa jonction 
avec l'armée allemande à Salnt-Gothard. Montecuculli, qui en avait 
le commandement, ne disposait pas de plus de 25.000 hommes ; le 


(1) Voir Histoire de Louvoie, par le colonel Roussit, t. I, p. 35 et sui¬ 
vantes ; voir aussi Batailles françaises, du général Hardy de Perini, t. IV, 
p. 256 et suivantes. 


Digitized by LaOOQle 



84 


SOCIÉTÉ D'ÉMULATION DU BOURBONNAIS 


margrave de Bade avait le commandement de l'armée des cercles, 
tandis que le prince de Hohenlohe commandait les troupes de l’em¬ 
pire. Les Turcs, au nombre de plus de quatre-vingt mille hommes, 
avec une cavalerie qui passait à bon droit pour la première du monde, 
avaient déjà traversé le Danube et ne se trouvaient plus qu'à trente 
lieues de Vienne, sur la rive droite du Raab, petit fleuve qui prend 
sa source près de Gratz et coule du sud au nord, mais dont les eaux 
étaient alors si basses qu'on pouvait partout le passer à gué. 

Trois jours après l’arrivée des Français, Montecuculli exécuta une 
reconnaissance avec toute sa cavalerie. Coligny lui demanda de l’ac¬ 
compagner avec douze cents chevaux et ses volontaires. On se trouva 
subitement en présence des Turcs, qui traversaient le lleuve ; les 
Allemands n'avaient pas d’infanterie avec eux, Coligny fit immédia¬ 
tement mettre pied à terre à ses hommes et leur fit engager le combat, 
ce qui donna le temps à Montecuculli d'organiser une charge et de 
culbuter l’ennemi dans le fleuve. 

Ce général, tenant à présenter un front égal à celui de l’ennemi 
sur le Raab, avait dû, vu son infériorité, laisser de longs intervalles 
entre ses divers corps de troupe. Les Français, appuyés au couvent 
de Saint-Gothard, formaient l'extrême gauche ; à une assez grande 
distance, les troupes des cercles formaient le centre et, à une lieue 
plus au sud, les troupes de l'empire formaient la droite. Telles 
étaient les dispositions depuis trois jours, lorsque, dans la nuit du 
31 juillet au 1" août, Coligny crut s'apercevoir que l'ennemi élevait et 
armait une forte batterie sur la rive droite face à la position du centre. 
11 fit aussitôt prévenir le margrave, mais celui-ci. qui était au lit. 
refusa de se lever. Dès l’aurore, les Turcs commencèrent à passer le 
fleuve et, à dix heures, attaquèrent : les troupes des cercles prirent 
la fuite, trois régiments impériaux, envoyés à leur secours, furent 
cernés dans Grossdorf et complètement détruits malgré leur belle 
défense. Les Turcs, après avoir occupé ce village, s’y retranchèrent 
solidement ; bientôt, ils y furent attaqués par toute l’aile droite de 
l’infanterie allemande. Jusqu’à cet instant, les Français étaient restés 
inactifs à'Saint-Gothard. A la demande de Montecuculli, Coligny, 
laissant Podwitz avec deux régiments pour garder Saint-Gothard, se 
porta, avec ses quatre autres régiments et toute sa cavalerie, à l’at¬ 
taque de Grossdorf par le nard; il allait forcer l’entrée du village, 
lorsqu’on vint lui dire que les Turcs restés sur la rive droite pas¬ 
saient le fleuve en face Saint-Gothard et allaient écraser Podwitz ; il 
commit la faute de passer le commandement de ses troupes déjà 
engagées à La Feuillade et de revenir en personne à Saint-Gothard ; 


Digitized by LaOOQle 




COLIGNY-SALIGNY 


85 


là, voyant de suite que ce n'était qu’une fausse attaque, il retourna à 
Grossdorf, mais, lorsqu'il arriva, la bataille était gagnée. Les Turcs 
devant la double attaque des Français et des Allemands, craignant 
d’être cernés à leur tour, avaient essayé de repasser le Raab et 
avaient été accablés sous les feux de l’artillerie. « Le Raab devint un 
cimetière flottant, toute notre armée est devenue pêcheuse et on ne 
saurait dire toutes les richesses qu’on a trouvées sur les noyers. » 
(Lettre de Coligny à Louvois.) 

Montecuculli annonçant sa victoire écrivit à l'Empereur : « Les 
troupes françaises ont fait merveilles ; on doit la louange de cet heu¬ 
reux succès aux deux généraux français MM. de Coligny et de La 
Feuillade, le premier s’étant porté partout pour donner au succès les 
ordres nécessaires, et le dernier qui commandait la cavalerie ayant 
mis pied à terre pour assister l’infanterie. » De son côté, Coligny 
écrivit à Louis XIV : « Nous avons aujourd’hui pu voir deux choses 
opposées : la valeur des Français et la poltronnerie des Allemands ; 
aujourd’hui la France a sauvé l’Empire, car sans les Français il n'y 
aurait pas un Allemand qui eut sa tète présentement sur ses 
épaules. » 

Ce succès nous avait coûté cher, plus de six cents morts, le dixième 
de l'effectif ; parmi les blessés était le propre neveu de Coligny, le 
jeune marquis de Saligny ; pour trophée, nous avions onze canons (1) 
et plus de cinquante étendards. 

La reconnaissance a toujours été chose lourde à porter : si, dans la 
noblesse et le monde militaire allemands, on ne parla que par Coli¬ 
gny, si l'on se disputa ses portraits dont, grâce à l’obligeance de 
M. le marquis Des Méloizes, l’un des descendants de notre général, il 
m’est possible de mettre sous vos yeux un exemplaire, dans le peuple 
la haine contre les Français ne désarma pas. Au portrait on opposa 
une gravure populaire représentant Montecuculli avec ses Allemands 
massacrant les Turcs, tandis que dans un coin les Français restaient 
simples spectateurs. 

Les Turcs, après leur défaite, battirent en retraite ; l’Empereur 
traita avec eux, le 9 août, à Temaswar, sans même en aviser ses alliés, 
et Louis XIV mécontent rappela ses troupes. Si le voyage à l’aller 
avait été pénible, le retour ne fut qu’une marche triomphale. Au pas¬ 
sage à Vienne, Léopold fit offrir cent mille livres aux généraux fran¬ 
çais, ceux-ci lui firent répondre qu’ils ne recevaient de l'argent que 

(1) Quatre de ces canons, donnés par Louis XIV à Coligny, ornaient 
encore la terrasse du château de la Mothe à l’époque de la Révolution. 


Digitized by LnOOQle 


86 


SOCIÉTÉ D’ÉMULATION DU BOURBONNAIS 


de leur roi ; ou dut convertir les florins en diamants qui lurent accep¬ 
tés. L’armée était, le 28 octobre, à Presbourg, traversait, le 31, le 
Rhin à Spire, et était licenciée le 8 Janvier, à Metz. 

Coligny se rendit immédiatement à Versailles où il fut des mieux 
reçu par le roi ; celui-ci affecta de le garder plus de trois heures 
près de lui pour lui faire narrer ses exploits, mais il fut plus froide¬ 
ment reçu par Le Tellier, mal disposé par suite d'une querelle entre 
le général et son intendant. A la cour Condé était tout-puissant, on 
affecta de dire que La Feuillade avait tout fait, que Coligny était 
absent lors de la bataille, enfin il n'eut pas la récompense sur laquelle 
il comptait : le bâton de maréchal de France, et mécontent il se retira 
à la Motte-Saint-Jean. 

Aux débuts de la guerre de Dévolution (1667), Coligny revint à 
Versailles demander un commandement ; il était à peu près oublié. 
Louvois lui répondit que certainement il ne voudrait pas aller en 
Franche-Comté sous les ordres de Condé, et qu'en Flandre, sous 
Turenne, il n'y avait plus de place pour lui, le maréchal d’Aumont 
ayant déjà l’aile droite et le prince de Conti l’aile gauche. Louis XIV 
le reçut un peu mieux, lui exprima le regret de n’avoir aucun 
commandement à lui donner et pour calmer son ressentiment il lui 
offrit de l'accompagner comme volontaire dans la maison du roi ; c'est 
ainsi qu'il assista aux sièges de Tournai, de Douai et d'Oudenarde ; 
mais le rôle de courtisan, les courbettes devant la Montespan ou la 
La'Vallière n’étaient pas dans le caractère de notre général, bientôt 
il demanda à se retirer, aussi M"' du Bouchet pouvait elle écrire, le 
10 janvier 1668, au comte de Bussy : « On ne parle non plus de notre 
ami Coligny dans le nombre des officiers généraux nommés pour 
servir que s’il y avait cent ans qu’il fût mort. » 

C’était la retraite à 50 ans, c’était l’oubli ! Coligny rentra à la Motte 
où il ne s'occupa plus que de ses affaires personnelles, disant simple¬ 
ment non sans dépit : « Je termine ma vie avec un esprit gaillard 
dans un corps usé. » 

La succession de son père, mort en 1651, n’avait pu encore être 
réglée par suite de la minorité des enfants du marquis de Dorne, son 
frère. Aux termes d’un acte reçu Mesnard, notaire à la Motte, 
le 30 juin 1673, Jean de Coligny, qui avait droit du chef de son père 
à la moitié de la baronnie de la Motte, racheta les droits de son neveu 
et de sa mère sur l'autre moitié ; il en ût faire le terrier le 30 juin, 
et flt rebâtir presque complètement le château. 

Le vieux château-fort de la Motte, construit au x' siècle par le 
comte Hugues de Chalon et dont il avait confié la garde aux premiers 



COLIGNY-SALIGNY 


87 


sires de La Motte, avait été en partie détruit et incendié par les Ecor- 
cheurs lors des luttes entre les ducs de Bourgogne et de Bourbon, 
vers 1434 ; il avait été réparé par Jean Lourdin de Saligny qui en 
avait timbré l'entrée de ses armes (aux trois tours avec le collier de 
la toison d'or en sautoir) ; son gendre, Marc Lourdin de Coligny, y 
avait fait ajouter par Rlbournier, le grand architecte de Bourgogne, 
une aile en pierre rouge dans le plus beau style de la Renaissance. 
On admire encore une frise avec des entrelacs où les armes des Co¬ 
ligny (à l'aigle déployé) alternaient avec la date 1565 et les armes des 
Saligny ( aux trois tours) qui en proviennent (1). 

Coligny-Saligny fit raser tout ce qui restait du vieux burg féodal 
et le fit remplacer par une magnifique construction style Louis XIV 
en pierre jaune. Puis il occupa ses loisirs, ses longues soirées d’hiver, 
à écrire les mémoires où j’ai tant puisé, et, par une bizarrerie, sans 
doute pour mieux assurer leur conservation, il les écrivit sur les 
marges du missel de la chapelle de son château. 

En voici les dernières lignes écrites à l’automne 1685. 

« Peut-être voici la dernière fois que j'écris dans ce livre, me 
voyant sur le point de partir pour aller voir mes enfants à Paris, après 
avoir essuyé trois mois de goutte, ce qui a achevé de me mettre à 
bas. Il n’y a pas d’apparence que je puisse revenir ici : Je n’y trouve 
plus de foin pour mes chevaux et j’ai tant fatigué mes corvéables à 
me charrier mon bois, mon vin, mon blé et mes fournées qu’ils ne 
peuvent plus y fournir. Il me faut les laisser reposer car, en ce pays 
de montagne où ma maison est située, les charrois sont plus pénibles 
qu'ailleurs, joint que les rivières, qui ont été grandes toute l'année, 
m’ont empêché de rien tirer de mes gens qui sont en grand nombre 
de l’autre côté de la Loire. J’attends un temps un peu plus doux, un 
peu de beaux chemins, et un peu de santé pour m’en aller d’ici. » 

Coligny fit son voyage etre vint à la Motte, mais ce fut pour y 
mourir le 16 avril 1686, à l'âge de 68 ans, 3 mois et 20 jours. 

Par son testament daté de la Motte, le 29 novembre 1682, il deman¬ 
dait à être enterré dans la chapelle du château de la Motte avec le 
moins de cérémonie que ce pourrait et que ses héritiers fissent bâtir 
un hôpital à la Motte-Saint-Jean. 

Ce testament se termine par des conseils aux arrivistes de toutes 
les époques et par une dernière plainte de son cœur ulcéré: 


(1) Des restes de cette construction, notamment une statue, une cheminée, 
une porte et la frise en question, se voient actuellement chez M. Poncet, à 
I* Varenne, commune de la Motte. 


Digitized by LaOOQle 



88 


SOCIÉTÉ D ÉMULATION DU BOURBONNAIS 


« Je conseille à tous ceux qui verront ceci, s'ils veulent être plus 
soigneux de l'utile que de l'honnêteté, de s'attacher toujours aux 
ministres de préférence à tout, même au roi, car qui est bien avec le 
ministre est bien avec le roi ; je ne m'en repens pas quoique je m'en 
suis fort mal trouvé. 

« Je ne me suis jamais plaint que d'un homme, que de ce b. 

et ingrat prince de Condé. » 


G- Morand. 



Digitized by LaOOQle 





Quelques Ex-iris intéressant le Bourbonnais 



hV j Hd’luuhrqur Jr > 

/ ■' tHôpital Sdturtr 
ti v,._ J* 


; 


Ebreuil, chef-lieu de canton de l'arrondissement de Gannat, dépen¬ 
dait autrefois de l'Auvergne ; son monastère créé au x' siècle, érigé 
en abbaye en 1080, fut en 1765 transformé en hospice. Sur l'initiative 
de Juste Vialard, provincial et vicaire général de l’ordre de la Cha¬ 
rité. l’hôpital succéda à l'abbaye de Saint-Léger, par un brevet donné 
par le roi à Compiègne, en juillet de cette môme année. 

La direction de cet établissement fut confiée aux religieuses de 
Saint-Jean de Dieu, ordre qui dirigeait déjà l’hôpital de Moulins 
depuis 1628 et celui deGayette depuis 1694. La nouvelle communauté 
composée de quatre membres vint s’installer à Ebreuil en 1766. 

L’hôpital fut placé sous le vocable de saint Juste, qui figure dans 
ses armoiries. 

(Collection X. de Chavagnac.) M. D. 

• • « 


Digitized by LaOOQle 



90 


société d'émulation du bourbonnais 



Michel-Henry Ferrand, écuyer, seigneur de Fontorte (paroisse de 
Monteignet), fils de Michel-Amable et de Jeanne-Antoinette de Rehez 
de Sampignv, naquit en 1753 et fut baptisé à Riom le 24 Janvier de 
la même année. 

Officier au régiment Roval-Navarre cavalerie, il fut convoqué en 
1789 à l’assemblée de la noblesse de Riom. 11 avait épousé à Saint- 
Saturnin-les-Montagnes, le 17 janvier 1785, Françoise-Catherine d’An- 
glars, fille de Barthélemy, chevalier, seigneur de Saint-Saturnin et 
de Jeanne Neyron. 

Répandue au xvr siècle dans la région de Gannat, installée à Fon¬ 
torte de 1642 à 1883, cette famille posséda en outre en Bourbonnais : 
les Ecossais et Champagnat (paroisse de Bresnay), la Garenne (pa¬ 
roisse de Monteignet) et, en Auvergne, la Tour-Saint-Vidal. 

Les Ferrand portent : Ecartelé aux 1 et 4 d'or , au lion de sable, 
aux 2 et 3 d’asur à trois coquilles d’or. 


Digitized by LaOOQle 






QUELQUES EX-LIBRIS BOURBONNAIS 


91 


Comme le vicomte de Bourbon Busset, auquel nous avons consacré 
une précédente notice, Michel-Henry Ferrand, quand vint la Révolu¬ 
tion, eut soin de recouvrir son ex-libris par la vignette moins héral¬ 
dique et moins compromettante que nous donnons ci-dessous. 



BIBLI OTE q'JE 


Son petit-fils, Alphonse Gilbert, né en 1830. époux d'Alice de Frétât, 
vendit Fontorte, en 1883, au baron du Peyroux et mourut à Cellule 
(Puy-de-Dôme), le 1" mai 1893, sans postérité mâle. 

(Collection de M'" Léonie Duchet.) 

M. D. 


« • é 


Digitized by LaOOQle 
















92 


SOCIÉTÉ D'ÉMULATION DU BOURBONNAIS 



Ce n’est pas à proprement parler un ex-libris bourbonnais que 
nous reproduisons ci-dessus, car son possesseur, Louis de Chaume- 
jean, marquis de Fourille, habitait la Touraine ; mais la famille de 
Chaumejean est originaire de notre province ou nous la rencontrons 
au xv' siècle en possession des fiefs de Chaumejean, Givry et Fou¬ 
rille. La terre de Fourille en Bourbonnais fut érigée en marquisat en 
1610 pour Biaise de Chaumejean, capitaine d'une compagnie du ré¬ 
giment des gardes ; son fils Michel ayant commandé pour le service 
du roi dans les provinces de Touraine s’y fixa. Il mourut à Paris en 
1644 ; sa postérité continua à résider en Touraine. En 1662, le marquis 
de Fourille ayant été obligé de vendre son fief du Bourbonnais, le 
roi érigea en sa faveur en marquisat de Fourille la baronnie d'Au- 
vrigny-ia-Touche (Indre-et-Loire). 

Dans l'armorial de Guillaume Revel, Colas de Chaumejehan porte : 
d'argent à la croix ancrée de sable, chargée en cœur d'une coquille du 
champ ; devenus marquis de Fourille, les Chaumejean portèrent : 
d'or à la croix ancrée de gueules. 

(Collection M. Dénier.) M. D. 

9 0 0 


Digitized by 


Google 




QUELQUES EX-LIBRIS BOURBONNAIS 


93 


«• -w 

«• A/o +* 

W* 7V ' +4 

g Antoine DOMINIQUE 5 

«* DE LA GaUGUIERE, 2 


M- 

«• Confeiller 
w* 

«• Moulins 1777. 

w* 


au Préfidial de 


44 

44 




Cet ex-libris typographique est celui d’Antoine Dominique de la 
Gauguière, s' de la Gauguière et Beaurosier, conseiller et procureur 
du roi au présidial de Moulins et sénéchaussée de Bourbonnais, 
pourvu de cette charge le 25 mai 1774, en remplacement d’Etienne- 
Yves Barbara de Boncourt. Son ancêtre, Pierre Dominique, avocat 
en parlement, fut compris à l’Armorial général et y reçut d’office le 
blason suivant : D’argent à un taureau de gueules passant sur une 
terrasse de sinople, au chef dentelé de sable, chargé de trois besants 
partis d’or et d'asur. (Registre de Moulins, I. n* 346). On trouve de 
nombreux membres de cette famille dans les registres paroissiaux 
de Verneuil. 

(Collection M. Dénier.) 

M. D. 


» « « 


Digitized by UaOOQle 



BIBLIOGRAPHIE 


L’Avenir de l’Agriculture et le Socialisme agraire. — Tel 

est le titre d'une intéressante brochure que vient de faire paraître 
notre confrère M. J. Viple, docteur en droit, diplômé des sciences 
politiques (Gannat, 1910, 38 p., in-18). Dans la première partie, l'auteur 
expose la doctrine et le programme du parti socialiste et les moyens 
employés pour faire la conquête du paysan ; il résume avec impar¬ 
tialité les principaux arguments du socialisme agraire récemment 
développés à la Chambre par M. Compère-Morel : absorption de la 
petite propriété par la grande, concentration et domination capita¬ 
liste, augmentation de la dette hypothécaire rurale, extension du 
prolétariat agricole, et indique les méthodes que préconisent les 
chefs du parti, pour arracher le paysan à cette nouvelle féodalité, 
c'est-à-dire socialisation des grands domaines capitalistes, expropria¬ 
tion par la nation des gros propriétaires, etc. Il conclut cet exposé en 
constatant qu’on a oublié de préciser le plan de cette organisation 
future de l’agriculture dans la société collectiviste. 

Dans la deuxième partie, M. Viple examine et réfute les théories 
socialistes ; en réalité, dit-il, la petite propriété rurale n'est pas, 
comme on le prétend à tort, en décroissance ; si les petites exploita¬ 
tions ont diminué en nombre — ce qui est dû en grande partie à la 
diminution de la natalité — elles ont augmenté en étendue ; la con¬ 
centration capitaliste est une erreur historique, « de plus en plus la 
terre va à celui qui la cultive et c'est justice ». La dernière enquête 
sur la situation de la propriété en France accuse une augmentation 
de ia petite propriété dans quarante-deux départements et en parti¬ 
culier dans l'Ailier. Mais cette petite propriété, soi disant respectée 
par les socialistes, finirait logiquement, en régime collectiviste, par 
être absorbée et abandonnée à la collectivité. 

On pourrait peut-être reprocher à l’auteur de la brochure un opti¬ 
misme un peu exagéré : l'amour du paysan pour la terre est-il de 
nos jours aussi profond qu’il l'aflirme, et ne voyons-nous pas au 
contraire augmenter de plus en plus l’abandon des villages et l'émi¬ 
gration vers les villes ? Le prolétariat rural va-t-il en décroissant ? 
L'accession à la petite propriété est-elle si facilement réalisable ? 


Digitized by Google 




BIBLIOGRAPHIE 


95 


M. Viple préconise avec raison les lois nouvelles sur le bien de famille 
et le crédit à long terme, mais ces lois trouvent-elles dans nos cam¬ 
pagnes de nombreuses applications ? Toutes les critiques de l’école 
socialiste ne sont pas injustifiées quand elles signalent les charges 
écrasantes qui pèsent sur le monde agricole, et l'augmentation de la 
dette hypothécaire rurale. 

Pourquoi passer sous silence les causes qui favorisent le dévelop¬ 
pement du socialisme agraire, et qui ne sont pas toutes d’ordre éco¬ 
nomique. La question sociale, a-t-on dit, est aussi une question morale. 
Quels moyens indique-t-on pour retenir aux champs les cultivateurs 
et les a enraciner » sur la terre dont ils se désafifectionnent de plus 
en plus ? Si le socialisme fait miroiter des espérances chimériques, 
il faut opposer des solutions pratiques et immédiatement réalisables 
aux problèmes qu'il est impuissant à résoudre. — Il faut travailler à 
refaire une organisation du travail, ayant pour base le syndicat et 
l'association professionnelle. C’est le seul moyen, croyons-nous, 
d'améliorer le sort des travailleurs ruraux, d’équilibrer les deux 
forces, capital et travail ; de défendre les intérêts professionnels et 
économiques des cultivateurs, et de garantir à chacun la justice à 
laquelle il a droit. N’est-ce pas aussi la meilleure barrière à opposer 
au socialisme agraire ? 

G. M. 

Inventaire sommaire des archives départementales anté¬ 
rieures & 1790... Puy-de-Dôme, archives civiles, série C, tome V. 
— Clermont, 1910, in-4*. 

L'inventaire ci-dessus, dû à M. Rouchon, archiviste du Puy-de- 
Dôme, analyse les articles 6260 à 7275 de la série C qui, tous, con¬ 
tiennent des documents provenant de l'intendance d'Auvergne. Il 
serait superflu d’insister sur l’intérêt que ce fonds présente pour le 
Bourbonnais, principalement dans les parties qui concernent les 
routes, les rivières d'Allier et de Loire, les mines. L’article 6264 con¬ 
tient des pièces sur le personnel des ponts et chaussées à la fin du 
XVIII' siècle, les ingénieurs Faullain, Mauricet, Lomet ; l'art. 6291 
(états du roi), un mémoire de subdélégué sur le chemin de Riom à 
Montaigut-lès-Combraille, par le pont de Menât situé dans l’élection 
de Gannat (1730) ; l’art. 6333, une lettre de 1724 sur le mauvais état 
de la route de Paris, entre Bessay et Aigueperse ; les art. 6391 et 
suivants, d’intéressants renseignements sur la route de Paris au 
Puy, par Thier3, au xvm' siècle ; l’art. 6471, des lettres sur les ponts 
de Saint-Pourçain et de Moulins (1686-1753) ; les art. 6869 à 6879 ont 
trait à la rivière d’Allier. Le dépouillement de ce fonds, si riche en 


Digitized by LaOOQle 




96 


SOCIÉTÉ D’ÉMULATION DU BOURBONNAIS 


documents de tout genre pour les deux derniers siècles de l’ancien 
régime, laisse de bien amers regrets sur les destructions désolantes 
qu’a subies jadis notre pauvre londs de l’intendance de Moulins, 
aujourd’hui si mutilé. 

P. F. 

Jean de Quirielle. L’homme qui fli parler les bêles, conte. 
Paris, A. Méricant, éditeur, rue du Pont-de-Lodi. —Notre confrère, 
M. Jean de Quirielle, vient d’enrichir la littérature bourbonnaise 
d’un nouveau volume. Après Sistres et tambours, contes au titre 
sonore, et son roman si discuté de Province bohème, il nous donne 
un nouveau conte : L'homme qui fit parler les bûtes. Vais-je vous le 
dire, ce conte ? Nenni, vous pourriez me prendre pour une de ces 
bêles que lit parler un singulier docteur quelque peu meneur de 
loups... et vous ne liriez pas le livre. Or, Justement, si je vous en 
parle c’est pour vous le faire lire. Je me bornerai donc à vous dire 
que j’ai lu ce conte avec intérêt, que M. Jean de Quirielle s’y affirme 
avec une note personnelle très caractérisée et dans un style sobre, 
clair, qui m’a séduit. 

Vous y verrez aussi que notre compatriote s’y montre de son pays. 
C’est chez nous, sur la frontière bourbonnaise-forézienne que la scène 
se passe, aussi trouverez-vous çà et là d’alertes descriptions d'une 
régioq que nous aimons tous pour son charme et son pittoresque. 
Ainsi envoûtés comme de vulgaires bêtes, prêtes à parler comme 
celles du docteur Barrail (un des personnages mis en scène par 
M. Jean de Quirielle), vous ne pourrez vous dispenser de suivre 
mon exemple et, comme moi, après l'homme qui fit parler les bêtes, 
vous voudrez lire l’homme qui pouvait ne pas mourir ... et mourut 
tout de même, mais par sa propre volonté, las d’une existence sans 
fin où il restait seul. 

Pour quatre-vingt-quinze centimes, on peut voguer aux pays mer¬ 
veilleux de l'hypnotisme et de la sorcellerie ; on s’évadera un instant 
du terre à terre de la vie quotidienne. Donc, nul ne voudra se priver 
de goûter à l'élixir composé par Jean de Quirielle, présenté par l’édi¬ 
teur sous une forme suggestive et avec un frontispice qui pour le 
moins intrigue. 

T. 

Le Gérant : P. FLAMENT. 


Moulins. — lmp. Etienne Auclairb. 


Digitized by 


Google 





PROCÈS-VERBAL 


SÉANCE DU 3 AVRIL 1911 


Présidence de M. Morand 

'r 

E taient présents : MM. le chanoine Berthoumieu, L. Boutal, 
D' de Brinon, E. Capelin, A. Cordez, E. Delaique, Dénier, 
Faulquier, Flament, Garmy, L. Grégoire, Leutrat et Tier- 

SONNIER. 

— Excusés : MM. R. Chabot, le chanoine Clément, Joly et Pays. 

— En ouvrant la séance le Président souhaite la bienvenue à 
MM. Cordez et Garmy, qui assistent pour la première lois à l’une de 
nos réunions. Il annonce ensuite la perte que la Société vient de faire 
en la personne de M. Louis Mazzia, artiste peintre, décédé à la Pa¬ 
lisse ; il se fait l’interprète de notre Compagnie pour adresser nos 
plus vives condoléances à la famille de notre confrère. 

— Dépouillement de la correspondance. — Lettres : de M. Pays 
remerciant de son admission et s’excusant de ne pouvoir assister à la 
réunion de ce jour ; — de M. de La Chauvinière, qui propose à nou¬ 
veau qu’il soit fixé une somme pour le rachat de la cotisation an¬ 
nuelle ; la Société statuera sur cette demande dans son assemblée 
générale de novembre ; — de M. C. Grégoire, informant que le con¬ 
seil municipal de Saulcet a entrepris les démarches pour obtenir le 
classement de l’église de cette commune parmi les monuments histo¬ 
riques. Une grille en bois et les peintures murales de la chapelle de 
la Vierge ont déjà fait l’objet de classements précédents en 1902 et 

7 


Digitized by LaOOQle 



98 


SOCIÉTÉ D’ÉMULATION DU BOURBONNAIS 


1907. Notre conlrère demande que la Société veuille bien, par un avis 
favorable, appuyer cette démarche. Mise aux voix, cette question est 
favorablement accueillie. 

— Circulaire de M. Louis Passy, membre de l'Institut, demandant 
notre adhésion à la pétition qu’il se propose de déposer à la Chambre 
des députés, relativement à la conservation des vieilles églises et 
vieux cimetières de France. La Société, après en avoir délibéré, 
donne son adhésion à cette pétition. 

— Ouvrages offerts : de M. Louis Grégoire, une carte du départe¬ 
ment de l’Ailier et le tirage à part de l’étude de son père : Le Bureau 
des finances de Moulins (1587-1790) ; — de M. E. Lebrun, une plaquette : 
Procès-oerbal de la prise du château d'Hérisson par le seigneur de Brie, 
écuyer (2 août 1650), suivi de deux lettres des 27 et 29 juillet 1650, rela¬ 
tives à la surprise de ce château. 

— Parmi les publications reçues ce mois-ci, le Président cite : 

« Dans les Mémoires de l'Académie de Dijon : Napoléon à Auiun, 
d’après un manuscrit de M. Philibert Baune. — L'auteur avait, dit-il, 
recueilli les renseignements publiés de la bouche de Simon de Grand- 
champ, condisciple des deux Bonaparte au collège d’Autun, officier 
au régiment de Guyenne, au 111' régiment, puis à la 197' demi-bri¬ 
gade, enfin directeur d’une troupe lyrique ambulante, et qui mourut 
dans la plus noire misère vers 1853. 

h Joseph, âgé de 11 ans, et Napoléon, âgé de 8 ans, étaient arrivés 
au collège d’Autun en 1778, conduits par leur père Charles Bonaparte 
et leur mère. 

« Voici ce que racontait d’eux leur condisciple : 

« Joseph était bon camarade et d’un caractère avenant. Napoléon, 
« taquin, tout petit, rêveur, boudeur, irascible : il ne faisait pas bon 
« de le plaisanter sur son nom de baptême, que nous estropions par 
« malice. C’était un joueur infatigable aux gobilles et aux échecs, où 
a il était provoqué par l’abbé Bertrand, l’un de nos professeurs, qu’il 
« rossait toujours ; hargneux à tel point qu’il nous défiait tous ; pour 
t parer nos coups, il s’enfuyait dans l’un des angles de la cour et là, 
« du poing, du pied, nous repoussait ... Je voudrais avoir autant de na- 
« poléons dans ma bourse, aujourd'hui bien plate, que je lui ai donné 
« de taloches. » 

« — Dans ia Revue de Haute-Auvergne, une étude du D' de Ribier sur 
une branche bâtarde des Chabannes-Curton, les Chabannes-Sauvat. 
et une notice du comte de Dienne sur la Bienheureuse Bonne d’Ar- 
magnac. L'auteur de ce dernier travail est conduit à longuement 
parler des BourbouVendôme. Cette notice est suivie d’un tableau gé¬ 
néalogique qui rattache Bonne d’Armagnac à la maison de France. 

« — Dans les Mémoires de l’Académie de Caen, un article de M. Vanel 
sur l’auteur de la charmante nouvelle Le curé de Cucugnan, qui figure 
dans l'œuvre d’Alphonse Daudet. Le véritable auteur de cette nou¬ 
velle serait M. Blanchot de Brenas, juge à Cusset, qui, bien qu’ori¬ 
ginaire d’Issingeaux, devint un peu Bourbonnais par son long séjour 
parmi nous et par son mariage avec M 1 " Desbrest de la Corre. 
M. Blanchot avait publié dans le n” du 30 juillet 1859 de la France 


Digitized by LaOOQle 




PROCÈS-VERBAL 


99 


littéraire, sous le titre de : Voyage dans les Corbières, diverses nou¬ 
velles, notamment Le Siège de Carcassonne, L'Anneau de Cléopâtre, 
Le Curé de Cucugnan, Les Mittonnes de Lannet, etc. En 1866, les 
Félibres publièrent un Armana Prouoenceau et l’un des rédacteurs, 
M. Roumanelle. manquant de copie pour cette publication populaire, 
traduisit simplement en langue provençale la nouvelle de M. Blan- 
chot. se contentant, après une légère coupure, d*y ajouter sa signa¬ 
ture. L 'Armana eut du succès à Tarascon ; Alphonse Daudet, qui 
écrivait alors à VEcènement, Journal de Villemessant qui allait deve¬ 
nir le Figaro, prit, avec l’autorisation de Roumanelle. la nouvelle, 
la traduisit à son tour presque mot à mot de provençal en français, 
la publia sous son nom et depuis elle figure dans ses Lettres de mon 
Moulin. Blanchot réclama à Roumanelle, à Daudet, à Villemessant, 
commença même un procès, mais mourut sans avoir obtenu resti¬ 
tution de son bien. » 

— Le Président signale la publication, dans le Courrier de l'Ailier, 
d'une chronique historique : « Un prêtre terroriste à Moulins », par 
Saint-Leu. 11 adresse ses plus sincères félicitations à l’auteur, pour 
cette étude si impartiale, qui nous fait revivre d’une manière vraie 
cette époque si troublée de la Terreur en Bourbonnais, nous montre 
la Révolution faisant des victimes dans tous les rangs sociaux, des 
deux côtés de la barricade. 

L’auteur nous retrace la biographie de Grimaud, prêtre né à Cler¬ 
mont, successivement professeur de théologie, principal du collège 
de Billom, grand vicaire constitutionnel à Moulins, membre du 
comité de surveillance du district de Moulins, président du dépar¬ 
tement de l’Ailier, puis déporté sur les pontons de Rochefort avec 
tant d’autres prêtres, souvent les victimes de ses dénonciations. 

Une antithèse qui vient de suite à l’esprit en lisant la biographie de 
Grimaud est celle de Jacques Portier qui, après avoir lui aussi été 
principal du collège de Billom, vint à la même époque en Bourbon¬ 
nais et se mit à la tête de l’opposition des prêtres insermentés contre 
la Constitution civile du clergé. 

— M. le docteur de Brinon signale que dernièrement une quantité 
de squelettes ont été mis au Jour dans le Jardin du presbytère du Mon- 
tel ; détail curieux, les corps avaient été disposés comme les rayons 
d’uhe roue, toutes les têtes au centre ; un certain nombre de petits 
pots en terre accompagnaient les ossements. 

— M. Garmy montre une hache en silex trouvée dans des terrains 
carbonifères, aux Vergnauds, commune d’Hyds, ainsi qu’un monne - 
ron semblable à celui présenté par M. Boutai à l’une des dernières 
séances, trouvé au village de Beaumont, dans la même commune. Il 
fait circuler en outre une série de belles photographies destinées à 
l’illustration de son ouvrage sur Commentry : Le Pays noir. Parmi 


Digitized by LaOOQle 




100 


SOCIÉTÉ D'ÉMULATION DU BOURBONNAIS 


celles-ci, nous citerons nne très belle reproduction d’une Piela de 
l'église de Malicorne, dite la Vierge d'Urcy. 

— M.Capeun fait passer quelques pièces romaines en bronze, trou¬ 
vées aux Vesvres, commune d’Yzeure. 

— M. Dénier, au nom de M. Raymond, notre confrère de Saint-Pour- 
çain, montre l'ex-libris de Davy de Cussé, correcteur des comptes, et 
demande si la famille Davy ne serait point d'origine bourbonnaise. 
M. Tiersonnier et le docteur de Brinon fournissent d’intéressants 
renseignements sur plusieurs branches de cette famille, qui n’a aucun 
lien avec notre province. — M. Dénier fait circuler en outre les ex- 
libris de M. G. Brugière de Lamotte et de M" la baronne Gertrude 
de Veauce, ainsi que deux échantillons de fers de reliure du marquis 
des Gouttes et de notre confrère M. René Martin de Frémont. 

— M. Capelin lit la communication suivante : 

« La villa où Banville aimait à se réfugier, à Lucenay, loin du bruit et de 
l’agitation de Paris, va perdre sa dernière parure. Les meubles du poète sont 
sur le point de partir pour une destination inconnue. Ne serait-il pas possible 
de perpétuer sous une forme saisissante le souvenir de notre célèbre conci¬ 
toyen ? Le fait de rassembler en une salle du Musée, spécialement aménagée, 
les meubles de Banville, rangés dans le même ordre qu'à la villa, exciterait 
vivement l’attention du public. Cette évocation serait passionnante pour les 
uns, documentaire pour d’autres, curieuse pour tous. Pour être complète, il 
faudrait y joindre les panneaux peints avec une si spirituelle fantaisie par le 
maitre Rochegrosse. Le peintre des Assyriens et des Babyloniens, ne devant 
jamais rester indifférent à la gloire de Banville, ne nous ménagera sans 
doute pas son précieux concours. » 

La Société accueille avec empressement l'idée de M. Capelin et 
exprime le voeu que sa proposition soit suivie de réalisation. La 
question est renvoyée au conseil d’administration, qui entreprendra 
la démarche nécessaire. 

— M. Louis Grégoire communique un album qui lui a été confié, 
contenant des photographies de la région désignée pour notre pro¬ 
chaine excursion (Billy, -Varennes, église de Rongères, Montaigu- 
le-Blin, leMéage. Gayetteet Poncenat). Quelques-unes de ces photo¬ 
graphies pourront être utilisées pour l'illustration du compte rendu 
de l’excursion. 

— M. Tiersonnier annonce qu'il a reçu la visite de notre confrère 
M. Valéry Larbaud, lequel l’a prié d’informer notre Compagnie que 
le 27 avril au soir, il viendrait, dans une salle de la mairie, faire une 


Digitized by LaOOQle 



PROCÈS-VERBAL 


101 


conférence sur notre compatriote Charles-Louis Philippe, romancier, 
décédé l'an dernier. 

M. Tiersonnier donne ensuite lecture des notes suivantes : 

« 1 ° J’ai déjà eu l’occasion de parler de l'ancienne communauté des Gour- 
liers (Monétay-sur-Loire) et d’une trouvaille de monnaies faite après incendie 
dans une cachette pratiquée au milieu d’une grosse poutre. Une nouvelle 
trouvaille a été faite dans le soi de l’ancienne maison d’habitation de la com¬ 
munauté des Gourliers, le bâtiment brûlé précité. Dans un pot en terre com¬ 
mune, M. Girard et sa femme, née Gourlier, ont trouvé 8 kilogrammes de 
pièces en argent s’échelonnant entre François I" et Henri IV. 

Voici la nomenclature des divers types représentés dans cette trouvaille, 
après identification faite grâce à l’aimable concours de M. Givois. 

i° Pièces françaises : 

— Teston de François I er . 

A. Buste couronné à droite. Légende : FRANCISCVS.D.G. FRANÇO¬ 
IS VM.REX. ^Couronnelle ou briquet entre le commencement et la fin de la 
légende.) 

R. Ecu de France couronné. Légende : XPS.VINCIT, etc. 

— Teston de Charles IX. 

A. Buste à gauche. Légende : KAROLVS. D.G.FRANCOR.REX. 

R. Ecu de France couronné accosté de deux K couronnés. Légende : 
XPS.VINCIT, etc... 1564 (atelier de Marseille). 

— Autre teston du même. 

A. Buste à droite. Légende: CAROLVS. VIII.D.G.FRAN.REX. 

R. Ecu de France couronné accosté de deux C. couronnés. Légende : 
f SIT. NOM EN. DOM . BEN EDI. M. D. LXXV (atelier de Toulouse). 

— Teston de Henri III, roi de France et de Pologne. 

A. Buste lauré à droite. Légende : HENRICVS.D.G.FRANC.ET. 
POL.REX. 

R. Croix fleurdelisée ; au centre de la croix, un H. Légende : SIT. 
NOMEN., etc... 1576. 

— Quart d’écu de Henri IV (Henri il comme roi de Navarre). 

A. Ecu à nombreux quartiers couronné et accosté de deux II IL Légende : 
GRATIA. DE 1 .SVM .Q.SVM. 1585. 

R. Croix fleurdelisée. Légende : HENRICVS . il. D . G. RKX.NA¬ 
VARRE. (Lettres D.B. en monogramme.) 

— Quart d’écu du même comme roi de Navarre. 

A. Ecu parti de Navarre et de Bourbon, couronné. 

R. Croix fleurdelisée. 1587. 

— Autre quart d’écu semblable. 1589. 

— Quart d’écu d’Henri IV comme roi de France, pièce frappée pour la 
Navarre et présentant l’écu parti de France et de Navarre (1602). 

— Autre quart d’écu du même, frappé pour le Béarn. Ecu parti au pre¬ 
mier de France et au deuxième coupé de Navarre et de Béarn (1602). 


Digitized by jOOQle 




102 


SOCIÉTÉ D ÉMULATION DU BOURBONNAIS 


—. Quart d’écu de Henri IV, roi de France (écu de France, 1602). 

2° Monnaie féodale : 

Teston. 

A. Buste tourné à droite. Légende : -j- HENRIC.P.DOMB.D.MOM- 
TISP.R. 

R. Ecu aux armes de Bourbon-Montpensier, couronné, accosté de deux H H 
couronnés. Légende: DNS.ADIVTOR.ET.REDEM.MEVS. 

3° Monnaie étrangère. 

Ducaton de Charles-Emmanuel I", duc de Savoie, 1595. 

A. Buste tourné à droite. Légende : CAR.EM.D.G.DVX.SABAVDIE. 
XI. 

R. Ecu couronné, écartelé et contre écartelé sur le tout aux armes de Sa¬ 
voie. L’écu accosté du mot FERT. Légende : DEVENTRE.MATRIS. 
DEVS.PROTECTOR.MEVS (r). 

De l’ensemble de cette trouvaille, il résulte que la cachette est postérieure à 
1602, date du dernier millésime relevé sur les pièces datant de Henri IV. » 

II» Notre confrère M. Georges Bodard m’a envoyé le croquis d’une taque 
de cheminée armoriée. Ce contre-feu a 1 mètre de hauteur et 1 mètre 40 de 
largeur. Ladite plaque est entourée d'un listel d’ornementation assez grêle 
cantonné aux angles de 4 cœurs. Au centre, un écusson terminé en accolade 
et timbré d’un casque à cinq grilles, taré de face et orné de ses lambrequins. 
L’écusson présente un semé d'hermines. M. Bodard m’écrit que, suivant 
M - ' Defoullenay, qui lui a communiqué cette plaque de cheminée, elle pro¬ 
viendrait de l’ancien château de la Bruyère- Laubespin. Quelles sont ces 
armoiries ? 

Suivant M. Bodard, dans ce vieux château féodal, siège de la châtellenie, 
résidaient les officiers des ducs de Bourbon : lieutenants généraux et de 
police, procureurs, greffiers, etc... Il ne connaît aucun des anciens lieute¬ 
nants généraux qui purent habiter le château. Ce château, ajoute M. Bodard, 
fut démoli par ordre d’Henri IV, en 1595. 

S’il en est ainsi, je ne crois pas que cette plaque de cheminée puisse réelle¬ 
ment provenir du château de la Bruyère-Laubespin. En effet, à voir son 
style, je ne crois pas qu’on puisse la faire remonter à une époque plus haute 
que la première moitié du xvu' siècle. 

II y a une famille nivernaise et un peu bourbonnaise qui portait d'hermines 
et existait encore au xvu' siècle, la famille de Varigny. Peut-être faudrait-il 
lui attribuer la plaque communiquée par M“' Defoullenay (2). » 

— M. Flament, au nom de M.Crépin-Leblond, fait circuler une bro- 


( 1 ) Sur la pièce, dans les mots centre et motris, les lettres T.R. sont liées. 

( 2 ) Voir Armorial du Nivernais et Armorial du Bourbonnais, par SouL- 
tr ait. — Marolles, Inventaire des titres de Nevers. — Noms féodaux , etc. 

On trouve parfois (Armorial du Bourbonnais ) les armes des Varigny avec 
une .bande composée brochant sur le champ d'hermine. 


Digitized by 


Google 




PROCÈS-VERBAL 103 


chure ayant pour titre : Nouveau plan d'éducation, soit pour l’ordre 
à observer dans la transmission des sciences, soit pour la manière de 
les transmettre, par J. Fallier, propriétaire et ministre du culte catho¬ 
lique exerçant en la commune de Bagneux en 1792. ( Souoigng , le 
20 janvier 1801.) A Moulins, de L’imprimerie de Thibaud (1), rue du 
Temple, in-8", 14 pages. 

Il en donne le résumé suivant: 

« Jean Fallier, curé de Bagneux, abjura la religion dont il était le ministre 
le 12 frimaire an II, d’après M. Delaigue, La Révolution à Saint-Menoux, 
p. 89. Il était en effet le frère du célèbre curé de Saint-Menoux, François 
Fallier, qui s’était, lui aussi, ■ déprêtrisé » le 7 frimaire. 

Jean Fallier se propose, dans ces quelques pages, de dire ce qui constitue 
une bonne éducation et d’exposer également comment il entend la donner 
dans un pensionnat qu’il va ouvrir le 1" octobre 1801. C’est donc là une sorte 
de prospectus-réclame. 

Le but d’une tonne institution, dit-il, doit être de faire des savants et des 
artistes vertueux. 

Après un préambule sur la méthode à adopter dans le développement 
des facultés de l’élève, préambule embarrassé d’un pathos philosophique 
assez négligeable, Fallier en arrive aux précisions : on sera reçu dans son 
pensionnat au-dessus de 7 ans ; il y aura au début trois maîtres, un sous- 
directeur et le directeur, qui est lui-même. Il y aura six classes. la première 
étant élémentaire ; c’est dans la sixième seulement qu’on abordera le latin. 
Les élèves se lèveront à 6 heures en été, à 6 heures 1/2 en hiver. On com¬ 
mencera la journée par une prière. A midi, le dîner, ■ pendant lequel on 
pourra converser • et où on servira le bouilli, une bonne entréê et un plat de 
dessert. Souper à 7 heures 1/2. avec un rôti ou ragoût, un entremets et un 
dessert. Coucher à 9 heures, après la prière en commun. 

Le dimanche, la prière du matin et la récréation du dîner seront suivies 
des actes de religion pratiqués par les catholiques et d’une conférence sur la 
morale. 

Ce qu'il y a de remarquable, c’est que les six classes précitées ne sont pas 
étanches et qu’il y a plusieurs exercices communs, les langues vivantes, par 
exemple. 

Mais Fallier désire compter d’avance sur un certain nombre de pension¬ 
naires. Il fixe le prix à 600 livres par élève, chaque élève devant apporter son 
lit, 4 draps, 12 serviettes et une rrçaUe pour ranger ses hardes. En attendant 
l’époque où il pourra ouvrir sa pension, il déclare pouvoir se charger dès 
maintenant, pour 500 livres, dè quelques élèves en retard qu’on lui enverra 
à son domicile, à Souvigny. place Saint-Eloi, alors appelée de l’Abondance. 

La liste des membres du culte catholique existant dans le département et 
méritant la confiance du gouvernement, dressée à la fin de l’an IX (été de 

(l) Thibaud était le beau-frère de l’auteur. 


Di. zed by LaOOQle 




SOCIÉTÉ D’ÉMULATION DU BOURBONNAIS 


104 


iSoo), ne laisse pas de côté Jean Pallier : • Homme d’esprit, y lit-on, et de 
connaissance, se livre à l'enseignement. Bon à faire un curé de ville de troi¬ 
sième ordre. • Et aussi : ■ Cy-devant curé de Bagneux, ayant des connais¬ 
sances particulièrement dans la géométrie ; a prêté le serment exigé par la 
constitution civile du clergé ; s’est retiré à Souvigny. A plusieurs élèves à 
qui il enseigne les principes de la langue latine, la géométrie, etc. 48 ans. 
Sage. » Ce document a été publié par M. l’abbé Clément dans son ■ Per¬ 
sonnel concordataire », paru dans le Bulletin de la Société <T Emulation. 

Sage, en effet, car, dans son prospectus, on voit Fallier revenir à plusieurs 
reprises, sans le mauvais goût il est vrai d’une exagération suspecte, sur la 
nécessité de l’enseignement de la religion et de l’observation de ses préceptes. 
Il fut récompensé en 1802 : on le nomma desservant des Jacobins de Mou¬ 
lins, dépendant de la cure de Saint-Pierre (les Carmes), dont était titulaire 
l’abbé Nicolas de La Mousse. 

— Sont élus membres titulaires : M"'de Boisé de Courgenay, M"' la 
comtesse Louis de Ronseray, M“* Thonier-la-Rochelle, MM. Paul Be¬ 
noit, le baron Desmaroux de Gaulmyn, Duchollet de Costebelle, 
Albert Grellel-Dumazeau, Orsel, G. Pégat, J. Robin, le baron de 
Waldner de Freundstein. 

— Est élu membre correspondant : M. Henri de Feydeau. 

— Sont présentés comme membres titulaires : M*’ Joseph de Cham- 
pigny, demeurant au château de Champigny par Hérisson, par 
MM. André Cordez, le chanoine Clément et Robert Villatte des 
Prugnes ; — M. André Devaulx, propriétaire, demeurant à Saint- 
Gérand-le-Puy, par MM. Edmond Tabouët, André Cordez et le cha¬ 
noine Clément. 

— L’ordre du jour étant épuisé, la séance est levée à 9 h. 3/4. 

M. D. 



Digitized by LaOOQle 





Programme 

de la 

13 e Excursion archéologique 

Dans la région de Varennes, 
Montaigu-le-Blin, Billy et Saint-Germain-des-FosSés 


Le Jeudi 22 Juin 1911 


M éfaitt de Moulins par le train de 5 heures 20, arrivant à 
5 heures 50 en gare de Varennes, où les excursionnistes ve¬ 
nant de Saint-Pourçain seront arrivés à 5 heures 25 et ceux 
de Saint-Germain-des-Fossés et au-delà à 5 heures 33. 


Visite de l’ancienne église de Saint-Pierre de Vouroux, aujour¬ 
d’hui caserne de gendarmerie, de la chambre de Napoléon I" à l’hôtel 
de la Poste, de la maison des Trois-Maures (xvT siècle). Départ à 
6 heures 25 pour Gayette (2 kilomètres). 

Gayette, château du xv' siècle.— Chambre où coucha le connétable 
de Bourbon les 7 et 8 septembre 1523, au début de sa fuite. Chapelle 
du xviii* siècle. Pharmacie avec série de pots en faïence et mortiers 
en bronze. Départ à 7 heures 1/2. 

Rongères (5 kil.). — Visite de l’église romane. 

Le Méage {arrivée à 9 heures). — Elégant château du xvi' siècle, 
belle porte d’entrée en fer forgé. — Visite à Préont d’une cheminée 
Henri II. Départ à 9 heures 1/2 pour Montaigu (5 kil.). 

Montalgu-le-Blin, à 10 heures. — Visite de l’église et des ruines 
du château, souvenir des luttes des ducs de Bourbon et de Bourgogne 
au xv* siècle Siège pendant la Fronde, en septembre 1651. 

Départ à 10 heures 1/2. Coup-d’œil sur l’église de Ciernat, les ch⬠
teaux de Ciernat, Puy-Digon, Gondailly. 


Digitized by LaOOQle 



106 


SOCIÉTÉ D’ÉMULATION DU BOURBONNAIS 


A 10 heures 3/4, visite de Poncenat (la tour, la terrasse, etc.), 
souvenir du capitaine Poncenat (François de Boucé), le chef protes- 



TJirEXCURSiON 

JAKS 

-- LA MMOI « 

fc VXRENNES 


~t t • ,y j_. 6 




■ '.--j 









- 



tant qui mit le siège devant Moulins en 1562 et fut tué à la bataille 
de Cognât en 1568. 

Arrivée [à Salnt-Gérand-le-Puy à 11 heures 1/2. — Visite de 


Digitized by Laooole 

























PROGRAMME DE LA XIII' EXCURSION 


107 


l'église, du château, d’où l'on admirera une belle vue sur la vallée 
de la Besbre et la Palisse. 

Midi : Déjeuner à l’hôtel Guéret. 

Départ à 1 heure 1/2. Visite de l’église de Langy (tombe de Jac¬ 
queline de Morainville), coup-d’œil sur les châteaux des Angles, de 
Teillat, beau panorama sur le cours de l'Ailier, vue des châteaux de 
Togues, de la Toulle, de Chazeuil, de Cordebœuf, de Châteauvert, de 
Champfollet et du Lonzat. Arrivée à Créchy à 2 heures 1/2. 

Visite de l'église de Crécby, des châteaux de Fouz, les Andrivaux. 
Arrivée à Billy à 3 heures. 

Bllly, l’un des plus beaux spécimens de l'architecture militaire au 
xnrsiècle. Visite du château, de la place d'Armes.des fortifications de 
la ville (porte Chabotin). Vieilles maisons du xv' et du xvi' siècle. 
Horloge avec cloche du xvu'. Départ à 5 heures. 

Coup-d’œil sur Poénat et les Epigeards. Arrivée à Cbermont à 
5 heures 3/4, visite du château. Départ à 6 heures 1/2. 

6 heures 3/4, visite de l’église de Saint Germain-des-Fosxés, 
ancien prieuré avec Vierge miraculeuse. — Restes du château de 
SaintGermain-des-Fossés, donné en dot par Jacques d’Albon à son 
fils, le maréchal de Saint-André. Chapelle où dorment les derniers 
Apchon-Saint-Germain. 

7 heures 1/2 : IMncr. 

Départ pour Moulins à 8 heures 10, arrivée à 8 heures 45. 


I.es personnes désireuses de prendre part à l’excursion sont priées 
d'en donner avis au Président de la Société avant le 15 juin. 

Les personnes étrangères à la Société qui voudront bien s'y joindre 
seront comme de coutume les bienvenues ; elles n’auront qu’à se 
faire présenter, lors de leur inscription, par l’un des membres de la 
Société. 

Vu les difficultés pour assurer le transport et les vivres, chaque 
excursionniste est prié, en se faisant inscrire, de spécifier s'il usera 
des breaks ou s'il assurera son transport par ses propres moyens, 
s'il prendra part à un seul ou aux deux repas. t 

Aucune adhésion ne pourra être acceptée après le 15 juin , terme de 
rigueur. 

Comme toujours, les dames sont invitées à prendre part à l'excur¬ 
sion. 

Les excursionnistes photographes sont priés de se munir de leurs 
appareils. 

--'^i». — . ■ 


Digitized by v^ooQle 



My tysFs? S? 


UNE SCULPTURE 

De l'Epoque de la Pierre polie 


L ’homme ne vit pas seulement de pain , mais encore de toute parole 
qui sort de la bouche de Dieu (1). 

Par parole de Dieu, il faut entendre Ici l’Idéal sous toutes 
ses formes ; c’est-à-dire : le Beau, le Bien et le Vrai. 

L’Idéal ainsi compris est indispensable au développement normal 
de l’Etre humain, il est pour son esprit ce que le pain est pour son 
corps : un aliment. Aussi le voyons-nous en poursuivre la réalisation 
avec la même énergie qu’il met à se procurer sa nourriture maté¬ 
rielle. Cet appétit d’idéal est sa marque caractéristique, celle qui le 
distingue le mieux de la brute, qui, elle, n’éprouve que le besoin de 
se repaître. 

La preuve que cette recherche de l’idéal est bien inhérente à la 
nature de l’Homme, qu’elle lui est propre, c’est que nous la retrou¬ 
vons chez les individus de tous les temps et de toutes les races, bien 
qu’à des degrés différents, suivant le niveau de leur intelligence et 
leur progrès dans la civilisation. Chez les sujets pourvus déjà d’une 
culture intellectuelle, elle éclate dans les manifestations les plus 
sublimes : tels les arts, la littérature, la religion ; chez les autres, les 
arriérés, les sauvages, elle ne se traduit souvent que par des appa¬ 
rences futiles, comme le souci exagéré de la parure au moyen d’or¬ 
nements grossiers et inesthétiques. Il n’est pas jusqu'à nos ancêtres 
des temps quaternaires, contemporains de l’ours des cavernes et du 
mammouth, qui ne nous aient laissé, sous les espèces d'objets ou¬ 
vrés, empreints d’un cachet artistique indéniable, des témoignages 
patents de cette vérité. 

Les premiers échantillons de cette industrie antédiluvienne, révé- 


( 1 ) Deutéronome, chap. vin, v. 3 . 


Digitized by UaOOQle 



Digitized by 



Société d’JSmulatioh du Bourbonnais 



Fig. 1. — Fig. 2 


Digitized by 


Google 















IG. 4 


Digitized by LaOOQle 






Digitized by 


Google 




UNE SCULPTURE UE LA PIERRE POLIE 


109 


lés vers 1864 par E. Lartet et H. Chrisly, qui venaient de les exhu¬ 
mer des grottes de la Dordogne, provoquèrent dans le monde savant 
presque autant de méfiance que d’étonnement, ils parurent trop par¬ 
faits pour être le produit d'une civilisation que l’on croyait primitive 
et partant rudimentaire, mais qui, vraisemblablement, doit nombrer 
derrière elle un long passé de siècles d’expérience. On concevait mal 
que des hommes grossiers et inexpérimentés aient pu dessiner au¬ 
trement que les sauvages ou les enfants, et cela parce qu'on oubliait 
que, même dans l'état de notre société, où la science toute d'obser¬ 
vation du dessin est presque toujours le résultat d'un enseignement 
spécial, on rencontre parfois des sujets suffisamment doués pour 
dessiner ou sculpter correctement du premier coup et sans étude 
préalable. 

Depuis, les découvertes se sont multipliées et plus personne n'émet 
de doute sur l'authenticité de cet art des cavernes ; je dis bien de 
cet art, car c'est autant et plus d’un art véritable que d’une indus¬ 
trie dont il s'agit : il y a nombre d'objets, en effet, qui excitent non 
seulement notre curiosité mais encore notre admiration, tant par la 
rectitude du dessin que parle goût qui a présidé à la composition des 
sujets qui les ornent. 

N’est-ce pas un petit chef-d'œuvre que cette figure de renne, 
gravée au trait sur fragment du bois de l’animal, trouvée à Taïn- 
gen, près de Schaffouse ? La bête est admirable de naturel : on la 
voit s'avancer un pied levé et la tête à ras le sol pour y prendre sa 
pâture. Il serait malaisé au critique le plus sévère d'y relever le 
moindre défaut : le dessin est irréprochable. 11 y a du mouvement 
aussi dans le combat de rennes sur plaque de schiste ardoisier pro¬ 
venant de Laugerie-Basse ; la scène est prise sur le vif et bien ordon¬ 
née ; ce n'est qu'une esquisse, mais une esquisse que ne désavoue¬ 
raient pas nos meilleurs animaliers et qui fait honneur à son auteur 
anonyme, précurseur de Courbet dans le genre. Qui ne reconnaitrait 
non plus à première vue, sur le galet de la grotte de Massat, l'image 
d’un ours dans laquelle les paléontologistes découvrent sans hésita¬ 
tion tous les caractères de l’ours des cavernes, disparu un peu avant 
le mammouth. Et comment, enfin, ne pas trouver jolis ces poissons 
gravés sur os que Paignon a retirés de dessous l’abri de Montgaudier 
en 1886 et que M. J. Bertrand qualifie d 'admirables. De fait, l'artiste 
a fait preuve d'une observation méticuleuse c'u monde des eaux, 
qu'il a su reproduire avec autant de vérité que de bonheur. 

La ronde bosse n’a pas été moins bien traitée, et l’on a peine à 
comprendre qu'il se soit trouvé des ouvriers assez experts pour, avec 


Digitized by LaOOQle 



110 


SOCIÉTÉ D’ÉMULATION DU BOURBONNAIS 


le seul outillage dont ils disposaient à l'époque lithique, tailler dans 
des matières aussi dures que le merrain de rennes et l'ivoire, des 
œuvres relativement aussi achevées que le mammouth de Bruni* 
quel, les deux rennes du même lieu et cet autre renne de Laugerie- 
Basse, qui, bien que non terminé, ne leur est point inférieur. Ce sont 
de vrais bibelots artistiques en même temps que les premiers exem¬ 
ples de l’art appliqué à l’industrie, puisqu’ils ont servi de manches à 
des poignards. Et autant qu’on en peut Juger par les quelques débris 
de statuettes en ivoire trouvés par Piette dans la grotte de Brassom- 
puy, la représentation humaine ne parait pas avoir été inférieure à 
la représentation animale. On connaît un buste mutilé de femme que 
A. de Mortillet considère comme une des plus belles sculptures paléo¬ 
lithiques connues... d’un modelé superbe et d'une grande vérité (1). 

Ces troglodytes n'ont ignoré aucune des branches des Beaux-Arts, 
et la peinture même ne leur fut pas étrangère. Les parois de quel¬ 
ques-unes de leurs grottes sont couvertes de sujets peints, représen¬ 
tant principalement des animaux. Bien que les premières découvertes 
remontent environ à trente ans, ce n’est guère que depuis la moitié 
de ce temps que les savants s'en sont occupés sérieusement. 

Certes, leur palette n’était pas riche, et, avec les trois ou quatre 
couleurs dont ils disposaient : le blanc formé d'un mélange brillant 
de silice et de carbonate de chaux, le rouge et le Jaune fournis par 
l'oxyde de fer et enfin le noir tiré d’un oxyde de manganèse, il leur 
eût été difficile de commettre des chefs-d’œuvre. Ce ne sont d'ailleurs 
pas des peintures dans le sens strict du mot, mais plutôt des gravures 
aux traits rehaussés de couleurs. Parfois cependant, comme dans les 
grottes d’Altamira (Espagne), la Font-de-Gaume (Dordogne), etc., ils 
ont procédé par masses compactes de couleurs posées avec Justesse 
et accentuées aux bons endroits. Ce sont là les timides et premiers 
tâtonnements pour parvenir au modelé des figures sur surface plane 
par l'artifice des ombres. 

Mais, pour n’avoir rien de commun avec les fresques du Vatican, 
ou seulement avec les décorations d’Herculanum et de Pompéi, ces 
essais de peinture n'en sont pas moins impressionnants. L'adjonction 
de la couleur au trait indique un effort sérieux pour arriver à une 


(1) Musée préhistorique, Schleicher frères et Créditeurs à Paris, deuxième 
édition, 1903, planche xxv.u. 

Je n’ai cité que les pièces tes plus connues, celles qui sont classiques et 
que l’on trouve reproduites dans tous les ouvrages d’Archéologie préhisto¬ 
rique. 


Digitized by LaOOQle 





UNE SCULPTURE DE LA PIERRE POLIE 111 


représentation plus exacte de la nature, elle montre chez leurs au- 1 
teurs une compréhension plus saine de l’art. 

Je ne mentionnerai aucune de ces peintures ; les descriptions que 
j'en pourrais faire, en l’absence de reproductions graphiques scrupu¬ 
leuses, ne constitueraient qu'une phraséologie insipide qui ne ferait 
qu’alourdir un texte dont la lecture est déjà rendue pénible par 
l’aridité du sujet. Il suffit de savoir qu’en général le dessin est aussi 
correct et précis que celui des graffiti sur bois de rennes et sur 
ivoire. 

Ces contemporains du mammouth et du renne ont donc fait preuve 
d’un sentiment artistique réel. Habiles à discerner les traits caracté¬ 
ristiques des animaux au milieu desquels ils vivaient, ils ont su les 
reproduire dans leurs attitudes favorites tout en leur conservant leurs 
physionomies exactes et animées. Leurs œuvres témoignent d’une 1 
esthétique se rapprochant plus de la nôtre que celles d’artistes anciens 
beaucoup plus voisins de nous, tels les imagiers du Moyen-Age, 
qui se sont moins préoccupés de la forme que de l’idée et dont, pour 
cette raison, les productions de facture naïve sont sans vie. 

Pour être vieux cet art n’en est que plus original, et à ce titre il ne 
doit laisser indifférent personne, pas plus l'artiste que l’archéologue. 

En résumé, l’homme des premiers temps quaternaires s’est montré 
accessible aux jouissances délicates que procurent les œuvres de 
l’Esprit ; il avait le sentiment du Beau et il a su, dans la mesure de 
ses moyens, satisfaire à ce besoin d’idéal qui est le propre de l’hu¬ 
manité. 11 n’était ni sauvage ni barbare. 

Mais brusquement, cette civilisation naissante et si péniblement 
acquise, s’évanouit sans qu’on soit, jusqu'à ce jour, parvenu à en 
découvrir la cause réelle. 

Ayant constaté, dans les grottes-habitations, une couche stérile' 
entre les strates inférieurs renfermant des dépôts d’origine archéoli- 
thique et les strates supérieurs contenant des objets néolithiques, les 
préhistoriens en ont conclu qu’un espace de temps assez long s’était 
écoulé entre le départ des premiers habitants et leur réoccupation 
par les seconds. C’est cette époque de transition qu’en jargon scien¬ 
tifique ils ont désigné sous le nom de hiatus, c’est-à-dire de trou ou 
lacune. Et la seule explication rationnelle qu'ils en aient encore don¬ 
née, c'est que s'il y a une lacune, elle existe surtout dans leurs con¬ 
naissances. Mais quelle qu'en soit la cause, un fait reste et lui seul 
importe, c’est : qu’à la race archéolithique et probablement autochtone 
qui s’est distinguée par ses productions artistiques, s’est substituée 
une race nouvelle que l’on suppose descendue des plateaux de l'Asie 


Digitized by LaOOQle 




112 


SOCIÉTÉ D’ÉMULATION DU BOURBONNAIS 


et qui, elle, a fait montre d'une inaptitude absolue dans les arts. Elle 
était pourtant plus industrieuse, taillant et polissant le silex aussi 
parfaitement que pourraient le faire les lapidaires de nos jours. Je 
connais entre autres pièces remarquables, une pointe de flèche, si 
petite, si ténue et d’un travail si poussé, qu’elle semble n’avoir pu 
servir que de parure, et c'est bien aussi comme un bijou que la con¬ 
sidère son propriétaire actuel, qui l'a fait monter en épingle de cra¬ 
vate. C’est pourquoi j’incline à croire que cette impuissance artistique 
avérée a été plus voulue que réelle. 11 ne'faut pas oublier en effet 
que nos néolithiques étant d’origine asiatique devaient comme tous 
les Orientaux éprouver de la répugnance à reproduire la nature ani¬ 
mée. Grands édificateurs de mégalithes phalliques (menhirs), qui sont 
la représentation idéalisée de la puissance créatrice, ils devaient 
craindre de contrevenir au précepte divin que Moïse a codifié ainsi : 

« Tu ne te feras pas d'image sculptée, ni de tout ce qui est en haut 
dans le ciel et en bas sur la terre, ni de tout ce qui est dans les eaux 
sous la terre » (1). Cette loi, promulguée à l’aurore de l’humanité, 
est encore religieusement observée de nos jours par les sectateurs de 
Mahomet. 

Les néolithiques ne nous ont laissé aucune peinture et, jusqu'à ce 
jour non plus, on ne connaissait d'eux aucune sculpture véritable. 
Les rares gravures qui leur sont attribuées sont absolument bar¬ 
bares. Les unes, incisées en creux sur les mégalithes, ressemblent 
plutôt à des signes idéographiques. Les autres, (aillées en relief peu 
accusé, sont rares : il y en a qui, comme à Coizard dans la Cham¬ 
pagne, à Collorgues (Gard), aux Maurels et à Saint-Sornin (Aveyron), 
représentent d'une manière schématique la forme humaine ; elles 
ont même une affinité certaine avec les vases dits à la tête de 
chouette et les idoles que Schliemann a découvertes à Hissarlik, dans 
la cité incendiée, la Troie d’Homère. Chez les unes comme chez les 
autres, on retrouve la même technique grossière, la même représen¬ 
tation idéalisée de l’homme. Evidemment, elles sont les œuvres 
mystiques de peuplades de même race et ayant la même conception 
religieuse ; elles datent peut-être de la même époque. 

Qu'on me pardonne ce trop long préambule, mais un résumé de 
l’état de l’Art aux âges lithiques m’a paru nécessaire, pour mieux 
faire comprendre, à ceux des lecteurs qui sont encore peu familia¬ 
risés avec les études préhistoriques, toute l'importance de la sculp- 

(1) Non faciès tibi sculptile, neque omnem similitudinem quœ est in cocto 
dtsuper et quœ in terra deorsum, nec eorum quœ sunt in aquis «ub terra. 
(Exode, cb. xxv, 4.) 


Digitized by LaOOQle 




UNE SCULPTURE DE PIERRE POLIE 


113 


ture en silex qui fait l’objet de cette notice. Je la crois unique en 
son genre, du moins il n’est pas à ma connaissance qu'aucun ouvrage 
en ait signalé de similaires, et Je ne sache pas qu’un musée quel¬ 
conque en possède aucune présentant la moindre analogie avec elle. 

Il y a plus de quarante ans qu’un pêcheur de Varennes-sur-Allier* 
M.Burlaud, l’a ramassée dans les sables du lit de la rivière d’Allier. 
Ce caillou l’avait frappé par son étrangeté et il l’avait gardé pré¬ 
cieusement, sans se douter néanmoins qu’il pût avoir un intérêt autre 
que de curiosité ; ce en quoi il est bien excusable, puisque de plus 
avertis n’y volent encore comme lui qu’un Jeu de la nature. 

C’est ainsi qu’on m’a opposé comme lui étant similaire le silex 
reproduit flg. 3. 

Et pourtant, pour se convaincre qu’ils n’ont aucun rapport entre 
eux, point n’est besoin de posséder des connaissances spéciales ; U 
suffit de les examiner, de les comparer, mais avec un esprit délié de 
toutes idées préconçues. 

L’un ne présente aucune forme bien déterminée ; ce n’est que 
l’imagination aidant, qu’on arrive à lui trouver la figure d’un oiseau 
monstrueux, sorte de bête innommée, dont la ligne vague et imprécise 
montre bien qu’il n’est que le produit du hasard. On ne peut même 
pas le classer dans la catégorie encore douteuse de ces pierres- 
figures, dont M. Thieullen s’est fait l’initiateur et le propagandiste 
zélé mais peu suivi, car il est impossible à l’œil le mieux exercé d’y 
découvrir l’apparence la plus légère d’une retouche. 

Sur l’autre au contraire, l’empreinte du génie de l’homme est 
manifeste ; il n’y a pas une seule de ses parties qui n’ait été l’objet 
d’une touche résultant d’une volonté réfléchie et constante. 

Il représente un animal couché dans l’attitude hiératique du sphinx. 
Et de même que dans les gravures néolithiques dont nous nous 
sommes entretenus plus haut, cette représentation bien que plus 
exacte est encore tout idéale. C’est moins une sculpture qu’une 
silhouette très poussée, dont le modelé grossier n’apparaît que sur 
l’un des côtés : le gauche, où seules l’oreille, l’épaule et la hanche 
saillent, mais d’une façon anormale. L’autre, le côté droit, est resté 
plan, comme si le sujet n’était destiné à être vu que sur l’une de ses 
faces. Et soit horreur religieuse de l’ouvrier à copier trop fidèle¬ 
ment la nature, soit que son impéritie l’ait fait hésiter à détacher des 
organes aussi grêles, dans la matière dure et brisante qu’est le silex, 
avec l’outillage défectueux qu’il possédait, il a négligé de reproduire 
la queue et les pattes. Enfin, ni l’œil ni la gueule ne sont indiqués. 

Mais si elle est sans valeur artistique, cette sculpture offre cepen¬ 
dant un intérêt archéologique réel. 

8 


Digitized by LaOOQle 




114 


SOCIÉTÉ D’ÉMULATION DU BOURBONNAIS 


De plus, le faire en est habile et mérite d'être décrit. 

L’ouvrier l'a sculpté dans un rognon de silex brun rouge à noyau 
plus clair de couleur grise. 

Comme on peut s'en rendre compte par l'examen de la face pos¬ 
térieure (fig. 1), il a procédé d’abord par larges tailles, réduisant son 
caillou en une plaquette, d'environ deux centimètres d’épaisseur, sur 
douze de longueur et sept de largeur, formée entièrement de la couche 
grise du noyau, syr laquelle il a laissé subsister une mince écorce de 
silex coloré. Puis, au moyen d’un léger sillon, peu apparent sur la 
gravure, mais bien visible sur le sujet, il a tracé l’esquisse ou plus 
exactement le contour d’un animal. Et après avoir découpé sa plaque 
un peu au-dessus de ce sillon, qu’il a suivi de façon à obtenir un 
profil régulier et semblable des deux côtés, il a attaqué la pierre sur 
la face opposée, la creusant pour détacher dans un relief outré 
l’oreille, l’épaule et la hanche (fig. P). Il semble bien toutefois qu’il ait 
eq le souci, moins de modeler convenablement son sujet, que de repro¬ 
duire le pelage taché de roux delà bête, en utilisant à la manière des 
sculpteurs de camée, les couches colorées de la pierre. Il a ensuite 
poli le seul côté en relief, mais on a peine à comprendre qu'il l’ait 
pu faire avec les polissoirs fixes à rainures et à cuvettes. Il m'est avis 
que pour ce travail un outil long et maniable à la façon d'une lime 
lui ait été indispensable, et je n'en connais point d'autres qu’il ait pu 
utiliser que ces pierres longues en grès fin et percées d’un trou d'at¬ 
tache, auxquelles on a donné le nom d’allutoir (fig. 4), sans bien 
savoir à quel usage déterminé elles pouvaient servir, à une époque 
où le bronze et le fer étaient inconnus. 

Enfin, tel un sceau posé par le temps sur la pièce pour l'authenti¬ 
quer, des incrustations qui sont sur le revers prouvent indéniable¬ 
ment que les tailles qu’elles recouvrent remontent à une très haute 
antiquité. 

Et si, malgré ce qui précède, quelqu’esprit obstiné se refusait encore 
à reconnaître le travail de l'homme sur ce silex, je pourrais lui objec¬ 
ter que la hanche, l’épaule et l'oreille sont trop normalement situées 
sur un corps d'animal qui ne manque pas de proportions pour n'être 
qu’un simple Jeu de la nature. En outre, comme s’il était fixé sur un 
socle, le sujet se maintient dans la position verticale et naturelle d’une 
bête couchée sur le ventre. Je vols là un ensemble de faits qui ne peu¬ 
vent qu’être le résultat d’une volonté consciente, car il n’y a pas 
d'exemple que le hasard aveugle ait jamais réuni sur un même objet 
un aussi grand nombre de réussites. 

Cette sculpture présente une autre particularité : l’oreille est pen- 


Digitized by LaOOQle 




UNE SCULPTURE DE PIERRE POLIE 


115 


dante. Ce détail, en apparence insignifiant, va cependant nous aider 
à déterminer le genre d'animal qu’on a voulu représenter. 

Buflon a écrit (art. chien et chèvre) que l'oreille couchée est un 
signe de domesticité chez les animaux. 

Or, comme on nous enseigne que les hommes de i'époque de la 
pierre polie avaient asservi seulement le cochon, le cheval, le bœuf, 
la chèvre, le mouton et le chien, il saute aux yeux que celui de ces six 
animaux avec lequel cette sculpture a le plus de ressemblance est le 
chien. 

C'est très certainement un chien que notre néolithique a portrai¬ 
turé. 

Apparemment, c'est l’œuvre d'un chasseur, qui, pour conserver le 
souvenir de sou compagnon fidèle, mort peut-être en le défendant 
contre un fauve, a taillé son image dans le silex. 

Possesseur d’un document que Je crois précieux pour l’histoire de 
l'homme, Je l’ai publié, en m’eilorçant uniquement de faire ressortir 
les preuves qui militent en faveur de son authenticité. Pour le reste, 
je l’abandonne à la libre discussion des maîtres en archéologie, qui 
sauront en extraire la quintessence et formuler s’il y a lieu, toutes 
conclusions utiles. 

Saint-Germain-des-Foasés , le 8 janvier 1911. 


L. Montagne. 



Digitized by LaOOQle 




Quelques fragments de comptes bourbonnais 

(XIII e -XVI* SIÈCLES) 


D ans une communication faite en 1909 au Comité des travaux 
historiques et insérée dans son Bulletin en 1910, J’ai sommaire¬ 
ment exposé en quel petit nombre les comptes bourbonnais 
(copaptes des châtellenies, comptes de l'hôtel, etc.) étaient parvenus 
Jusqu'à nous et je faisais figurer, parmi ce qui nous en reste, les frag¬ 
ments plus ou moins mutilés conservés aux Archives de l'Ailier sous 
la cote provisoire A. 157. Ces fragments ont presque tous servi de cou¬ 
vertures à des registres reliés à partir du xvn' siècle et c'est le hasard 
qui les a fait apparaître au cours d'un travail de dépeçage des vo¬ 
lumes ainsi reliés, travail dont on comprendra que je n'aie pas à me 
repentir. Un seul n’a pas trop souffert et pourra être publié en entier ; 
des autres, au nombre de huit, je devrai me contenter d'extraire les 
passages les plus intéressants et les mieux conservés. 

I. — Le premier de ces fragments est transcrit sur une feuille de par¬ 
chemin de 0*,340 de hauteur sur 0*,225 de largeur ayant jadis servi de 
couverture à un des registres de catholicité de Saint-Gerraain-d’En- 
travaux, ancienne paroisse aujourd'hui réunie à Châtel-Deneuvre 
(Allier, arr. de Moulins, cant. de Souvigny). Le compte est sur deux 
colonnes et remonte aux dernières années du xin* siècle ; l'écriture 
en est la même que celle du compte des châtellenies de Bourbonnais 
de 1287, conservé aux Archives du Pas-de-Calais sous la cote A. 125, 
mais sa transcription en est rendue beaucoup plus difficile par le 
grand nombre d'abréviations par sigles qu'on y rencontre. C'est, en 
effet, un compte de recettes en nature réparties par « villes franches » ; 
dans chaque « ville franche » sont énumérés les noms de ceux qui 
doivent payer, avec ce qu'ils doivent payer ou ont payé. Voici les 
noms des « villes franches » inscrites : villa francha de Tylia ; - de 
Chier Grabet (ou Garbet ) ; — de Melhars ; — de P incars ; — des Eschi- 
roles ; — de Monlor ; — de Contigniaco ; — de Briagles. On remar- 


Digitized by LaOOQle 



FRAGMENTS DE COMPTES BOURBONNAIS 


117 


quera que tous ces lieux, sauf deux. Chier Grabet et Pioears, qu'il 
a été impossible d'identifier, appartiennent à la région saint-pour- 
cinoise et, même sur la rive droite de l’Ailier, la ville franche dés 
Ecberolles (I) fait partie du territoire qui forma plus tard la châtel¬ 
lenie de Verneuil. 

Tout ce territoire a laissé plusieurs lois échapper des débris anti¬ 
ques (2) et il est permis de se demander si les huit localités de notre 
fragment ne sont pas de ces groupes ruraux, à l'origine desquels on 
trouve une villa romaine et qui, enrichis par la culture du sol, 
purent, aux xir et xnr siècles, se libérer du servage et gagner une 
liberté moins parfaite toutefois que celle des agglomérations ur¬ 
baines (3). Et sans doute ici acquirent-ils cette liberté à la suite d'une 
de ces associations, appelées pariages, conclues entre les sires de 
Bourbon et un seigneur ecclésiastique ou laïc, associations que Cha- 
zaud a signalées dans une étude posthume, Les cilles franches du 
Bourbonnais (4) ; le seigneur co-contractant serait ici le prieuré de 
Saint Pourçain (pour Briailies, Contigny, Montord) et celui de Souvi- 
gny (pour Meillard et sans doute Tilly et les Eeherolles). Il convient 
de noter qu’en 1285, le 3 juin, par transaction entre Odart, prieur de 
Saint-Pourçain, d'une part, et Robert d’Artois et Agnès de Bourbon, 
d’autre part, la justice devait désormais être commune par moitié à 
chacune des parties sur les terres delà Feline, de Montord, de Bayet 
et autres lieux (5). 

Aux villes franches issues de pariages connues de Chazaud (Saint- 
Pierre-le-Moûtier, Escurolies, Valigny, Sancoins, Cusset, Saint- 
Menoux, Agonges fie Breuill, Limoise, la Petite-Marche, Mans près 
Menât, Saint-Bonnet, Montessaut, Saint-Germain-des-Fossés, Saint- 
Léopardin, Saint-Didier, Jenzat, Beliefaye, Marcillat. Poligny, Bes- 
say), lequel Chazaud reconnaissait lui-mème (6) que beaucoup exis¬ 
tèrent qui n'ont pas laissé trace, il faut donc ajouter : Tilly (com¬ 
mune de Châtel-Deneuvre), Chez Grabet (?) (7i, Meillard, Pincars (?), 
les Eeherolles (commune de la Ferté-Hauterive), Montord, Contigny, 

(1) Voir Tiersonnier, Verneuil, dans la neuvième excursion de la Société 
d'Emulation, tirage à part, p. 82 et suiv. 

(2) Cf. Bull. Soc. Emul., t. VII, p. 84 et année 1906, p. 215. 

'3) Viollet, Hist. des Institut, polit, de la France, t. III, p. 29. 

(4) Archives historiques du Bourbonnais, t. I, p. 293 et suiv. 

(5) Arcb. nat., P. 1373. analysée par Huillard-Bréholles, Inventaire des 
titres de la maison de Bourbon, n s 766. 

(6) Loc. cit., p. 295. 

(7) U y a un lieu dit Chez Gourbaix sur le territoire d'Arpheuilles-Seint- 
Priest. 


Digitized by LaOOQle 



118 


SOCIÉTÉ D'ÉMULATION DU BOURBONNAIS 


Briailles (commune de Saint-Pourçain). A observer que deux de 
ces groupements se décèlent encore de nos jours ; on trouve, en 
effet, sur la carte de Cassini, deux hameaux dits « Villefranche », 
l'un à Saint-Pourçain, au sud de la butte de Briailles, l’autre 
non loin de l’église de Contigny. Pour ce dernier, un travail de 
M. Pérot (1) le cite seulement, en rapportant que la tradition y place 
a une ville antique», sur l'emplacement de laquelle on aurait trouvé 
d’importants débris de constructions ; il s’agit donc bien là de quelque 
villa romaine, bâtie sur ce sol riche et peuplé, et ayant suffisamment 
prospéré pour pouvoir profiter plus tard du grand mouvement d'af¬ 
franchissement. 

II. — Deux feuillets de parchemin, dont l'encre est très effacée, 
d'un registre de dépenses mesurant 0\340 de hauteur sur 0’,250 envi¬ 
ron de largeur, constituent notre deuxième fragment ; ces feuillets 
ont également servi de couverture et sont détachés d'un registre de 
comptes de l’hôtel du duc de Bourbon pour 1360. Sur le premier 
feuillet est transcrit le mandement suivant : 

Loys, duc de Bourbonnois, conte de Clermont et chamberier de France, 
lieutenant de monseigneur le roy et de monseigneur le regent le royaume 
de France ès païs de Berry, d’Auvergne et de Masconnois et ès ressors 
d’iceulx, a Colas Regnier (2), trésorier des guerres soubz nostre gouverne¬ 
ment, salut. Nous avons ordenné nostre amé cler Jehan de Mars, maistre de 
nostre maistre (sic} chambre aux deniers et faiseur de la despensse de nostre 
hostel, et vous mandons que audit Jehan de Mars vous bailliés et délivriez ar¬ 
gent et toutes autres choses qui nous seront necesseres à la dicte despensse 
de nostre hostel, cy prenant de luy lettres de recognoissance de toutes les 
choses que vous baillerez et aussi tout ce qui par ses cedulles vous aperra en 
quoy noussoions tenuz pour vivres pris pour la despensse de nostre dit hostel, 
le paiez a ceulx a qui il sera deu, en prenant les dictes cedulles de chescun de 
ceulx a qui vous le paierez, par les quelles nous volons que toutes les choses 
que vous aurez baillé a nostre dit clerc et paié par ses sedules, vous soit alloé 
en voz comptes sens contredit par celluy ou ceulx a qui il appartiendra, car 
ainssi le volons nous estre fet, non obstant quelcunques ordenances faites ou 
a fere au contraire. Donné à Molins, le iiij' jour du mois de janvier, l’an 
mil ccclix. Par monseigneur le lieutenant en son conseilh, J. Chauvkaul. 

Suivent des articles de compte malheureusement illisibles. 

Au second feuillet ont été copiés : 1* un acte, royal semble-t-il, ou 
du moins du régent Charles, acte daté du 9 octobre 13.., avec un nom 

(1) Contigny, Moulins, 1902, p. 19. 

(2) Sur lui, voir plus loin, le fragment n° V. 


Digitized by 


Google 





FRAGMENTS DE COMPTES BOURBONNAIS 


119 


de ville commençant par M, Melun peut-être ; et 2* un mandement 
du duc de Bourbon Intitulé : « C'est la teneur du povoir que Mon¬ 
seigneur le lieutenant a donné audit Colas Regnier pour lere et exer¬ 
cer l'office de la tresorèrie des guerres soubz son gouvernement. » 
Ce mandement, dont la date est arrachée, est sans doute de 1360 et 
antérieur au 31 juillet, où nous voyons Colas Régnier déjà pourvu de 
cette charge de trésorier de Bourbonnais et des guerres (1), que le 
duc lui conférait pour la levée des deniers royaux nécessaires à la 
campagne qu’il allait entreprendre et eu égard aux services qu'il en 
avait reçus antérieurement. 

III. — Le troisième fragment, deux feuillets de parchemin de O»,275 
de hauteur sur 0*,20 de largeur, coupés en bas et sur le côté, provient 
d'un compte de l'hôtel du duc de Bourbon, — Louis II sans aucun 
doute. Il est impossible de le transcrire entièrement, toutes les lignes 
ayant été rognées. Par les quelques notes suivantes, on verra com¬ 
bien est regrettable cette mutilation : 

« A messire Robert Dalphin (2), par le mandement monseigneur, 
pour le deffraver des despens [des gens] d’armes et de pié que il avoit 
amené au [service?] de monseigneur à Aigueperse... ; » — « à Riehar- 
din, le messagier de monseigneur, par mandement monseigneur, 
pour achapter un cheval pour [aller en ?] France, où monseigneur 
l’envoyoit hastement ; » — mentions : de Perrot de Beausant, tailleur 
du duc ; — de messire Philibert de L'Espinace (3) ; — d’Arnaud d'Al- 
bret (4) ; — mouvements de gens d'armes et dépenses faites « pour 
conforter la ville (de Moulins) pour ce que l’on disoit que les Anglois 
vouloyent combatre » ; — dépenses « au nom et pour Gacion Du Cas¬ 
tel, Jadix capitaine de Montempuy, # après le «rachat du fort de Mon- 
tempuy » ; — autres dépenses causées par les écuyers de Jean d’Ar- 
magnac, qui sont allés à Clermont chercher une somme d’argent que 
le duc de Bourbon devait à leur maître ; — aumônes « aux religieuses 
nonnains » (bénédictines) de Marsat (5), aux Cordeliers de Riom ; — 


(1) Hüillard-Bbéholles, op. cit., n* 2801. 

(2) C'est un des fils de Béraud I* r , dauphin d'Auvergne, qui,‘avec Béraud 11, 
son neveu, combattit en 1359 les Anglais de Robert Knoll, venant du Berry, 
et les défit sur les limites du Limousin et de l'Auvergne, en un lieu que 
Froissard ne précise pas (éd. Siméon Lues, V, p. 185-190). La Mure (t. I, p. 414) 
se trompe en plaçant cet événement en 1357. Voy. Delachenal, Histoire de 
Charles V, t. Il, p. 38. 

(3) Conseiller du duc. 

(4) Il épousa en 1368 Marguerite de Bourbon, sœur de Louis II. 

(5) Puy-de-Dôme, cant. de Riom. 


Digitized by LoOOQle 



120 


SOCIÉTÉ D'ÉMULATION DU BOURBONNAIS 


paiements faits : « à messire Jehan de La Roche, chevalier, par le 
mandement monseigneur, auquel monseigneur le donna, pour les 
frais [et despens ?] qu'il fit au lieu de Menât que il tint pris et occupé 
pour grever aucuns ses ennemis [et qu'il rendit ?] à monseigneur 
liberaument... # ; — à Gouçaut, seigneur de Toury, pour le mariage 
de sa fille ; — à Pierre de Giat, chancelier du duc ; — à Jean de 
Maison-Conte, chevalier, bailli d’Auvergne ; — à Limoges, chevau- 
cheur de « messire Philippe de France » (1) ; — à maître Gervaise de 
Chaulieu, clerc du roi et secrétaire du duc ; — à Jean de Montagu, 
chevalier ; — au chevaucheur de la duchesse de Normandie (2) ; — 
aux ménétriers du duc ; - à un écuyer d’écurie «pour achapter... 
mettre en estât pour aler avec monseigneur en Angleterre » ; — etc. 

il est aisé de dater ce fragment. On y trouve en effet mentionné, 
dès les premières lignes, a mons. le conte de Poitiers », qui ne peut 
être que Jean, troisième fils du roi Jean le Bon ; Jean posséda le 
comté de Poitiers jusqu’au traité de Bré!igny,en 1360et, cette année- 
là, reçut de son père le duché de Berry (3) ; il porta dès lors le nom 
de duc de Berry eton peut difficilement admettre que le rédacteur du 
compte lui ait donné son ancien titre par ignorance du nouveau. 
D'autre part, après la conclusion définitive du traité de Brétigny, en 
octobre 1360, Louis II de Bourbon, ainsi du reste que le duc de Berry, 
eut à se rendre en Angleterre comme otage et par échange avec le 
roi de France (4) qui y était prisonnier depuis sa défaite en 1356 ; 
notre fragment, de ce fait encore, est nécessairement antérieur à la 
fin du mois d'octobre 1360. Louis II était duc de Bourbon depuis le 
mois de septembre 1356 ; en 1359, malgré sa jeunesse, il fut nommé 
lieutenant du roi et du régent ès pays d’Auvergne, Berry et Mécon¬ 
nais, titres avec lesquels il figure dans les deux actes du fragment 
précédent (n"II). Dès le début de 1360, il organise la défense en Au¬ 
vergne ; en mai, on le voit à Aigueperse(5)et un article de notre compte 
se rapporte à ce passage. Les dépenses militaires qui figurent à plu- 

(1) Fils de Jean le Bon, qui lui donna le duché de Bourgogne en 1363. Il 
mourut en 1404. 

(2) Jeanne de Bourbon, fille du duc Pierre I", mariée en 1350 au dauphin 
Charles, duc de Normandie, roi de France en 1364 sous le nom de Charles V. 

(3) Voir l'analyse de l’acte de donation dans Huillard-Bréholles, op. cit. 
n* 2806. 

(4) Cf. Froissard, ch. CDLIX. 

(5) Huillard-Bréholles, op. cit., n” 2795. Le duc est à Saint-Pourçain le 
3juin, au Puy le 22, à Clermont le 10 juillet [ibid. n»’ 2^97, 2799. 2799 A). 
Cl. La Mure, Hist. des ducs de Bourbon et des comtes de Forez, t. H, p. 44 
et 45, note de A Steyert. 


Digitized by 


Google 




FRAGMENTS DE COMPTES BOURBONNAIS 


121 


sieurs reprises dans notre fragment ont évidemment trait à sa cam¬ 
pagne de 1360, notamment le paiement fait à Jean de La Roche. Enfin, 
le dernier article est une dépense engagée à l'occasion de son départ 
en Angleterre, qui eut lieu à la fin d'octobre 1360. Si mutilés et in¬ 
complètement lisibles que soient ces deux feuillets, on peut donc dire 
avec certitude qu'ils proviennent, comme le précédent fragment, d'un 
cahier de comptes de l'hôtel de Louis II contenant les dépenses des 
dix premiers mois de 1360 et qu’ils offrent un intérêt particulier du 
fait que ce cahier était le dernier des comptes de l'hôtel tenus avant 
le départ du duc pour l'Angleterre. Louis II reviendra en 1366, date 
où commence la chronique de Cabaret d'Orville et de Jean de Châ- 
teaumorand. 

IV. — Les quatre feuillets qui suivent (0*,195 de largeur X 0*,276 de 
hauteur) sont extraits d'un ou de plusieurs cahiers de comptes, sur 
papier, datant de 1376 à 1390, tenus par le « faiseur des garnisons » de 
Louis II, Hullequin Amblon, et concernant uniquement le vin du 
duc. 

On appelait « garnisons » les approvisionnements de toute nature 
nécessaires aux besoins d’une maison bien montée. Les comptes de 
l’hôtel du roi mentionnent des « garnisons » dans les châteaux où un 
séjour de quelque importance était à prévoir (I) et toujours on semble 
avoir pris un soin particulier de fournir de vins la cave du maître. 
L’oCQcier chargé de cette partie importante devait s’enquérir des bons 
crus, des marchands honnêtes, veiller au transport des fûts à desti¬ 
nation et, sans doute, traiter selon les règles le vin fatigué par le 
voyage ; le prix du vin payé au maître des garnisons pour les besoins 
de l’hôtel entrait dans les recettes (2). Si la charge de maître des gar¬ 
nisons venait à vaquer, l’hôtel achetait le vin directement à des per¬ 
sonnes que payait le maître de la chambre aux deniers (3). 

Le vin tint toujours une grande place sur la table de nos ducs, tant 
en Bourbonnais qu'en Forez. Un compte delà prévôté de Montbrison 
de 1383 est consacré exclusivement aux vendanges qui occupèrent 
dans « le doux de monseigneur », 67 femmes et 10 hommes pendant 
deux jours ; huit àniers « avoyque leurs baltes » amenèrent la ven- 

(1) Voy. Douet.d’Arcq, Comptes de l'hôtel des rois de France aux XI V* et 
X V• siècles, dans la collection de la Soc. de l'Histoire de France (1865), p.9, 
74, 289, etc., et les extraits de comptes royaux publ. par Vallet de Viriville 
dans l’édition de la Chronique de Charles VII de Jean Chartier, t. lit, p. 252 
et suiv. 

(2) Ibid., p. 320 (compte de Charles VII de 1450 1451). 

(3) lb., p. 323 (compte de Charles Vil de 1450-1451). 


Digitized by LaOOQle 



122 


SOCIÉTÉ D'ÉMULATION DU BOURBONNAIS 


dange au cellier ; 26 temmes durent encore achever la vendange le 
mardi avant la Saint-Michel (1). En 1449, Agnès de Bourgogne, du¬ 
chesse de Bourbon, achète dans son pays natal 60 queues devin pour 
elle, pour sa belle-fille, Jeanne de France, et pour ses enfants (2). 

Enfin, on vendait une partie du vin récolté : le 19 février 1418, eh 
la chambre des comptes de Montbrison, sont vendus à Jean Robert, 
de Sury-le-Comtal, dix-huit tonneaux de vin, tenant chacun quatre 
« asnées » (3) environ et que « Monseigneur avoit audit lieu de Sury- 
le-Comtal, de ses servis et du creu dudit lieu » ; le 3 mars suivant, 
sont vendus neuf tonneaux provenant du cellier de Saint-Marcel¬ 
lin (4). 

Nous connaissons les noms de quelques faiseurs des garnisons du 
duc de Bourbon : Jean de Montataire, en 1340 (5; ; Chariot Cordier, 
maître des garnisons de vins en 1446 (6) ; Jean, fils de Charles Cor¬ 
dier, en 1481 (7). Mais il en est peu sur qui nous ayons autant de 
renseignements que sur Hullequin (Hulhequin, Willequin) Amblon : 
déjà maître des garnisons en 1376, il délivre en 1382 dix tonnes de 
vin pour la duchesse de Bourbon au receveur de Murat, Jean Four- 
rin (8) ; il figure encore avec ce titre dans un compte de 1407-1412 de 
Barthomé Tart, faiseur des garnisons particulier de la duchesse; enfin, 
c'est encore lui sans doute que l’on voit consul de Moulins en 1412 (9) 
et qui prend part le 14 décembre 1422. à Moulins, à l'élection de 
« quatre notables pour avoir le gouvernement de la ville » (10). 

Voici le texte du compte : 

[1” feuillet recto.) 

Les comptes Hullequin, des anz. Ixxvj., .txxvij. et .lxxviij. 


(1) Arcb. de la Loire, B. 1974. 

(2) Arch. de la Côte-d'Or, B. 11942, pièce 247. — Voir aux Archives de la 
Loire (B. 1935,1936, etc.) plusieurs comptes de l'hôtel d'Anne Dauphine, com¬ 
tesse de Forez. 

(3) Du Cange (mot asinata), dit que l'asnée, charge d'un &ne, était aussi 
celle de toute bète de somme qui portait cette charge. 

(4) Arch. de la Loire, B. 1914. — Saint-Marcellin (Loire, arr. de Montbri¬ 
son, cant. de Saint-Rambert). 

(5) Arch. nat., P. 1362» (Huillard-Brêholles. op. cit., n» 2262) 

(6) Compte de Gilles Le Tailleur, publié par A. Vayssière, loc. cit. 

(7) Bibl. nat., ms. anc. Gaignières, n» 654. 

(8) Huillard-Bréhoixes, op. cit., n° 3515. 

(9) Arch. comm. de Moulins, n" 252, 253. 

(10) P. Baer, Les Institutions municipales de Moulins, p. 102. 


Digitized by LaOOQle 






FRAGMENTS DE COMPTES BOURBONNAIS 


123 


(2* feuillet recto.) 

C’est le compte Huillequin Amblon, faiseur des garnisons monseigneur le 
duc de Bourbonnois, des vins qu’il a pris, receuz, despenssez et gouvernez 
pour mondit seigneur et dont il a acompte des années qui s’enssuivent. 

Premièrement de l'an. Ixxvj. 

Recepte de vindud. an. 

De feu Jehan Bardelin (i), pour le temps qu’il estoit receveur de Verneulh, 
pour le dit an. iiij“x. tonneaulx. 

De Guillaume Sarsin (?), pour le temps qu’il estoit receveur de Chan- 
telle. xviiij. tonneaulx. 

De plusieurs bourgeois de la ville de Saint-Pourcein, dont les noms s’ens¬ 
suivent et pour composicion faite avecques les gens du conseilh monseigneur : 

De Berthom[ier] Mole, .j. tonel, \ 

De Thomas Arnoux, .ij. tonneaulx. 

De Jehan Mige, .j. tonnel, I 

De Pierre Charbonnier, .ij. tonneaulx, > pour tout ce, .ix. tonneaulx. 

De Tevenet Frison, .j. tonnel, k 

De Jehan Moreaul, solarier, .j. tonnel, ] 

De Monin Gaude, .j. tonnel, / 

Du doux de Beçay (2).xxxiij.tonneaulx. 

Somme, ,viij”xvj. tonneaulx (3). 

(2* feuillet verso.) 

Despense de vin de l’an .Ixxvj. 

Premièrement baillé et délivré et (sic) pour la despensse de l’ostel de ma¬ 
dame faite à Bourbon ès mois d’octobre, novembre et décembre, l’an .Ixxvj., 
si comme appert par lettre de messire Hugues Caquo (4), lors faiseur de 
la dite despensse. xxiij. tonneaulx. 

(1) D’une famille qui a fourni plusieurs officiers ducaux. Le 26 mai 1389, 
le duc de Bourbon, & la requête de Guillaume et de Marguerite Bardelin, les 
tient quittes du tiers des sommes de deniers et des redevances qui lui sont 
dues sur l’état des comptes de feu Jean Bardelin, leur frère et pire (Arch. 
nat., P. 1355* et Huillard-Bréholles, op. cit., n* 3766). Guillaume Bardelin est 
receveur de Moulins en 1389, 1394, 1400 (Huillard-Bréholles. d 0> 3770, 3948, 
3773 et Arch. comm. de Moulins, n° 245, fol. 8 v a ). — Verneuil (cant. de 
Saint-Pourçain), siège d’une châtellenie étudiée par M. Tiersonnier dans la 
9* excursion de la Soc. d’Emulation ; le premier receveur cité par M. Tier¬ 
sonnier est Mathieu Jacquet, avant 1470 (tirage i part, p. 109 n.). 

(2) Bessay, Allier, arr. de Moulins, cant. de Neuilly-le-Réal. Fief dépen¬ 
dant du duché de Bourbon. 

(3) Dans ce total de 176 tonneaux est évidemment comprise une somme 
partielle de 25 tonneaux que nous n’avons pas ici. 

(4) Recteur de l’Hôtel-Dieu de Montbrison en 1369 (Arch. nat., P. 1402 3 et 


Digitized by LaOOQle 







124 


SOCIÉTÉ D‘ÉMULA.TION DU BOURBONNAIS 


l tem, envoie audit lieu de Bourbon pour la provision dudit hostel madite 
dame, si comme appert par lettre donnée dud. messire Hugue donnée le 
.xxij'jour d’avrilh l’an .lxxvij. rendue ès comptes . . . xiiij. tonneaulx. 

Baillé et délivré à madame de Bourbon la grant ( t ; dont Dieux ait l’âme, en 
deducion de .xl. tonneaulx qu’elle prenoit un chacun an sur monseigneur, si 
comme appert par lettre de cognoissance de ma dite dame rendue ès comptes 
donnée le .xx'jour de novembre l’an Ixxvj. xxviij. tonneaulx. 

Baillé et délivré à Odin Charbonner ( 2 ), receveur lors de Molins, pour 
mettre et convertir ou fait de la despensse de sa recepte, si comme appert par 

lettre donnée le .xxiiij' jour de décembre, l’an .Ixxvj. rendue ès comptes. 

lxxij tonneaux .xiiij. setiers ( 7 ). 

Baillé et délivré à maistre Pierre, le mire de monseigneur, auquel monsei¬ 
gneur a donné un chacun an le cours de sa vie pour sa pencion, si comme 
appert par mandement de messeigneurs de la chambre, et quittance de lui 
rendue ès comptes. ij. tonneaulx et demy. 

(3 e feuillet r ‘.) 

Autres vins pris par moy. Hullequin, pour les garnissons de monseigneur, 
tant à Saint-Aon ,' 31 , comme ès appartenances, desquelx vins je, Vuillequin, 
ay donné certifficacmns ès parties qui s’enssuivent. 

Premièrement, de Jehan Meurceint de la parroche de Renezonx ( 4 ), j. 
tonel tenant à la mesure du paîs "vj. anées, dont chacune anée a estée prisée 
.xxxiij. s. iiij. d. t. et le fust .xv. s. t. ; somme pour tout. . x .1 . xv. s. t. 

l ten, de Jehan Morel, de la dite parroche, .j. tonel tenant . v. anées et demi, 


Huillard-Bréholles, op. cit.n°3122); chanoine de Montbrison, 1375 (Preuves 
de La Mure, t. III, p. 165, 167). 

(1) Isabelle de Valois, femme de Pierre I tr ; duc de Bourbon, morte le 
28 juillet 1383, ce qui implique que le compte'de Hullequin Amblon a été 
rédigé après cette date. M me de Bourbon la grant, c'est la veuve du duc, 
d’une façon générale. En oct. 1416, la ville de Moulins achète deux tonneaux 
de vin pour le passage de « Madame la grant », c'est-à-dire d’Anne Dauphine, 
veuve de Louis II. laquelle testa le 19 sept. 1416 et fut inhumée à Souvigny 
(Arch. comm. de Moulins, n* 254, fol. 36). En 1471, «Madame la duchesse 
la grant » c'est Agnès de Bourgogne, veuve de Charles I" (La Mure, t. II, 
p. 288 n.). 

(2) On lit au dos d’un acte de donation consentie par Jean de La Motte à Jean 
de Rochefort, bâtard de Bourbon, le 9 avril 1371 : « Vidimus des lettres de 
la donation de la Mote-Jolivet. lesquelles lettres Pierre Desniers a prises de 
Odin Charbonnier, auquel l’en les avoit baillez pour porter en France. » 
(Huillard-Bréholles, op. cit., n* 3178.) — En marge : « acompte ». 

(3) Saint-Haon (Loire, arr. de Roanne). 

(4) Renaison (Loire, arr. de Roanne). 


Digitized by LaOOQle 






FRAGMENTS DE COMPTES BOURBONNAIS 


iæ 


qui a estés prisés au pris dessus dit, compris son fust prisé .x .s .t., . . . , . 

.ix 1. xiij. s. (i). 

Item, de Mathieu Chiryer, .j. tonel tenant .v. anéeset .j. quart, qui monte 
au [pris] dessus dit, compris le fust prisé .x. s. t.ix. 1. v. s. 

Item, de messire Girart Danodet, prestre, .j. tonel tenant .iiij. anées et 
demi qui monte au pris dessusdit avesquesson fust prisé .x. s. t. . . .viij. 1. 

Item, de Jehan le Former, .j. tonel tenant v. anées qui. monte au pris des¬ 
susdit, compris son fust prisé .xv. s. t.,.ix. I. j. s. 

Item, de Girart Guichon, .i. tonel tenant .iiij. anées et demi qui monte au 
pris dessusdit avesques le fust prisé .vij. s..,.vij. 1. x. s. 

Item, de Hugues Chappes, .j. tonel tenant .vj. anées, qui monte au pris 
dessus dit], avesques son fust prisé .xv. s. t.,.x. 1. xv. [s.] 

Item, de Pierre Chambon, .j. tonel tenant .iiij. anées et demi qui monte au 
[pris] dessusdit, avesques le fust prisé .vij. s.,.vij. 1. [xvij. s.]. 

(3' feuillet o'.) 

Item, de Hugues Fretif (2), .j. tonel tenant .iiij. anées et demi, qui monte 
au pris dessus-dit avesques son fust prisé .x. s. t. viij. I. 

l tem, de Jehan Victon {3), .j. tonel tenant .iiij. anées et demi, qui monte 
au prix dessusdit, comprins son fust prisé .vij. s. t.,. . . .vij 1. xvij. s. t. 

lten, de Pierre de Tharon, ,j. tonel tenant .iiij. anées et demi, qui monte 
au pris dessusdit, compris son fust prisé .vij. s t., . . . .vij. 1. xvij. s. t. 

Item, de Durand Esvin, .j. tonel tenant .iiij. anées qui monte au pris des¬ 
sus dit, avesques son fust prisé .viij. s. t.,.vij.l. j. sol. t. iiij. d. 

Item, pour les voistur' iers] des diz vins, pour men[er] de Saint-Aon, jusque» 
au port de Creschi sur Alier (4), nil, car les prevost des diz lieux de Saint- 
Aon, Croset, les ont faiz venir à la courvée de monseigneur, ès quelx j’ay 
donné certifficacion de ce qu’ilz ont poié pour les despens des boyers. 

Item, poié pour mener les diz .xij. tonneaulx de vin dud. port de Creschi 
jusques à Molins, pour eau,pour chascun tonel, v. savaient. . .1 x. s. t. (5). 

(1) Ce paragraphe est cancellé. On lit en marge : « L’on lui rendra led. vin 
et recouvrera Ion la cedule. » 

(2) Bourgeois de Saint-Haon dont la maison est dite en 1461 avoir été dé¬ 
truite. « h l’occasion des guerres » (Bibl. nat., ms. anc. Gaignières654). Le 
même sans doute que Hugue t Fraytitz », notaire royal et juré des cours de 
Lyon et de Forez, dont la femme, Bonne Salv.aigny, teste le 26 juillet 1398, et 
qui lui-mème teste le 6 juin 1403 (Arch. de la Loire, B. 1880 et 1885). 

(3) Dans un compte du trésorier de Forez pour 1392-1394, on voit qu’il fut 
payé à Jean Viton et à Hugues Fraitiz, pour cinq tonneaux de vin menés en 
Bourbonnais, une somme de 261. 2 s. t. (Arch. de la Loire, B. 1917). 

(4) Allier, arr. de la Palisse, canton de Varennes-s.-A. 

(5) Le rédacteur du compte avait d’abord écrit 60 sous. 


Digitized by LaOOQle 






126 


SOCIÉTÉ D'ÉMULATION DU BOURBONNAIS 


Item, poié à ung charpentier qui a gouvernez les diz vins de Saint-Aon 
jusques à Molins, où il a vaqué .xiij. jourz, pour chascun jour, journée et 
despens, .iij. s. t., valent.xxxix. s. t. 

l tem, pour les journées et despens de moy Vuiilequin et de ung clerc qui a 

esté avecques moy pourarrester et lever lesdiz vins tant de Rix (i), Thiart (2), 
comme de Saint-Aon, esquelx lieux j’ay vaqué .xxviij. jourz, pour (3) tout, 
somme.cxiij. I. 

Somme toute de ladite despense : ,iij c xiiij 1 . vij. s., dont led. Hullequin a 
receu parla main de Guillaume Seguin, tresourier de Bourbonnois, .ij c viij , 1 .x. s. 
Item, il a ballé cedules à Saint-Aon des vins qu’il y a pris, dessus escrips, 
montenz .iiij«xiiij . 1 . vj. s., laquelle somme doit poier Palloux '4) par man¬ 
dement de monseigneur. Par ainssi, reste qui est.(5). 

(4* feuillet r‘.) 

Ce sont les parties de ce que ont cousté dix huit tonneaulx de vin que je 
Hullequin Amblon ay achapté tant à Rix comme à Thiart, pour les garnis¬ 
sons de monseigneur de Bourbon, tant en achapt, en voisturiers, en despens, 
comme en autres missions, les quclx vins furent achaptez et levez ès moy s de 
décembre et janvier l’an mil.ccc iiij xx . et neuf (6). 

Premièrement, poié pour l’achapt de six tonneaulx de vin achaptez à Rix, 
du prieur dud. lieu, la pièce .xiiij. 1., valent.iiij” iiij. I.t. 

l ten, poié pour l’achapt de douze tonneaulx de vin achaptez à Thiart, dont 

l’un des diz tonneaulx tient plus que de moison la valeur [de] xv.s.t., poié 
pour chacun tonel, .viij. l.x.s.t. et pour le tonei d... (7) .ix. l.v.s.t., 
valent.cij. 1.xv.s.t. 

Iten, poié pour* relier les .vj. tonneaulx de vin de Rix dessus diz pour 
chacun [tonel] .ij.s.vj.d.t., valent..xv.s.t. 

Iten, poié pour les mener dudit lieu de Rix au rivage sur Alier, pour cha¬ 
cun [tonel], .ij.s. vj.d.t, valent.*. . .xv.s.t. 

Iten, poié pour gepter hors des cavez tes diz vins de Thiart et charger sur 
les chars.x.s.t. 

(1) Ris (Puy-de-Dôme, arr. de Thiers, cant. de Châteldon). 

(2) Thiers (P.-de-D.). 

(3) Hullequin avait d’abord écrit « chascun jour ...xj.l. ». 

(4) En 1386, Jean Pailloux est « faiseur de la despense de l’ostel » de la du¬ 
chesse (Arch. de la Loire, B. 1913). En 1397, sur un registre de nomination 
des officiers de Forez, il est dit ancien receveur des aides de la guerre pour 
le roi au pays de Forez, ancien capitaine et châtelain de Bussy-la-Presie 
(La Mure, t. Il, p. 86 n.). 

(5) La page est coupée ici. • 

(6) Janvier 1390 nouv. style. 

( 7 ) La page est coupée ici. 


Digitized by LaOOQle 










FRAGMENTS DE COMPTES BOURBONNAIS 


127 


Iten, poié pour les despens des bovyers qui ont mené les dix . xij. ton- 
neaulx de vin de Thiart dessuz diz à la courvé de monseigneur, dud. lieu 
de Thiart jusques au Bec de Dore, ouquel charroy avoit .xij. chars, pour 
chacun chars .iij.s., valent.xxxvj.s.t. 

(4" feuillet, o\) 

Iten, poié pour les voisturiers des dix .xviij. tonneaulx de vin, tant de Rix 
comme de Thiart, à mener pour eau jusques à Molins, pour chacun tonel, 
.x.s.t., valent. ix. l.t. 

Iten, poié à Hugues Charpentier qui a aydé à lever les vins dessus diz des 
diz lieux de Rix à Thiart et les a gardés [tant ( 7 )] pour eau comme pour 
terre, jusques à Molins, où il a demoré .xij. jours, pour chacun jour, jour¬ 
nées et despens, .iij.s., valent .xxxvj.s.t. 

Somme : . ij c j. livres ,vij. s. 

V. — Le cinquième fragment (2 feuillets, parchemin, o*312 de hau¬ 
teur sur 0*251 de largeur}, si on le rapproche des comptes connus de la 
châtellenie de Souvigny, semble bien être un compte analogue, mais 
s’étendant sur plusieurs châtellenies, du moins sur celles de Bourbon, 
d’Ainay, d'Hérisson et de Souvigny. Les recettes et les dépenses sont 
celles de 1382. Le recto du premier feuillet et le verso du second ont 
été très éprouvés ; il est cependant possible d’en extraire les princi¬ 
paux passages. La première moitié du premier feuillet ne laisse voir 
que des mentions effacées : vente de 6 chênes au fils du grand Mi- 
nart, etc. 

(1" feuillet r°, in fine.) 

Autre recepte de deniers des exploiz des fourestz de Bourbonnois pour les 
termes de la Saint-Jehan [-Baptiste] et de Noël l’an mil ccciiij** et deux. 

Premièrement en la chastellenie de Bourbon. 

De Guillaumin Fromentaul et Guillaume Alasimone, fourestiers de Gros- 
bois, pour les exploiz de la dicte fourest dud. terme de la Saint-Jehan-Bap¬ 
tiste l’an iiij« et deux, .xxxviij. 1 . viij.s.ix.d., et pour le terme de Noël 
ensuivant, .xvj. I. xij.d., pour tout ce. .liiij. I. ix.s.ix.d. 

De Jehan de l’Espine, fourestier de Cromaire (i), pour ledit terme de 
Saint-Jehan, .lxxv.s. et pour le terme de Noël ensuivant .xliij.s.iij.d. ; 
pour les diz deux termes . .. cxviijs.iij.d. 

De Durand Touralier, fourestier de Cyvray, pour ledit terme de Saint- 
Jehan, .xvij. 1 . ix.s.iij.d. et pour le terme de Noël ensuivant, .xxx. 1 . xviij.s. ; 

( 1 ) Cette forêt n'a pu être identifiée. 


Digitized by LaOOGle 








128 


SOCIÉTÉ D’ÉMULATION DU BOURBONNAIS 


pour tout ce. .xlviij. I. vij.s.iij.d. 

Somme : .cviij. 1. xv.s.iij.d. 

(1” feuillet, o u .) 

Autre recepte de deniers des diz exploiz en la chastellenie d’Aynay pour 
les termes de la Saint-Jehan, l’an .iiij**. et deux et de Noël ens. dessus diz à 
cause de Troncey la grant. 

De Jaquet Fouacier, fourestier de la dicte fourest, pour le dit terme de 
Saint-Jehan l’an .iiij* et ij., .vij. 1. iij.d. et pour ledit terme de Noël ens. 
Ixxix.s. vj.d. ; pour les diz deux termes. ' ... . x.l.xix.s.vj.d. 

De Jehan Valegny, fourestier de la dicte fourest, pour ledit terme de 
Saint-Jehan l’an .iiij**. et deux, .cxv.s.vj.d. et pour le terme de Noël ens. 
oudit an, .vj. 1 . vj.s., pour ce.xij. 1 . xviij.d. 

De Pierre Grumelet, fourestier de la dicte fourest, pour ledit terme de 
Saint-Jehan l’an .iiij**. et deux, .cxvij.s.vj.d. et pour le terme de Noël ens. 
oudit an, .viij. 1 . vj.d., pour ce.xiij. 1 . xviij.s. 

De Philippot de Chailly, fourestier de la dicte fourest, pour led. terme de 
Saint-Jehan„l’an .iiij**. et deux, .lj.s. et pour le terme de Noël ens. oud. an 
■lxxij.s., pour ce. vj. 1 . iij.s. 

De Jehan de Foureinart, fourestier de la dicte fourest, pour le dit terme de 
Saint-Jehan, l’an .iiij**. et deux, .ciij.s.vj.d., et pour le terme de Noël ens. 
oud. [an], .iiij. 1 . x.s., pour tout ce. ix. 1 . xiij.s.vj.d. 

De ... (t) Paris, pour led. terme de la Saint-Jehan, l’an .iiij**. et deux, 
.vj. 1. [et) de Noël ens. .vj. 1. ix.d.t. ; pour les diz deux termes. . xij. 1. ix.d. 

Somme : lxiiij. 1. xvj.s.iij.d. 

Autre recepte des diz exploiz faiz en la chastellenie de Heriçon à cause de 
Lespinace ( 2 ), de Solengi ( 3 ) et de Druille ( 4 ), pour les termes dessus diz. 

De Hugues de Bonnefont, fourestier de Druille, pour le terme de la Saint- 
Jehan, l'an iiij** et ij., .lxij. 1. vij.s.ix d. et pour le terme de Noël ensui¬ 
vant oudit an de luy et de Martinot de Vieure, .xxx. 1. xv.s. ; pour 
tout. iiij**xiij. I. ij.s.ix.d. 

De Guiot du Brueil, fourestier de Solengy,pour le terme de la Saint-Jehan, 
l’an .iiij**. et .ij. dessusdit, x. 1. xxj.d., et pour le terme de Noël ensuivant 

(1) Passage détruit. 

(2) Forêt de Lespinasse, actuellement sur le territoire des communes de 
Lournux-Hodement et Venas (arr. de Montluçon, cant. d’Hérisson). 

(3) Forêt de Soulongis, actuellement sur le territoire des communes de 
Saint-Caprais et du Vilhain (cant. d'Hérisson et de Cérilly). 

(4) Forêt de Dreuille. actuellement sur le territoire des communes de 

Cosne-sur-l’Œil et de Vieure (arr. de Montluçon et de Moulins, cant. d'Hé¬ 
risson et de Bourbon-l'Archambault). . * 


Digitized by LaOOQle 









FRAGMENTS DE COMPTES BOURBONNAIS 


129 


oudit an, xj. 1 . viij s. ; pour tout ce. xxj.l.ix s.ix.d. 

De Philippe Robert, fourestier de Lespinace, pour le terme de la Saint- 
Jehan .iiij**. et deux dessusdit .ix. 1. x s.vj.d. et pour le terme de Noël 
ensuivant oudit an, .viij. 1 . ix.s. ; pour tout ce .... xvij. 1 . xix.s.vj.d. 

Somme : vj**xij. 1. xij.s. 

{2* feuillet r\) 

Paié par le mandement de monseigneur à messire Robert de Chaluz (i), 
chevalier, auquel mondit seigneur les a donnez pour une foiz, si comme il est 
apparu par ledit mandement donné le xviiij' jour du moys de juillet 
l’an .iiij ** et deux, et lettre de cognoissancede lui rendue ès comptes. ij c . 1 . 

Paié à Philippot Lebisson, pour acomplir le priffait de l’estant de Saint- 
Bonnet et comptez ès comptes precedens dud. tresourier, lesquelx furent 
copez pour ce qu’il disoit (?) que Perrin de Rousers senz chargeroit pour ce 
qu’il avoit fait le dcmorant dudit ovrage et en donroit descharge audit tresou¬ 
rier, si comme il est apparu pour le dit compte. xxx.I. 

Paié et délivré par le mandement de monseigneur à Kutlequin Emba- 
lon ( 2 ), maistre des garnisons mondit seigneur, qui dehu lui estoient pour 
cause du charroy de mener pour aigue, de Molins à Tourz en Toraine, 
.iiij. tonneaulx de vin que mondit seigneur avoit donnez à messire Jehan 
de Beuilh, si comme il est apparu par ledit mandement donné le premier 
jour de juing l’an de grâce ccciiij.** et deux et cognoissance dudit Hulle- 
quin, escripte au dox dudit mandement rendu ès comptes. ix.l. 

Paié et délivré par le mandement de monseigneur à Pierre Pasquin de 
Montluçon, auquel il estoit dehu pour cause d’un toneaul de vin pris sur lui 
ou moys de janvier de l’an .lxxix. pour mettre à Sovigny pour les garnisons 
de l’ostel mondit seigneur, si comme il est apparu par ledit mandement donné 
le .xxviij* jour du moys de juillet, l’an de grâce mil .ccciiij.**, avec une escrohe 
de Pierre Desniers ( 3 ), atachée audit mandement donnée ou moys de janvier 
l’an .lxxix. et lettre de cognoissance dudit Pasquin rendue ès comptes . . , 

xij. 1 . x. s. 

Paié par le mandement de monseigneur à Agnes, fille feu Jehan Char¬ 
bonnier, à laquelle monseigneur devoit pour certain acort fait à la somme 
de .c. livres t. pour cause de plusieurs debtes en quoy mon dit seigneur estoit 
tenuz envers feu Peronnin Macheclo, lesquelles .c.l. monseigneur a ordenné 
estre poiées à la dicte Agnes à .v. ans à venir à comancier le jour de la date 

(1) Seigneur d'Entragues et de Bouthéon (Loire), achète divers cens et 
rentes provenant de feu Etienne de Faye, en 1366-1390, à Fougerolles, Saint- 
Jean-de-Bonne-Fontaine et autres lieux. (D. Bétencouht, Noms féodaux.)- 

(2) Sur Hullequin Amblon voir plus haut, p. 121 et suiv. 

(3) Ou Desmer. Le même qui est cité p. 124, n. 2 ? 

9 


Digitized by 


Google 







130 


SOCIÉTÉ D'ÉMULATION DU BOURBONNAIS 


dud.' mandement, c’est assavoir à chascune feste de Toussainz .xx. 1 . t. dont 
pour la feste de Toussainz l’an ,iiij. x * et deux derrain passée, troiz terme, si 
comme il est apparu par copie dud. mandement donné le .vij' jour de mars 
de l’an .Ixxix. et cognoissance de elle rendue ès comptes passée en une lettre 
sur le chappitre des gaiges sur la rente à vie de Hemee (?) Hermant. xx . 1 . 

Paié pour le mandement de monseigneur à Hugues de Treffort (t), es- 
cuier, ou nom et à cause de dame Jehanne sa femme, femme feu de Guil¬ 
laume des Molins, dont la dite femme dit avoir cause, auquel monseigneur 
devoit la somme de ,ij c . livres t. pour certaine cause plus aplain déclarée ès 
lettres de mondit seigneur, de laquelle somme de ,ij c . francs mondit seigneur 
l’a assigné un chascun an sur le tresourier de .xl. livres, dont pour le pre¬ 
mier poiement de l'an .iiij. xx et troys, lequel est escript au doux doudit man¬ 
dement, si comme il est apparu pour coppie d’icellui mandement donné le 
.x' jour d’aoust l’an mil .ccciiij 1 *. et troys, et cognoissance de lui rendue ès 
comptes. . . xl. 1. 

Somme : ix'lviij. I. xvj. s. vij. d. 

(2' feuillet d°.) 

Autres despens de deniers. 

Paié et délivré pour les despens des gens du conseilh monseigneur et de 
plusieurs autres mercheans faiz à Sovigny à l’enquorue des extrousses des 
paissons des fourestz de Bourbonnois, le dimenche ,xv*. jour du moys de 
septembre l’an de grâce mil .ccc iiij 1 * et ung, sy comme il est apparu par cer- 
tifficacion de Jaquet Boubillet, clerc et garde du martel generaul des fouroistz 
de Bourbonnois, et des quelx despens Denis Nachete, receveur de Sovigny, 
se debvoit charger en despens en ses comptes pour certiHicacion du tresourier, 
lequel Denis les avoit mis en ses comptes pour compter, lesquelx li ont esté 
coppez et roiez, disent que ledit tresourier s’en chargera en despens, pour ce 
qu’il fait recepte des deniers des dictes paissons, et dont ledit tresourier 
a donné décharge audit receveur pour passer en ses comptes et de ce fait 
ledit tresourier recepte dudit receveur, si comme il appert par la dicte recepte 
comptée en recepte de deniers, cy devant. viij. 1. ix.s.iiij.d. 

Paié et délivré à Denis de la Quarte pour chambrillier la oratoire de 
monseigneur qui est costé sa chappelle estant en sa maison neuve de Sovigny 
et de [h doux toute la dicte ouratoire et de y fere ung siégé, à lui baillé à preffait 
pour la main (?) de Jehan d’Entraigues (2), nagueres tresourier de Bourbon- 

(1) D. Bétencourt (.Voms féodaux) cite un Hugues ou Rugonin de Treffort, 
en 1366 et 1375. Marié à Marie de la Porte, déjà veuve de N. des Barres ; il 
possède fiet dans la châtellenie d'Ainay. 

(2) Sur Jean d'Entraigues, devenu trésorier de Forez, conseiller du duc et 
auditeur en la chambre des comptes de Montbrison, lequel, avec son frère 


Digitized by LaOOQle 






FRAGMENTS DE COMPTES BOURBONNAIS 


131 


nois, si comme il est apparu par certifficacion dudit Jehan d’Entraigues avec 
cognoissance dudit Denis rendue ès comptes ..x.l. 

Paié et délivré à Robin Lescot, verrier, pour fere deux verrines de deux 
fenestres de la chambre de Jehan monseigneur (i) à Sovigny, chascune 
fenestre de .iiij. piez de quarrehure, pour fere aparellier la grant verrine 
de la grant chappelle de l’ostel mondit seigneur aud. lieu de Sovigny, c’est 
assavoir là où est l’imagerie de la administration Nostre Dame, auquel 
Robin fut ballé à preffait pour ledit tresourier en la presence de Jehan 
Loncle ( 2 ), chastellain dudit lieu de Sovigny, si comme il appert par 
certiffication dudit chastellain et' cognoissance dudit Robin rendue ès 
comptes.. . . . viij. 1 . x.s. 

Paié et délivré par le mandement de monseigneur à Michel Regnier ( 3 ), 
de Saint-Pourçain, auquel mondit seigneur devoit pour la fin d’un compte 
fait avec Colas Regnier feu son pere, dont il a esté assignez sur le tresourier 
de Bourbonnois à paier ès termes de la Toussainz, dont pour le terme de 
la Toussainz derrain passée, si comme il est apparu par copie dudit man¬ 
dement donné le .xxiij'. jour du moys de janvier de l’an de grâce mil .ccclxxvij. 
et cognoissance de Jehan Loncle ou nom dudit Regnier, rendue ès 
comptes. Ixiij. xvj.s.viij.d. 

Paié et délivré par le commandement du conseilh monseigneur à Loys, 
fitz feu de Jehannet de Br..., escuier, pour une malestote à lui ordennée par 
ledit conseilh, si comme il est apparu par certifficacion de Guillaume de 
Neuviz, en l’ostel duquel ledit Loys demoroit, rendue es comptes, .lx.s. 
...(4) 

VI. — Quatre feuillets de papier (0*270 de hauteur x 0*190 de lar¬ 
geur), jadis intercalés dans une reliure, constituent le sixième frag¬ 
ment. Ils proviennent d'un inventaire de forestier du comté de Cler¬ 
mont en Beauvaisis, sans doute, si on tient compte du passage 
suivant : 

Etienne, se fit construire une chapelle dans l’église prieurale de Souvigny 
(Arch. Allier, Thésaurus Sylviniacensis , p. 427), voir l'histoire du château 
de Montaret, par M. Tiersonnier, dans la il* excursion de la Société d’Emu- 
lation (tirage à part, p. 38 et suiv.). 

(1) Premier fils de Louis II et d’Anne Dauphine, né en mars 1380, duc de 
Bourbon en 1410, connu jusqu'à la mort de son père sous le nom de comte 
de Clermont ; marié en 1400 à Marie de Berry. 

(2) Jean Dubreulh, dit Loncle, qui est en 1410 procureur ducal en la ch⬠
tellenie de Souvigny. (Compte de cette châtellenie, Arch. de l’Ailier, A. 157 
n* provisoire.) 

(3) Cité, par dom Bétencourt, avec plusieurs autres bourgeois de ce nom 
à Saint-Pourçain et aux environs, en 1374. Sur Colas, son père, voir plus 
haut. 

(4) Deux articles de comptes trop effacés pour être transcrits ici. 


Digitized by LaOOQle 








132 


SOCIÉTÉ D'ÉMULATION DU BOURBONNAIS 


Le mercredi ,xij f . jour de ce dit présent moys de juing oud. an, a esté 
continué cest présent inventaire par les devant nommez et ie rapport desd. 
priseurs mis et reddigé par escript par led. Jehan Petit, en la manière accous- 
tumée, et ainsi qu'il sensuit. 

Premier, en lad. garde du Puis des Loges : 

Entre le chemin qui maine de la Neufville à Creilg et celuy de la Garde, 
a esté trouvé ung cabliz de chesne martelé couppé puis six ans, extimé. . . 

vj. s. p. 

La Neuville-en-Hez et Crell sont dans le département actuel de 
l'Oise, à peu de distance, la première de ces localités dans le canton 
de Clermont, la seconde dans l'arrondissement de Sentis, dont elle 
est un des cantons. Le hameau de la Garde est un peu au sud-est de 
la Neuville et la forêt dont on a ce morceau d’inventaire est la forêt 
de Clermont, située à l'ouest de cette ville, sur la rive gauche de la 
rivière du Thérain. Cet inventaire n'ofTrirait un réel intérêt que s’il 
était, sinon complet, du moins représenté par un plus grand nombre 
de feuillets ; on aurait alors sous les yeux un modèle de l’exploitation 
des forêts à la fin du moyen âge. 

VIL — Le septième de nos documents se compose de deux feuillets 
de parchemin à moitié déchirés (1) et en partie effacés d'un compte 
de l'hôtel du duc de Bourbon, Charles I", pour 1445 Sur le recto du 
premier feuillet on lit : 

De lui, par autre cedule donnée le septiesme jour dud. moys de juillet oud. 
an, pour convertir et employer au fait et entretenement de la despence de 
l’ostel d’icellui seigneur. vij. 

De lui par autre cedulle donnée le .xxiij* jour dud. moys de juillet, l’an que 
dessus, pour convertir et emploier ou que dit est. 

De lui par autre cedule donnée le xij e jour d’aoust ensuivant oudit an 
mil [,iiij c ]xlv., en deniers paiez aux archiers de mond. seigneur pour leurs 
gaiges ordinaires du moys de juillet lors derrenier passé. 

De lui par autre cedule donnée le .xxiiij 0 jour dudit moys d’a[oust l’an] 
que dessus, en deniers payez à Girart Buron, marchant boufchier de] mon- 
dit seigneur, à cause du service de boucherie et poullaillerie .. livrez en l’ostel 
d’icelluy seigneur ou moys de juillet lors derrenier [passé]. 

De lui par autre cedule donnée le .viij'. jour de septembre [l’an] mil .iiij r xlv., 
en deniers paiés à Girart Buron, mar[chant bouchier de] mondit seigneur, à 
cause du service de boucherie et poullaillerie... en l’ostel d'icelluy seigneur ou 
moys d’aoust derrenier [passé]. ... 

( 1 ) Le cahier dont ils proviennent mesurait environ 0”,240 de hauteur sur 
O 0 ,210 de largeur. 


Digitized by LaOOQle 







FRAGMENTS DE COMPTES BOURBONNAIS 


133 


De lui par autre cedule donnée le .ix' jour ... oud. an, en deniers paiez 
aux archiers [de mond. seigneur pour leurs gaigcsj ordinaires du moys d’aoust 
lors [derrenier passé]. 

Le verso du premier feuillet et le second feuillet tout entier ne pré¬ 
sentent que des mentions trop Incomplètement illisjbles^ On'y tplève 
seulement la somme de 30 écus couronne pour lès gages des archers 
en septembre et les noms de Guillaume Cadier (1), maître des comp¬ 
tes, et de « Massiz, receveur de Nonnete » (2). 

VIII. — Le numéro huit, feuillet de parchemin plié en deux, cons¬ 

tituant sans doute le commencement et la fin d’un cahier de plusieurs 
feuillets, est trop incomplet pour présenter un intérêt réel. Ce feuillet 
a également servi de couverture ; il n’a que 0*,13 environ de largeur 
sur 0*,26 de hauteur. Il a pour titre : « C'est le rolle des tailhes de la 
prevosté d’Archignault (3), dont est prevost maistre Jehan Pallhoux, 
fllz et heritier feu Jehan Pailhoux, fait et renouvellé par nous, Jehan 
Chaverot et Jehan Moutonet, notaires.commissaires à ce ordon¬ 

nés par les gens des comptes de monseigneur le duc et sont lesdlctes 
tailhes doubles une année autre non et y en a plusieurs qui cy (?) 
doivent à Noël et à Pasques. Fait le .xxij' jour de juillet l’an mil 
.iiij c iiij xx douze. » Suivent les noms des taillables. 

IX. — Le numéro neuf se compose de trois extraits, sur papier, des 
comptes conservés à Moulins, au lieu dit la Voûte, extraits délivrés en 
décembre 1740 et janvier 1741 par Claude Guérin de Chermont, prési¬ 
dent lieutenant-général en la chambre du domaine de Bourbonnais. 
Ces extraits concernent les recettes et dépenses de la châtellenie de 
Bourbon en 1493-1494(Gilbert Dessalles, receveur), en 1546-1547lAndré 
Gauterin ou Gautrain, receveur) et en 1549-1550 (le môme). 

P. Flament. 

(1) Seigneur de la Brosse, fief sis à Saint-Bonnet (auj. commune d’Yzeure). 
Il habitait à Moulins, en haut de la rue appelée aujourd'hui rue d'Allier, 
dans la maison «qui fut Babute» (Arch. Allier, A. 116, fol.553 et 554). 11 mou¬ 
rut président de la chambre des comptes de Bourbonnais, après le 23juillet 
1469. Il était fils de Jean Cadier et petit-fils de Guillaume Cadier et Mari e 
Babute. 

(2) Puy-de-Dôme, arr. d'Issoire, cant. de Saint-Germain-Lembron. Le ch⬠
teau de Nonette, Gilbert de La Fayette, maréchal de France, en étant capi¬ 
taine, fut remis en 1425, par ordre du roi, entre les mains du duc de Bour¬ 
bon (Arch. nat., P. 1361', Huillard-Bréholles, op. cit., n” 5239). Guillaume 
Revei en a donné un dessin dans son Armorial ; cf. La Mure, op. cit., t. II, 
passim. 

(3) Archignat, arr. de Montluçon, cant. d'Huriel. 


Digitized by tcjOOQle 




be Sabotage de l’Histoire bourbonnaise 


L e premier numéro du Bulletin historique, archéologique et héral¬ 
dique, organe de la Société héraldique de France et de la So¬ 
ciété archéologique de France , a paru récemment (1). Il con¬ 
tient un article qui pourrait être intéressant pour le Bourbonnais, 
mais en fait constitue un pur sabotage. On va en Juger. Ceci dit, je 
ne surprendrai aucun des membres de la Société d'Emulation en 
ajoutant que cet article, intitulé : Le contre-scel d'Archcmbaud IX, 
est signé : Francis Pérot. 

En 1878, dit M. Pérot, il a été découvert dans les déblais provenant 
de la démolition d'une très ancienne maison de Souvigny !e econire- 
« scel d'Archembaud IX, sire de Bourbon a. 

Après cette affirmation sans réserve, M. Pérot devient cependant 
quelque peu dubitatif. Il écrit, en effet, quelques lignes plus bas : 

« Ce contre-scel en bronze est une matrice du XIII' siècle que nous 
« rapportons par son style et sa facture à Arcbembaud IX. Elle est de 
« forme orbiculaire, d’un diamètre dé 0*,824 et pesant neuf grammes ; 
« de la tige qui portait un anneau de suspension, il n'en reste que 
a l'amorce. La gravure représente l'écu de Bourbon ancien qui est de 
« forme ogivale allongée ; il porte le lion rampant, l'exiguïté de la 
« pièce n'a pas permis au graveur d'y faire figurer t’orle de coquilles, 
« les sires de Bourbon portant : d'or , au lion rampant de gueules , à 
a l'orle de huit coquilles d’asur. L’écu est entouré d’une légende ano- 
« nymeen caractères gothiques : SECRETVM MEVM, terminée par 
a une croisette. » 

M. Pérot me permettra de lui demander à quoi il reconnaît que ce 
contre-sceau provient des Archembaud, sires de Bourbon. L’écu est 
armorié d'un lion ; or, chacun sait que le roi des animaux fut tou- 


(1) Numéro contenant les fascicules de janvier et février 1911. La direction 
de ce Bulletin a son siège à Paris, quai d'Orléans, n° 30. Le Bulletin parait 
par les soins de M. Paul Bugnot, secrétaire perpétuel. 


Digitized by 


Google 






SABOTAGE DE L’HISTOIRE BOURBONNAISE 


135 


jours (ort employé en blason, rien ne prouve donc qu’il s'agisse des 
armes de Bourbon ancien. M. Pérot affirme bien que si les co¬ 
quilles en orle manquent sur son contre-scel, c’est que le graveur n'a 
pas eu la place de les mettre. Sans doute M. Pérot a-t-il en mains, 
pour justifier une telle assertion, un parchemin bien en règle, por 
tant sur ce point une authentique déclaration du graveur (1). 

Tant qu'il ne l'aura pas montré, on sera en droit de lui dire qu’il 
affirme une chose qu'il ne sait pas, car seule la présence d’un écu 
portant le lion entouré de coquilles en orle pourrait permettre d’at¬ 
tribuer avec certitude le contre-scel qui nous occupe à l'un des sires 
de Bourbon des deux premières races. 

C’est donc plus gratuitement encore que M. Pérot attribue à Archen.- 
baud IX le contre-scel en question ; ce petit meuble sigillaire, prê¬ 
chant la prudence aux chercheurs d’identification, leur répond : se- 
cretuin meum, c’est mon secret. 

Au surplus, M. Pérot, qui nous affirme imperturbablement aujour¬ 
d'hui posséder le contre-scel d'Archembaud IX. a non moins formel- 
ment déclaré jadis, dans la grotesque sigillographie rédigée par lui 
pour la seconde partie du catalogue du Musée, que c’était là le contre- 
scel d’Archembaud VIII (2). 

Je lui répéterai aujourd’hui ce que je lui disais alors. Un sceau, par 
lui même, ne porte pas de date certaine, seul l'acte auquel il est ap- 
pendu permet de le dater autrement que par approximation. Il est 
donc seulement permis d'affirmer, dans l’espèce, que, par son style 
et sa facture, ce contre-scel parait appartenir au xm* siècle. 

Les étonnantes assertions de M. Pérot ne se bornent pas là. C'est 
ainsi que, dans cette même étude, il nous déclare gravement : « Sou- 
« vigny était l'antique Umbra Vallis de César, ainsi désignée aucha- 


(1) Cette déclaration est d’autant plus indispensable que l'on connaît des 
sceaux ou contre-sceaux où les armes de Bourbon ancien ont été entière¬ 
ment reproduites dans des champs au moins aussi restreints. Voir dans l’édi¬ 
tion de La Mure, tome 111, p. 29, 2« partie, les reproductions suivantes : un 
contre-sceau d’Archambaud X (ancienne numérotation) et un sceau équestre 
d’Archembaud XI (ancienne numérotation) ; sur l'écu du sire de Bourbon 
sont ses armoiries très complètes. 

(2) Voir catalogue. II* partie, sigillographie, n* 126. Voir aussi dans Bul¬ 
letin de la Société d'Emulation du Bourbonnais, année 1903, « Remarques sur 
la sigillographie figurant au catalogue du Musée départemental de Moulins» 
et tirage 6 part page 86. Voir également dans le Bulletin de la Société 
d Emulation du Bourbonnais ,- tome XV, 1879, page582, une communication 
sur le même contre-scel par M. Pérot. 11 s'y montre plus prudent dans ses at¬ 
tributions. 


Digitized by tcjOOQle 


136 


SOCIÉTÉ D’ÉMÜLATION DU BOURBONNAIS 


« pitre VII des Commentaires. » Or, si l’on se reporte non au cha¬ 
pitre VII qui n'existe pas, mais au livre VII du De bello gallico, on 
aura, je crois, du mal à trouver « Umbra Vallis» et à l’identifier avec 
-le lieu devenu par la suite Souvigny. Pour ma part, j'y ai vainement 
cherché cet « Umbra Vallis » (1). 

M. Francis Pérot, jugeant à propos d'esquisser une généalogie des 
Archembaud, cite pêle-mêle Justel, du Bouchet, Blondel, La Thau- 
massière, le P. André, Mabiilon, Baluze, etc... Il informe ses lecteurs 
que les généalogies plus ou moins exactes des sires de Bourbon ont 
été rectifiées. « Chazaud, dit-il, remit les choses au point dans son 
« Etude sur la chronologie des sires de Bourbon , X-XIII' siècles. » 
N'empêche que dans la filiation qu'il produit un peu plus bas. il 
s'empresse de donner tantôt la généalogie même critiquée par Cha¬ 
zaud, tantôt celle de ce dernier, d'où filiation incompréhensible. 

Dans un français qui lui est spécial, M. Pérot nous apprend aussi : 
« Coiffier-Demoret, dans son histoire du Bourbonnais, donne des 
« textes variables avec ceux de Chazaud. » Il semble ignorer que 
Coiilier-Demoret vivait avant Chazaud. 

De la.filiation des sires de Bourbon avancée par M. Pérot, négli¬ 
geant les détails, Je veux retenir seulement quelques points extraor¬ 
dinaires. 11 écrit à propos d'Aimon II, qui de son propre aveu vivait 
dans la première moitié du xir siècle : « Aimon II, dit Vaire-Vache à 
« cause de la couleur de ses cheveux, jura entre les mains de saint 
.« Louis que jamais il ne causerait de préjudice à qui que ce soit, car 
« on lui avait reproché d’avoir dépouillé son frère et son neveu, le 
o Roi s’en était ému au point qu’il vint faire le siège de Germigni, où 
« Aimon s’était retranché vers 1108. » 

Ainsi donc, dès avant sa naissance, Louis IX était assez puissant 
pour châtier Aimon II. Cet indiscutable miracle a dû certainement 


(1) Tout ce que l'on peut concéder à M. Francis Pérot, sur ce point de dé¬ 
tail, c'est qu'il a voulu parler, sous le nom de chapitre, d'un des paragraphes 
arbitrairement numérotés du texte des livres des Commentaires. En ce cas, 
M. Pérot aurait dû dire chapitre VII de tel livre. 

J'ai cherché dans les alinéas numérotés VII des divers livres des Commen¬ 
taires sans y trouver le ténébreux Umbra Vallis. M. Pérot a sans doute em¬ 
prunté cet Umbra Vallis à la Générale Description du Bourbonnais de Ni¬ 
colas de Nicolay. Au tome I er , pages 69, 79, 80 de l'édition Vayssière, Umbra 
Vallis s'y trouve cité comme étant du temps de César ia ville des Bolcns 
ou au moins la vallée où s'éleva depuis Souvigny, mais notre vieux géographe 
se garde bien de dire qu'il a pris ce renseignement dans le Livre VII ou un 
chapitre VII du De bello gallico. Cette référence, comme bien d'autres réfé¬ 
rences fantaisistes, reste à l'actif de M. Pérot. 


Digitized by LaOOQle 





SABOTAGE DE L'HISTOIRE BOURBONNAISE 


137 


peser d'un grand poids lors de la canonisation du saint monarque. Je 
m’empresse d’ajouter qu’à la page suivante, M. Pérot a soin d’écrire 
que saint Louis fut aussi le contemporain d’Archembaud IX. 

M. Pérot, après avoir parlé d’Archembaud V (numérotation Cha- 
zaud), écrit : 

« En lui finit la première maison de Bourbon, et pour reprends la 
« filiation de celle maison, il faut rappeler les Bourbon-Dam pierre, 
« alors représentés par Mathilde 1”, dame de Bourbon, laquelle épousa 
« d’abord Gaucher de Vienne, sire de Salins, avant 1183; elle succéda 
« à son grand-père, sous la tutelle de sa mère Alix de Bourgogne et 
« sa grand’mère Agnès de Savoie ; le fief paternel passait légalement 
o aux filles au défaut d'hoirs mâles (1). 

« Devenue veuve, elle se remaria à Gui de Dampierre, vassal du 
« comte de Champagne... » 

Dans ces alinéas, il y a presque une erreur par ligne. 

1° Mathilde I" n’appartenait pas par sa naissance à la maison de 
Dampierre puisqu'elle était fille d’Archembaud (V suivant Chazaud, 
et VII suivant beaucoup d’autres) et d’Alix de Bourgogne. 

2* Dire que « le fief paternel passait légalement aux filles au dé- 
« faut d’hoirs mâles », c’est une vérité, mais ici c'est une erreur, car 
justement Mathilde 1” hérita du fief paternel, bien que la première 
race des sires de Bourbon fût encore représentée par des mâles, les 
sires de Blot. 

3* Ce n’est pas devenue veuve de Gaucher de Vienne que Mathilde I" 
épousa Gui de Dampierre, c’est parce que son mariage avec le sire 
de Salins fut annulé en cour de Rome, pour cause de consanguinité . 

Plus loin, M. Pérot multiplie encore les erreurs. 

Parlant d'une façon fort peu précise d'Archembaud de Dampierre- 
Bourbon, qui épousa Yolande de Châtillon (Archembaud VII suivant 
Chazaud, et IX suivant d'autres, dont le regretté commandant 
du Broc), notre auteur écrit : 

« Ses deux filles, Mathilde II, dame de Bourbon (sic), lui succé- 
« dèrent. Mathilde avait épousé Eude de Bourbon, lequel prit de ce 
« fait le titre de sire de Bourbon ; elle décéda en 1262, laissant le Bour- 
a bonnais à Agnès, dame de Bourbon, sa sœur, mariée à Jean, second 


(1) M. Pérot semble ici avoir mal copié la chronologie des sires de Bour¬ 
bon, de Chazaud. Chazaud avait dit, page <83, que le fief paternel passait 
légalement aux filles à défaut de fils. En substituant au mot précis de fils 
celui beaucoup plus large d'hoirs, M. Pérot ne s'est pas aperçu qu’il chan¬ 
geait le sens et la portée de la remarque faite par Chazaud. 


Digitized by LaOOQle 



138 


SOCIÉTÉ D’ÉMULATION DU BOURBONNAIS 


« fila du duc de Bourbon ; elle en devint veuve et se remaria: ensuite 
« à Robert, comte d’Artois (1). 

« A sa mort, le Bourbonnais cessa d'appartenir aux Bourbons- 
« Dampierre. Soft gendre, Robert, devint la tige de la maison royale 
« de Bourbon. » 

Il y a lieu d’observer : 

1* Que Mathilde II, dame de Bourbon (Dampierre-Bourbon), épousa 
non pas Eudes de Bourbon, mais bien Eudes de Bourgogne. 

2" Qu’Agnès, sœur de la précédente, n'épousa pas Jean, second fils 
du duc de Bourbon, pour deux raisons, la première est qu'il s’appe¬ 
lait Jean de Bourgogne et était fils du duc de Bourgogne ; la seconde, 
parce qu’il n'y avait pas encore de duc de Bourbon à cette époque. 

3* A la mort d’Agnès de Dampierre-Bourbon, le Bourbonnais passa 
entièrement à sa fille Béatrix de Bourgogne, dite de Bourbon, qui 
épousa en 1276 Robert de France, comte de Clermont en Beauvaisis, 
sixième fils de saint Louis, roi de France, et apporta à son mari la 
sirerie de Bourbon.Pour être tout à taitexact, il faut dire que Robert, 
comte de Clermont, fonda la maison de France-Bourbon, devenue du¬ 
cale et dont une branche forma là tige de l’illustre maison royale de 
Bourbon. 

Après nous avoir parlé de Robert de France, comte de Clermont, 
M- Pérot lui aligne comme successeurs : 

« Archembaud VIII, sire de Bourbon, dit le Grand ; Archembaud IX, 
a sire de Bourbon, dit le Jeune, son fils. » 

Or, il est connu qu'aucun des sires ou ducs de Bourbon, de la mai¬ 
son de France, n’a été prénommé Archembaud. Il s'agit tout simple¬ 
ment de membres de la famille de Dampierre-Bourbon que M. Pérot 
fait intempestivement sortir de leur tombe. 

Suivant M. Pérot, il y a eu deux races avant les Bourbon de la 
maison de France. C'est une erreur. Nous devons compter, en effet : 

1* Bourbon ancien. 

2* Dampierre-Bourbon. 

3" Bourgogne-Bourbon (représentés seulement par Eudes de Bour¬ 
gogne, Jean de Bourgogne et sa fille Béatrix). 

M. Pérot dit encore, dans un français moins bon que ses inten¬ 
tions : 

(1) On me permettra de rectifier ici une erreur typographique du tirage fc 
part des Bemarques sur la sigillographie figurant au catalogue du Musée 
départemental de Moulins. Page 94, ligne 19, il faut lire : a Agnès était 
alors femme de Jean de Bourgogne, sire de Charoiais, et veuve épousa Robert 
de France, comte d'Artois. 


Digitized by LaOOQle 



SABOTAGE DE L’HISTOIRE BOURBONNAISE 


139 


a Le nom de Bourbon est Inséparable du royaume de France. Si 
« l’un d’eux, Aimon II, fit résistance à l'autorité royale, ce ne fut 
.« qu'une simple querelle de famille. L’attachement des sires et ducs 
« de Bourbon à la France royale ne s’est Jamais interrompue (sic). 
a tous ont loyalement et superbement servi le Roi et la Patrie. » 
Certes, les trois maisons de Bourbon ont bien servi, comme le pro¬ 
clame M. Pérot, mais si l’on veut faire œuvre d'historien sérieux, on 
doit reconnaître qu’entre nos suzerains et les rois de France, il y eut 
d'autres « querelles de famille » que celle d’Aimon II. par exemple 
sous Louis XI et sous François I". 

Il me reste à m’excuser d’avoir rappelé ici des choses bien connues 
des érudits du Bourbonnais. Si l’article de M. Pérot n’avait pas dû 
dépasser les frontières de notre province, on aurait pu certes se bor¬ 
ner à sourire, mais le Bulletin historique , archéologique et héraldique 
ayant des lecteurs qui ont le droit de n’être pas aussi bien que nous 
au courant de notre histoire provinciale et pourraient être trompés, 
il appartenait à la Société d’Emulalion, gardienne vigilante des saines 
traditions de l’érudition bourbonnaise, de protester contre les erreurs 
nouvelles qui s'ajoutent à toutes celles qu’elle a dû déjà reprocher à 
notre compatriote. Le silence eût semblé un acquiescement. 

En terminant, M. Pérot me permettra de lui signaler une... erreur 
beaucoup plus moderne et qui le touche personnellement. 

Dans le Bulletin historique, archéologique et héraldique, continuant 
ses errements de Y Annuaire du Conseil héraldique de France (1), il se 
fait qualifier par deux fois de « membre correspondant du Ministère 
de l’Instruction publique ». Or, d'après la dernière liste officielle que 
les Archives départementales ont pu mettre à ma disposition, aucun 
Francis Pérot ne figure avec une telle qualité. D'autre part, notre 
confrère M. Flament, qui, lui, est bien officiellement correspondant 
du Ministère de l’Instruction publique, n’a jamais été avisé qu’on lui 
ait adjoint un émule à Moulins. J'en conclus que M. Pérot est sous 
l'influence d'une distraction très prolongée. Quando bonus dormitat 
H orner us. 

Philippe Tiersonnier. 

(t) Dès 1899, M. Francis Pérot se faisait inscrire dans l'Annuaire du Conseil 
héraldique de France avec le titre officiel de correspondant du Ministère de 
l'Instruction publique. 


Digitized by LaOOQle 






Qoelqnes Ex-libris intéressant le Bourbonnais 



Annet-Frédéric-Henry-René de Chavagnac, né le H novembre 1738 
à Blesle (Haute-Loire), était fils de Gilles-Henri-Louis Clair, marquis 
de Chavagnac, et d'Anne-Angélique de Froullay de Tessé. 

D’une famille originaire d’Auvergne, il épousa le 7 octobre 1761 
Marie-Anne des Escotais de Chantilly, fille de Michel Rolland, comte 
des Escotais, et d'Anne-Geneviève Pineau de Vicnnay ; il mourut 
avant 1785. 

Nous donnons cet ex-libris, parce qu'au xix' siècle il a été repro¬ 
duit pour un des membres de cette famille dont une branche est 
devenue bourbonnaise. 

Les Chavagnac portent : de sable à trois fasces d'argent surmontées 
de trois quintefeuilles de même en chef. 

Dans l’Armorial de Guillaume Revel, ils portent : de sable à deux 
fasces d'argent abaissées sous trois roses rangées d'or. 

(Collection M. Dénier.) 


Digitized by 


Google 






QUELQUES EX-LIBRIS BOURBONNAIS 


141 



Gilberl-Pierre-Alexandre de Chavagkac était fils de Gilbert-René, 
chevalier de Saint-Louis, capitaine de vaisseau à Rochefort, et de 
Françoise Harranger du Mesnil-Roland. 

Capitaine de vaisseau et commandant du port de Cherbourg, 
chevalier de Saint Louis, il épousa en premières noces, en 1773, 
Charlotte d'Orvilliers dont il n'eut pas de postérité et, en secondes 
noces,‘Jeanne-RosalieduDrenecdeTredern, dont il eut trois enfants. 

Son arrière grand-père Antoine-Henry, qui avait épousé en 1648 
Diane Forget, devint seigneur de Bussoles en Bourbonnais par son 
second mariage vers 1683 avec Catherine des Gallois de la Tour. 

(Collection X. de Chavagnac.) 

M. D. 


« O « 


Digitized by 


Google 










142 


SOCIÉTÉ D'ÉMULATION DU BOURBONNAIS 



Cet ex-libris : d'asur à la fonce d'argent, accompagnée de trois bustes 
de pucelles de carnation , chevelés d'or et posés de front, est aux armes 
des Le Gendre, de Saint-Aubin sur-Loire, seigneurs en Bourbonnais : 
de Saiigny (Bagneux), Saint-Martin des-Lais, l’Epine, les Noix, la 
Brosse Raquin, la Forêt, Liernolles, etc... 

Cette famille, dont la filiation remonte au xv* siècle, eut de bril¬ 
lantes alliances dans le monde parlementaire et fournit plusieurs 
conseillers d'Etat, des intendants, un prévôt des marchands de Paris, 
un lieutenant général des armées. 

Gilbert-Charles Le Gendre, chevalier, marquis de Saint-Aubin, 
baron de la Forêt, conseiller du roi, maître des requêtes ordinaire 
de son hôtel, naquit à Paris le 9 avril 1688 de Charles et de Margue¬ 
rite Vialet. Il a laissé différents ouvrages qui lui ont donné une cer¬ 
taine réputation, parmi lesquels nous citerons une étude généalo¬ 
gique intitulée : Des antiquités de la Maison de France et des Maisons 
mérovingienne et carlienne et de la diversité des opinions sur les Mai¬ 
sons d’Autriche , de Lorraine , de Savoie, etc. 

En 1718, il obtint l'érection en marquisat de sa terre de Saint-Aubin 
et, à cette occasion, il fit frapper un Jeton à ses armes, signalé par 
M. le comte de Soullrait dans son Essai sur la numismatique bour- 


Digitized by LaOOQle 





QUELQUES EX-LIBRiS BOURBONNAIS 


143 


bonnaise { 1). Quelques années plus tard, en 1736, ses biens furent 
saisis et leur vente poursuivie en Justice. G.-Charles Le Gendre mou¬ 
rut sans alliance le 8 mai 1746. 

(Collection Xavier de Chavagnac.) 



Les Frères des écoles chrétiennes, sur la demande de l’abbé Louis 
Aubery. s’établirent en 1710, à Moulins, dans l'ancien grenier à sel 
situé entre la rue de la Courroirie et le cours d’Aquin ; vers 1759, ils 
ouvrirent une seconde école dans une maison située près le pont des 
Canes, au-dessous des tanneries, qui subsista jusqu'en 1786. 

En 1785, la ville donna aux Frères un logement dans l’ancien cou¬ 
vent des Sœurs de la Croix, situé à l'emplacement du marché couvert 
actuel ; ils y installèrent leurs écoles. Dès 1791, ils furent requis 
de prêter le serment et refusèrent, ils furent laissés en paix jus¬ 
qu'au mois de février 1792. A cette époque, ils furent remplacés par 
quatre instituteurs laïques et reçurent l’ordre de se disperser. Sous 
la Restauration, des démarches furent faites en 1817 pour leurrappel, 
mais ce ne fut qu'en 1821 que le conseil municipal mit à la disposi¬ 
tion des Frères une maison entre la rue des Carneaux et la rue Saint- 
Jacques et porta au budget de la ville une somme de 1.800 francs pour 
le traitement de trois Frères. Cette situation dura jusqu'en 1879 ; à 
cette époque, l’école fut laïcisée. Un comité s'étant formé pour l’éta¬ 
blissement et l’entretien d'une école libre, les Frères s’installèrent 
en 1879 rue de Bourgogne, puis en 1883 rue de l’Oiseau. 

(Collection M. Dénier.) 

M. D. 

(t) Bulletin de la Société d’Emulation, tome VI, première série, page 368. 

© © O 


Digitized by LaOOQle 




tySyWtywvSF MF sFMr 


CHRONIQUE 


— Nous sommes heureux d’enregistrer ici la nomination toute 
récente de notre concitoyen, M. G. Lavergne, au poste d’archiviste 
du département de la Dordogne et de lui adresser nos bien cordiales 
félicitations. M. Lavergne était, précédemment, archiviste adjoint aux 
archives de la principauté de Monaco. 

— Il convient également de féliciter, à un autre point de vue, 
M. Félix Chambon, de Gannat, bibliothécaire à l'Université de Paris, 
du classement et de l'inventaire qu’il a su mener à bien des archives 
communales de Gannat. Le dépôt de Gannat est fort intéressant et 
nous ne saurions trop vivement souhaiter que la municipalité, qui 
sait en apprécier tout l’intérêt et aurait ainsi droit aux remerciements 
de tous les fervents des recherches historiques, fasse imprimer l’ex¬ 
cellent travail de M. Chambon. Celui-ci a rédigé une petite notice 
fort instructive sur les archives de sa ville natale, notice autographiée 
à peu d'exemplaires, où il raconte, succinctement mais clairement, 
les vicissitudes de ces vieux papiers dont la quantité était beaucoup 
plus considérable autrefois que de nos jours. La première mention 
qu’il en ait rencontrée se trouve dans une délibération du corps de 
ville de 1501, où l’on voit diverses pièces être remises « au coffre de 
la ville » ; autre mention en 1519, à l’occasion d’un procès entre la 
ville et Pierre Filhol, s. de la Fauconnière, l’archevêque d’Aix bien 
connu. Le plus ancien inventaire manuscrit des archives de Gannat 
est de 1560 ; espérons que l'inventaire imprimé ne va pas larder à 
faire connaître définitivement tout ce que l’on peut tirer de ce dépôt 
désormais bien classé et bien conservé. 

— M. Chambon vient également de faire autographier à douze 
exemplaires un Historique de la compagnie des sapeurs-pompiers delà 
ville de Gannat (Gannat, 1911) ; son exposé est compris entre les deux 
dates 1592-1910. Il a bien voulu faire hommage d’un exemplaire à la 
bibliothèque des Archives du département. 




Le Gérant : P. FLAMENT. 


Moulins. — lmp. Etienne Auclairb. 


Digitized by LaOOQle 


PROCÈS-VERBAL 


SÉANCE DU 1" MAI 1911 


Présidence de M. Morand 

r 

E taient présents : M"' Françoise de Bonand ; MM. le chanoine 
Berthoumieu, Fr. Bidault, le docteur H. de Brinon, E. Ca- 
pelin, le chanoine Clément, Dénier, Gédel, Leutrat, J. Pays, 
Queyroi et Tiersonnier. 

Excusés : MM. Boutal, Delaioue, Faulquier, Flament, Grégoire, 
Joly, Milcent. 

— En ouvrant la séance, le Président souhaite la bienvenue à 
M. J. Pays, directeur du pensionnai Saint-Gilles, qui assiste pour la 
première fois à l’une de nos réunions. 

— Dépouillement de la correspondance : Lettres de M. Montagne, 
relatives à l’excursion ; — de M. Buffet, au nom de M. Barrés, remerciant 
la Société d’avoir donné son adhésion à la pétition concernant les 
vieilles églises de France ; — de M.le lieutenant-colonel Dulac, offrant 
à la Société quelques reproductions de portraits mis à sa disposition 
par plusieurs familles bourbonnaises pour l’illustration de son livre : 
les Levées départementales dans l’Ailier sous la Révolution ; — de la 
Société d’Economie politique : sa circulaire mensuelle. 

— Ouvrages offerts : de M. le lieutenant-colonel Dulac son ouvrage 
déjà cité. La Société adresse au donateur ses plus vifs remerciements 
et charge son président de vouloir bien les lui transmettre. 

— Le Président donne ensuite le compte rendu des publications 
reçues dans le mois : 

a Dans la Revue d'Auvergne, M. Audollent publie une étude critique 

10 


Digitized by LaOOQle 



146 


SOCIÉTÉ D’ÉMULATION DU BOURBONNAIS 


des travaux de MM. Desdevises du Dézert et Bréhier parus dans les 
Villes d'arts célèbres sur Clermont, Royat et le Puy-de-Dôme. 

« Le Bulletin archéologique de la Corrèze continue la publication 
de l’étude de M. Forot sur les sculpteurs elles peintres du Bas-Li¬ 
mousin. 

« La Société saooisienne donne un travail de M. Michel sur les dra- 
gonades et la révocation de l'Edit de Nantes en Dauphiné. 

« Dans le Centre médical , M. F. Pérot continue la publication de 
ses biographies médicales du Bourbonnais. Le numéro d'avril est 
consacré à Pierre Peronnaux, 1797-18.natif de Besson. 

« La Société neuchàteloise adresse son vingtième volume et demande 
à notre Compagnie de vouloir bien reprendre l'échange de nos pu¬ 
blications interrompu depuis quelques années. 

« La Revue Mabillon publie une étude sur les rapports diploma¬ 
tiques du régent et de la papauté par Dom Denis. » 

— M. Morand donne ensuite quelques renseignements complé¬ 
mentaires sur le projet d'excursion du 22 juin. Puis, comme suite au 
procès-verbal de la dernière séance, il signale qu'il n'y aurait aucune 
difficulté à créer dans la maison Mantin, dans la partie non meublée, 
une salle dite salle Banville. Malheureusement le projet soumis par 
M. Capelin ne pourra être entièrement réalisé, le propriétaire de la 
villa Banville ayant refusé de se dessaisir des panneaux peints par 
M. Rochegrosse. Une démarche n’en sera pas moins tentée près de 
ce dernier pour obtenir de lui au moins le mobilier de Banville. 

— M. l'abbé J. Clément entretient la Société de l'antiphonaire bien 
connu de Souvigny et conservé jusqu'à ce jour dans la sacristie de la 
grande église bénédictine. Depuis quelques années ce manuscrit, 
qui date de 1779 et a beaucoup souffert de l'humidité, était menacé 
de destruction complète par suite du mauvais traitement des visi¬ 
teurs. M. le curé doyen de Souvigny a l'intention de faire relier à 
nouveau ce précieux reste de l’art bénédictin. Notre confrère, M.l'abbé 
Clément, qui a relevé tous les jolis dessins, en-tètes et culs-de-lampe, 
qui décorent ce livre d’église, se propose de rédiger pour notre Bul¬ 
letin une étude relative à la composition artistique et liturgique de 
ce manuscrit. 

M. Dénier ayant appelé son attention sur une note de la presse si¬ 
gnalant à Montluçon la formation d'une société archéologique, 
M. l'abbé Clément répond qu'il est autorisé par notre confrère mont- 
luçonnais, M. Vignier, fondateur de la nouvelle société, à dire à 
notre Compagnie qu’elle recevra incessamment notification officielle 
de la fondation projetée. M. Vignier lui a demandé son adhésion 
personnelle et a promis d'entretenir avec la Société d'Emulation les 
plus cordiales relations. 

— Le Secrétaire donne lecture de la lettre suivante de Dotre compa¬ 
triote M. Géraud Lavergne, le nouvel archiviste de la Dordogne. 


Digitized by 


Google 




PROCÈS-VERBAL 


147 


* Avant de quitter Monaco, je veux vous transmettre quelques notes sur 
un Bourbonnais de 1793, retrouvées dans les archives de la Place et que vous 
pourrez signaler à l’Emulation. 

Pourçain Mallat naquit à Charroux le 4 juin 1766. Entré au service le 
17 septembre 1793, il fit les guerres de la Révolution. On le retrouve à 
Monaco l’an IX, où il commande la 4'compagnie des canonniers sédentaires. 
Puis il est réformé et obtient à cette occasion un certificat de vie du maire 
de Charroux, Navaux, le 15 fructidor an X de la République. 

Dans cet intervalle, une compagnie de canonniers-gardes-côtes est fondée 
dans les Alpes-Maritimes, sous le n° 97, avec Rey comme capitaine. Le 
20 fructidor an XI, Rey est nommé aide de camp du général Partouneaux, 
inspecteur des côtes de la 8' division, et Mallat est appelé par ce dernier à 
prendre le commandement provisoire de la 97*. En brumaire an XII, il est 
confirmé danî son emploi, dont l’exercice est rendu difficile. L’indiscipline 
est grande parmi les canonniers, généralement enfants du pays et peu dé¬ 
voués à l’intérêt national. D’ailleurs, Mallat s’entend fort mal avec son su¬ 
bordonné, le lieutenant Orsibal. 

Après divers incidents qui marquent la carrière de ce soldat dévoué, 
Mallat est rétabli dans la jouissance du traitement de réforme du grade qu’il 
avait avant sa nomination à la 97* compagnie, par décision du ministre de 
la guerre du 27 septembre 1806. 

Il va s’établir à Bordighera où il devient secrétaire en second de la mairie. 
La recommandation de M. Chassepot de Chapelaine, sous préfet de San- 
Remo, lui fait obtenir, en octobre de la même année, le bureau de la poste 
aux lettres de Bordighera. « II le gère avec une si grande loyauté qu’il s’est 
attiré la confiance générale ». écrit le maire. 

Dès lors, je perds les traces de Mallat. » 

— Le Secrétaire rappelle que dans la chronique parue dans le nu¬ 
méro d’avril dernier, il avait été signalé que M. Félix Chambon, biblio¬ 
thécaire à l'Université de Paris, venait de terminer le classement et 
l’inventaire des archives communales de Gannat. Il demande s’il ne 
conviendrait pas d’intervenir auprès de la municipalité Intéressée, 
en la priant de faire aboutir l’impression de l’excellent travail de 
M. Chambon. 

Après en avoir délibéré, la Société émet le vœu que le Conseil 
municipal de Gannat, qui sait en apprécier tout l’intérêt, et aura 
droit ainsi aux remerciements de tous les fervents des recherches 
historiques, fasse imprimer le plus tôt possible le travail de M. Cham¬ 
bon. Elle charge son Président d’être son interprète près de la muni¬ 
cipalité pour lui transmettre ce vœu émis à l’unanimité. 


Digitized by LaOOQle 




148 


SOCIÉTÉ D'ÉMULATION DU BOURBONNAIS 


— Au nom de M. le lieutenant-colonel Dulac, qui en fait don à la 
Société, M. Dénier fait circuler un carreau de terre cuite provenant 
du pavage d'une vieille maison de Verneuil. 

— M. Dénier signale en outre les armoiries de la famille Moulhard 
de Souvlgny, omises dans Y Armorial du Bourbonnais : Gilbert Mou¬ 
lhard, conseiller du roy, élu en l'élection de Gannat, fit enregistrer, 
le 30 janvier 1699, les armoiries suivantes : d’asurà trois glands d'or, 
tigés et fouillés de même posés un en chef deux en fasce, et une étoile 
d'argent en pointe. (Registre de Gannat, n* 26.) Il ne faut pas confondre 
ces armoiries avec celles imposées d'office au n' 139 du même registre 
à François Moulhard, conseiller et procureur du roi en l’hôtel de 
ville de Gannat : de gueules à deux meules de moulin d'argent posées 
l’une sur l'autre. 

— M. Tiersonnier offre pour les collections de la Société une 
aquarelle de notre compatriote, M. Mouret, représentant la rue des 
Orfèvres à Moulins. Il signale en outre une souscription ouverte par 
les Amis de l'Hàtel-Dieu de Beaune, ayant pour but de faire des répa¬ 
rations urgentes à cet établissement hospitalier qui intéresse l’art 
bourguignon. 

— M. Tiersonnier demande à ce que notre Société adresse son adhé¬ 
sion au Comité des Amis des Monuments de France, dont le but est 
la sauvegarde des églises. Le Président fait observer que notre Société 
a déjà voté dans sa séance du 3 avril son adhésion à la pétition qui 
doit être déposée par M. Louis Passy à la Chambre des députés, 
relativement à la conservation des églises de France, que MM. Mau¬ 
rice Barrés et Buffet nous ont adressé leurs remerciements de cette 
adhésion, que dans sa circulaire le Comité des Amis des Monuments 
de France dit lui-même qu’il n’a été créé que pour servir de centre 
aux personnes et aux sociétés adhérentes à la pétition de MM. Barrés 
et Buffet, que par suite il pense que la proposition de M. Tiersonnier 
ferait double emploi. 

— Sont élus membres titulaires : M*' J. de Champigny et M. A. De¬ 
vaux. 

— Sont présentés comme membres titulaires : M. Bouchet, phar¬ 
macien, à Moulins, rue François-Péron, par MM. Tixidre, L. Gré¬ 
goire et Dénier. — M. Cailhe, conducteur des ponts et chaussées en 
retraite, à Moulins, rue du Lycée, par MM. Delaigue, Flament et 
Dénier. 

— L’ordre du jour étant épuisé, la séance est levée à 10 heures. 

M. D. 


Digitized by LaOOQle 


LES PORTRAITS DES BOURBON 

DANS LES VERRIÈRES 
de la Sainte Chapelle de Champigny-sur-Veude 

( INDRE-ET-LOIRE ) 



ous avons, l’an passé, signalé à la Sociéié d’Emula- 
tion tout l'intérêt qui s'attache, au point de vue de 
la généalogie de la famille de Bourbon, aux beaux 
vitraux de la Sainte Chapelle de Champigny-sur- 
Veude, ancienne demeure des Bourbon-Montpensier (1). 

Nous avons fait passer sous les yeux de plusieurs de nos confrères 
la jolie série de cartes postales éditées par M. Dando-Berry, de Lou- 
dun, et consacrées au château et aux vitraux de la chapelle. 

Dans sa séance de Janvier dernier, M. le docteur Chopard et 
M. Flament ont signalé l'offre faite par M*' la comtesse de la Roche- 
Avmon, au sous-secrétaire d’Etat aux Beaux-Arts, de classer ces 
verrières du xvi* siècle parmi les Monuments historiques. 

Il nous parait utile de revenir sur cette question pour indiquer, une 
fois pour toutes, dans quelle exacte limite ces vitraux, dont on parle 
tant, peuvent intéresser le Bourbonnais. 


La chapelle Saint-Louis du château de Champigny-sur-Veude pos¬ 
sède une suite de onze verrières qui mesurent 3*,50 de largeur 
sur 7 mètres de haut, et qui sont au point de vue de l’art des plus 
remarquables. 

Elles renferment de nombreux portraits des membres de la famille 
de Bourbon. Ce qui faisait dire à notre compatriote, M. Emile Male : 


(1) Champigny a été possédé par les familles : Bernier (1067-1096) ; de Blo 
(1096-1230) ; de Beauçay (1260-1340) ; de Beaumont (1340-1360) ; d'Artois (1360- 
4384) ; d’Anjou (1384-1416) ; de Beauvau (1416-1425) ; de Bourbon-Vendôme 
(1425-1477) ; Bourbon-Montpensier (1477-1608) ; Bourbon-d'Orléans (1608- 


Digitized by CaOOQle 







150 


SOCIÉTÉ D’ÉMULATION DU BOURBONNAIS 


« Jamais lamille française n'étala aussi orgueilleusement sa noblesse 
dans la maison de Dieu (1). » 

Chacune de ces verrières est divisée en quatre parties. Le compar¬ 
timent du sommet reproduit les L couronnées et les cols qui sont les 
emblèmes des Bourbon de la branche atnée (2), adoptés par un des 
bienfaiteurs de l'édifice : Louis de Bourbon, des comtes et ducs de 
Vendôme, né le 2 janvier 1495, évêque de Laon et du Mans, arche¬ 
vêque de Sens, abbé de Saint-Denis, créé cardinal le 1" juillet 1517, 
et mort à Paris le 11 mars 1556. 

Les panneaux placés au-dessous reproduisent, dans chaque fenêtre, 
des scènes de la Passion du Christ, et en plus l’Ascension et la 
descente du Saint-Esprit. Dans la fenêtre centrale, le sujet emprunté 
à l'Ancien Testament est consacré à la création du monde. Le grand 
espace compris entre les meneaux droits est occupé, dans sa partie 
supérieure, par un événement mémorable de la vie de saint Louis, 
patron de cette chapelle, d'après les mémoires de Joinville dont le 
texte lui-même a été reproduit dans les légendes. Enfin, dans la partie 
inférieure, se déroule la galerie des portraits des principaux membres 
de la famille de Bourbon. 

Ce sont ces panneaux qui nous intéressent ici plus spécialement. 

Nous donnons dans l’ordre même des fenêtres la suite des portraits 
qui les décorent. 

pe Fenêtre ; Portraits de Claude de Longvy, cardinal de Givry, 
« ecesque et duc de Langren (3;, per de France, lequel a donè (4) les 
vitres de cestes chapelle », et celui de Lois, cardinal de Bourbon, 
fils de François, comte de Vendôme, et de Marie de Luxembourg, 
successivement évêque du Mans, puis de Laon et archevêque de 
Sens en 1517 ; mort en 1557. 

1635) ; Richelieu (le cardinal et le duc Armand-Jean) (1635-1654) ; Bourbon- 
d'Orléans (1654-1750) ; trois nouveaux ducs de Richelieu (1750-1791) ; de Quin¬ 
son (1791-1825) ; de Costa de Beauregard (1825-1866) ; enfin de la Roche-Aymon 
(1866 à nos jours). — Cf. : Le château et la Sainte Chapelle de Champigny- 
sur-Veude, par l'abbé Bossebœuf. Tours, Louis Bousrez, lib.-édit. ; p. 94. 

(1) L'art religieux de la fin du Moyen-Age en France, 1908, p. 168. 

(2) On retrouve aussi, en beaucoup d’endroits, la ceinture « Espérance » et 
le «■ chardon » de notre bon duc Louis il. 

(3) Il fut transféré de Mâcon à Langres, en 1528 ; à Périgueux, en 1533 ; h 
Amiens, le 13 octobre 1540. 

(4) Il faut entendre par là qu'il a offert la plupart de ces vitraux ou du 
moins ceux qui furent exécutés de son temps, car beaucoup ont été placés 
après sa mort, qui survint en 156t. Quelques-unes de ces verrières, comme 
nous le dirons plus loin, sont même postérieures de plus de trente ans à cette 
dernière date. 


Digitized by LaOOQle 



LES PORTRAITS DES BOURBON 


151 


2' Fenêtre : Suzanne de Bourbon, fille de Pierre II et d'Anne 
de France, née le 20 mars 1491, morte le 28 avril 1521 ; et son mari 
(1505), Charles de Montpenster, duc de Bourbon, le « conné¬ 
table », né le 17 février 1489, tué au siège de Rome, le 6 mars 1523 ; 
et ses parents : Gilbert de Bourbon et Claire de Gonzague. 

3 e Fenêtre : Gabrielle de la Tour, fille de Béraud IV, et de 
Jaquette du Pécbin ; et son mari : Louis de Bourbon, 3' fils de 
Jean 1", duc de Bourbon, né en mars 1380, mort à Londres en 1433, 
dont on voit à côté le portrait, ainsi que celui de sa femme (20 mai 
1400) : Marie de Berry, fille de Jean de France et de Jeanne d'Ar- 
magnac, morte à Lyon, en juin 1434, et inhumée à Souvigny. 

Fenêtre : Anne, dauphine d'Auvergne, dame de Mercœur et de 
Forez, fille de Béraud II, comte de Clermont, inhumée à Souvigny ; 
et son mari : Louis II de Bourbon, « le bon duc », né le 4 avril 
1337, mort à Montluçon le 19 avril 1410 et inhumé à Souvigny ; et ses 
parents : Pierre 1", due de Bourbon, tué à Poitiers en 1356, et 
lsabeau de Valois, fille de Charles de France et de Mahaut 
de Châtillon. 

5* Fenêtre : Louis 1", duc de Bourbon, fils de Robert de France 
et de Béatrix de Bourgogne ; et sa femme : Marie de Hainaut, fille 
de Jean II et de Philippe de Luxembourg, morte en 1354 au château de 
Murat, et inhumée aux Cordeliers de Champaigue, près de Souvigny. 

La généalogie des Bourbons-Montpensier est inscrite sur un car¬ 
touche placé entre les deux personnages. 

6' Fenêtre : Saint Louis et Marguerite de Provence : les auteurs 
de nos ducs. 11 y a une transposition évidente dans les armoiries 
qui accompagnent Marguerite de Provence, appelée en outre ici 
a lsabeau » ! 

7* Fenêtre : Robert de France, 6' fils de Saint Louis, comte de 
Clermont en Beauvaisis, tige des ducs de Bourbon, et sa femme 
Béatrix de Bourgogne, fille de Jean de Bourgogne et d'Agnès, 
dame de Bourbon, morte le 2 octobre 1310 au château de Murat et 
inhumée aux Cordeliers de Champaigue. 

8* Fenêtre : Jacques I" de Bourbon, comte de la Marche, 3' fils de 
notre duc Louis I" ; et sa femme Jeanne de Chatillon Saint-Pol ; 
Jean I" de Bourbon, comte de la Marche, fils de Jacques I" et de 
Jeanne de Châtillon Saint-Pol, et sa femme, Catherine de Vendôme. 

9* Fenêtre : Louis de Bourbon, comte de Vendôme, et sa seconde 
femme : Jeanne de Laval ; Jean II, comte de Vendôme, et sa femme : 
Isabeau de Beauveau, dame de Champigny. 


Digitized by 


Google 




152 


SOCIÉTÉ D'ÉMULATION DU BOURBONNAIS 


10* Fenêtre : Louis de Bourbon (1), prince de la Roche-sur-Yon, 
depuis duc de Montpensier, seigneur de Champigny-sur-Veude,2' fils 
de Jean II, comte de Vendôme, qui épousa à Mouiins, le 21 mars 1504, 
Marie-Louise de Bourbon, fille de Gilbert de Bourbon, comte 
de Montpensier, qui est représentée près de lui. 

Louis de Bourbon (2), 2* duc de Montpensier, né à Moulins, et sa 
femme : Jacqueline de Longvy, fille du seigneur de Givry, décédée 
à Paris en 1561. 

11' Fenêtre : François de Bourbon, duc de Montpensier, fils de 
Louis II, mort en 1592, et sa femme : Renée d’Anjou ; enfin leur fils : 
Henri de Bourbon, et sa femme : Catherine Henriette, duchesse 
de Joyeuse. 

ir 

Ces riches verrières sont, attribuées par l’abbé Bossebœuf à Robert 
Pinaigrier (3), pour une part et à deux peintres de Chinon, René 
Grésil et Arnoul Ferrand, pour le reste. Mais M. Ottin dans son 
histoire du « Vitrail » (4), y voit une hypothèse qui demanderait à 
être confirmée par des documenls positifs. En tout cas tous les his¬ 
toriens s'accordent à déclarer que la plupart de ces vitraux ont dû 
être exécutés de 1560 à 1597 (5). 

Si on ajoute à la constatation de cette date tardive, la remarque 
que tous les portraits paraissent se ressembler, que les costumes sont 
identiques... on devra conclure que, si ces verrières de Champigny 
méritent d'être considérées comme de très beaux spécimens de l’art 
des verrières de la fin du xvi* siècle, du moins elles n’ofïrent pas, 
comme portraits authentiques de nos vieux ducs, tout l'intérêt bour¬ 
bonnais qu’on pourrait souhaiter. 

Abbé Joseph Clément. 

(li C'est lui qui fit construire la Sainte Chapelle qui renferme les verrières. 
Elle fut commencée dans les premières années du xvi< siècle et terminée en 
1543. — Cf. De Busserolles, Dictionnaire d'Indre-et-Loire, p. 86, et Bosse- 
bœuf (ouv. cité, p. 20). 

(2) Il fonda à Champigny un monastère de femmes de l’ordre de Saint- 
François, qui s'appela « Notre-Dame de Bonne-Espérance ». Cette fondation 
fut enregistrée au Parlement le 20 décembre 1570. 

(3) Ce maître, qui fut 6 Tours le chef d'une école célèbre de peinture sur 
verre, n'exécuta pas sans doute lui-même les verrières de Champigny, car il 
mourut en 1550. Tl a pu, cependant, en établir les cartons et commencer 
certains vitraux qui ont peut-être été exécutés par ses fils ou ses élèves. 

(4) Le vitrail, son histoire, ses manifestations diverses à travers les âges 
et les peuples. H. Laurens, éditeur ; p. 206-207. 

(5j Dans la H* verrière, on voit les portraits de Henri de Bourbon revêtu 
des ordres du roi qu'il ne reçut qu'en 1595, et celui de sa femme, Henriette- 
Catherine de Joyeuse. Or, leur mariage n'eut lieu qu'en mai 1597. 


Digitized by LaOOQle 


DEjS> BOU$BONNAI$E# 

DE jSAINT-CYït 


I l nous a paru de quelque Intérêt pour notre province, d'extraire 
du livre de M. Fleury-Vindry : Les demoiselles de Saint- Cyr (1), 
ce qui concerne les jeunes Allés d'origine bourbonnaise. 

Nous avons relevé, avec l’autorisation de l’auteur, les différentes 
notices qui leur sont relatives, renvoyant les chercheurs pour une 
étude plus complète à l’ouvrage lui-même, ainsi qu’aux Listes don¬ 
nées par le Comte de Riocour dans la Reçue historique nobiliaire et 
bibliographique i3' série, tome IV, année 1879). 

Chacun sait que cette communauté de Saint-Cyr. de l’ordre de 
Saint-Augustin, lut fondée en 1685 par Madame de Maintenon avec 
l’autorisation de Louis XIV, pour l’éducation de250 jeunes Ailes dont 
les pères avaient vieilli ou étaient morts au service du roi (2). 

Pour être admises, ces demoiselles devaient faire preuve de quatre 
degrés de noblesse du côté paternel ; elles avaient la liberté de de¬ 
meurer à Saint-Cyr jusqu’à l’âge de vingt ans et trois mois et rece¬ 
vaient à leur sortie une dot de 1.000 écus, ainsi que leur trousseau. 
Voici les noms bourbonnais que nous avons relevés. 

Albon (Anne d’). baptisée le 7 février 1705, à Abrest, diocèse de 
Clermont-Ferrand, Aile de François d’Albon, capitaine au régiment 
des fusiliers du roi, et d’Antoinette Chardon. Preuves (3)7 janvier 1713. 
Billet de sortie 8 février 1725. Dot 18 janvier 1727. Elle épousa le 


(1) Paris, Librairie Honoré Champion, 1908. 

(2) Cette fondation fut supprimée en 1793, elle devint hôpital militaire 
et caserne. Napoléon y transporta l’Ecole militaire de Fontainebleau. 
Louis XVIII y ressuscita la maison d’éducation de Saint-Louis, mais de¬ 
puis 1818 on y a fondé l’Ecole militaire de Stint-Cyr. 

(3) Bibliothèque Nationale : Ms. Fr. 32125 et suivantes. 


Digitized by LaOOQle 




154 


SOCIÉTÉ D'ÉMULATION DU BOURBONNAIS 


16 Juin 1733 Gilbert de La Souche, chevalier, seigneur desFoucauds, 
d'Abrest, Gaudinière, etc... mousquetaire du roi, fils de Claude et de 
Catherine de Bilquin, né à Chemilly le 26 avril 1697. 

Bar (Marie-Elise de), née à Gannatle 27 novembre 1762, paroisse de 
Saint-Etienne, fille de Gabriel de Bar-la-Garde, capitaine aux chas¬ 
seurs de Hainaut en 1758, chevalier de Saint-Louis, et de Marie Mollet 
de la Beaume. Novice à Saint-Cyr (1" avril 1784), professe (1" avril 
1786; devant M" Elisabeth. Sortie à la suppression. 

Barrin la Galissonnière (Anastasie de), née le 10, baptisée le 
11 janvier 1741 à Saint-Bonnet de-Roeheîort, fille de Vincent deBarrin 
et de Marie-Madeleine Barrin. Preuves 18 avril 1750. Morte le 28 no¬ 
vembre 1828 au Plessis-Guerry-en-Monnières (Loire-Inférieure). 

Barrin la Galissonnière (Apolline de), née le 20, baptisée le 21 jan¬ 
vier 1745 à Saint Bonnel-de-Roehefort, fille de Vincent de Barrin 
et. de Marie-Madeleine Barrin. Morte le 14 novembre 1756 à Saint-Cyr 
(mairie de Saint-Cyr). 

Bégon de la Rouzière (Marie-Scolastique), née et baptisée le 
14 mars 1746 à Saint-Pont en Bourbonnais, fille de François Bégon et 
de Marie-Antoinette du Bec. Preuves 15 mars 1755. Billet de sortie 
25 octobre 1765 Dot 31 juillet 1767. 

Bermond-Bressolles (Marié de), née le 8, baptisée le 11 février 1686 
à Hyds, fille de Pierre de Bressolles et d'Anne de Villars. Preuves 
20 mai 1697. Billet de sortie 9 février 1706. Dot 9 février 1706 Ursu- 
line à Gisors ( 708-1749) (Sœur Saint-Cyr), dépositaire (1734-36), mai- 
tresse des novices 1741-43, dépositaire 1746 47). 

Biotière (Madeleine-Sophie de), née le 21 avril, baptisée le 22 avril 
1777 à Saint-Pourçain (église Saint-Georges), fille d'Antoine Gil¬ 
bert de Biotière, écuyer, seigneur des Jonets, et d'Anne Desrolines du 
Fé. Preuves 8 janvier 1787. Entrée le 7 février 1787. Sortie le 17 mars 
1793 (billet signé par M" deCrécy). 

Bongars (Marie-Françoise de), née le 7, baptisée le 8 mars 1779 à 
Saint-Pourçain-sur-Sioule, fille de Jean de Bongars et de Marie de La 
Codre. Entrée le 7 novembre 1786. Sortie le 11 mars 1793. 

Boulaye (Julienne-Monique-Etienne-Valère delà), née et baptisée 
le 4 juin 1779 à Etroussat, fille de Charles Joseph-Nicolas de la Bou¬ 
laye, chevau-léger de la garde du roi. réformé en 1787, chevalier de 
Saint-Louis, et de Jacquette-Geneviève-Françoise Le Turcq. Preuves 
13 novembre 1787. Entrée le 16 novembre 1787. Sortie le 14 mars 1793. 

Boutet (Anne-Elisabeth), née et baptisée le 3 mai 1717 à Sazeret, 


Digitized by LrOOQle 




BOURBONNAISES DE SAINT-CYR 


155 


fille de Gilbert Boutet etde Marguerite de Fontis. Preuve 5 juin 1727. 
Billet de sortie 21 mai 1737. Dot 6 lévrier 1739. Professe à Beaulieu- 
lès-Loches 3 février 1739. Morte à Beaulieu le 2 avril 1765. 

Boutet (Madeleine), née le 27, baptisée le 29 mars 1746 à Chareil, 
fille de François Boutet et de Charlotte Granger. Preuves 6 novembre 
1755. Billet de sortie 12 mars 1766. Novice bénédictine à Notre-Dame 
de Cusset 26 février 1768. 

Bouys (Antoinette du), née au château du Bouys le 29, baptisée le 
30 décembre 1728 à Marcillat, fille d’Antoine du Bouys, garde du 
corps du roi, et de Jeanne de Durât. Preuves 11 décembre 1740. Billet 
de sortie 31 décembre 1748. Dot 14 août 1750. Novice à Notre-Dame 
de Sens. Abbesse. 

Breuil (Jeanne du), née et baptisée le 31 août 1729 à Lavault-Sainte- 
Anne, fille d’Etienne du Breuil, capitaine au régiment de Rufïec, 
chevalier de Saint-Louis, et d'Elisabeth-Marie de Salvert. Preuves 
4 avril 1740. Morte à Saint-Cyr le 2 août 1743 (mairie de Saint-Cyr). 

Brinon (Marie-Madeleine de), née et baptisée le 26 juin 1756 à 
Saint-Pierre-des-Ménestraux (Moulins), fille de Jean-Camille de Bri¬ 
non, capitaine de grenadiers au régiment de Languedoc-infanterie, 
chevalier de Saint-Louis, et de Marie-Anne Cadier. Preuves 25 juin 
1768. Billet de sortie du 28 juin 1776. Dot 2 juin 1778. Chanoinesse. 
Elle épousa (1), le 18 novembre 1784, Jean-Baptiste Maréchal, et mou¬ 
rut à Moulins le 31 décembre 1823. 

Brinon (Anne-Marie de), née le 14, baptisée le 15 novembre 1763 à 
Saint-Pierre-des-Ménestraux (Moulins), sœur de la précédente. Billet 
de sortie 30 août 1783. Dot 3 mars 1784. Chanoinesse. 

Buysson (Marie-Louise-Charlotte-Euphémie du), née le 16, baptisée 
le 18 décembre 1754 à Treban. fille de Pierre du Buysson des Aix, 
major au régiment de Lessonnette-infanterie, chevalier de Saint- 
Louis, et d'Anne-Charlotte de Monestay. Preuves 23 février 1765. 
Billet de sortie 4 juin 1775..Dot 12 juillet 1775. Elle épousa, le 8 fé¬ 
vrier 1779, Jean-Baptiste de Soalhat de Fontalard, chevalier seigneur 
de Lampret. 

Chabannes-Mariol (Henriette de), née le 18 à Mariol, baptisée le 
28 décembre 1681, fille d'Anne-Marie de Chabannes et d’Henriette 
Coifïler. Preuves 10 décembre 1689. Billet de sortie 18 novembre 1701. 

(1) Archives municipales de Moulins (Saint-Pierre-des-Ménestraux), re¬ 
gistre 488, f° 145. 


Digitized by LrOOQle 



156 


SOCIÉTÉ D’ÉMULATION DU BOURBONNAIS 


Dot 26 novembre 1701. Elle lut novice à Cusset (18 lévrier 1710). Elle 
épousa le 18 avril 1719, à Saint-Léon, François Feydeau de Demoux, 
chevalier, seigneur de Marcelanges, capitaine au régiment de Lou- 
vigny, flls de Jean Feydeau, s* de Demoux, et de Marguerite Heroys. 
Agée de 83 ans. elle épousa en secondes noces, le 2 juin 1764, Pierre- 
Augustin Valette de Bosredon, né en 1722. 

Chabannes-Pionsat (Anne-Josèphe de), née le 16, baptisée le 17 oc¬ 
tobre 1690 à Pionsat (Puy-de-Dôme), diocèse de Clermont, fille de 
Gilbert de Chabannes et d’Anne-Françoise de Lutzelbourg. Preuves 
20 Janvier 1699. Billet de sortie 20 décembre 1710. Dot 20 décembre 
1710. Elle épousa, le 27 mai 1713, François de Laqueuille (mort le 
29 août 1754) et mourut elle-même le 29 décembre 1756 à Clermont- 
Ferrand. 

Chambaud (Gilberte de), née et baptisée le 4 octobre 1747 à Beaune, 
fille de Gilbert de Chambaud, garde du corps du roi, et de Françoise 
Varin. Preuves 27 mai 1758. Billet de sortie 4 octobre 1767. Dot 7 dé¬ 
cembre 1768 

Chambon (Àntoinette-Marie-Sylvle de), née le2, baptisée le 4 novem¬ 
bre 1726 à Marcillat, fille de Jacques de Chambon, chevalier, comte 
de Marcillat, et de Marie de Biotière. Preuves 11 mars 1733. Billet de 
sortie 9 octobre 1746. Dot 15 janvier 1749. 

Chantelot (Jeanne de), née et baptisée le 6 mars 1720, à'Barrais- 
Bussolles, fille de Gaspard de Chantelot, écuyer, seigneur de Qulrielle 
et Chantemerle, et de Jeanne de James. Preuves 17 décembre 1731. 
Billet de sortie 3 mars 1740. Elle ne sortit que le 6 mars 1741 deSaint- 
Cyr. Novice à Cusset 27 octobre 1741. Dot 18 août 1743. 

Chauvigny de Blot (Amable dei, née et baptisée le 16 octobre 1741 
à Salles, fille de Joseph de Chauvigny et de Louise de Rollat. Preuves 
15 avril 1751. Billet de sortie 1" novembre 1763. Dot 31 Juillet 1766. 
Elle épousa le 18 mai 176., Pierre de Saint-Giron les Armonières. 

Chauvigny de Blot (Amable-Ilenriette de), née et baptisée le 
26 mars 1756 à Saint-Bonnet-de-Rochefort, fille de Gilbert-Michel de 
Chauvigny et de Marie Valette de Bosredon. Preuves 6 avril 1763. 
Billet de sortie 17 juillet 1776. Dot 30 mars 1778. Elle épousa Fran 
çois-Aldebert de Sevérac.puis en secondes noces, le8 septembre 1797. 
Claude-Etienne Annet des Roys. Elle mourut à Moulins, rue de 
Paris, le 20 novembre 1842. 

Combes (Marie-Antoinetle-Clotilde de .née et baptisée,le 15 novem¬ 
bre 1778 à Broût. fille d'Antoine-Jacques de Combes, chevalier, sei- 


Digitized by LaOOQle 



BOURBONNAISES DE SAINT-CYR 


157 


gneur des Morelles, lieutenant au régiment de Lyonnais-infanterie, 
administrateur du département de l’Ailier, et de Marie Bourlin. Preu¬ 
ves 30 juillet 1788. Entrée 1" août 1788. Sortie 11 lévrier 1793. 

Courtais (Marie-Louise de), née le 14 janvier, baptisée le 4 no¬ 
vembre 1720 à Sanssat, fille d’Henri de Courtais, chevalier, seigneur 
de la Souche, capitaine au régiment de Béthune, chevalier de Saint- 
Louis. et d’Angélique d’Affry-d’Hauterive. Preuves 4 mai 1727. Morte 
le 13 Juin 1734 à Saint-Cyr. 

Crest (Catherine-Françoise-Amable du) née et baptisée le 3 avril 
1700 à Tazilly (Nièvre), diocèse d’Autun, fille de François du Crest et 
d’Anne d'Haumaire. Preuves 17 avril 1708. Morte à Saint-Cyr le 12 dé¬ 
cembre 1712. 

Durat-Ludaix (Marguerite de), née et baptisée le 4 juillet 1708 à 
Marcillat, fille de Sébastien de Durât et de Marie de Rollat. Preuves 
22 décembre 1719. Billet de sortie 6 juin 1728. Dot 28 septembre 1730. 
Bénédictine à Nevers 19 janvier 1746. 

Durat-Gouzolles (Louise-Anne de), née le 25, baptisée le 30 avril 
1753 à « Pérouse, diocèse de Bourges » (Lapeyrouse, Puy-de-Dôme), 
fille de Jacques-Balthazar de Durât et de Marie-Jeanne-Madeleine de 
Chastagnat. Preuves 29janvier 1763. Novice 21 janvier 1774.Religieuse 
2 janvier 1776 à Saint-Cyr devant la Dauphine. Sortie à la suppres¬ 
sion. 

Durat-Gouzolles (Jeanne-Marguerite de), née et baptisée le 14 fé¬ 
vrier 1758 à Pérouse (Lapeyrouse), fille de Jacques-Balthazar de 
Durât et de Marie-Jeanne-Madeleine de Chastagnat. Billet de sortie 
10 décembre 1777. Dot 24 novembre 1778. Elle mourut le 8 juillet 1837. 

Durat-Gouzolles (Marie-Antoinette de), baptisée le 6 novembre 
1762 à Pérouse (Lapeyrouse), fille de Jaeques-Balthazar de Durât et 
de Marie-Jeanne-Madeleine de Chastagnat. Dot 12 mai 1783. 

Escures (Marie-Josèphe des), née le 14, baptisée le 15 juin 1726 à 
Plouzané (Finistère), diocèse de Léon, fille de Constant des Escures, 
s'de Pontcharrault, lieutenant d'une compagnie franche de la marine, 
et de Catherine-Nicole d'Ourguy (de Brest). Preuves 17 juin 1733. 
Billet de sortie 1" novembre 1747. Dot 7 août 1748. 

Escures (Marie-Reine des), née et baptisée le 8 février 1763 à 
Sanssat, fille de Gilbert des Escures, capitaine d’infanterie, seigneur 
de Sanssat et Villars, et de Reine Chambon. Preuves 4 février 1775. 
Billet de sortie 2 février 1783. Dot 8 avril de la même année. Elle 
épousa Etienne Fournier. 


Digitized by LaOOQle 




158 


SOCIÉTÉ D’ÉMULATION DU BOURBONNAIS 


Faure (Gilberte-Marie-Madeleine du), née et baptisée le 20 août 
1673 à Gannat, fille de François du Faure, écuyer, seigneur de Cha- 
soux, et de Marie Inlrand. Preuves du 4 lévrier 1686. Novice à Saint- 
Cyr 7 novembre 1692, religieuse 9 décembre 1694. Morte à Saint-Cyr le 
25 mai 1734. 

Faure (Jeanne), née le 7, baptisée le 8 avril 1707 à Gannat, fille de 
Gaspard Faure et d’Anne Marcelin. Preuves 13 octobre 1714. Billet de 
sortie 14 avril 1727. Dot 6 septembre 1727. Novice à Notre-Dame de 
Gannat 14 mars 1731. 

Fontanges (Marie-Marguerite de), née le 25, baptisée le 27 avril 
1749 à Gannat, fille d’Hugues de Fontanges, chevalier, seigneur de la 
Fauconnière, et de Marie-Gasparde de Boissieu. Preuves 19 juin 1756. 
Billet de sortie 25 avril 1769. Dot 24 mai 1769. Chanoinesse de Neu- 
ville-en-Bresse 1773, coadjutrice de Bouxières, 12 février 1785. 

Fontanges (Louise-Elisabeth-Catherine de), née le 1", baptisée le 
4 novembre 1759 à Saint-Pourçain, fille de François de Fontanges et 
de Louise-Gilberte de Beauverger. Preuves 10 novembre 1767. Dot 
31 mars 1780. 

Fontanges (Anne-Françoise-Madeleine de), née et baptisée à Bayet ’ 
le 30 octobre 1760, soeur de la précédente. Novice 16 novembre 1780, 
religieuse 2 novembre 1782, sortie à la suppression. Elle mpurut à 
Versailles le 8 prairial, an III. 

Fraigne (Jeanne-Marie de), née et baptisée le 28 septembre 1712, à 
Saint-Ferréol (Marseille), fille de Gilbert de Fraigne. chevalier, sei¬ 
gneur de Bussière-Vieille-en-Combrailles. capitaine des vaisseaux du 
roi, chevalier de Saint-Louis, et de Thérèse Daniel. Preuves 10 avril 
1724. Billet île sortie 20 septembre 1732. Dot 1" juillet 1734. 

Groing de la Romagère (Catherine le), née et baptisée le 19 no¬ 
vembre 1709, à Saint-Sauvier, fille du seigneur de la Romagère, capi¬ 
taine de cavalerie, et de Catherine Le Gay. Preuves 22 novembre 1718. 
Billet de sortie 27 novembre 1729. Dot 24 décembre 1730. Elle épousa, 
le 26 avril 1739, Vincent de Magnac, chevalier, seigneur du Claux,lieu¬ 
tenant-colonel au régiment Royal-Comtois, chevalier de Saint-Louis. 

Groing de la Maison-neuve (Marie-Françoise le), née et baptisée 
le 10 novembre 1730, à Landogne (Puy-de-Dôme), fille de Gilbert 
Le Groing, chevalier, seigneur de la Maison-Neuve, capilaine d’in¬ 
fanterie, et de Françoise de la Forêt-Bulhon. Preuves 24 novembre 
1741. Billet de sortie 30 janvier 1750. Religieuse (sœur François du 
Sacré-Cœur) au Carmel, rue Saint-Jacques à Paris. Prieure. Dot 
15 janvier 1752. Elle mourut en 1782. 


* 


Digitized by LrOOQle 




BOURBONNAISES DE SAINT-CYR 


159 


Jas (Gabrielle de), baptisée le 10 lévrier 1669, à Saint-Gérand-le-Puy. 
fille de Charles de Jas, écuyer, seigneur de Saint-Gérand, et de Marie 
de La Geneste. Preuves 31 janvier 1686. Novice 7 décembre 1692. Re¬ 
ligieuse le I" Janvier 1694 à Saint-Cyr. Morte le 7 juillet 1712. (Mairie 
de Saint-Cyr.) 

Jas (Gilberte de), baptisée le 9 mai 1708, à Saint-Pierre-des-Ménes- 
traux (Moulins), fille de François-Gabriel de Jas et de Marie Lutreau. 
Preuves 27 lévrier 1717. Billet de sortie 27 avril 1728. Dot 3 septembre 
1728. 

Lapelin (Anne de), née le 15, baptisée le 16 juin 1738, à Bellenaves, 
fille de Jean-Nicolas de Lapelin, écuyer, seigneur de Barbignat, che- 
vau-léger de la garde du roi, et de Gilberte du Buysson. Religieuse à 
l’Hôtel-Dieu de Mantes (sœur Saint-Augustin), entrée en septembre 
1759. Billet de sortie du 24 mai 1758. Dot 16 septembre 1759. Morte le 
18 novembre 1785. 

Ligondès (Catherine-Antoinette du), née et baptisée le 4 septembre 
1736, en l’église Saint-Nicaise de Châlons-sur-Marne, fille de Fran¬ 
çois du Ligondès, chevalier, comte du Ligondès et d’Avrilly, et de 
Marie-Anne Taverne de Morvilliers. Preuves 7 juin 1746. Billet de 
sortie 18 juin 1756. Dot 11 janvier 1763. 

Ligondês-Rochefort (Elisabeth-Madeleine du), née le 14, baptisée 
le 15 juin 1698 à Toulon (Var), fille de Charles-Gabriel du Ligondès 
et de Gabrielle de Cuers. Preuves 18 octobre 1708. Morte à Saint-Cyr 
le 17 juin 1712. 

Ligondês-Rochefort (Catherine du), née et baptisée le 10 mai 1731, 
à Saint-Bonnet-de-Roche(ort, fille de Claude du Ligondès, chevalier, 
comte de Rochelort, lieutenant-colonel du régiment de Maugiron, 
chevalier de Saint-Louis, et d’Antoinette du Ligondès des Forges. 
Preuves du 16 mars 1743. Reçue en 1743. Novice 13 avril 1750, reli¬ 
gieuse 4 mai 1751 à Saint-Cyr, devant Madame Louise de France. Sortie 
1793. Morte à Versailles le 12 février 1794. 

Ligondês-Rochefort (Marie-Elisabeth-Catherine du), baptisée le 
29 décembre 1741 à Saint-Bonnet-de-Rochefort, sœur de la précé¬ 
dente. Elle reçut en 1763 sa première année de pension, sa dot le 
4 octobre 1766, étant pensionnaire chez les religieuses de l'Àvenue à 
Brévent. Billet de sortie du 3 septembre 1763. 

Louan Fontariol (Elisabeth-Marguerite de), née le 1", baptisée le 
2 juin 1714 & Saint-Pierre d’Yzeure, fille d’André de Louan, écuyer, 
seigneur de Fontariol, et de Marguerite Renaud. Preuves 27 juillet 
1722. Billet de sortie 6 août 1734. Dot 2 octobre 1734. 


Digitized by LaOOQle 



160 


SOCIÉTÉ D'ÉMULATION DU BOURBONNAIS 


Malleret (Gabrielle de', née au château de la Nouzière. le 19, 
baptisée le 20 avril 1750 à Lussat (Puy-de-Dôme), fille de Joseph de 
Malleret, lieutenant au bataillon de milice de Bagniaux, et de Marie- 
Françoise Barthon. Preuves 13 janvier 1762. Billet de sortie 15 mai 
1770. Dot 24 septembre 1772. Religieuse à Préaux 15 mai 1770. 

Marcellange (Madeleine de), née le 3, baptisée le 4 février 1675 à 
Vicq, fille de Louis de Marcellange, chevalier, seigneur d’Areon, et 
de Madeleine de Saint-Hilaire. Preuves 28 août 1686. Morte le 5 mars 
1689 à Saint-Cyr. 

Marcellange (Procule de), baptisée le 28 janvier 1680, à Vicq, sœur 
de la précédente, sortie avant 1704, elle mourut avant le 25 juin 1734. 

Mareschal (Marie-Jeanne), née le 15, baptisée le 23 mal 1719 à 
Ygrande (Allier), fille de Michel Mareschal, seigneur de Franchesse, 
Gatelière, etc., capitaine dans le régiment de Nettancourt et d'Anne- 
Antoinette Aymié. Preuves 13 août 1730. Billet de sortie 4 mai 1739. 
Dot 12 août 1741. 

Mars (Charlotte-Catherine-Henriette de), née le 14, baptisée le 
15 juin 1731 à Cusset, fille de Joseph de Mars, chevalier, seigneur de 
Baleine, et de Marguerite de Laizer. Preuves 29 décembre 1742. Bil¬ 
let de sortie 31 mai 1751. Bénédictine à Notre-Dame des Anges à 
Saint-Cyr. Elle semble avoir été prieure de Sainte-Marie de Villar- 
ceaux (14 mai 1767). Dot du 25 août 1752. 

Monami (Angélique-Ursule de), baptisée le 22 juin 1677 à (Sainte- 
Madeleine, Paris), fille de Michel de Monami, sieur du Mas du Theil 
et de Chareil, et de Marguerite de la Rouère-Chamois. Preuves 
7 septembre 1686. Elle épousa à Chantelle le 25 octobre 1715 Jean de 
Fougière, sieur des Gougnons, veuf de Marie Legroing (1). 

Mousse-Beaune (Eléonore de la), née le 6, baptisée le 7 mai 1715 à 
Beaune, fille de Gilbert de la Mousse et de Catherine de Montagnat. 
Preuves 8 avril 1724. Morte 6 janvier 1727 à Saint-Cyr. 

Mure (Elisabeth-Marguerite de la), née en 1673, baptisée à Saint- 
Pierre cPYzeure, fille de Joseph de la Mure et d'Elisabeth Coulon. 
Preuves 26 août 1687. Elle fut novice à Saint-Cyr, 7 décembre 1692, 
puis épousa le 20 octobre 1701 Louis-Becq de la Mothe Saint-Vincent, 
elle mourut le 18 mars 1719. 

Mure (René delà), baptisée le 1" septembre 1688 à Saint-Sulpice 

(1) Voir dans le Compte rendu de la lX t Excursion de la Société d'Emu¬ 
lation tes renseignements concernant les possesseurs de Chareil. 


Digitized by 


Google 




BOURBONNAISES DE SAINT-CYR 


161 


en Roannais, fille de Joseph de la Mure et d’Elisabeth Coulon. Preu¬ 
ves 20 octobre 1694. Billet de sortie 1707. Religieuse au Val-de-Grâce, 
17 mars 1708. 

Peyroux (Léonore du), baptisée le 5 mars 1681 à Saint-Didier-en- 
Rollat, fille de Claude du Peyroux, écuyer, seigneur des Escures, et 
de Marie-Anne de Rollat de Puyguillon. Preuves 25 mai 1688. Morte 
le 16 septembre 1691 à Saint-Cyr. 

Peyroux (Elisabeth du), née en 1684, sœur de la précédente. Billet 
de sortie 6 février 1704. Dot 10 février 1704. 

Préault (JeaDne de), née le 24, baptisée le 27 février 1723 à Saint- 
Pourçain-sur-Sioule, fille de Gilbert de Préault et de Françoise de 
Bost. Preuves 12 mars 1734. Billet de sortie 27 février 1743. Dot 
25 juin 1744. Novice 2 juin 1743. Professe 12 mai 1744 au Parc-aux- 
Datnes, près Crécy-en-Valois, y mourut le 17 avril 1765. 

Robin du Sauzay (Catherine-Athenaïs), née le 10, baptisée lell sep¬ 
tembre 1745 à Allichamps (Cher), fille de François-Balthazar Ro¬ 
bin et de Marie-Jeanne Carlier. Preuves 1757. Billet de sortie 2 sep¬ 
tembre 1765. Dot 25 octobre 1766. 

RocHE(MarieDE la), née le 10, baptisée le 13 décembre 1689 à Con- 
tigny, fille de Charles de la Roche, seigneur de Chassincourt et de 
Thérèse de Jas. Preuves 26 mars 1697, morte à Saint-Cyr le 12 octo¬ 
bre 1702. 

Roche (Louise-Henriette de la), née le 18, baptisée le 24 juin 1693 
à Contigny, sœur de la précédente, morte le 9 septembre 1702 à Saint- 
Cyr. 

Roque (Marie-Marguerite), née le 15, baptisée le 17 août 1703 à Sou- 
vigny-le-Thion, fille de Claude Roque, écuyer, seigneur des Modières 
et Fourchaud, et de Marguerite Tridon. Preuves, 14 janvier 1714. Bil¬ 
let de sortie 9 décembre 1723. Dot 11 octobre 1723. Elle épousa par 
contrat du 11 novembre 1731 Antoine Rothion, sieur de la Goutte, 
procureur du roi, en la châtellenie de Souvigny (1). 

Saint-Aubin (Françoise-Charlotte de), née et baptisée le 12 janvier 
1703, à Phalsbourg, diocèse de Strasbourg, fille de Thomas de Saint- 
Aubin et d'Elisabeth Berthomé. Preuves 4 novembre 1710. Religieuse 
à Saint-Louis de Poissy. Professe 27 avril 1725. Dot 10 avril et 20 sep¬ 
tembre 1725. 

(1) Archives départementales, B. 841. 

11 


Digitized by LrOOQle 



162 


SOCIÉTÉ D’ÉMULATION DU BOURBONNAIS 


Sainte-Hermine (1) (Andrée de), née le 23 lévrier, baptisée le 
19 mars 1729, à Mosnac (Charente), fille d'Hélle de Sainte-Hermine et 
de Madeleine Fé de Boisragon. Preuves 21 lévrier 1741. Billet de 
sortie 18 mars 1749. Dot 4 septembre 1750. Novice, puis religieuse à 
Saint-Louis de Poissy, abbesse de Saint-Menoux, 1764-1790. Elle 
mourut à Moulins le 26 août 1804. 

Saint-Hilaire (Jeanne de), née le 19, baptisée le 20 avril 1680, à 
Saint-Hilaire, fille d'Edme de Saint-Hilaire et de Françoise-Louise 
de Reugny. Preuves 22 avril 1688. Elle épousa, le 27 novembre 1703, 
Honorât Mareschal de Franchesse, fils de Robert-Henri et de Marie- 
Anne Couraud de la Roche-Cheurieux. 

Salvert-Montrognon (Marie-Gilberte de), née et baptisée le 8 sep¬ 
tembre 1723, à Louroux-de-Boubie, fille d’Amable de Salvert et de 
Gilberte de Biotière. preuves 21 novembre 1731. Billet de sortie 
13 septembre 1743. Dot 10 septembre 1746. 

Salvert-Fontanges (Françoise-Madeleine de), née le 23, baptisée 
le 25 juillet 1724, à Broût, fille de Vincent de Salvert et de Louise 
Giraud. Preuves 14 mars 1734. Morte à Saint-Cyr, le 29 mai 1741. 

Verne la Varenne (Anne du), baptisée le 7 octobre 1737, à Jailly 
(Nièvre), fille de François du Verne et de Claude Le Bourgoing. 
Preuves 22 octobre 1746. Billet de sortie 28 novembre 1757. Dot 17 lé¬ 
vrier 1763. Elle épousa le 21 novembre 1767 Philippe de Veilhan- 
Cheppes et mourut le 9 juin 1800 à Saint-Saulge. 

Veyny d'Arbouze (Marie de), née le 2, baptisée le 3 février 1687, à 
Marcillat, fille de Guillaume de Veyny d'Arbouze, gendarme de la 
compagnie du Dauphin, et de Jeanne-Gabrielle de Chantelot. Preuves 
22 octobre 1698. Exclue en 1704. pour mauvaise conduite. 

Veyny d'Arbouze (Suzanne de), née le 22 avril 1693, à Marcillat, 
sœur de la précédente. Preuves 28 novembre 1704. Religieuse au 
Val-de-Grâce, 1714. 

M. Dénier. 

(1) Quoique n'étant pas originaire du Bourbonnais, nous avons cru devoir 
mentionner AT 11 * de Sainte-Hermine , qui vécut et mourut dans notre pro¬ 
vince. Voir La Révolution à Saint-Menoux (E. Delaigue) et VHistoire de 
Saint-Menoux (abbé Moret). 




Digitized by LrOOQle 


tmtjhC&hcàfmtàfir* <%îr» ««fc» r*îr> <%fc» r*fc> c&n t &n c*tir> 

Wvw m* sy w wy sy sy yy yy yy yyyy yy syyy 


Réponse de H. F. PM à Monsieur Tiersonnier “’ 


M. T. a abusé de ma patience, n'ayant répondu qu'une seule fois à 
ses incessantes attaques, mais trop timidement. Mais aujourd’hui 
pourquoi ne lui répondrais-je pas dans le sens que mérite sa cri¬ 
tique ? 

La provenance du contre-scel est bien Souvigny ; non seulement 
je le certifie, mais je puis le faire certifier par le trouveur qui existe 
encore. 

L’objection contre l’attribution de cette matrice à l'un des derniers 
sires de Bourbon ne saurait faire l’objet d’aucun doute. Au xnr siècle 
qui donc dans cette partie du Bourbonnais pouvait avoir un contre- 
scel au lion des Archembaud ? Un particulier pouvait avoir un 
sceau, mais un contre-scel. Et si cet Archembaud n’avait point existé, 
il faudrait l'inventer. 

J’ai donné l’article incriminé d’après la chronologie des sires de 
Bourbon de Chazaud, puis, je me suis servi des textes de plusieurs 
auteurs, en rappelant leurs noms, lesquels, très divisés, et qui se 
sont occupés des sires de Bourbon. Pour réfuter Chazaud, et les 
autres, il faut ce nous semble, une grande envergure. 

Aussi, devant le parti-pris d’une telle polémique, je n’ai point à 
discuter ; mais je reconnais sans fausse honte une erreur au sujet de 
Vaire-Vache, lequel, fit des aveux à Louis VI, et non à Louis IX. 

Pour qui connait M. T. d’aucun n'est étonné de cette intempérance 
de langage que fournit sa critique. 

(1) Tel est ie titre de la note que nous a fait parvenir M. Pérot, en même 
temps que la lettre suivante : 

« Moulins, le 6 mai 1911. 

« Monsieur le Président, 

« J’ai i'honneur de vous adresser la réponse que je fais aux attaques de 
M. Tiersonnier, je vous prie de vouloir bien fa faire paraître dans le plus 
prochain numéro du Bulletin de ia Société d’EmuIation. 

« Veuillez agréer. Monsieur le Président, l’assurance de mes sentiments 
dévoués et respectueux. 

« Francis Pérot. » 


Digitized by LaOOQle 




164 


SOCIÉTÉ D'ÉMULATION DU BOURBONNAIS 


Le contre-scel d'Archembaud IX, n'a été que le prétexte d’une 
revanche. Je sais que Je gène considérablement M. T., cela se 
sent et se voit ; son but unique est de me diminuer, de m’amoindrir, 
même de me disqualifier. Le contre-scel d'un sire de Bourbon n’avait 
point été fait pour sceller autant de calomnies ! 

Que M. T. s'apprête encore à être troublé ; je ne désarmerai point, 
ses critiques acerbes ne m’arrêteront pas, Je resterai bien au-dessus. 

M. T. ne m’a jamais pardonné d'avoir osé écrire sur des sujets dont 
il lait sa spécialité. 

D’une médiocrité on ne s’en occupe point. Pourquoi donc cet achar¬ 
nement à saisir la moindre occasion pour décocher chaque jour des 
traits acerbes ? Il lui importait davantage d'assouvir sa vengeance, 
plutôt que de redresser des erreurs ! 

Il met en doute ma qualité de Correspondant du Ministre de l'Ins¬ 
truction publique. Je ne suis point en efïet l’adjoint de Monsieur Fla- 
ment, Archiviste départemental, n'ayant jamais eu cette ambition. 
Quand même je suis Correspondant du Ministre de l'Instruction 
publique pour les travaux historiques (1). 

Lors de la création du musée ethnographique du Palais du Troca- 
déro, M. Landrin, alors conservateur de ce musée, me délégua pour 
faire représenter le Bourbonnais dans ce musée ; pendant plusieurs 
années, j'ai pu lui procurer tous les objets qui forment la collection 
ethnographique bourbonnaise qui se remarque dans ce musée ; et 
en reconnaissance de cette collaboration, M. Landrin obtint pour ses 
collaborateurs le titre de : Correspondant du Ministre de l'Instruction 
publique pour les travaux historiques. Et depuis ce temps, les cor¬ 
respondances que je recevais du Ministère ou du Palais duTrocadéro 
portaient : 

« Ministère de l'Instruction publique, des Cultes 
et des Beaux-Arts 

« Monsieur Francis Pérot, 

« Correspondant du Ministre de l'Instruction publique pour les tra 

vaux historiques. 

Moulins. 

u Timbres de la Poste de Paris, à diverses dates, et griffe humide 
du ministère. » 

Et depuis, n'ayant rien reçu contrairement à ce titre, je le con¬ 
serve, bien que je ne figure pas dans la liste de ces correspondants. 

(1) Voir, p. 166, la note du Directeur du Bulletin sur cette affirmation. 


Digitized by 


Google 




RÉPONSE DE M. F. PËROT A M. TIERSONNIER 165 


. Et de nos Jours, que n'a-t-on pas dit de Charles-Louis Philippe ? 
N'a-t-il pas été assez abreuvé de dégoûts ? Les passions les plus mal¬ 
honnêtes se sont déchaînées contre lui, et sans même se retourner en 
arrière pour y reconnaître ses ennemis, il a triomphé. 

M. T. fait remarquer que j'écris en mauvais français ; Peut-être, 
où ? je ne sais ; il est vrai que j'ai quitté l'école primaire à onze ans, 
avec un bagage bien léger; j'avoue que je ne savais rien. 

Dans son ardeur à me dénigrer, nous relevons une erreur parmi 
les arguments de critique exposés par M. T. C'est tout bonnement un 
comble pour ne pas me servir de ses expressions personnelles (1). 

Page 138. — A la mort d’Agnès de Dam pierre-Bourbon, le Bour¬ 
bonnais passa entièrement à sa fille Béatrix qui épousa en 1276, Ro¬ 
bert de France. 

Est-ce bien en 1276, que ce mariage eut lieu ? Coiffler-Demoret en 
fixe la date de 1273 à 1274, il la suppose même de 1272 (Hist. du 
Bourb. tome 1, p. 174-175). L’Art de vérifier les dates indique 1272 
(Tome X, p. 322). Le Père Anselme donnerait la même date (Hist. 
gén. Tome 1. P. 296*). Suivant VAncien Bourbonnais , cette date serait 
1273 (Tome 1. p. 424). La Thaumassière cite les lettres du roi Philippe 
de 1276, la date de ces lettres semble ? Indiquer celle de ce ma¬ 
riage. 

Ripoud : Tablettes chronologiques, Annuaire de l’Ailier, 1816, p. Tl : 
1272. Mariage de Béatrix fille des précédents avec Robert de France 
comte de Clermont. 

A la mort d’Agnès, le Bourbonnais ne passa point entièrement à sa 
fille Béatrix, comme l’écrit M. T. car Agnès avait fait donation le 
26 juillet 1281, à Robert d’Artois, son second mari de cinq châtelle¬ 
nies de cette province, mais en décembre 1281, le roi Philippe III 
annula cette donation ( Titr. de la Ma. de Bourbon , H. Bréh. n° 699). 

Elle avait donnée, lors du mariage de Béatrix sa fille, et en toute 
propriété pour en jouir après sa mort, les châtellenies de Chavro- 
ches, de Verneuil, de Moulins, de Billy, de Jenzat et de Gannat. 
{Titr. id. n* 732). 

Je termine en laissant à M. Tiersonnier, écuyer, Donat d'honneur 
et de dévotion de 1" classe, de l'Ordre hospitalier et militaire do 
Saint-Jean-de-Jérusalem, le loisir de méditer quelques strophes d’une 
poésie que m'adressait en 1884, le regretté Ernest de Chavigny, cet 
homme de grand cœur, lequel, avait pressenti les ennemis qui ne 
manqueraient pas de m'attaquer. 

(1) Voir p. 167. 


Digitized by t^ooQle 




166 


SOCIÉTÉ D'ÉMULATION DU BOURBONNAIS 


« A mon ami Francis Pérot (1). 


Ris des jaloux : avec courage 
De ton brave nom d’ouvrier, 

Signe le gracieux ouvrage 
Que tu sors de ton encrier. 

Courage mon ami Pérot, 

Pousse ta plume et ton rabot. 

Que ne peux tu sous ta varlope 
Qui sait si bien polir le bois, 

Polir les gens dont l’enveloppe 
Parait plus grossière, cent fois, 

Et redresser sous ton équerre. 

De ton prochain le caractère. 

Courage, etc. 

Vois-tu, bien grande est la grand’route 
Mais pas assez pour les sots ! 

Fais comme moi, jamais n’écoute, 

Leurs jaloux et méchants propos. 

Va ton chemin, laisse les braire 
Comme l’Âne de ta laitière. 

Courage mon ami Pérot, 

Pousse ta plume et ton rabot. » 

F. Pérot. 

(1) Moulins. Ch. Desrosiers, imp. Mai 1884. In 4°. 


Dans la réponse de M. Francis Pérot, que l'on vient de lire, à l’ar¬ 
ticle de M. Tiersounier paru dans le précédent Bulletin, ou verra, 
malgré d'importantes coupures, que M. Pérot a cru devoir prendre 
un ton que ne justifiaient pas les termes de la discussion de notre 
confrère, et contre lequel nous protestons, tant en effet il semble bien 
qu'il eût été préférable de réfuter l'argumentation qui lui était opposée 
dans la mesure où M. Pérot l'aurait Jugé possible. Il est nécessaire, 
en outre, de faire remarquer, sans que nous mettions en doute ici la 
bonne foi de M. Pérot, — mais malgré l'explication qu’il fournit dans 
sa réponse, — que c’est à tort qu'il a pensé pouvoir faire suivre son 
nom, à plusieurs reprises, du titre de « correspondant du ministère 
de l'instruction publique » ; ce titre est, d'une façon constante, 


Digitized by LrOOQle 




RÉPONSE DE M. F. PÉROT A M. TIERSONNIER 167 


conféré par arrêté ministériel au bénéficiaire, lequel figure dès lors 
sur la liste officielle imprimée des correspondants du ministère ; or, 
la justice veut que l'on déclare que M. Pérot n'a été l’objet d'aucun 
arrêté de ce genre, que son nom ne figure point sur la liste pré¬ 
citée et que M. Tiersonnier n’a fait que constater justement une 
situation existante. 

M. Tiersonnier pourrait, par ailleurs, être fondé, reprenant dès 
son début la réponse de M. Pérot, à lui répondre à son tour qu'il n'a 
jamais « réfuté Cbazaud et les autres », mais que, précisément, ses 
propres conclusions sont identiques à celles de l'ancien archiviste 
de l’Ailier dans sa Chronologie des sires de Bourbon et contraires à 
celles de M. Pérot. 

Enfin, dans le seul but de rétablir la vérité et pour clore cette note 
rectificative, nous ferons observer : 

1° Que la date de 1276, donnée par M. Tiersonnier dans son article, 
du mariage de Robert de Clermont avec Béatrix de Bourbon est bien 
la bonne, celle qui résulte d’actes de juillet 1276 et d'avril 1277, ana¬ 
lysés sous les cotes 609 B et 621 dans l 'Inventaire des titres de la 
maison de Bourbon de Huillard-Bréholles, les autres dates de 1272, 
1273,1274 ayant été données par d'anciens auteurs qui n'avaient point 
eu sous les yeux les documents précités ; 

2* Que, à la mort d'Agnès de Bourbon, rien ne s’opposa à ce que le 
Bourbonnais passât tout entier à sa fille et à son gendre, l'acte du 
26 juillet 1281, cité par M. Pérot, étant non pas une donation de 
partie du Bourbonnais par Agnès à Robert comte d'Artois son second 
mari, mais un accord au sujet du don d’une certaine quantité de terre 
en Bourbonnais par ladite Agnès à Robert, fils dudit Robert d’Artois 
(Huillard-Bréholles, o/j. cit„ n’ 699 A et non n" 699), donation qu’an¬ 
nula d'ailleurs le roi de France en décembre 1281, bien avant le décès 
d’Agnès ; 

3* Que M. Pérot s'appuie à tort sur l’acte d'août 1283 analysé par 
Huillard-Bréholles ( op. cit.) sous le n* 732 pour dire qu'Agnès avait 
donné plusieurs châtellenies du Bourbonnais à Béatrix sa fille lors 
de son mariage, pour cette raison que cet acte ne concerne qu'une 
assiette de trois mille livrées de terre faite en faveur de Robert, 
comte de Clermont, et de Béatrix et approuvée par les lieutenants 
d’Agnès et de son mari après estimation de la valeur des châtellenies 
de Verneuil, Moulins, Billy, Jenzat, Rochefort et Gannat. 

Le Directeur du Bulletin. 


Digitized by LaOOQle 



e%S»> «$»> {•$« (v!»i «•&»«•&> •&> 'âyr, .-.'4«: ev&> <•&» ■•& 

syffixF 

Quelques Ex-libris intéressant le Bourbonnais 


rtrf f y< .. . w o» t 

i de la Bibliothèque 
; de J. A. G. 

: ROLLET D’AVAUX, 

; Ecuyer. Seigneur de 
; Belleaux, Gléné et Servilly, 

I premier Préfident 

| du Préfidial de Riom 

ktMMXtMmMtf.. 


Jacques-Amable-Gllbert Rollet d’Avaux, seigneur en Bourbonnais 
de Belleau, Gléné et Servilly, naquit en 1724 et fut baptisé à Riom, 
le 24 avril de la même année. Il était flls d’Amable Rollet d'Avaux, 
écuyer, seigneur d'Avaux et de Saint-Mayard, premier présidentau 
présidial d’Auvergne, et de Marie-Gilberte Vilhardin. 

Le 21 mai 1758, il épousa demoiselle Adrienne-Françoise de Vil- 
laines, fille de Nicolas Pardoux, marquis de Villalnes. 

Premier président au présidial de Riom, il fut arrêté en 1794 sur 
la dénonciation du directoire du district de Cusset ; conduit à Paris, 
il comparut en compagnie de sa femme, le 23 floréal an II, devant 
le tribunal révolutionnaire. Tous deux furent condamnés à mort et 
exécutés. 

Rollet d’Avaux portait : d’azur au chevron d'or, accompagné de trois 
rochers d’argent, au chef de gueules chargé de trois étoiles d’or. 

(Collection René Chabot.) 

M. D. 


O O O 


Digitized by LaOOQle 



QUELQUES EX-LIBRIS BOURBONNAIS 


169 



Cet ex-libris n’aurait rien de Bourbonnais si les descendants de ce 
bibliophile n’avaient eu l’ingénieuse idée de le rendre anonyme en 
supprimant la légende. C’est ainsi que François-Pierre Le Brun, 
écuyer, seigneurde Montchenin (paroisse de Toulon) en 1766, l'utilisa 
après d’autres. Officier au régiment de la Sarre, puis à celui de 
Béarn, et enfin conseiller au Conseil supérieur de Cayenne, il avait 
épousé en 1762, à Paris, Marie-IIélène-Angélique d'Hortu et mourut 
à Montchenin le 7 avril 1784. 

Son petit-fils, M. Mayeul Chabot, se servit encore de cet ex-libris ; 
ce fut lui, qui, sur le désir des derniers représentants de cette famille 
Le Brun, releva leurs armes, qu'il substitua à celles des Chabot, qui 
étaient : d'argent à la fasce d’azur , accompagnée de trois grenades de 
gueules , tigëes et fouillées de sinople. 

Les Le Brun, originaires de Paris, portaient : de gueules à la fasce 
d’argent, accompagnée de trois ciboires (ou coupes couvertes) d’or. 

(Bibliothèque Chabot ) 

R. Chabot. 


« « « 


Digitized by LaOOQle 














170 


SOCIÉTÉ D ÉMULATION DU BOURBONNAIS 



L’ex-librls reproduit ci-dessus est celui d'Etienne de Champflour, 
procureur général à la cour des aides de Clermont Ferrand de 1762 
à 1774. Si les Champflour sont de race auvergnate, ils ont non seule¬ 
ment possédé assez largement en Bourbonnais, mais encore résidé 
pendant un demi-siècle chez nous, fournissant à notre chef-lieu un 
maire et à notre département un député. 

Etienne de Champflour, seigneur de Jozerand, naquit le 26 avril 
1714, de Jacques de Champflour, seigneur de l’Oradoux, et de Marie- 
Anne Vidal. En 1789, il assista à l’assemblée de la noblesse d'Au¬ 
vergne pour la nomination des députés aux Etats généraux. Il mou¬ 
rut le 30 novembre 1797, ayant épousé, le 7 juin 1739, Marie-Louise 
de La Porte. 

(Collection M. Dénier.) 

M. Dénier. 


® C G 


Digitized by 


Google 






QUELQUES EX-LIBRIS BOURBONNAIS 


171 



Guillaume-Marie de Champflour, baron de la Roche d'Onnezat, 
né le 22 novembre 1764, de Jean-Baptiste-Gabriel de Champflour et 
de Marie-Antoinette Villot, d'abord garde du corps du roi Louis XVI, 
puis lieutenant-colonel de cavalerie, chevalier de Saint-Louis, du 
Lys et de la Légion d’honneur, émigra en 1791. Rentré en France 
dès 1800, il mourut à Clermont, le 5 janvier 1848, sans postérité. 

Les Champflour portent : d’aiur à une étoile d’or accompagnée en 
chef d’un toi abaissé d’argent et en pointe d’un œillet du second émail, 
tigé et feuillè de sinople. 

(Collection M. Dénier.) 

M. Dénier. 


• « « 


Digitized by LaOOQle 






CHRONIQUE 


LE SALON 

Nous sommes heureux de voir figurer de nombreux artistes bour¬ 
bonnais aux expositions des deux grandes sociétés artistiques de 
France, en voici la liste : 

A la Société nationale des Beaux-Arts 

Peinture 

Amédée-'Wetter (Henri), né à Montluçon. — 20, Marché à Moni- 
luçon. 

Andreau (René), né à Moulins. — 21, La pièce d’eau ; 22, L'étang. 

Cassard (Léon), né à Vichy. — 251, Portrait ; 252, Un jour de fête. 

Desliens (M"" Cécile et Marie), nées à Chavenon. — 411, Un châte¬ 
lain bourbonnais •• portrait de M. G. du B. 

Au Salon des Artistes Français 

Peinture 

Dubost (M ,e Renée), à Clusor, par Saint-Menoux. — 626, Paysage. 

Lopisgich (Georges-Antonio), né à Vichy. — 1193, Fleurs et plumes. 

Paul (Léon), né à Branssat. — 1463, En campagne; Capitaine B... 

Dessins, Miniatures, etc. 

Allier-Petel (M*' Magdeleine-Marie), née à Monestier. — 1963, 
M. H. P..., miniature. 

Ansaloni (Edouard), né à Yzeure. — 1968, Portrait de M. C. L..., 
sanguine. 

Dorbec-Charvot (M*' Henriette), née à Moulins. — 2280, Portrait 
de M" Yvonne W..., miniature; 2281, Portrait d'enfant , miniature. 

Pénat (Lucien), né à Vallon-en-Sully. — 2786 et 2787, Têtes d’étude, 
pastels. 


Digitized by LrOOQle 




CHRONIQUE 


173 


Sculpture 

Debienne (M“' Noémle), née à Moulins. — 3276, Méditation, statue 
marbre ; 3277, Mai, buste marbre. 

Rivoire (Léon-Raymond), né à Cusset. — 3780, Les vendanges, ser¬ 
vice de bureau, argent à cire perdue. 

Fournier des Corats (Pierre), né à Moulins. — L’invocation. 

Gravure en Médailles 

Baron (Robert), né à Thiel. — 3910, Un cadre contenant sept pla¬ 
quettes dC animaux féroces, bronze. 

Architecture 

Giraud (Eugène), né à Moulins. — 4145, Asile départemental d'alié¬ 
nés (projet appartenant au département de Seine-et-Marne) ; 4146, 
Abattoir municipal (projet appartenant à la ville de Vichy). 

Gravure et Lithographie 

Charvot (Eugène), né à Moulins. — 4467, L’orage, eau-forte origi¬ 
nale ; 4468, Le sommeil des anges, eau-forte, d'après Diaz. 

Grégoire (Camille), né à Moulins. — 4638, Le château d’Hérisson, 
le soir, eau-forte originale. 

Lopisgich (Georges-Antonio). — 4764, Paysage, pointe sèche, d’après 
Corot ; 4765, Paysage, pointe sèche, d’après Van der Neer. 

Pénat (Lucien). — 4845, Portrait de M. R..., burin ; 4846, Intérieur 
d’une cour àMontluçon, eau-forte; 4847, Parabole des aveugles, eau- 
forte. 

Art décoratif 

Chaumard (Henri-Marien), né à Vichy. — 5040, Les Gaulois, enlu¬ 
minures pour une histoire de France. 

Fournier des Corats (Emmanuel), né à Moulins. — 5093, Une vi¬ 
trine de cuirs ciselés. 

Nous ne ferons aucune critique de ces œuvres, adressant simple¬ 
ment toutes nos félicitations à tous ces artistes. 

G. M. 


C 


Digitized by LaOOQle 




BIBLIOGRAPHIE 


Dulac (lieutenant-colonel). Les levées départementales dans 
l’Ailier sous la Révolution (1791-1798)... Tome premier. 
Levée et historique des corps. Avec quatre portraits. — Paris, 
Plon, 1911, in-8*, xxv-383 p. 

Le ministère dè la guerre entreprenait, en 1907, une vaste enquête 
dans toute la France sur l'histoire des bataillons de volontaires na¬ 
tionaux de 1791 à 1796, puis, en 1909, élargissait le plan primitif qui 
se transformait en une étude d’ensemble sur le recrutement de l’ar¬ 
mée de 1789 à 1798. Les recherches étaient faites, dans chaque centre 
d’archives, par une commission d'ofllcters de la garnison opérant con¬ 
formément à un cadre établi par la section historique de l’état-major 
de l’armée. SI toutes ces commissions achevèrent l’œuvre qui leur 
était confiée, il est à peine besoin de dire que les résultats obtenus 
furent de valeur inégale et que, tandis que certains travaux méri¬ 
taient les honneurs de l'impression, faisant ainsi suite au beau livre 
de M. le capitaine Carnot sur les volontaires de la Côte-d’Or, d’autres, 
par contre, pour des raisons diverses, ne constituaient que des 
ébauches, d'ailleurs intéressantes. 

La commission de l'Ailier, présidée par M. Dulac, alors chef d'es¬ 
cadrons au 10* chasseurs, qui avait assumé presque tout le travail, 
réunit tout d'abord un grand nombre de documents, dont l’ensemble 
fut particulièrement remarqué. M. Dulac, reprenant alors pour son 
propre compte toute la besogne entreprise, poussant l’enquête plus 
à fond dans les dépôts d’archives locaux et parisiens, fouillant les 
papiers de famille, réunissant des portraits dont plusieurs sont fort 
curieux, put heureusement mener à bien le volume qui paraît 
aujourd'hui et qui sera bientôt continué par un second. 

Le titre seul du livre dit assez qu’il n'y est plus exclusivement 
question des volontaires. L'auteur étudie successivement : 1* les trois 
bataillons de volontaires nationaux levés dans le département de 
l’Ailier, et l'on sait que sous ce nom furent également confondus les 
« volontaires » proprement dits et les réquisitionnaires ; 2* le déta- 


Digitized by ooQle 



BIBLIOGRAPHIE 


175 


chement levé par le District de Cusset en 1793 pour aller à Lyon ; 3° le 
détachement destiné à aller à Roanne (septembre 1793) ; 4* la compa¬ 
gnie de canonniers soldés de l’Ailier ; 5* la levée en masse en sep¬ 
tembre 1793; 6' enfin les enrôlements pour les troupes de ligne. Le 
premier volume se termine par un chapitre relatif à l’habillement, à 
l'équipement et à l’armement et par un grand nombre de pièces an¬ 
nexes. Le second volume sera consacré à l’appréciation de « la valeur 
morale des volontaires » et on y trouvera, avec la correspondance 
que, des frontières, nos bourbonnais entretenaient avec leurs familles, 
les états de services des officiers et les contrôles des bataillons. 

Le premier bataillon, le seul qui se composa en entier de volon¬ 
taires proprement dits, est constitué le 7 octobre 1791, fait partie de 
l’armée du Nord sous La Fayette, est dans les murs de Verdun lors 
de la capitulation, prend part avec Dumouriez à la bataille de Valmy, 
se bat en Flandre en 1793 et, au début de 1794, par l’amalgame, forme 
avec le 2' bataillon de la Manche et le 7* bataillon du Pas-de-Calais, 
la demi-brigade de l'Ailier. En 1796, le deuxième amalgame le fait 
entrer dans la 27* demi-brigade de ligne. 

Le deuxième bataillon, constitué en septembre 1792, par des réqui- 
sitionnaires et des volontaires de moins bonne trempe que ceux de 
1791, est dirigé sur Landau et au cours de la route, le sergent-major 
Allard rédige un journal que l’on trouvera publié dans le chapitre II 
de la deuxième partie. Le bataillon reste à l'armée du Rhin en 
1793 et 1794 et combat à Kaiserslausen ; en 1795 il est. amalgamé 
dans la 17* bis demi-brigade légère, à Strasbourg et, en 1796, dans la 
25* demi-brigade. 

Le troisième bataillon, levé en mai 1793, ne comprit que 215 hommes 
de l’Ailier, qui furent renforcés d’un bataillon de réquisition de la 
Creuse et de détachements de la Charente-Inférieure. Constitué pour 
marcher contre les rebelles de l’Ouest, on le trouve à Oléron, à Ré, 
à Saint-Pol-de-Léon ; en septembre 1796 il prend place avec le pre¬ 
mier, dans la 27’ demi-brigade de deuxième formation. 

Pour juger les hommes ainsi enrôlés, je n’anticiperai pas sur le 
second volume, où l’auteur nous donnera son appréciation person¬ 
nelle, juste milieu sans doute entre les enthousiastes éloges et les 
dénigrements systématiques dont les troupes révolutionnaires ont été 
l’objet. 


Digitized by LaOOQle 


176 


SOCIÉTÉ D’ÉMULATION DU BOURBONNAIS 


J. Bois. Le socialisme et la conquête des paysans. A tra¬ 
vers les campagnes bourbonnaises. — Paris, Rivière, in-16, 
116 p. (Bibliothèque des sciences économiques et sociales.) 

Ce petit livre est la reproduction, complétée, d’articles parus au 
début de cette année, dans le Temps et le Correspondant , sur la 
question alors fort agitée du métayage et des fermiers généraux. Je 
n'aurais pas mentionné cette étude, pour intéressante et bien conduite 
qu'elle soit, si, par leurs conditions de vie, les paysans ne se ratta¬ 
chaient au passé plus fortement que les autres classes de la société et si, 
précisément, celte continuité séculaire de l’existence des terriens ne 
courait en ce moment quelques risques. Enfin, il faut ajouter que 
l’enquête de M. B. n’a pu être menée sans qu'il ait eu à interroger 
plusieurs personnalités bourbonnaises particulièrement désignées, 
notre confrère M. Milcent, entre autres, et MM. Marcel Vacher, de 
Garldel et Dupont ; les opinions ainsi recueillies composent d’ailleurs, 
avec l'exposé de la question qui les précède, tout le fond de cette 
petite brochure, qui sera, plus tard, un document inestimable. 

P. F. 



Le Gérant : P. FLAMENT. 


Moulins. — lmp. Etienne Auclairb. 


Digitized by LaOOQle 




PROCÈS-VERBAL 


SÉANCE DU 12 JUIN 1911 


Présidence de M. Morand 

r 

E taient présents : MM. l’abbé Audin, le chanoine Berthou- 
mieu, Boutal, le docteur de Brinon, R. Chabot, le chanoine 
Clément, Delaigue, Flament, L. Grégoire, Joly, Leutrat, 
Milcent. 

— Excusée : M*' la C‘“" de Saint-Laumer. 

— Dépouillement de la correspondance. — 11 a été reçu une lettre 
de M. Ducholet de Costebelle, qui remercie de sa réception parmi 
nous. 

Notre jeune compatriote M. Maurice Génermont, élève à l’école des 
Beaux-Arts de Paris, nous communique une note relative au passage 
à Moulins, en 1793, de Marie-Thérèse de Savoie, fiancée de Charles- 
Philippe, comte d’Artois, le futur Charles X. Cette note est tirée du 
journal de Denis-Nicolas Trinquard, huissier à la Chambre, journal 
publié par la Correspondance Historique et Archéologique. « (A l’aller) 
Moulins, 1" novembre : relayé à Villeneuve, arrivé à Moulins, ville 
sur l’Ailier, Intendance, logé chez M. Descheroles (des Echerolles), 
relayé à Bessay, Varennes, la Palice (sic), la Pacaudière. (Au re¬ 
tour) 10 novembre : la princesse a relayé à la Pacaudière, fait halte 
à la Palisse, ancien château de M. de Chabannes, à Varennes, à 
Bessay, est arrivée à Moulins à nuit fermée pour voir l’illumination. 
La princesse, descendue à l’Intendance, a reçu quelques dames qu’on 
luy a nommées, souper ou l’on a fait défiler feu d’artifice. Le lende¬ 
main, a reçu les corps, après avoir dîné partie pour Nevers. » Cette 

12 


Digitized by LaOOQle 



178 


SOCIÉTÉ D’ÉMULATION DU BOURBONNAIS 


note complète ce qui a été dit sur le môme passage par M. H. Faure 
dans son Histoire de Moulins (tome II, page 149). 

M. Barbarin ayant signalé qu’il existait entre les mains de M. Saive, 
ancien notaire à Marcigny, une copie du registre paroissial du Donjon 
(1616-1663), actuellement adiré, le Président s’est mis en rapport avec 
M. Saive, qui lui a promis de mettre cette copie entre ses mains et 
l’autorise à en prendre un double s'il le croit utile. 

Notre confrère M. P. Gautier, archiviste de la Haute-Marne, nous 
fait savoir qu’il a été assez heureux pour retrouver aux archives de 
Dijon un cahier contenant 29 actes des xu' et xiu* siècles ayant fait 
partie du cartulaire de la Chapelle-Aude, du reste inconnus à 
M. Chazaud. Il offre à notre bulletin d’en faire la publication. L’As¬ 
semblée, après avoir remercié M. Gautier de cette communication, 
décide que son travail sera publié dès qu’il aura été déposé. 

M. Chambon remercie des démarches faites auprès de M. le Maire 
et du Conseil municipal de la ville de Gannat relativement à la pu¬ 
blication de son inventaire des Archives de cette ville. 

Le Président fait circuler trois photographies de Montaigu-ie-Blin, 
du château et puits de Poncenat, qui lui ont été adressées par M. Bou¬ 
tonnât, de Billy. Ces photographies, dont les clichés sont mis à notre 
disposition, pourront être utilisées pour l’illustration du compte rendu 
de l’excursion. 

Lettres : du sculpteur Bafïier, relative aux Grandes Journées de 
Bourges ; — de M. Morillon, secrétaire de l’association des anciens 
élèves de l’école des Beaux-Arts de Bourges, relative au concours 
ouvert entre tous les artistes du Cher et départements voisins pour 
l’illustration de la couverture du bulletin de cette société. (Nombreux 
prix en espèces.) 

Annonce de la publication : par M. l’abbé Bouvier, de l'Histoire 
de l’èglisc et de l'arcliidiocèse de Sens (à Paris, chez Picard, rue Bo¬ 
naparte, 82 ; prix : 15 francs) ; — de la Petite flore des champignons 
les plus vulgaires , par Biguard et Guillaumin (à Paris, chez Lhomme, 
rue Corneille, 3 ; prix : 10 francs). 

Lettre de la Société des Sciences et Arts de la Basse-Alsace, qui 
demande à reprendre l’échange des publications, Interrompu depuis 
190t. (Renvoyé au Conseil.) 

Le Président annonce qu’il a reçu une convocation des Amis de 
Montluçon pour assister à la réunion constitutive de cette société 
sœur le 11 mai dernier. Il a transmis à son collègue ses regrets de ne 
pouvoir s’y rendre. 


Digitized by VaOQQle 


PROCÈS-VERBAL 


179 


La maison Gobert et Halloy, de Reims, nous fait des offres de ser¬ 
vice pour les collections du Bulletin d'après de nouveaux procédés. 

— Don à la Société : M“" de Tulle ont fait don à notre bibliothèque 
de la collection de la Semaine Religieuse du diocèse, collection qui 
nous manquait, tout au moins en partie. La Société charge son pré¬ 
sident de faire parvenir ses remerciements aux donatrices. 

— Parmi les nombreuses publications reçues ce mois-ci, le Prési¬ 
dent cite : 

« Dans le Recueil de l'Académie des Jeux Floraux, la lecture faite 
par M. Praviel d'une étude sur Banville. 

« — La Société des Antiquaires de la Morinie consacre son volume 
annuel à la description des vieilles rues et vieilles enseignes de 
Saint-Omer. L'ouvrage est accompagné de nombreuses planches qui 
offrent un certain intérêt. 

« — La Société scientifique et archéologique de Draguignan publie 
des lettres de Barras et de Fréron, les deux conventionnels en mis¬ 
sion dans le Midi. C'est toute l histoire du siège de Toulon en 1793. 
Le nom de Bonaparte, qui commandait l’artillerie des assiégeants, y 
est à peine cité ; le futur empereur était encore un inconnu, même 
pour Barras. 

« — Dans le Bulletin de la Société d'Archéologie du Périgord , je 
signalerai une étude du marquis de Cumont sur l'Ordre du Brassard, 
créé par Louis XVIII pour récompenser les volontaires roi/aux qui, 
le 12 mars 1814, escortèrent le duc d’Angoulême faisant son entrée à 
Bordeaux à la suite des fourgons anglais. Ces mômes volontaires ser¬ 
virent encore d’escorte à la duchesse d’Angoulème le 7 mars 1815, 
lorsqu’après le retour de l'Ile d'Elbe cette princesse dut se réfugier 
sur un vaisseau qui la conduisit en Espagne. Pour récompenser les 
services glorieux de ce corps, qui en fait de poudre ne sentit jamais 
que l’odeur de la poudre de riz, le besoin d'un ordre spécial s'était 
fait sentir. 

« — Le Bulletin de l’Académie de Besançon publie une analyse d’un 
ouvrage de M. Gaston de Beauséjour et de M. Ch. Godard : Pesmes 
et ses seigneurs du XII’ au XVIII’ siècle. Cet ouvrage a un intérêt spé¬ 
cial pour nous, car il retrace les luttes des Pesmes et des Chabannes 
au xv' siècle, luttes dont le château de Montaigu-le-Blin fut l’un de9 
témoins. 

« — La Reçue Mabillon est accompagnée de deux forts volumes : 
1* Abbayes et Prieurés de l'ancienne France (tome IV, provinces d'Albi, 
Narbonne et Toulouse) ; 2° Mémoires de dom Bernard Audibert, prieur 
de Saint-Denis (1642-1654). 

a — L’Académie de l’Oise commence la publication du Nobiliaire 
du Beauvaisis (lettres A à D), par le docteur Leblond, d’après le ma¬ 
nuscrit de Louvet. 

b — La Société Archéologique de la Charente, plus heureuse que 
la nôtre, peut annoncer que, par décret du 16 juin 1910, elle a été 
reconnue d’utilité publique. Cette société publie une étude de M. Tou- 
zaud sur les Communautés taisibles en Angoùmois. Cette étude n'est 
pas sans intérêt pour nous, vu le grand nombre de communautés 
du même genre qui existèrent dans notre province. 

b — Le Centre Médical demande des renseignements sur la dernière 
maladie du compositeur Aimé Maillard, décédé à Moulins en la 
maison de santé du docteur Chomel, dit-il. Aimé-Louis Maillard, fils 


Digitized by LaOOQle 




180 


SOCIÉTÉ D’ÉMULATION DU BOURBONNAIS 


de Auguste-Michel-Benolt Maillard et de dame Didionette Pérot, né 
à Montpellier en 1817, fut prix de Rome en 1841. En 1852, il donna à 
la scène la Croix de Merci , qui n’eut pas de succès ; en 1856, les Dra¬ 
gons de Villars ; en 1859. les Pêcheurs de Catane, et en 1864, Lara. Au 
début de la guerre de 1870, abandonnant son logement de la rue de 
Moscou, il se réfugia en notre ville chez son ami le docteur H. Cho- 
met (et non Chomel, comme écrit le Centre Médical). Ce fut là qu'il 
mourut, rue Saint-Martin (aujourd'hui rue de Lyon), le 18 mai 1871. 
Il fut inhumé dans le cimetière de notre ville, et la Lyre Moulinoise 
donna le plus de solennité possible à ses funérailles. Ne serait ce pas 
un devoir pour notre Société d'appeler l'attention de la Municipalité 
de Moulins, de la Société des Compositeurs de musique et de la Lyre 
Moulinoise sur l'opportunité qu’il pourrait y avoir à conserver, par 
une plaque commémorative à la maison mortuaire, le souvenir de ce 
décès ? » 

— L'extrait très intéressant du Journal de Jean Gregaine, bourgeois 
de Marcigny, pendant les guerres de la Ligue en Brionnais ( 1589-1596), 
que M. le Président a emprunté au Bulletin de la Société Eduenne, 
sera publié à la Chronique. 

— M. Delaigue signale l'intérêt qu'il y aurait à recueillir des ren¬ 
seignements sur le docteur Sorbier, né à Moulins, qui fut l’ami per¬ 
sonnel de Bonaparte et l'accompagna dans diverses expéditions, 
notamment en Egypte. 

— M. l’abbé Audin dépose sur le bureau un travail intitulé : Une 
victime de la Terreur en Bourbonnais, François Chabral, prêtre. 

— M. l’abbé Clément fait passer sous les yeux des membres de notre 
Société le‘dessin des armoiries épiscopales de Mgr Jean-Baptiste 
Penon, le nouvel évêque de Moulins, établies par notre confrère pour 
répondre & l'honorable confiance du prélat. Elles renferment des 
pièces héraldiques qui rappellent le patron de Mgr Penon, son nom, 
la chère dévotion de la paroisse dont il est curé, enfin les villes 
d’Aix-en-Provence, qu'il habite, et de Slmiane, où il est né en 1850. 

M. l’abbé Clément lit aussi une lettre de M. E. Lefèvre-Pontalis, le 
priant de faire part à notre compagnie du projet éventuel de la So¬ 
ciété française d’Archéologie de tenir son congrès à Moulins en 1913. 
L'assemblée, à l’unanimité, serait heureuse de la réalisation de ce 
projet et charge M. l'abbé Clément d'assurer M. Lefèvre-Pontalis de 
tout son concours. 

— M. le docteur de Brinon fait circuler un crâne et divers objets 
provenant d'une sépulture découverte au Montet dont on trouvera 
plus loin la description. Notre confrère soumet à la Société le début 
de la table générale du Bulletin, qu'il a bien voulu entreprendre de 
dresser. Après échange de vues entre les membres présents, l'as- 


Digitized by LaOOQle 



PROCÈS-VERBAL 


181 


semblée le remercie et souhaite la prompte exécution de ce travail, 
dont l'utilité est si grande. 

— M. Louis Grégoire ofïre à la Société un dessin portant la men¬ 
tion : « Porte de Varennes-sur Allier », dont l’identification amène 
une longue discussion ; il est décidé que l'on s’efiorcera de trancher 
le différend lors de la prochaine excursion. M. l'abbé Clément attribue 
cet intéressant croquis à M. Dufour. 

M. L. Grégoire dépose également un prospectus-bulletin de sous¬ 
cription du nouvel ouvrage de M. Cornillon sur les ventes des biens 
nationauxdans l’Ailier. 11 ajoute que M. le docteur Brisson, médecin 
à la Palisse, prépare une étude sur la montagne bourbonnaise, où il 
a exercé pendant plus de trente ans. Ce livre documenté s’annonce 
comme devant être des plus intéressants ; il aura le mérite de nous 
indiquer la route de cette région pittoresque, trop négligée par les 
touristes Jusqu’à ce Jour. 

M. L. Grégoire communique encore une lettre de l'éditeur parisien 
H. Champion lui demandant si on pourrait lui donner quelques noms 
et adresses de collectionneurs d’autographes qui posséderaient des 
lettres de Chateaubriand. M. Champion avait joint à sa lettre un 
bulletin de souscription d’un volume de M. Thomas : Correspon¬ 
dance de Chateaubriand, avec introduction, indication des sources, 
notes et tables. 

11 signale enfin que la librairie Plon vient de mettre en vente un 
livre de Roger Boutet de Mouvel sur les Anglais à Paris et en France 
de 1800à 1850. Nous lisons, page 41, ce passage concernant lord Bever- 
ley et son séjour forcé, comme prisonnier de guerre, dans l'Ailier 
dès 1803 : « Lord Beverley suivi de ses quatorze enfants, alla s’éta¬ 
blir à Moulins. Il y vivait grandement, chassant, recevant, répandant 
l'aumône, adoré des villageois, et lui-même, peu à peu, s'attachant 
si fort à cette campagne de l'Ailier qu’il y demeura bel et bien long¬ 
temps après la chute de l’Empire. » 

— M. Flament communique une lettre du comte de Châteaubo- 
deau relative à l’omission d’une demoiselle de Châteaubodeau, dans 
l'étude deM. Dénier, intitulée : « Les Bourbonnaises de Saint-Cyr. » 
11 s’agit de Jeanne-Françoise-Julie de Châteaubodeau, reçue à Saint- 
Cyr vers 1790 ; fille de Sébastien de Châteaubodeau, chevalier de 
Saint-Louis, capitaine commandant au régiment de Royal-la-Marine, 
seigneur d’Unson, paroisse de Saint-Fargeol (canton de Marcillat). 

M. Flament, au nom de M. Tiersonnier, signale un terrier des 
cens dus aux prêtres communalistes de l’église de Saint-Georges 
de Saint-Pourçain, actuellement entre les mains deM*'Girard, née 


Digitized by LaOOQle 




182 


SOCIÉTÉ D ÉMULATION DU BOURBONNAIS 


Gourlier, demeurant aux Gourliers, commune de Monétay-sur- 
Loire. 

On se souvientque c’est aux Gourliers qu’a été dernièrement trouvé 
ce trésor de pièces de la fin du xvi* et du début du xvii' siècle, dont 
M. Tiersonnier a entretenu la Société. 

Le terrier dont il s’agit comprend 202 pages de papier, les 32 pre¬ 
mières étant en déficit ; il est constitué par les minutes des actes de 
reconnaissance eux-mêmes et chacun de ces actes porte la mention 
de l’enregistrement au bureau du contrôle de Saint-Pourçain. Il va 
de 1715 à 1718 et contient les modifications de censitaires faites 
en 1777. Les censitaires qui signent, lorsqu’ils savent écrire, sont des 
gens de Souitte et de Saint-Pourçain, des vignerons, des marchands, 
des artisans ; à côté d’eux, on relève des noms plus connus : Philippe 
Chevallier, s. de la Montée, conseiller et procureur du roi en la 
châtellenie de Chantelle, pour 43 œuvres de vigne sises à la Montée, 
en la paroisse de Chareil ; Nicolas Fallier, s. de Châtenay, demeu¬ 
rant à Chantelle, pour une maison, une vigne et une terre, le tout à 
Louchy ; demoiselle Isabelle Desrolines, pour un jardin à Saint- 
Pourçain ; Nicolas Rousseau, s. de Séron, pour une terre à Chareil, 
etc. Il va sans dire que ce terrier est précieux pour la topographie 
ancienne de Saint-Pourçain. 

— Sont élus membres titulaires : MM. Bouchet et Cailhe. 

— Sont présentés comme titulaires : M. le comte Etienne Durieu 
de Lacarelle, au château de la Grillère, Monétay-sur-Allier, par 
MM. le docteur de Brinon, le chanoine Clément et Dénier ; — 
M. l’abbé Jean-Baptiste Crochet, curé de Thionne par Jaligny, par 
MM. Clayeux, le chanoine Clément et l’abbé Audin. 

— L’ordre du jour étant épuisé, la séance est levée à 10 h. 1/4. 

R. C. 


La Compagnie P.-L.-M, mettra en marche, à l’occasion de l’exposi¬ 
tion de Turin, six trains spéciaux pendant le mois de juillet, les 7 et 

21 au départ de Paris et les 10 et 2j au départ de Saint-Etienne et de 
Lyon. Le retour s’ellectuera par tous les trains réguliers dans un 
délai dé 20 jours. Les billets, à prix réduits, sont délivrés à partir du 

22 juin. 




Digitized by LrOOQle 



<*$•><•$*>»&> câ$>>(âîè>c*$v> <*&><•&> <•&», •&»<•$*> 


A PROPOS 

Da Voyage d’an Gentilhomme breton 

A BOURBON-L'ARCHAMBAULT 
Dans la première moitié du XVIII® siècle (1220) 


D ans une note de notre précédente étude sur Bourbon-l’Ar- 
cbambault, publiée dans le Bulletin en 1907 (1), nous citions 
parmi les rares malades auxquels les eaux furent contraires 
M. de Clcsmadeuc, officier breton, qui mourut d’apoplexie dans 
cette station thermale. 

La famille de Closmadeuc a encore des représentants en Bretagne, 
et l’un d’eux, le docteur de Closmadeuc, qui habite Vannes, rue du 
Marché-au-seigle, membre de la Société Polymatique du Morbihan, 
a publié en 1889 dans le Bulletin de cette Société (2) un manuscrit 
conservé dans ses archives de famille. Ce document contient la relation 
d’un long voyage que fit un gentilhomme breton (probablement.son 
ancêtre) pour venir aux eaux de Bourbon. Son déplacement a lieu au 
mois de mai, à une date qui ne doit pas être postérieure à 1720. Notre 
gentilhomme nous apprend qu’il voyage, en compagnie de son épouse, 
dans une berline attelée de deux chevaux avec cocher et laquais. 

Ayant lu avec intérêt cette curieuse relation de voyage, nous en 
avons extrait pour les lecteurs du Bulletin les passages relatifs à notre 
région. 

L’auteur anonyme de cette narration est natif du diocèse de Rennes, 
il nous le dit lui-même, s’étant arrêté à son retour à la Guerche 
(Ille-et-Vilaine), son pays natal ; ce fut un personnage important, qui 
joua un rôle marquant aux tenues des Etats de sa province. Il nous 
donne les différentes étapes de ce voyage : Fontainebleau. Montargis, 
Briare, Pouilly, la Charité, Nevers, Saint-Pierre-le-Moûtier, Fran- 

(i) Les docteurs Baye et les eaux de Bourbon. 

(2) (Année 1889, pages 30 à 90.) M. le bibliothécaire de la ville de Vannes a 
bien voulu nous adresser un numéro du Bulletin de la Société Polymatique 
du Morbihan ; qu’il trouve ici l’expression de nos vifs remerciements. 


Digitized by LaOOQle 




184 


SOCIÉTÉ D'ÉMULATION DU BOURBONNAIS 


chesse. Après un séjour de six semaines à Bourbon l'Archambault, 
notre voyageur reprend le chemin de la Bretagne en passant par la 
capitale et traverse Moulins, Roanne, Lyon, Mâcon. Chalon, Dijon, 
Auxerre, Sens, Melun, Versailles, Paris, Chartres, la Flèche, Laval 
et Vitré. 

Laissant de côté tout ce qui, dans cette relation, est étranger an 



Le château de Bourbon. 


Bourbonnais, nous irons attendre notre voyageur sur le grand che¬ 
min de Paris à Lyon, au Veurdre, à deux lieues de Saint-Pierre le- 
Moûtier, où Closmadeuc et son épouse quittèrent la grande voie 
pour prendre la traverse qui les conduisit à Bourbon à six lieues de 
là. Notre breton y visite un couvent de moines : « C'est un couvent 
très riche , puisqu'il y a une dévotion, le Paraclel qui amène de l’eau au 
moulin de tous côtés■ » Il note très brièvement ensuite : « De Saint- 
Pierre-le-Moùtier au Veurdre 2 lieues, du Veurdre à Franchesse 
4 lieues. » 

Nous reproduirons ici la description de Bourbon due à la plume de 
notre baigneur; la saveur de cette peinture ne pourrait que perdre à 
être résumée dans l’analyse imparfaite que nous pourrions en donner. 

« Bourbon est une petite ville entre quatre montagnes, bien recom- 
« mandable par ses eaux (1), qu'on peut asseurer estre les plus salu- 
« taires de toute l’Europe. 

(1) Le médecin intendant des eaux minérales de Bourbon-l'Archambault 
était à cette époque le docteur Gilbert Bourdier. maire perpétuel de la ville. 
Il avait succédé en 1709, dans la charge d'administrateur des eaux, à Jean 
Destrapières, qui mourut âgé de 74 ans, le 6 mai 1709. 

On venait d'exécuter aux bains de Bourbon des réparations, ainsi que 


Digitized by LaOOQle 




^Société d’émulation du Bourbonnais 



Digitized by 


Google 


Vue de Bourbon-l’ArchambauIt prise des bords de la Burge 

(D'après l'Ar/ en prorince .) 





Digitized by 



185 


UN GENTILHOMME BRETON A BOURBON 


« Elles sont si chaudes qu’on n'y scaurait tenir la main et si pas* 
« santés qu'on en boit dans deux heures jusqu'à quinze verres de 
« chopine, sans que l’estomac en soit chargé. Elles sortent abondam- 
« ment de trois puits différents qui n'ont cependant que la môme 
« source. C'est de ces trois puits que l’on donne à boire. De là. elles 
« s'écoulent dans un grand bassin d’où on tire les bains où l'on se 
« douche : un pour les hommes, un pour les femmes et un pour les 
« moines. 11 y vient de l'eau par des robinets, qui s’écoule par des 
a canaux à mesure que chacun prend la douche. II y a aussi près 
« des bains un hospital où on entretient 50 pauvres pendant les deux 
« saisons de l'année où on prend les eaux, dans lequel ces eaux 
« viennent en droitme dans les bains construits au dedans de leur 
« maison. Le couvent des Capucins est la seule promenade de cette 
« ville. Il est fort utile et fort commode pour ceux qui prennent le3 
« eaux et y disent la messe, l’église paroissiale étant très éloignée et 
« y ayant très peu de prestres, aussy bien que la Sainte Chapelle, 
« petite collégiale dont l’église, quoique petite, est fort curieuse par 
« son ancienneté, son vitrage et ses statues. Elle a esté bastie par le 
« frère de saint Louis, qui fait la tige des Bourbons. Aussy y ont ils 
« esté presque tous enterrés. Il y a dans cette collégiale le plus grand 
« morceau de la vraie croix (1) selon la tradition vulgaire, qu’il y ait 
« en France. Cette ville a esté donnée en apanage aux princes de 
« Bourbon-Condé qui en sont actuellement les seigneurs. Les mai- 
« sons autour des bains sont fort commodes. Les habitants ont eu 
« raison de les bastir, puisqu’il les afferment tout ce qu'ils veulent 
« dans le temps des saisons propres à prendre les bains. Je remarque 
« que la seule saison de may où j’estais leur valut de ferme 
« 30.000 livres. 

« On y vit à très bon marché (2). Il n'y a aucun commerce dans ce 

nous le voyons par un arrêt commettant Gilles de Maupeou, chevalier comte 
d’Ableiges, intendant de Moulins de 1703 à 1708, pour procéder au bail au 
rabais et adjudication des réparations (400 livres) à faire à la maison du roi 
des bains de Bourbon, dont le prix sera payé par les fermiers des domaines. 
Versailles, 21 mars 1703. (Archives Nationales, E754.) 

(1) Voir à ce sujet : Histoire de l'insigne relique de la vraie croix de Bour- 
bon-l’Archambault, par l'abbé Richard. Moulins, Auclaire, 189t. 

(2) • Le pain qui se pétrit avec les eaux thermales; le mouton, le bœuf et 
le gibier du pays ont de la réputation ; le veau, la volaille, le poisson d'eau 
douce, les légumes et les fruits y sont bons et abondants. Le vin du pays 
est un peu froid, mais on s'en procure aisément de Bourgogne, aussi vit-on 
bien et 4 peu de frais. Pendant les années qui ont précédé la Révolution, on 
a vu ici en même temps jusqu'à deux cents personnes logées dans la ville, 
et cent vingt à l'hôpital, ce qui, répété trois ou quatre fois dans les six 


Digitized by LaOOQle 



186 


SOCIÉTÉ D'ÉMULATION DU BOURBONNAIS 


« pays là. Ce qui couste le plus c'est le médecin et l’apotiquaire, 
r quoique les uns et les autres soient à meilleur marché qu’en nulle 
r autre ville. 

h Nous faisions toujours bonne chère surtout les soirs où nous 
r logions dans les meilleures auberges (1). Cependant on va voir par 
r l'attention que j’avais de faire toujours le marché avant d’entrer 
r dans les hostelleries qu’il ne m'en coustait pas infiniment. A Saint- 
r Pierre-le Moûtier 4 livres, à Franchesse 6 livres, à Bourbon pen- 
r dant 37 jours pour médecins et apothicaires et dépenses 560 livres, 
r à Varennes 4 livres, à Lapalisse 3 livres, à la Pacaudière 4 livres 
r 10 sols. En cette dépense est compris la ferrure des chevaux, le 
r racommodage de ma chaise et généralement toute chose. On ne 
r vit pas chez soi à si bon marché. 

r Chaque douche et chaque bain coûte une livre, chaque médecin 
r une livre cinq sols ; le médecin pour toute la saison quinze livres. 
r Celui qui nous apporte les eaux s’appelle hyrondelle (trois livres 
r dix sols). » 

Notre gentilhomme breton s'est trouvé à Bourbon en nombreuse 
compagnie ; entre autres avec un poète académicien, La Motte-Hou- 
dart, l’auteur d'/nes de Castro , le même qui eut des démêlés avec 
M" Dacier à propos de l'Iliade. 

Aveugle et perclus, le poète n’en avait pas moins conservé son 
esprit charmant et sa bonne humeur. Voici une chanson Joyeuse, 
improvisée sans doute à table d'hôte, au milieu d'une société de 
goutteux et de rhumatisants, qui n'étaient pas fâchés qu'on les fasse 
un peu rire pour leur faire oublier momentanément leurs souffrances. 
Notre gentilhomme en a retenu les couplets et s’est empressé de les 
relever sur son journal manuscrit. Cette chanson satyrique et gau¬ 
loise étant probablement restée inédite, nous la donnons telle quelle 
en respectant son orthographe. 

Chanson de La Motte-Oudard estant aux eaux de Bourbon. 

On dit qu’il arrive icy 
Bonne compagnie 

mois, portait à douze ou quinze cents le nombre de ceux venus aux eaux 
pendant l'année. Aujourd'hui les circonstances l'ont diminué ; mais fùl-il 
plus grand, on n'en serait pas moins bien. » ( Nouvel essai sur les eaux ther¬ 
males et minérales de Bourbon-l' Archambault, de P. P. Faye. 1804. Note 6, 
page 5 ) 

(1) La plus considérable auberge, et comme on disait alors le plus fameux 
logis de la ville, était celui où pendait l'enseigne des Trois Rois, dont était 
l’hôte François Marin, époux de dame Anne Lasne. (Archives départemen¬ 
tales, série E, suppl. n° 15.) 


Digitized by 


Google 


UN GENTILHOMME BRETON A BOURBON 


187 


Qui vaut mieux que celle-cy 
Et bien mieux choisie. 

Va t’en voir s’ils viennent Jean, 
Va t’en voir s’ils viennent ! 
Un abbé qui n’ayme rien 
Que le séminaire 
Qui donne au pauvre son bien 
Et lit son bréviaire. 

Un magistrat curieux 
De jurisprudence 
Et qui devant deux beaux yeux 
Tient bien la balance. 

Un médecin sans grands mots 
D’un savoir extrême 
Qui n’envoye point aux Eaux 
Et guérit lui-même. 

Un chanoine desgouté 
Du bon jus d’octobre 
Un poète sans vanité 
Un musicien sobre. 

Un Breton qui ne boit point 
Un Gasqon tout beste 
Un Normand franc en tout point 
Un Picquart sans teste. 

Une belle qui cherchant. 
Compagne fidèle 
La choisit, en la sachant 
Plus aimable qu’elle. 

Une femme que les ans 
On presque flétrie 
Qui voit des appas naissants 
Sans aucune envie. 

Des parisiennes sans fard 
Sans mouche, ni poudre, 
Leurs coiffes mises sans art 
Ne sachant que coudre. 

Une nonne de Long Champs 
Belle comme Astrée 
Qui brusle, courant les champs 
D’estre recloistrée. 

Et pour bénédiction 

Arrive un gros moine 
Fort contre la tentation 
Comme saint Antoine. 

Va t’en voir s’ils viennent Jean. 
Va t’en voir s’ils viennent. 


Digitized by LaOOQle 


188 


SOCIÉTÉ D’ÉMULATION DU BOURBONNAIS 


Après un séjour de six semaines aux eaux de Bourbon. Noire 
voyageur reprit sa roule. Les notes de sa relation sont courtes et 
sèches, on sent que laligué par sa cure, 11 a hâte de gagner les grandes 
villes. 

« De Bourbon à Saint-Menoux, abbaye de celle qui a un hospice 



Saint-Menou k. Intérieur de l'église de l’abbaye. 

D'après une gravure du XVIII « siècle. 

« à Bourbon, 2 lieues ; il y a vingt religieuses de chœur, l’abbaye (1) 
« vault 20.000 livres de rente. Du reste c’est un vilain trou. 

(1) L'abbesse du monastère était alors M me Anthoinette de laChaise d'Aix, 
fille de François, comte de la Chaise, capitaine des gardes du roi et de 
Geneviève Kamadier. Religieuse de l'abbaye de Cusset, Anthoinette de la 


Digitized by LaOOQle 





















UN GENTILHOMME BRETON A BOURBON 


189 


a De Salnt-Menoux à Moulins, 3 lieues. C’est une des plus agréables 
« villes que j’aye vues, quoi qu'elle ne soit pas trop grande. Elle est sl- 
« tuée dans une plaine le long de la rivière d'Allier. Les maisons sont 
« toutes basties en briques. II y a un château qui n’a de recomman- 



Egllie de Saint-Menoux (Entrée). 


a dable que son ancienneté. Il estait aux ducs de Bourbon et de l’an- 
« cien apanage de nos roys, qui l’ont engagé et la ville aux princes 


Chaise fut nommée abbesse de Saint-Menoux le 8 septembre 1695, c'était la 
nièce du Père de la Chaise, jésuite, confesseur de Louis XIV. (Voir J. J. Mo- 
ret : Histoire de Saint-Menoux, page 174, et P. Flament : Mémoire sur ia 
Généralité de Moulins, 


Digitized by LaOOQle 













190 


SOCIÉTÉ D'ÉMULATION DU BOURBONNAIS 


« de Condé. Il y a une très grande quantité de fontaines (1) dans 
« toutes les rues, beaucoup de communautés religieuses, un gros 
« baillage et une intendance. 

« La Visitation est la communauté la plus riche. M”' de Montmo- 
« rency après la perte de son mary pris à Castelnaudary et exécuté 
« à Toulouse, se retira dans cette maison ; elle y fit bastir une belle 
« église. L’autel qui est d’ébène et d'argent a cousté 200.000 livres. 
« Elle y a fait présent d’un soleil garni de pierres précieuses estimé 
« 200.000 livres ; mais ce qui y est le plus superbe c’est le tombeau 
«qu’elle a fait élever 'dans ceste église en l'honneur de son mary. 
« C'est une pièce achevée qui a coustée 200.000 livres. 

« l/église des Jésuites et celle des Carmélites sont aussi fort jolies. 
« Il y a deux cours le long de la rivière qui donnent beaucoup 
« d'agrément à cette ville. 

« - De Moulins à Bessay, 2 lieues. Petit village assez logeable 

« — De Bessay à La Varenne, ville murée mais fort laide, 3 lieues, 
« en récompense, la route de Moulins à cette ville est des plus char- 
« mantes, on cotoye toujours le cours de la rivière d’Allier. 

« — De La Varenne à Lapalisse, 4 lieues. Mauvaiseville, où il y a 
« un château très ancien et de beaux appartements. Il était autrefois 
« aux ducs de Bourbon qui le vendirent à M. de Chabannes. 11 passa 
« en 1560 dans la maison de MM. de la Guiche Saint-Géran par une 
« héritière de Chabannes et de la Palisse. Il y a dans cette maison 
« plusieurs chevaliers de l'ordre, deux chevaliers de l’ordre et gou- 
« verneurs du Lionnoys et de Bourbonnoys, un capitaine de gendar- 
« mes. Cette branche est enfin tombée et la veuve du dernier de 
« cette grande maison vendit le château à M. Croisât financier, 
« M. de Soubize la retira pour la céder à M. Brunet de Vanly(2), 
« autre financier, en faveur d'une somme de 40.000 livres ; qui avait 
« déjà une grosse terre dans ce canton ; destinée de la plupart des 
« anciennes terres du royaume. Il y a dans une des salles de ce châ- 
« tau deux tombeaux très entiers et très magnifiques. Le premier esi 

(1) Voir, chanoine Berthoumieu : Les fontaines publiques de Moulins 
depuis le XIV ■ siècle jusqu'à nos jours (Auclaire, 1903). 

Le vandalisme d'un conseil municipal fit disparaître les dernières fon¬ 
taines monumentales anciennes de notre ville il y a une dizaine d'années, 
suivant le rapport d’un M. Lanclos, ancien officier du génie, auquel nous 
devons aussi la disparition du célèbre puits des Quartes, rue d’Allier, « à 
l'eau fraîche et limpide ». 

(2) Gilles Brunet d'Evry, intendant des finances en la Généralité de Mou¬ 
lins, acheta La Palice en 1715 du prince de Bohan-Soubise. (Voir Aubert 
DE LA Faige, Les Fiefs du Bourbonnais, tome 1, page 232.) 


Digitized by LaOOQle 



UN GENTILHOMME BRETON A BOURBON 


191 


« du père et de la mère de M. de Chabannes, maréchal de France, 
« qui fut tué à la bataille de Pavie et l’autre du maréchal môme et 
a de sa femme, avec de3 inscriptions très rares. C’est de luy qu’on a 
« tant chanté : Le sieur de la Palice est mort..., il était gouverneur 
« de dix provinces voisines. 

« — De la Palisse à Saint-Martin, 3 lieues. Il y a un affreux chemin 
a pour les équipages et une quantité prodigieuse de montagnes et de 
a descentes. Il y a un assez beau château appartenant à M. de Cha- 
« teaumorant qui a épousé M"' de Chaslus. 

« — De Saint-Martin à la Pacaudièreet de la Pacaudière à Roanne, 
a 4 lieues. » 

Nous n’accompagnerons pas nos voyageurs plus loin que ces extrê¬ 
mes limites du Bourbonnais, et pour la suite de ce voyage nous ren¬ 
verrons le lecteur au Bulletin pobjmalique du Morbihan auquel nous 
avons emprunté la relation de cette traversée de notre province. 

Louis Grégoire. 



Digitized by LaOOQle 




Notice sur le « Sépulcre » de l’Eglise de Cérilly 


N ous devons commencer par dire, tout d’abord, que ce groupe 
remarquable, classé parmi les objets mobiliers se rattachant 
aux monuments historiques, depuis le 12 août 1902, est com¬ 
posé non pas de pierre et de marbre, mais réellement de pierre et de 
plâtre. Tous les personnages sont en plâtre, mais ce plâtre est de com¬ 
position assez dure, èt le badigeon, doublé d’une couche de vernis qui 
le recouvre, lui donne une apparence de marbre, ce qui sans doute 
a provoqué l'erreur, grâce à un examen qui est resté superficiel et 
imparfait. Quoi qu’il en soit, et tel qu’il est réellement, ce sépulcre 
nous parait d’une grande valeur artistique, curieux à examiner et 
nous ne pouvons qu'applaudir à son classement parmi les objets 
précieux, puisque ce classement doit assurer désormais sa conser¬ 
vation. 

Les personnages qui composentcegroupe.au nombre de neuf, sont 
au moins de grandeur naturelle. Àu premier plan sont, d’abord, les 
deux ensevelisseurs tenant Jésus-Christ couché sur le linceul, le 
mettant dans son tombeau ; en arrière, assistant à cette cérémonie, 
au milieu du groupe, nous voyons Marie, brisée par la douleur, sou¬ 
tenue par saint Jean ; elle a, à sa droite, Marie-Magdeleine et une 
sainte femme ; à sa gauche une autre sainte femme, toutes les trois 
tenant à la main une urne aux parfums. 

L’expression des figures dans la douleur est admirablement rendue, 
et tout, dans ce difficile travail, parait bien proportionné. 

Ce magnifique sépulcre est un don fait à l’église de Cérilly par un 
de ses anciens curés, qui était en même temps archiprêtre d'Hérisson. 
Il est placé près du bas côté de droite, dans la chapelle la plus rap¬ 
prochée de la petite porte qui sert d’entrée à l'église et qu'on appelle, 
pour cette raison, « la chapelle des saints ». Pour loger ce groupe, on 
fit construire dans celte chapelle qui existait déjà à cette époque, 


Digitized by LaOOQle 






LE « SÉPULCRE » DE L’ÉQfJSE DE CÉRILLY 


193 


une espèce de niche de profondeur juste suffisante, voûtée en plefn 
cintre surbaissé. 

Sur le devant du sépulcre, dans deux cartouches rectangulaires, 
placés à la même hauteur, est gravée une inscription, d'un bien mau¬ 
vais latin, rappelant cette donation (1). 

Sur celui de gauche on lit : 

EX. EMPENSIS D. D. PETRI LESCUYER 
PARISINI REGI A CONSILIIS ET 
ELEMOSYNIS SANCTÆ SEDIS APOST. 
PROTONOTARII THEOL. B. 

Sur celui dç droite qui en est la suite : 

DE HERISSIONE ARCHIPRESBYTERI 

QVI H AS OVES PER. 

ANNOS ASS1DVE PA VIT B. A... 1692 

Qui peut se traduire, se compléter et se rectifier de celte façon : 

« Aux frais du Très Vénérable Pierre Lescuyer, conseiller et aumô¬ 
nier du Roi, de Paris, protonotaire du Saint Siège apostolique, doc¬ 
teur en théologie, archiprêtre d’Hérisson, qui instruisit assidûment 
ses paroissiens (pendant 45 années). Ce tombeau a été béni en 1692. » 

Le donateur lui-même figure parmi les personnages du groupe. Il 
est à droite, en surplis et en étole, agenouillé près du tombeau, les 
mains jointes. Son visage porte l’empreinte de la plus vive douleur, 
vieilli encore par les rides d’un âge très avancé, car il avait près de 
80 ans. C'est sans doute ce qui fait dire à M. de Jolimont. (L’Allier 
Pittoresque, 1852) : « Le donataire (sic) y figure au nombre des adora¬ 
teurs du Sauveur, et l’artiste parait avoir modelé sa tête avec une 
exactitude peut-être trop scrupuleuse, il en a fait un modèle de dé¬ 
crépitude. » 

Aujourd'hui, tout le groupe est recouvert d’un badigeon vernis et 
uniforme d’un blanc crémeux, mais il parait qu’il n'en fut pas tou¬ 
jours de même. M. Batissier, dans le Voyage Pittoresque de l’Ancien 
Bourbonnais, t. II, p. 217, écrit : « Le donataire (sic) figure au nombre 
des adorateurs du Christ mort. Sa tête modelée avec une exactitude 
minutieuse, est horrible à voir, tant le visage de l'original était lui- 
même repoussant, car le sculpteur a tout rendu, les rides et les ulcè- 


(1) Cette inscription est relevée dans l'Ancien Bourbonnais d'une façon un 
peu différente, mais non plus correcte. 

13 


Digitized by LaOOQle 




194 


SOCIÉTÉ D'ÉMUI^VTION DU BOURBONNAIS 


res, et le peintre a donné à tous ees affreux détails la couleur naturelle 
du modèle. » 

Et Touchard Lafosse (la Loire historique, t. 2, p. 151) « .. On dit que 
cet ecclésiastique s’avisa de faire modeler sa tête pour figurer parmi 
les adorateurs du Christ au tombeau. S’il en est ainsi. Pierre Les- 
cuyer était affligé d’un visage dont il eut bien fait d'épargner la re¬ 
présentation aux générations futures ; c'était vraiment assez qu'il eût 
montré l'original à ses contemporains : il est impossible de voir des 
traits plus repoussants. Le sculpteur par une malheureuse exactitude 
de détail a reproduit toutes les disgrâces de celte figure, jusqu'à un 
ulcère qui le dévorait .» 

Ces appréciations nous paraissent bien exagérées, même fausses. 
Le visage de Pierre Lescuyer sans être beau, n’est pas horrible à 
voir. Le badigeon qui a remplacé la peinture d’autrefois ne révèle 
aucune trace d'ulcère ; l'expression de ce visage de prêtre et de vieil¬ 
lard, agenouillé auprès de son Dieu qu'on ensevelit, est même belle 
de piété, d'adoration et de douleur. 

Nous relevons dans les registres paroissiaux, année 1691, l'acte 
commémoratif de la pose de la première pierre, de cette grande 
niche ajoutée à la chapelle pour loger ce sépulcre : « Ce jourdhuy pre¬ 
mier jour du mois de may de ceste présente année 1691, moy curé de 
ccste ville et paroisse soubsignez, a mys la première pierre du fon¬ 
dement de l’arcade du Sépulcre de Nostre Seigneur, assistez de Jean 
Thévenard, sieur de la Buxière, marchand apothicaire de ceste ville, 
qui a dessiné et peint la simple inscription qui est « Pierre Les¬ 
cuyer curé 1692 » gravée par Sébastien Verrier entrepreneur de la 
ditte niche. — Lescuyer. » 

Aussi, parles registres paroissiaux de l'année suivante, nous con¬ 
naissons l’acte commémoratif de la bénédiction : 

« Ce jourd'huy 16' juin 1692. j’ay bény les ymaiges du SaintSépulchre, 
assistez de M" Duboys archiprêtre de Charenton, de M" Fabien 
chanoyne de Bourbon et résidant icy, de mons. le curé de Saint-Ca- 
prays, de mons. Blanc prestre et de mous. Jarrouflet vicaire de 
Lurcy, qui firent le diacre et sous-diacre à la grand’messe. Le festin 
se fit à la cure où il y avaltplusde trente cinq personnes.—Lescuyer.» 

Le curé Pierre Lescuyer mourut lui-même trois ans après cette 
cérémonie et nous consignons ici son acte de décès : 

« L'an 1695, le 8'jour du mois d'apvril, a esté inhumé dans l'Eglise 
paroissiale de Saint-Martin de Cérilly, au bas de l'hostel de Nostre- 
Dame de Pitié, par nous soubsignez archiprestre et curé de Saint 


Digitized by LaOOQle 




LE « SÉPULCRE » DE L'ÉGLISE DE CÊRILLY 


195 


Martin de Charenton et dudit Cériily, messire Pierre Lescuyer âgé 
d'environ quatre vingts ans, conseiller aumosnier du Roy, docteur 
en théologie, protonotalre du Saint Siège, archiprestre d'Hérisson, 
cy-devant curé de Cerilly, déceddé d'byer sur les sept heures du 
matin. Fait le jour et an que dessus. — Duboys. # 

Le curé Lescuyer mourait après avoir occupé la cure de Cériily 
pendant 45 années. 

Par quel artiste, en quel endroit ce sépulcre a-t-il été exécuté ?' 
Combien a-t-il coûté ? Ce sont là des choses très intéressantes et que 
nous aimerions connaître. Mais rien ne nous renseigne. 11 aurait 
fallu, à cette époque, un autre vicaire Villemo, qui consignait tout 
sur les registres. Mais il est permis aussi de supposer que le curé 
Pierre Lescuyer emporta ces secrets dans la tombe, par modestie. 

La tradition conservée dans le pays prétend que ce groupe de 
a la mise au tombeau » fut sauvé du vandalisme révolutionnaire par 
un briquetage que M. Marchand, alors curé de Cériily, aurait fait 
élever pour le protéger, en le cachant, et qu'il subit quelques dégâts 
quand on enleva ce briquetage, par manque de précautions. Aujour¬ 
d’hui qu'il est classé comme monument historique, nous devons 
constater que saint Jean a la main amputée de deux doigts, et que 
les pieds du Christ sont cassés ; les morceaux sont encore sur place, 
exposés à se perdre. Ne serait-il pas à propos, pour sa bonne con¬ 
servation, qu'on lui fasse une sérieuse visite ? 

Georges Bodard. 



Digitized by LaOOQle 






JBIETTES D’HISTOIRE BOHRBOjlHAISE 


L es quelques renseignements qui suivent sont simples notes 
d’histoire bourbonnaise. Si elles sont jusqu'ici, ce me semble, 
inconnues des membres de notre compagnie, elles n’ont toute¬ 
fois pas le mérite de l'inédit ; je les extrais en effet de deux articles 
parus il y a longtemps déjà dans la Reçue nobiliaire, historique et bio¬ 
graphique, fondée par Bonneserre de Saint-Denis. Dans ces articles, 
M. Goethaïs, de Bruxelles, rappelait les souvenirs de deux célèbres 
tournois (1). 

Le premier en date eut lieu à Compiègne, au mois de décembre 1237, 
à l'occasion de l'hommage rendu à Louis IX, roi de France, par Tho¬ 
mas de Savoie, comte de Flandre, et par la comtesse Jeanne, son 
épouse. Le saint roi ne dédaigna pas d'y figurer. Il se présenta le 
front ceint d'une couronne d'or, sommée d'une fleur de lys fleuronnée 
de deux croissants renversés. L'auteur dit que ces croissants rappe¬ 
laient le souvenir de la guerre sainte, glorieusement menée par la 
France. L'écu de saint Louis était armorié : d'azur, semé de fleurs de 
lys fleuronnées d'or. 

Les barons et seigneurs de l’Ile-de-France, ceux qu'on appelait 
alors avant tout les Français, se présentèrent conduits par « Archam- 
« bauld, sire de Bourbon, portant un écu d’or, au lion de gueules 
« armé et lampassé d’azur, à l’orle de coquille de même. » 

Il s'agit d’Archambauld, fils de Guy de Dampierre et de Mahautde 
Bourbon. 

A 

Le second tournoi dont j’ai & parler fut tenu à Cambrai, le 
27 mai 1269, à l'occasion du mariage de Jean, duc de Brabant, avec 

(!) Voir Tomes IV, V et VI de ladite revue. Elle a cessé de paraître et 
était éditée chez Dumoulin, à Paris. 


Digitized by LaOOQle 




MIETTES D'HISTOIRE BOURBONNAISE 


197 


Marguerite de France, fille de saint Louis, laquelle devait mourir 
bientôt, & la fleur de son âge, en 1271. 

Cinquante-cinq Français et cinquante-sept Brabançons rivalisèrent 
de prouesses sous les yeux de Nicolas, évêque de Cambrai, qui pré¬ 
sidait, sous ceux-du roi de France saint Louis, du duc de Bourgogne 
et du duc de Brabant, juges. Et ce qui prouve bien que ce n'étaient 
pas jeux d’enlants que de telles apertises d'armes, c’est que deux 
Brabançons, Wautier, seigneur de Quaderebbe, et Gossuin, seigneur 
de Stalle, mortellement blessés, succombèrent le jour même. Leurs 
corps furent pompeusement ramenés en Brabant et ensevelis auprès 
de ceux de leurs ancêtres. 

Parmi les chevaliers français qui se rattachent à notre province 
figurait Robert, comte de Dreux, qui s'armait : échiquetédCor et d'azur 
à la bordure de gueules. Son cimier, comme celui des autres princes 
du sang de France, était une fleur de lys fleuronnèe de quatre crois~ 
sant8 renversés d'or. Il était fils ainé de Jean, comte de Dreux et de 
Braine, et de Marie de Bourbon. Cette dernière était le septième 
enfant issu du mariage d'Archambauld de Bourbon (de la maison de 
Dampierre Bourbon) et de Béatrlx de Montluçon. 

Le 33' combattant qui se présenta dans la lice portait un écu armo¬ 
rié : d'azur , à trois gerbes d’or liées de gueules. Son cimier était une 
gerbe semblable à celles de son écu. Il s'appelait Jean, seigneur de 
Brosse. C'était un des membres de la puissante maison féodale qui a 
si longtemps possédé en Bourbonnais la terre d’Huriel. 

Ph. T. 



Digitized by LaOOQle 





v v v v v vv vvvv 


Qaelqoes Ex-libris intéressant le Bonrbonnais 



Jean-Jacques Barrois. docteur en droit de la Faculté de Dijon, 
naquit à Pierrefltte le 5 mars 1769, de Pierre et de Pétronille Guinet 
de Villorbenne (1). il épousa Thérèse Ribailler, nièce du célèbre abbé 
de ce nom. 

La lamille Barrois, qui posséda la Tescbe, le Château et Grand- 
champ, portait : de gueules, au chevron d'or, accompagné de trois 
palmes de sino/dc. Elle a donné de nombreux procureurs du roi à la 
châtellenie des Basses-Marches et des officiers de justice à Pierrefitte- 
sur-Loire. Elle s’est éteinte dans la branche des Picard de Pierrefltte. 

(Collection M. Dénier.) 

M. D. 


(!) Archives départementales. E suppl. 279 ; alias Gamet de Villerb--ine. 
Armorial du Bourbonnai ». 


O O « 


Digitized by LaOOQle 



QUELQUES EX-LIBRIS BOURBONNAIS 


199 



Cet ex-libris est aux armes des Longueil (I), seigneurs en Bour¬ 
bonnais de Saulzet, de Listenols et Beauvergier. Celte famille, d'après 
Moreri, tire son nom du bourg de Longueil près de Dieppe. C'esl de 
1677 que date son premier établissement en Bourbonnais : Jean de 
Longueil, conseiller du roi et commissaire aux requêtes du palais, 
époux de Catherine de la Ville, acquit le 20 mai de celte môme année 
les fiefs de Beauvergier, Saulzet et Listenois, saisis sur Pierre de 
Beauvergier-Montgon. Son petit-fils, Joseph-Gilbert, fit foi et hom¬ 
mage pour ces trois seigneuries en 1722, comme héritier de son père 
Jean-Gilbert, il avait épousé par contrat du 10 août 1730 Anne Cbe- 
varrier. 

Les Longueil portent : d’azur , à trois roses d'argent ; au chef d'or 
chargé de trois roses de gueules. 

(Collection M. Dénier.) 

M. D. 


(1) Voir la notice consacrée à la fanrlle de Longueil dans !a X e excursion 
de la Société d’Emulation (seigneurie de Beauvergier). 

O O • 


Digitized by LaOOQle 








200 


SOCIÉTÉ D’ÉMULATION DU BOURBONNAIS 



Cet ex-librls, de si mauvais style où se trahit de suite une époque 
qui, au point de vue artistique, ne mérite pas le nom de « Restaura¬ 
tion », a appartenu à une notabilité bourbonnaise : Pierre Béraud, 
alias : Béraud des Rondards. 

Pierre Béraud des Rondahds appartenait à une lamille de haute et 
ancienne bourgeoisie, sortie du lieu dit Béraud, paroisse de Cou¬ 
leuvre, et dont la filiation s'établit depuis le milieu du xvi e siècle. 
Cette famille vivant noblement depuis longtemps, a tenu un rang 
distingué à Moulins, particulièrement la branche des Rondards. Né 
à Moulins le 1" avril 1783, du mariage de Sébastien Béraud, sieur 
des Rondards, des Guilleminots (Marigny), etc., avocat du roi au pré¬ 
sidial de Moulins, et de Marguerite Perrotin de Chevagnes. Pierre 
Béraud fut baptisé le lendemain en l'église Saint-Pierre-des-Ménes- 
traux. Pierre Béraud fut, en 1815, l'un des commissaires chargés de 
porter au roi l’adresse de fidélité votée par le collège électoral de 
l'Ailier. Adjoint au maire de Moulins en 1816, puis conseiller de pré¬ 
fecture, il lut de 1824 à 1830 député du département, chevalier de la 
Légion d'honneur. Après la Révolution de juillet, Pierre Béraud 
rentra dans la vie privée, consacrant ses loisirs à l’histoire et aux 
belles lettres. On lui doit des Mémoires, un recueil de Fables et une 
Histoire des sires et ducs de Bourbon. Il mourut à Moulins, le 7 sep¬ 
tembre 1850, en son hôtel rue de l’Ancien-marché-au-bled. 

En 1811, il avait épousé Marie-Aglaé Fouquet ou Fouquet de Pont- 
charraud, fille de Louis-Antoine, ancien trésorier de France, député 
du Cher, président du tribunal civil de Saint-Amand, et de Françoise- 
Elisabeth Bouchet. 

De cette union naquit une fillç, Albertine Béraud, qui épousa le 
comte Jules de Champfeu et fut une des femmes les plus jolies et les 
plus spirituelles de la haute société moulinoise. 


Digitized by LaOOQle 



QUELQUES EX-LIBRIS BOURBONNAIS 


201 


Armes des Béraud : d argent, à une main de carnation, parée d'asur 
mouvant du flanc senesire de Vécu, tenant une branche if olivier de 
sinople, soutenue d’un cœur enflammé de gueules et adextràe d’une 
étoile d’asur. 

(Collection de M. Dénier.) 

Philippe Tiersonnier. 


0 9 0 



Cet ex-libris typographique doit être celui de Joseph-Alexandre 
Dubouys, né à Ygrande le 9 septembre 1773, fils de Claude, seigneur 
deVallière, ancien receveur général des consignations en la séné¬ 
chaussée de Bourbonnais, et de Marie Dubouys. 

11 épousa à Ygrande, le 29 octobre 1792, Procule Delan, fille de leu 
Louis, chirurgien major au régiment de Toul-artillerie, et de Marie 
Dubouys. 

Une autre alliance entre ces deux familles nous est encore connue, 
c’est celle de Marie Dubouys, fille de Jean, bourgeois de Gipcy, et de 
Marguerite Dubouys avec Philibert Delan, fils de Jean-Baptiste 
Delan, notaire royal. 

(Collection M. Dénier.) 

M. D 


O O O 


Digitized by LaOOQle 









CHRONIQUE 


Sépulture du Montet 

Il a été trouvé dans le courant de cette année, devant la maison 
neuve construite pour faire un presbytère et occupée par M. le docteur 
Laurent, une sépulture renfermant quatorze crânes, dont les sque¬ 
lettes étaient disposés en deux couches parallèles séparées par une 
épaisseur de moellons et de terre. La première série découverte par 
la pioche des ouvriers était à peine recouverte par 10 centimètres 
de terre, et la profondeur totale de la fouille n’a pas dépassé un mètre. 
La sépulture se trouvait à environ 10 à 12 mètres du mur nord-ouest 
de l'église du Montet, en face de la deuxième tra'ée à partir de la 
porte, à peu près au milieu de la travée. Les squelettes de la première 
couche présentaient une disposition rayonnante ; ils étaient couchés 
sur le dos les bras allongés, les têtes se touchant presque. Il y avait 
environ 6 à 7 squelettes par couche ; dans la première couche se 
trouvait un crâne d'enfant. 

Voici quelques-uns des éléments caractéristiques de cette sépul¬ 
ture : un crâne d’adulte, un vase à engobe |aune-vert, un morceau 
de charbon de bois, un cubitus et un métarpien (le 5'), un maxillaire 
inférieur qui n'est pas du même sujet que le crâne. 

Le crâne est intéressant par ses dimensions qui, malheureusement, 
ne se prêtent pas toutes à une mensuration exacte, car il n’est pas 
entier : la face manque totalement ainsi que l’orifice auriculaire 
gauche, la partie antérieure du trou occipital manque. Dans son en¬ 
semble il apparaît volumineux, surtout dans sa moitié postérieure. 

Les dimensions sont : 199 ; normal : 171 à 185,90, pour le diamètre 
antéropostérieur, maximum qui, ici, se confond avec le diamètre 
iniaque (mesuré de la glabelle à la protubérance occipitale extrême). 

Diamètre transversal maximum . 150 Normal: 135 à 147 


— stephanique. 

12 

— 

12 

Ligne courbe de la glabelle à l'orifice 
postérieur du trou occipital . . . 

34,5 

_ 

33 


Digitized by LaOOQle 




CHRONIQUE 


203 


Celle-ci se décomposant en 


Frontale.. 

11 

Normal : 

10 

Pariétale. 

15 

— 

10 

Occipitale du lambda à l'inlum. 

4 

— 

9 

De l’inium à l'oplsthion .... 

5 

35 

— 

5 

34 


Nous faisons remarquer les empreintes profondes des muscles de 
la nuque par rapport à la surface presque plane du crâne moderne, 
la prédominance de la ligne pariétale proprement dite, la saillie re¬ 
marquable de la protubérance occipitale externe, la direction des 
surfaces articulaires craniovertébrales, qui regardent nettement en 
arrière et non en bas. 

M. le L)' Marcel Baudoin, secrétaire de la Société préhistorique 
française, à qui j'avais envoyé ces mesures, m’écrivit le 22 mai : a Vos 
crânes sont sous-dolichocéphales d’après les mesures données. Us 
peuvent être récents, même très récents, la forme des vases peut 
seule permettre de les dater. 

« La forme de la sépulture ne prouve rien ; on en trouve d’ana¬ 
logues à toutes les époques, depuis l'âge de la pierre polie. » 

Puis, le 29 mal, après envoi de la poterie : 

« Comme je l'avais pressenti, cette sépulture est bien moyen âge. 
Elle n’a aucun caractère des vases du néolithique, du bronze, du fer, 
du gallo-romain. Elle a au contraire ceux du moyen âge (xi'-xiv* s.). 

a Formes : fond plat, large ; l’indice, fond panse, est typique com¬ 
paré avec celui du goulot hauteur ; goulot très étroit. Dimensions. 
Pâte très cuite, très sonore, très résistante, mince. Vernis à l'ex¬ 
térieur. Les petits vases servaient à mettre des charbons de bois 
sacrés, la plupart du temps : parfums brûlés suèdes charbons. 

a Conclusions : votre sépulture est très moderne ; elle n’a qu'un 
intérêt local, mais li faut la décrire avec soin et la publier. » 

Le petit vase est en terre grise assez fine de pâte ; le goulot manque, 
mais on en distingue l'amorce ; le pied se rétrécit immédiatement 
sur une hauteur d’un centimètre avant l'épanouissement delà panse. 
La face extérieure est uniformément recouverte d'une engobe mince 
jaunâtre. Les dimensions sont : diamètre de la base, 5 centimètres 
exactement ; diamètre de la panse, 7 centimètres fort ; diamètre exté¬ 
rieur du goulot, 2 cent. 1/2 ; hauteur totale (au niveau de la brisure), 
7 centimètres. 

D T de Brinon. 


Digitized by LaOOQle 






soi 


SOCIÉTÉ D’ÉMULATION DU BOURBONNAIS 


Documents bourbonnais 

Dans le numéro d'avril-janvier 1911 de la Bibliothèque de l’icole des 
Chartes, M. H. Omont donne (p. 1-56) le catalogue des nouvelles ac¬ 
quisitions du département des manuscrits de la Bibliothèque natio¬ 
nale en 1909 et 1910. Nous y relevons les numéros suivants qui, de 
près ou de loin, intéressent le Bourbonnais : 

10820. Recueil d’actes notariés relatifs & Antoine Ruzé, marquis 
d'Effiat (1627-1634), un reg. de 19 feuillets, avec, au fol. 13, une expé¬ 
dition du testament du marquis d’Effiat. 

10823. Vie de Jésus-Cbrist, traduite de latin en français en 1380, à 
la demande de Jean, duc de Berry (xv' s.). 

10827. Catalogue des « librairies du Louvre et du duc de Berry », 
copie de M. L. Delisle (don de M. Delisle). 

21537. Recueil de lettres d’artistes du xix' s., au nombre desquels 
M. Desboutin. 

21630. Registre des cens dûs au marquis de Talaru dans les pa¬ 
roisses de Sauvain et de Chalmazel (Loire), xviii' s. 269 feuillets. 

21635-21637. Devis d'ouvrages & faire pour la navigation sur l'Ailier 
et la Loire, par Poictevin, ingénieur ordinaire du roi (1679-1682), ori¬ 
ginaux avec cartes et plans levés, rel. mar. rouge aux armes et chiffre 
de Colbert. 

21644-21652. Manuscrits aulogr. des œuvres poétiques de Théodore 
de Banville, neuf vol. Demi-rel. (Don de M. et M** G. Rochegrosse.) 

21662. Recueil de lettres de Colbert et de Le Peletier adressées à 
M. Le Feron du Plessis, procureur du roi en la maîtrise de Com¬ 
pïègne, commissaire pour la réformation des eaux et forêts en Bour¬ 
bonnais (1863-1697). 941 feuillets. Rel. veau rac. 



Digitized by 


Google 




BIBLIOGRAPHIE 



La Société Eduenne publie dans le tome XXXVIII de ses mémoires 
le Journal de Jean Gregaipe, bourgeois de Marclgny, pen¬ 
dant les guerres de la Ligue en Brionnais (1589-1396). 

L’an passé, grâce à M. Desrost, j'avais pu donner à la Société 
d'Emulation une pagode ce journal relative aux frères de Lingende (1), 
mais il était certain que nous trouverions bien plus à glaner dans 
cette publication, vu la situation limitrophe du Brionnalset du Bour¬ 
bonnais. Je ne peux qu'en recommander la lecture à tous ceux 
d’entre nous pour qui l'histoire de la fin du xvi* siècle a un Intérêt 
spécial. Ce journal leur donnera une image vraie de ce que fut la vie 
sociale dans notre province & cette époque néfaste. 

En feuilletant l'ouvrage, j'en retranscris les lignes suivantes qui 
intéressent spécialement le Bourbonnais : 

■ De Chappes, gentilhomme du Bourbonnais, se joint avec trente hommes 
de la garnison (royaliste) d’Urcy, ii se présente devant Semur le ^ janvier. 
1591 , il veut l’emporter d’assaut, il est obligé de se retirer avec pertes. 

Tout le pays est alarmé, au mois de mai 1591, à cause du siège d’Autun 
(ait par le maréchal d’Aumont (royaliste), mais il est levé après cinq semaines,. 

le 2a juin suivant. Le maréchal d’Aumont, accompagné d’environ douze 

cents chevaux, de deux mille hommes de pied, arrive en Charollais ; étant 
venu à Paray, il prit la route du Bourbonnais et passa la rivière (la Loire), à- 
la Mothe Saint-Jean, tirant contre la ville de Saint-Pourçain occupée par les 
gens de Mgr de Nemours avec intention, après avoir joint quelques forces 
assemblées par M. de Chazeron, gouverneur du Bourbonnais, d’assiéger la 
dite ville, comme il fit depuis. Ce pauvre pays-ci fut grandement allégé et 
réjoui, voyant éloigner les dites troupes pour la rigueur et cruauté de laquelle 
usait ordinairement le maréchal : plusieurs habitants ayant déjà abandonné 
leurs maisons, car sous prétexte de demeurer en une ville du parti contraire à 
celui où il tenait, ou autre légère occasion, on confisquait les corps et les biens. 
Ceux de la ville de Paray composèrent avec lui à quatre mille écus à payer 

(1) Bulletin, tome XVII, p. 100 et 208. 


Digitized by LaOOQle 




206 


SOÇIÉl’Ê D'ÉMULATION DU BOURBONNAIS 


à certain temps et donnèrent M. le baron de Saligny (i) pour caution. Ce 
que dessus arriva en novembre 1591, le 15' jour. 

Les.7 et 8 décembre, au dit an 1591, les troupes de MM. le marquis de 
Treffort, lieutenant du duc de Savoie en Bresse, et du baron de Thianges, 
au nombre de 800 chevaux et de 1.500 hommes de pied, passèrent par ce 
pays (Marcigny) prenant le chemin de la ville de Saint-Pourçain en intention 
de faire lever le siège que le maréchal d’Aumont y tenait. » 

Naturellement, les Ligueurs, tout comme les royalistes, ravagèrent 
tout sur leur passage ; les soldats, nous dit Gregaine. s’emparaient 
des gerbes de blé dans les granges, les faisaient battre par les paysans 
et en vendaient le grain. 

■ Le 17* jour de janvier (1592), l’armée conduite par MM. de Treffort 
et de Thianges, laquelle avait passé en ces quartiers au mois de dé¬ 
cembre, repassa la Loire, ayant approvisionné d’hommes et de vivres la 
ville de Saint-Pourçain, tellement que le maréchal d’Aumont fut contraint 
de lev«A le siège de devant icelle. Mgr de Nemours, chef de la dite armée 
logea le jour susdit à Ataix avec les troupes lyonnaises, lesquelles se sépa¬ 
rèrent d’avec celles de Bourgogne qui passèrent la rivière au port de cette 
ville et les autres tirèrent vers Roanne avec le canon. 

I*e 8’ jour d’août le capitaine Mont, du pays de Bourbonnais, accompagné 
de vingt ou trente ramassis, se saisit de l’église d’Avrilly en l’intention de la 
fortifier et faire la guerre en ce pays. A cet effet, expédiait mandement aux 
villages circonvoisins pour lui fournir hommes, munitions et vivres... Mais 
le sieur du Moulin, gouverneur en cette ville (Marcigny) et le sieur Despres, 
commandant du château d’Urcy, ayant rallié leurs garnisons avec quelques 
volontaires le 15 dudit mois, sur les trois heures du matin, après avoir in¬ 
vesti l’église (d’Avrilly), ils appliquèrent un pétard à la porte, par le moyen 
et effort duquel étant rompue, ils entrèrent sans grande résistance et prirent 
le capitaine Mont prisonnier..,.. Tout l’intérêt tomba sur les pauvres parois¬ 
siens dudit Avrilly, car l’on mit le feu en l’église et au clocher, lequel quelques 
mois auparavant ils avaient fait bâtir à neuf et y avaient dépensé plus de 
deux cents écus, et, outre ce, leurs maisons furent fourragées. 

Le 8 décembre au dit an, le capitaine Bargeron du pays Bourbonnais, sui¬ 
vant les troupes de M. d’Amanze, gouverneur de Bourbon-Lancy (pour le 
roi), prit et emmena au dit Bourbon dix-neuf grosses bêtes bovines à notre 

(l) S’agit-il de Marc Lourdln de Coligny-Saligny, baron de la Motte Saint- 
Jean, époux de Gabrielle Loup de Bellenaves, qui mourut en 1597, ou de son 
fils unique, Lourdin Gaspard de Coligny-Saligny, qui avait épousé, le 
18 novembre 1586, Françoise de La Guiche Saint-Gerand 7 


Digitized by LaOOQle 







BIBLIOGRAPHIE 


207 


métairie d’Huilleaux, pour le recouvrement desquelles nous fûmes contraints 
de payer quarante écus. 

Le 28 juin 1593, les capitaines Fidex, de Tilles, Le Mont et autres, qui 
s’étaient emparés quelque temps auparavant du Donjon, firent une course 
jusqu'à Ygrande et enlevèrent jusqu’au nombre de deux cent douze bêtes à 

cornes, lesquelles ils amenèrent au Donjon.Au même mois, le capitaine 

Tixier, lequel était un de ces principaux coureurs de vaches, fut tué auprès 
d’Ainay-le-Château, où il était en garnison. Le 29 du dit mois, le sieur 
Despres, capitaine du château d’Urcy, mit le feu à la maison de C.havegris, 
paroisse d'Avrilly, icelle maison appartenant à MM. du Chapitre d’Autun. » 

Le 23 juillet 1593, Henri IV abjura à Saint-Denis et une trêve de 
trois mois (août à décembre) fut signée. Chacun espérait que la paix 
allait être faite, le pays était partout ruiné. Hélas ! il n'en fut rien : 
dès les premiers jours de décembre, les pillages recommençaient. Le 
8 décembre, les deux frères Jean et Michel de Lingendes, de Mou¬ 
lins, qui se rendaient à Lyon, étaient capturés à Charlieu comme 
royalistes et forcés de payer une rançon de six cents écus et de leurs 
chevaux. Si Bourbon-Lancy reste la place-forte des royalistes sur les 
bords de la Loire, la lutte semble se concentrer sur la rive droite du 
fleuve. Les villes de Paray, Digoin, Marcigny sont prises et reprises, 
pillées et rançonnées, autant par les royalistes que par les ligueurs. 
Aux dernières pages du journal de Grégaine, je trouve ces quelques 
lignes sur notre région : 

■ Du 13 au 18 mai 1595, le régiment de M. Grillon, au nombre de 12 à 
1.500 hommes, séjourna à Chambilly, Bourg le-Comte, Avrilly et autres 
lieux voisins. 

Les premiers jours d’avril 1596, les dites troupes (deux mille hommes de 
Mgr de Nemours) passèrent la Loire et logèrent depuis Bourg-le-Comte 
jusqu’au Donjon et séjournèrent six jours, de sorte que le pays y fut grande¬ 
ment ruiné. 

En juin, les articles accordés par le roi à M. de Magenac ont été publiés, 
au grand contentement du pauvre peuple et regret des guerriers, parce qu’ils 
voyaient par ce moyen leur autorité ravalée. Les affaires de France étant 
donc par la grâce de Dieu rendues tranquilles et la liberté à un chacun de 
vaquer aux siennes et d'aller aux champs, chacun s’empressa d'en profiter. • 

Henry de Laquerenne. — Notes et souvenirs relatifs & l’an* 
eien couvent des Ursulines de Montluçon (1643-1909). — 

Paris, Champion, ln-12 de 142 pages. 

Le 9 novembre 1908, la municipalité de Montluçon décidait la 
démolition de l'ancien couvent des Ursulines, qui lui servait de mal- 


Digitized by LaOOQle 






208 


SOCIÉTÉ D'ÉMULATION DU BOURBONNAIS 


rie et de théâtre, et la construction, sur le même emplacement, d'un 
nouvel bôtel de ville et d'un théâtre pour 1.100 spectateurs. Les tra¬ 
vaux de démolition étaient achevés fin novembre 1909 et la première 
pierre du nouvel édifice fut posée le 18 mai 1910 par M. Constant, 
maire. 

Notre confrère H. de Laguérenne n’a pas voulu a laisser sombrer dans 
l'oubli tout souvenir du passé » et a consacré une monographie au 
vieux monastère. 

Après avoir rappelé la légende de sainte Ursule, enfant de l’Armo¬ 
rique, et’des onze mille vierges de Cologne, l'auteur raconte la fon¬ 
dation de l'ordre des Ursulines par Angèle de Merici (de Brescia) en 
1535. La fondatrice avait voulu que ses filles demeurassent dans le 
monde et sans clôture afin de pouvoir aller elles-mêmes recueillir 
les affligés pour les soigner, les consoler et les instruire ; elle désirait 
qu’elles allassent visiter les hôpitaux et servir les malades. Cette 
mission était trop belle, bientôt elle dévia. 

De l'Italie, les filles de Sainte-Ursule passèrent en France en 1574. 
En 1614, elles se cloîtrèrent, ce qui permit à Dulaure d’écrire : « Ces 
religieuses, séquestrées de la société, cessèrent de lui être utiles, b 

La monastère de Montluçon fut fondé en 1645 par Françoise deCu- 
lant, veuve de Pierre Le Hardy, seigneur de Vaulx. 

Je ne veux pas effleurer plus longuement l’ouvrage de notre confrère. 
Qu'il me suffise de dire que l'on y trouve de nombreuses notes bio¬ 
graphiques sur grand nombre de familles bourbonnaises, toujours 
utiles à consulter, et j’arriverai de suite aux dernières pages. Le3 
biens du couvent avaient été vendus le 1" décembre 1790, en confor¬ 
mité de la loi du 2 novembre 1789. 

Le 21 septembre 1792, « les officiers municipaux se transportèrent 
au couvent pour recevoir des Ursulines le serment requis : trente- 
cinq religieuses étaient présentes, quinze d'entre elles acceptèrent de 
prêter serment et signèrent au registre, dix-neuf refusèrent, une seule 
demanda un délai ». 

Suit la liste des jureuses et des réfractaires , dont plusieurs se 
rétractèrent. 

G. M. 


Le Gérant : P. FLAMENT. 


Moulins. — lmp. Etienne Auclaire. 


Digitized by LaOOQle 




PROCÈS-VERBAL 


SÉANCE DU 3 JUILLET 4911 


Présidence de M. Morand 

r 

E taient présents : MM. l'abbé Audin, le chanoine Berthou- 
mieu, Capeéin, Delaigue. Flament, L. Grégoire, Joly, Leu- 
trat, Pays et Tiersonnier. 

— Excusés : MM. Bouchet, le chanoine Clément, Dénier, Garmy 
et C. Grégoire. 

— Errata du dernier procès-verbal : P. 177, au lieu de 1793. lire 
1773 (mariage du comte d'Artois), et p. 181, au lieu de Boutet de 
Mouvel, lire Boutet de Moncel. — M. Tiersonnier fait observer que 
M. de Closmadeuc commet un lapsus en donnant le frère de Louis IX 
comme tige de nos ducs de Bourbon, lesquels eurent pour ancêtre 
Robert, sixième fils du saint roi et, en outre, que deux des illustra¬ 
tions qui accompagnent le récit du voyage de M. de Closmadeuc pa¬ 
raissent inversées (p. 184 et 191), mais M. Grégoire répond que la 
chromolithographie reproduite page 184 ne l'est certainement pas et 
que la gravure de la page 191, d’après un dessin de Huet, est plutôt 
une interprétation du paysage qu’une reproduction fidèle. 

— Dépouillement de la correspondance. — M. Bouchet remercie de 
son admission. — M. Pierre Gautier, qui n'a pu, à son grand regret, 
assister à l'excursion, promet l’envoi prochain de son manuscrit des 
Charles de la Chapelaude. — M. Jean Richepin, de l’Académie fran¬ 
çaise, comme président du groupement « Pour la culture française», 
dont le but est de défendre « les humanités et par suite tout ce qui 
tend à conserver et à fortifier la tradition de notre génie national », 
sollicite de la Société la création d'un comité régional dont le but se- 

14 


Digitized by LrOOQle 



210 


SOCIÉTÉ D’ÉMULATION DU BOURBONNAIS 


rait de recueillir des adhésions, de soumettre des vœux, d'aider à la 
diffusion de brochures, de provoquer des conférences, etc. M. Morand 
ajoute qu'il a adhéré en principe et demandé communication des sta¬ 
tuts de la nouvelle Société, pour complément d'information. Un 
échange d'idées a lieu sur cette question entre MM. Capelin, Delai- 
feue et Pays. — M. le Président donne lecture de plusieurs lettres re¬ 
latives a l'apposition d'une plaque sur la maison où est mort le com¬ 
positeur Maillard (cf. le dernier procès-verbal) : la Société des auteurs 
et compositeurs de musique a bien voulu voter et envoyer une somme 
de cinquante francs à titre de subvention ; la Lyre Moulinoise prê¬ 
tera avec plaisir son concours et son président, M. E. Boutry, exa¬ 
minera lors de la prochaine réunion de la Lyre par quels moyens 11 
conviendra de venir en aide à l’initiative de la Société d’Emulation. 
M. Morand, dans son enquête pour déterminer avec précision la 
maison du décès, a reçu les réponses de M. Chomet, de M. l'abbé 
Génermont, vicaire de la paroisse Saint-Pierre, et de M. Brunei ; l'en¬ 
quête a permis d'identifier la maison qui porte actuellement le numéro 
neuf de la rue de Lyon. M" veuve Glrodet, propriétaire, donne toutes 
les autorisations nécessaires à la pose de la plaque commémorative. 
M. Delaigue insiste, en terminant la discussion qui s'est engagée sur 
ce point, pour que la Société d’Emulation assume elle-même directe¬ 
ment le soin de mener à bien le projet dont elle a eu l'idée ; les 
membres présents se rallient à cette manière de voir. — La 
municipalité de Billy transmet sa délibération du 21 juin 1911, 
par laquelle elle sollicite le classement au nombre des monuments 
historiques de la crypte et du chœur de l’église de Billy, ainsi que du 
château ; les propriétaires des différentes parties du château ayant 
donné leur adhésion à cette demande, la municipalité de Billy nous 
prie d’émettre un vœu favorable qui serait joint au dossier. La So¬ 
ciété d’Emulation, heureuse de s'associer à une mesure qui est de 
nature à préserver une des rares cryptes romanes de notre départe¬ 
ment. ainsi qu'un intéressant spécimen de l'architecture militaire du 
xiv* siècle, s’associe pleinement au vœu de la municipalité de Billy. 
— Enfin, par lettres des 10-22 juin, M. Doucet, propriétaire de la 
Bibliothèque d'art et d'archéologie, demande, pour le Répertoire d'art 
et d'archéologie, qu'il publie, l’échange avec notre Bulletin. 

— M. le Président, des publications reçues depuis la dernière 
séance, ne citera que le Bulletin de la Diana, qui contient le compte 
rendu de la séance du 13 juin 1910, à laquelle nombre d'entre nous 
ont assisté lors de notre excursion en Forez et dont ils ont gardé un si 
excellent souvenir. 


Digitized by LaOOQle 



PROCÈS-VERBAL 


211 


— M. Louis Grégoire communique une légende en vers dite « du 
château de Montaigu-le-Blin », composée vers 1840, et où l'on voit 
le sire de Montaigu, voué du reste au diable depuis son enfance, 
être trompé par sa femme et ne pouvoir, grâce à un ange dont la con¬ 
duite peut sembler surprenante, consommer sa vengeance envers un 
certain troubadour nommé Jean de la Palisse ; puis, ainsi que le dit 
le couplet 21 : 

• Furieux de sa défaite, 

Satan dit au chevalier, 

Tu porteras sur ta tête 
La coiffure d’un bélier ; 

Sur ce signe emblématique, 

L’époux lira son destin 
Et ton nom patronymique 
Sera Montaigu-le-Blin. » 


— M. Grégoire fait ensuite circuler un exemplaire du Traité des 
différentes sortes de preuves qui servent à établir la vérité de l'histoire 
du P. Henri Griflet, imprimé à Liège en 1770, relié en veau fauve 
avec, au dos, entre les nervures, pour toute ornementation, des macles 
et des mouchetures d'hermine couronnées, pièces qui sont emprun¬ 
tées aux armes des Rohan ; ce volume appartenait en effet à Charles 
de Rohan, prince de Soubise, maréchal de France, mort en 1787 ; ce 
militaire, assez peu heureux en campagne, réunit une magnifique 
bibliothèque, qui, après avoir été vendue, dispersée aux enchères en 
1788, fut en partie recueillie par le comte d'Artois (cf. Guigard, Nou¬ 
vel armorial du bibliophile , p. 415 et 416). 



— Enfin. M. Grégoire donne lecture de deux lettres datées de Dom- 
plerre, 26 mai et 13 juin 1769, signées : De la Grurie et ayant trait à 
un certain sieur Morin, qui n’avait pas rejoint son régiment en temps 
utile. 


Digitized by LaOOQle 







SOCIÉTÉ D'ÉMULATION DU BOURBONNAIS 


2i2 


— M. l’abbé Audin demande des renseignements complémentaires 
sur « Jean-Alexandre des Escures, prêtre, docteur en théologie, géné¬ 
ral grand-maître de l'ordre et milice de3 Hospitaliers, protonotaire du 
Saint-Siège apostolique au nombre des participants, conseiller du roi 
en ses conseils, prédicateur ordinaire de S. M. », lequel administra 
le sacrement du baptême en la paroisse de Treteau, le 29 juillet 1677. 
à un fils de Thomas Berchou et de Claude Minot, le desservant étant 
malade. 

— M. le président soumet à la Société les photographies faites au 
cours de l’excursion par MM. Capelin, Mosnier et Scharlowsky, ainsi 
que plusieurs dessins à la plume deM.J.-C. Grégoire et de M. Jouyon. 

— On procède ensuite à l’élection de MM. le comte Durieu de 
Lacarelle et l’abbé Crochet, présentés à la dernière séance, qui sont 
admis comme membres titulaires. 

— Sont présentés : comme membre titulaire, par MM. C. Grégoire, 
L. Grégoire et Dénier, M. Maurice Martin, demeurant à Saint-Pour- 
çain-sur-Sioule ; — et comme correspondant la Bibliothèque d’Art 
et d'Archéologie de M. Jacques Doucet, 19, rue Spontini, à Paris. 

— L'ordre du jour étant épuisé, la séance est levée à 9 heures 50. 

P. F. 



Digitized by LrOOQle 


UN 


Règlement de Compte 

EN L’AN IV 


On sait quelle perturbation jeta dans les transactions entre parti¬ 
culiers la dépréciation du papier-monnaie sous la Révolution. Les 
assignats, dont la France fut inondée au point que, longtemps après 
la crise, on en trouvait des coflres pleins chez les moindres des pay¬ 
sans, en restèrent légendaires. Aujourd’hui qu'ils sont devenus pres¬ 
que rares, ils commencent à acquérir une certaine valeur pour les 
collectionneurs : lardif retour de faveur où l’on peut voir une fois 
de plus que, le temps aidant, tout arrive (1). 

Les premiers furent émis en vertu d’une loi du 21 décembre 1789. 
Tombés dans le dernier discrédit, on les remplaça en 1796 par des 
mandais territoriaux, dont la chute fut plus rapide encore. Enfin et 
messidor an IV le système était aboli et le numéraire, dont on était 
privé depuis si longtemps, faisait sa réapparition. Dans l'intervalle la 
lluctuation des cours avait été partout constante, mais fort inégale, 
ce qui avait beaucoup favorisé l’agiotage, une des frénésies du mo¬ 
ment. Ainsi pendant que dans l'Ailier, en janvier 1791, 100 livres 
d'assignats valent en numéraire 95 livres, le taux est par exemple 
dans la Nièvre de 97, dans le Puy-de-Dôme de 96, dans la Loire de 93, 
dans l’Ardèche de 91. A cette époque certains départements comme 
les Ardennes, l’Ariège, la Saône-et-Loire, où le crédit est plus tenace, 
se cramponnent encore au pair, mais à la fin de l’année la baisse est 
devenue générale. En décembre des années 1792, 1793 et 1794, on ne 

(i) Voici quelques cours. L’assignat de 1000 livres est actuellement coté 
3 fr. 50 ; ceux de 250 et 100 i., 1 fr. ; de 25 et de 10 I., 0 fr. 75 ; de 5 I., 1 fr. 
et 0 fr. 50, suivant les émissions ; de 50 et de 25 sols, 0 fr. 50 ; de 15 et de 
10 s.. 0 fr. 20. Les assignats faux font prime d’environ un tiers (cat. de 
J.-B. Mercier, de Dijon). 


Digitized by LaOOQle 



214 


SOCIÉTÉ D’ÉMULATION DU BOURBONNAIS 


cote plus successivement à Moulins que 72, 53 et 22 livres, et dans 
les vingt premiers jours de 1795 que 16 livres. En germinal an III, 
24 livres en numéraire représentent 190 livres en assignats, puis 1118 
livres en fructidor, 3028 livres en brumaire an IV, 5253 livres en 
nivôse et 6638 livres en ventôse. C’était la débâcle. 

Quant aux mandats, leur existence fut plus éphémère encore : 100 
livres de ce papier en floréal an IV (du 1" au 5) ne valent (dans 
l'Ailier) que 35 livres en numéraire, 24 en prairial, 12 en messidor et 
7 en thermidor. On juge par ces soubresauts de la difficulté et de l’in¬ 
sécurité des affaires et du nombre infini de litiges qui en résultaient. 

Mais ce serait une erreur de croire que toute gène disparut après 
messidor an IV. Ultérieurement les citoyens continuèrent à éprouver 
les plus grands embarras dans les comptes où entrait le calcul de 
dépréciation des assignats et des mandats territoriaux. Comment en 
effet se souvenir avec exactitude du montant de ces dépréciations ou 
comment se procurer au fur et à mesure des besoins les anciens 
cours publiés au jour le jour ? Comment par suite se mettre d’accord 
sur le taux du change ? Pour obvier à ces inconvénients une loi était 
intervenue (5 messidor an V) en exécution de laquelle les adminis¬ 
trations centrales eurent à établir par département le tableau des 
valeurs successives du papier-monnaie depuis le 1" janvier 1791. Les 
administrateurs devaient effectuer eux-mêmes le travail en s’adjoi¬ 
gnant quinze commissaires choisis parmi « les citoyens les plus éclai¬ 
rés en ce genre d’affaires » (1). 

Celte loi dut rendre de très grands servicesetéviternombredecom- 
plications et contestations que sans elle les tribunaux n’eussent pu 

(1) Les administrateurs du département étaient dans l’Ailier : président. 
Boirot-Lacour ; membres, Claustrier, Devaulx, Fournier, Luylier ; commis¬ 
saire du directoire exécutif, Sauret. Ils s’adjoignirent comme commissaires : 
Jacques Laporte le jeune, de Moulins ; Jacques Cordez, négociantà Moulins; 
Jacques Sauinier, propriétaire et fermier à Agonges, canton de Saint- 
Menoux ; Etienne Douyet, propriétaire au Veurdre ; Nicolas Rambourg, 
propriétaire et maître de forges commune de Saint-Bonnet-le-Désert, canton 
d’Ainay-le-Château ; Claude Devaux de Chambord, propriétaire commune 
de Cindré, canton de Saint-Gerand-le-Puy ; Tallard, marchand et fabricant 
de bas, commune de Moulins ; Michel Modérât, propriétaire et négociant 
commune de Moulins ; François Jolly, préposé du receveur général des 
contributions, à Montmarault ; Gaspard Regnard, propriétaire à Montlu- 
çon (l’ancien député-suppléant aux Etats généraux, beau-père de Claude 
Lomet, dont il sera question plus loin) : Jacques-Barthélemy Gibon, pro¬ 
priétaire et maître de manufacture commune d’Yzeure ; Charles Salomon, 
propriétaire et géomètre commune de Moulins ; Frédéric-Jean Massieux, 
propriétaire à Bessay. 

Le registre des délibérations de l’administration centrale ne porte que les 


Digitized by LaOOQle 





UN RÈGLEMENT DE COMPTE EN L’AN IV 


215 


que difficilement résoudre. On peut voir combien elle vint à propos 
par une pièce des archives départementales Isérie E, n* 1320) qui est 
la réponse faite (14 frimaire an IV — 5 décembre 1795) par François 
Lomet, sieur de Lys, avocat à Moulins, ancien député aux Etats géné¬ 
raux et conseiller général de l'Ailier jusqu'à sa mort (22 juin 1802), à 
Antoine Camus, son fermier de la terre du Plessis, commune d’Au- 
try-Issards, et cousin par alliance (1), à une lettre où ce dernier lui 
réclamait une certaine somme sur le paiement d'impôts acquittés par 
lui en son nom. On trouvera ci-après une copie de ce document. 

E. Delaigue. 


« 14 frimaire an IV. 

« Copie du compte envoyé à M. Camus par mon père (2). 

« Citoyen, dans notre compte de ferme et de votre rente viagère (3) 
vous demandez qu'il vous soit fait raison de 212 livres 17 sols assignats 
que vous avez payés pour moi sur les impositions de 1794, an III. 
Cela est juste dès qu’il n'en a pas été fait déduction sur votre fermage 
de 1794, mais quand vous avez fait payement pour moi, en mai 1795 
de ces 212 livres en assignats, vous étiez mon débiteur de 5 boisseaux 
froment, mesure Bourbon, pour cens (4) ; vous me deviez aussi 100 
livres d’huile arréragées, et 100 sous de messes de fondation (5) ; vous 

douze noms qui précèdent sans indiquerquelssont les trois qui n'assistèrent 
pas aux séances tenues les 8, 9, 10 et 11 thermidor an V. 

Deux tableaux de dépréciations furent dressés, l'un pour les assignats et 
l’autre pour les mandats territoriaux. Ils furent annexés aux procès-verbaux 
(Voy. Arch. dép., L 222). 

(1) Voy. le tab'eau généalogique des familles Lomet de Lys et Aubery du 
Plessis, joint à la notice historique sur le château du Plessis-Bourbon, pu¬ 
bliée dans le Bulletin de la Société d'Emulation , année 1909, p. 482 et suiv. 
Fier des aïeux de sa femme (les Aubery du Plessis), Antoine Camus parait 
avoir eu quelques prétentions nobiliaires, -il ajoutait volontiers à son nom 
celui de Bourdière. qui était une petite propriété lui appartenant en propre 
et voisine du Plessis. 

(2) Cette copie est en effet de la main de Claude Lomet, Ois de François. En 
réalité le compte a aussi été établi par lui. Le style de l’ancien constituant 
était autrement correct et précis. 

(3 Suivant acte devant Bougarel, notaire, du 6 août 1792, les époux Camus 
avaient vendu 6 François Lomet un tiers du Plessis (Lomet avait acheté 
précédemment les deux autres tiers), que possédait Madame Camus, moyen¬ 
nant un prix pour le reliquat duquel l'acquéreur avait constitué à cette der¬ 
nière une rente annuelle et viagère de 500 livres, réversible jusqu'à concur¬ 
rence de moitié sur son mari. (V. Le Plessis-Bourbon, dans le Bulletin de la 
Société d'Emulation, année 1909 p. 453.) 

(4) Ibid., p. 455. 

(5) A l'église d’Autry-lssards. (Ibid., p. 453 du Bulletin, 1909). 


Digitized by LaOOQle 




216 


SOCIÉTÉ D'ÉMULATION DU BOURBONNAIS 


me deviez des cordes de bois ; ce n'est donc pas une avance propre¬ 
ment dite que vous avez faite pour moi, mais bien un à compte sur ces 
objets arréragés, une déduction, une compensation que vous acqué¬ 
riez sur votre propre dette jusques à concurrence de ce que vous dé¬ 
pensiez pour moi. 

a Comptons maintenant la valeur des cinq b* froment mesure 
Bourbon, du poids de 25 livres, arréragés, au moment que vous avez 
payé cette petite somme de 212 livres 17 sols en assignats. Ces 5 b' 
payables en nature formaient un quintal et quart de quintal qui à 
raison de 703 livres un sol, 4 deniers le quintal comme il avait été 
évalué pour cette année là par le département tant pour le payement 
des fermages que des contributions, vous constituent mon débiteur 
pour ce seul objet de 879 livres, sur quoi déduisant votre payement 
de 212 livres 17 sols, vous êtes encore resté mon débiteur de 666 livres 
3 sols assignats en outre de tous les objets de fondation par vous dûs 
lorsque vous avez payé en lloréal an III ces 212 livres 17 sols. 

« Passons maintenant au compte de votre dernière année de ferme 
1795 an III, qui a fini le 21 frimaire, jour de Saint-Martin. Audit jour 
de Saint-Martin vous me deviez compte pour cette année là de 1215 
livres, y compris les 90 livres de la dixme (1). Cette somme était 
payable moitié en assignats valeur nominale, moitié en grains ou en 
numéraire ; mais moi de mon côté je vous devais à la même époque une 
année entière de votre rente viagère de 425 livres (2), laqùelle somme, 
déduite sur les 1215 livres de fermage, vous n’êtes plus resté comptable 
que de 780 livres. Vous savez comme moi que votre rente était comme 
le fermage payable moitié en assignats, moitié en grains. Ces 780 
livres étaient payables comme je viens de le dire moitié en grains, 
moitié en assignats. Chaque moitié revenant à 390 livres, vous m'avez 
payé en assignats 400 livres en retirant votre billet de pareille 
somme ; vous avez donc surpayé de 10 livres votre dette en assignats. 
Il faut que je vous en tienne compte. Quant aux 390 livres dont v ous 
m'étiez reliquataire, je vous les donne à compte sur votre rente via¬ 
gère échue à la Saint-Martin 1796. Ce n'est pas là vous paver en 
mandats, comme je le pourrais taire en partie. Ces 390 livres déduites 
sur votre année de rente, il reste à vous payer 35 livres en argent. 
Pour vous payer ces 35 livres je vous propose de les compenser avec 
le montant des cordes de bois à brûler que vous ne m'avez point 

(1) Camus était en outre redevable de cette dime hypothéquée sur Bour- 
dière. 

(2) D'après l'acte de vente la rente -viagère est de 500 I., et non de 425. Une 
réduction de 75 1. avait sans doute été convenu? ultérieurement. 


Digitized by LaOOQle 




UN RÈGLEMENT DE COMPTES EN L AN IV 217 


payées, ni qui que ce suit de votre part. Vous ne pouvez, pas vous en 
dispenser, sauf à vous votre recours si vous avez chargé quelqu’un 
de vous en acquitter. 

« Reste donc à vous faire raison de ce que vous avez payé pour 
moi en assignats le 21 mars 179(5, sur votre débet en assignats de votre 
dernière année, de fermage finie le jour de Saint-Martin 1795 et sur 
les années précédentes. 

« Sauf erreur de calcul vous avez payé pour moi d'impositions de 
l'an fil la somme de 7634 livres 6 sols assignats, il faut vous en 
compter en môme monnaie sur ce que vous me deviez à cette époque 
sur les six b* froment, les 36 livres de fondation et les 120 livres 
d'huile dont vous faisiez et faites encore arrérages. 

« !” Vous avez vu que déduction faite du payement par vous fait 
de 212 livres, 17 sols assignats vous m'étiez encore redevable de 666 
livres 3 sols pour restant de 5 b* froment dont vous faisiez arrérage 
à l’époque dudit payement en assignats.ey 666 1. 3 s. 

« 2° Vous devez un 6' boisseau mesure Bourbon pour 

votre 6' année de ferme valant. 140 1. 

« 3° Que vous devez 36 livres pour 6 ans de fondations 
de messes, dont je pourrais demander moitié en ar¬ 
gent cy, 36 livres .. 36 1. 

« Total des assignats que j'ai à réclamer pour ces trois 

parties. 842 1. 3 s. 

« Cette somme déduite sur les 7634 livres 6 sols je dois encore faire 
raison du surplus d'assignats payés pour moi, lequel est de 6792 livres 
3 sols. Pour payer ces 6792 1, 3 s. je trouve beaucoup plus qu'il ne 
m'en faut d'assignats’ dans le montant des 120 livres d’huile arréra¬ 
gées que vous devez. En effet, en évaluant à 15 s. en numéraire cha¬ 
que livre d'huile, les 120 font un objet de 90 livres en argent cy. RO 1. 

« Vous me deviez donc, citoyen, 90 livres lorsque postérieurement 
à votre sortie de ferme et 4 mois après, c'est-à-dire le 30 ventôse an IV 
vous avez payé en assignats 6792 1. 3 s. à ma décharge ; eh bien vous 
n’avez dépensé réellement alors pour moi que la valeur d'un louis 
d’or. Consultez le cours du change dans ce mois de ventôse, et vous 
verrez que le moindre taux a été de 6690 (1) et qu’il a valu jusqu'à 
8600 1. et en éeus c.’i 8100 I. Ne portez cependant, si vous le voulez, 
la valeur du louis qu'à 6600 1. Dans cette hypothèse mes 90 1. dues en 
écus valaient 22500 1. en assignats. Si au lieu de vous défaire de vos 

il) Cela s'entend pour2i livres de numéraire. En ventôse, an IV, on avait 
pour cette somme ; l r * décade 7560 1. d'assignats; 2 e 6900 ; 3* 6636, 


Digitized by LaOOQle 








218 


SOCIÉTÉ D ÉMULATION DU BOURBONNAIS 


assignats vous m’eussiez payé mes 901. en numéraire Je me serais 
ensuite acquitté moi-même, j'en aurais élé quitte pour vendre un 
des louis que vous m'auriez donnés. J’en aurais eu près de trois de 
reste, cela me parait bien démontré. C'est donc par votre fait si je n'ai 
pas payé moi-même mes impositions. Vous étiez encore mon débiteur 
au 30 ventôse an IV de 390 I. en nature et du montant des redevances 
et fondations. Vous n’avez donc rien avancé pour moi, vous n’avez 
fait pour moi qu’un payement en assignats, je ne dois vous faire 
raison que de la valeur intrinsèque de ces assignats et pour ce qu'ils 
valaient au temps où vous vous en êtes défait. Vous n'eussiez pu en 
tirer qu'un louis d'or en les vendant, vous ne pouvez donc répéter 
contre moi que le montant de ce louis d'or, vous ne pouvez ni ne 
devez gagner sur moi qui étais votre créancier. En bonne justice Je 
pourrais donc exiger de vous 66 1. en argent reste des 90 1. d’huile 
dès que vous n'avez dépensé pour moi que la valeur de 24 1. argent. 

« Cependant pour terminer à l'amiable je vous fais la proposition 
de nous tenir quitte réciproquement, moi du prix de votre terme et 
des cordes de bois, et vous de votre rente viagère jusques et compris 
la Saint-Martin 1796, c'est-à-dire pour les deux dernières années. 
Vous voyez que je peldsà cet arrangement 66 1. puisque je compense 
90 1. argent pour huile que vous me devez en nature avec un seul 
louis d'or dont vous avez fourni la valeur en assignats. Quelques 
mots en récapitulation et répétition de ce que dessus, où il est seule¬ 
ment ajouté que par la loi le fermier est tenu de faire les avances 
pour les impositions pour le maître sans pouvoir répéter plus que la 
valeur nominale de ses déboursés. 

« Quant aux fournitures de grains qui ont été faites pour répara¬ 
tions, ne me parlez pas des Bernard (1), ce n’est pas avec eux que j'ai 
contracté, mais bien avec vous. Marquez-moi précisément ce qui a 
élé donné, je vous en ferai de suite passer le montant en m'envoyant 
le mémoire de vous quittancé. 

« Je vous observe enfin que vous me devez un bon nombre d'an¬ 
nées de la rente de 30 1. au principal de 600 1. (2) ; faites m'en passer 
la note avec la date de la dernière quittance, je vous en prie. 

(Signé :) « Lomet. » 

(1) Les frères Jean et Pierre Bernard, fermiers de Provenchères, autre pro¬ 
priété appartenant à Lomet. 

(2) Lomet était cessionnaire de cette rente, due originairement par le 
grand-père de M"' Camus, André Aubery de la Meschine et du Plessis (en 
partie) (voy. Le Plessis-Bourbon, p. 450 du Bulletin de la Soc. d’Em., 1909). 


Digitized by LaOOQle 



EN MARGE 


delà" Contribution à l’héraldique bourbonnaise 


Les armoiries des Chevarrler 

D ans la notice qu’il consacre aux Chevarrler. seigneurs des 
Boulards, de la Gaye, d’Idogne, à la page 200 du tome I de 
Y Armorial du Bourbonnais, M. Roger de Quirielle indique 
leurs armes de la façon suivante : 

D'asur, au chevron accompagné en chef de deux étoiles, cl en pointe 
d'un croissant, le tout d‘or, au chef cousu de gueules chargé d'un soleil 
du second émail. 

Mais il ajoute ensuite : « Nous donnons ces armoiries telles que les 
fit enregistrer, en 1695. Marie Chevarrier, femme de Gilbert Bernard, 
élu en l'élection de Moulins, mais il se peut que ce blason soit celui 
dti mari, que nous n’avons trouvé nulle part, etnoncelui de la femme.» 

La chose est fort probable ; en effet, ayant eu l'occasion, au mois 
d’avril dernier, de consulter chez M' Ploque, notaire à Paris, 1, rue 
d’Hauteville, des papiers déposés le 14 août 1775 chez un de ces prédé¬ 
cesseurs, M' Andelle, en vue de la succession d’Antoine Martin de 
Saint-Priest (1), j’y ai découvert plusieurs certificats d’inhumation de 
1775 dont la signature est authentiquée par « Joseph Chevarrier, sieur 
des Boulards, conseiller du Roi, lieutenant général au siège de 
Gannat ». 

Au bas de chaque pièce se trouve un joli cachet de cire rouge me¬ 
surant 0,025 X 0,02 et qui, très net, nous montre un champ d’argent 
sur lequel sont posés : en chef une pomme de pin de sable et, en 

(I) Antoine Martin de Saint-Priest était décédé à Gannat le 14 novembre 
1772 et avait été inhumé te lendemain dans la chapelle des BR. PP. Augus- 
tins. Il avait 64 ans, étant né le 14 mai 1708 d'Antoine Martin, sieur de 
Saint-Priest et des Places, et de Noëlle Bronod (Registres de Saint-Etienne 
et de Sainte-Croix, à Gannat). 


Digitized by LaOOQle 




220 


SOCIÉTÉ D’ÉMULATION DU BOURBONNAIS 


pointe, trois cœurs de... mis en fasce. Or, comme Clievarrier, avant 
de signer, déclare sceller la pièce du sceau à ses armes, il ne semble 
pas qu'il puisse subsister un doute : les armoiries enregistrées à la 
requête de Marie Clievarrier ne devaient point être les siennes, 
mais bien plutôt celles de son mari. 

Il est à remarquer du reste que. dans le blason indiqué par l’An- 
nuaire de la noble sue de 1887 (li, on retrouve et le champ d’argent et 
les trois cœurs; la fasce qui les supporte, ainsi que les trois lions 
qui accompagnent celle-ci n’étaient probablement que des brisures. 

Én tout cas, le plus sûr semble être de s’en tenir à ralîirmation du 
sieur des Boulards, fort compétent en la matière, et de déclarer avec 
lui que les armes des Chevarrier étaient en réalité : d'argent à la 
pomme de pin de sable , mise en chef , cl aux trois cœurs de... rangés 
en fasce et abaissés. 

R. de Frémont. 

(Il Cité luiaussi dans l’article Chf.varrier de Y Armorial et indiqué de la 
façon suivante : d'argent à la fasce de gueules, chargée de 3 cœurs d'or et 
accompagnée de 3 lions coupés de sable et d'hermine, armés et lampassés de 
gueules. 



Digitized by tcjOOQle 



£«$*> <•$•* :•$•> c*&> <%&> e»$ïr> c»$«r> « •$*> .*«$*> 


La Complainte des Pions 


D'apris les deux versions 

De ia Montagne bourbonnaise et de la Montagne roannaise 


es Pions sont les habitants du village Pion, qui faisait 
autrefois partie de la commune de Ferrières, mais qui 
depuis le second Empire fait partie de la commune de 
Lavoine. Situé au pied du Montoncel, sur les confins de 
l’Auvergne, du Roannais et du Bourbonnais, ce village 
vulgairement appelé « Chez Pion » devait être, à l'origine, une com¬ 
munauté de paysans dont tel était le nom de famille. 

Or, les Pions s’étant mis en rébellion ouverte contre la maréchaus¬ 
sée du roi Louis XV en furent cruellement punis. Cette punition exem¬ 
plaire motiva la complainte que nous publions et qui a été recueillie, en 
deux versions différentes, par des écrivains du Roannais : MM. Noé- 
las (Légendes et Traditions forèzicnnes, chapitre : Les Pions, page 249), 
et Pierre Gras (Dictionnaire du Patois forézien, page 265). 

Au texte de la chanson, M. Noélas Joint une note sur les faits qui 
ont motivé sa composition. 

Nous ne la reproduisons pas ici, parce qu’elle est complète¬ 
ment erronée. L'auteur avoue lui-mème qu’il est mal renseigné. 
« Cette révolte des montagnards, dit-il, est déjà devenu légendaire, 
« et une complainte fut composée à ce sujet ; mais en l’absence de 
« documents authentiques nous ne pouvons nous flatter de reproduire 
« exactement les faits, d’autant plus que les petits-fils des héros de 
« cette histoire ne se montrent pas toujours empressés à satisfaire 
« les chroniqueurs. 

Il ajoute que :« Souvent on confond cette complainte avec une 
« autre faite à l’occasion d'une révolte nouvelle de réfractaires réfu- 
« glés chez Pion vers 1810. On y envoya alors comme garnissaires 



Digitized by LaOOQle 





222 


SOCIÉTÉ D'ÉMULATION DU BOURBONNAIS 


« des Portugais, qui avaient passé de notre côté dans les guerres 
« d’Espagne et que l'on avait internés dans la ville de Cusset. » 

M. Noélas avait raison de dire que seuls des documents authen¬ 
tiques permettraient de préciser les faits qui avaient motivé la com¬ 
plainte des Pions. 

Nous avons pu consulter les pièces du procès criminel commencé 
par les magistrats de la Guillermie (Arch. de l'Ailier, fonds de la 
justice de Ja Guillermie, année 1764) et un arrêt du Parlement de 
Paris du 2 juillet 1765 (1) (Blbl. nationale, inventaire F. 23674), 
déjà signalé et analysé par M. Décoret ( Une page sur Vichy et 
ses environs , 2' volume, pages 133 et suivantes). Les renseignements 
donnés par ces documents judiciaires sont complétés, sur plusieurs 
points, par Un Papier de famille , publié dans les Annales Bourbon¬ 
naises de 1892 (page 102) (2). 

Faisons donc le récit de cette révolte fameuse dont les débuts sont 
bien mesquins ! 

Un nommé Albert Barraud, demeurant au village de Bèchemore, 
avait emprunté une somme fort modique au sieur La Caille, procu¬ 
reur à Moulins. L'échéance du prêt étant arrivée et toutes réclama¬ 
tions demeurées superflues, le procureur La Caille fit ordonner la 
saisie des meubles de son débiteur par ministère d’huissier. 

C’est ainsi que le 2 janvier 1764, Jacques Sayet, huissier royal ès 
Sénéchaussées d’Auvergne et de Bourbonnais, demeurant au bourg 
du Mayet-de-Montagne, se transporta à cheval, assisté de deux re- 
cors, au village de Bèchemore qui faisait partie de la paroisse de 
Ferrières, mais dépendait de la seigneurie et haute justice de la 
Guillermie. 

Sayet et ses deux assistants nommés Antoine Dumas et Gilbert Piat 
se dirigèrent aussitôt vers la maison d’Albert Barraud qui demeu¬ 
rait avec ses deux sœurs, Marie Barraud, veuve de Simon Desver- 
nois, en son vivant laboureur et charron, et Antoinette Barraud, 
femme de Vincent Pételet. 


( 1 ) Cet arrêt a été imprimé chez P.-G. Simon, imprimeur du Parlement, 
rue de La Harpe. 

(2) Ce Papier de famille est annoté dans les Annales Bourbonnaises d'une 
façon évidemment fautive lorsque la note déclare quêta complainte des Pions 
fait le récit de la résistance des réfractaires qui s’opposaient à l'exécution 
de la loi de recrutement. Les noms propres qui se retrouvent à la fois dans 
l'arrêt du Parlement et dans la chanson ne permettent pas de confusion, il 
s'agit bien de la rébellion de 1764. 


Digitized by LaOOQle 




LA COMPLAINTE DES PIONS 


223 


Albert Barraud était absent, la porte soigneusement fermée, un 
« long bols carré » était dressé contre le mur, un maillet de bois gi- 
sait à terre, et les deux sœurs Barraud montaient ia garde. 

L'huissier royal expose sa mission et essaie d’ouvrir la porte pour 
saisir les meubles du débiteur récalcitrant. 

A ce moment les deux sœurs Barraud commencent par protester, 
par interdire l’entrée de leur maison, puis elles continuent par inju¬ 
rier les représentants de l'autorité judiciaire, et tout en s'échaudant 
la bile elles finissent par se munir d'armes offensives Marie s’empare 
du maillet et Antoinette du « long bois ». 

En tacllciennes consommées elles concentrent leur attaque sur un 
seul de leurs ennemis et c'est Gilbert Piat qu’elles choisissent pour 
victime, en s’écriant qu’elles lui en voulaient depuis longtemps. 
Aussitôt avec des cris furieux l’assaut commence; Antoinette fait 
pleuvoir les coups de a long bois » sur la tète de Piat, le tape sur 
l’œil, le cogne sur l’estomac, le bourre, le pilonne avec vigueur, et 
le fait reculer précipitamment. 

Voyant l’ennemi en retraite Marie veut achever la victoire ; elle 
lance à la volée son maillet qui fait à la tête de Piat une grave 
blessure. 

A demi aveuglé par le sang l’infortuné recors veut se venger; il 
brandit sa canne de bois de « nôzillière » (1), se précipite résolument 
sur Antoinette qui était plus près de lui, et la frappe sur le dos si rude¬ 
ment que le bâton se rompt au premier choc, faisant rouler la femme 
à terre. 

Tout cela n’a duré que quelques secondes. Aussitôt les sœurs Bar¬ 
raud poussent des clameurs retentissantes et appellent au secours de 
toutes leurs forces. 

Alors « craignant la fureur des coups et qu’il ne survint quelqu'un » 
l'huissier et les recors se retirèrent ; car les voisins n'étaient pas 
commodes, et la suite le démontrera. 

Laissons Jacques Sayet, remonté en selle, réintégrer son domicile 
du Mayet-de-Montagne et rendre compte par lettre, au sieur La 
Caille, de l'insuccès de sa mission ; et suivons le pauvre Piat jusqu'à 
Ferrières où il est conduit par son compagnon Dumas. Ils entrent tout 
droit dans le cabaret Dulignier où ils essaient de se remettre de leur 
émotion. Mais décidément Gilbert Piat ne va pas bien, il se plaint 
« d’avoir reçu un mauvais coup ». 

Pendant quelques jours encore on le voit s’occuper de ses affaires 

( 1 ) Sorte de châtaignier. 


Digitized by LaOOQle 




224 


SOCIÉTÉ D'ÉMULATION! DU BOURBONNAIS 


« la tète enveloppée d'un mauvais linge». A cette époque de soius 
rudimentaires le linge dut être eu elTet aussi « mauvais » que le 
coup ; car après avoir été en butte aux quolibets du bourg de Fer¬ 
rières pour s’être laissé battre par des femmes, Gilbert Piat subite¬ 
ment devient très malade, et finalement il s’en va de vie à trépas le 
19 janvier (I). 

Pendant ce temps le sieur La Caille qui n’avait pu faire pratiquer 
la saisie de son débiteur, porla plainte auprès de M. de Lavaure, 
procureur d’office de la châtellenie de la Guillermle, afin de faire 
poursuivre les sœurs Barraud. A peine M. de Lavaure a-t-il pris quel¬ 
ques renseignements qu’on lui apprend la mort de Gilbert Piat. Sans 
perdre une minute, le 20 janvier, il rédige une requête où il déclare : 
« qu’il est du devoir de son ministère » de porter plainte contre les- 
dites Barraud au sujet de l’homicide qu’elles ont commis ; qu’il de¬ 
mande l’autorisation de faire une enquête et même de faire visiter 
le cadavre du recors par un médecin qui vérifiera si ce sont les coups 
qui ont occasionné la mort. 

Cette requête est adressée à M Moussier, juge-châtelain de la 
Guillermie, en son hôtel, à Ris ; le même jour l’autorisation est ac¬ 
cordée. Le temps de signifier les actes, le temps de chercher un mé¬ 
decin, de le trouver, et voilà le pauvre Piat enterré, le 21 janvier. 

Il fallut l’exhumer le 25, pour permettre à Hiérosme Michel, ancien 
chirurgien-major au régiment de Bourbon-Basset cavalerie, de cons¬ 
tater que le trépassé avait une contusion à l’estomac, une blessure à 
l’œil gauche, une autre blessure au crâne, mais «que si le blessé 
avoit eu du secours le coup n’estoit point mortel ». Toujours le 
mélange du mauvais coup et du mauvais linge ! Après tout, le blessé 
n’ayant pas eu de secours et étant mort, le juge-châtelain sur réqui¬ 
sition du procureur d’ofliee ordonna la prise de corps et l’empri¬ 
sonnement des sœurs Barraud, prévenues d’homicide. Antoinette 
Barraud s’était enfuie dans les bois, et seule Marie Barraud put êlre 
annréhendée le 29 janvier. 

Comme la châtellenie seigneuriale de la Guillermie n’avait point 
de prison, on écroua l’accusée dans « les prisons » de Ferrières. 

La justice continua ses informations, entendit des témoins, accom¬ 
plit les formalités requises en pareil cas, mais il fallut en .venir à 
l’interrogatoire de l'accusée, et c’est ici que les choses se gâtèrent. 

Difficulté grave : on pouvait légalement emprunter « les prisons de 

(1) L’acte d’inhumation qui est du 21 janvier lui donne à tort la qualifi¬ 
cation d’huissier qui est démentie par toutes les pièces de la procédure. 


Digitized by LaOOQle 




LA COMPLAINTE DES PIONS 


225 


Ferrières » pour s’assurer de la personne des accusés, mais l'homi¬ 
cide ayant eu lieu dans les dépendance de la justice delà Guillermie, 
l'interrogatoire devait avoir lieu à la Guillermie, dans une petite 
bicoque solennellement appelée « la Chambre Criminelle ». 

Il fallait donc y transférer l’accusée pour l'interroger et il fallait 
ensuite la ramener dans sa prison de Ferrières. 

Les parents et amis de la famille Bariaud étaient indignés de l'in¬ 
carcération de Marie et tenaient des propos menaçants. On pouvait 
craindre une surprise en route. Des précautions étaient nécessaires. 
Aussi le 17 février sur les réquisitions du procureur d’office, la 
maréchaussée de la Palisse se mit en route pour Ferrières afin 
d’opérer le transfert périlleux. « Charles Roux-Dubrest, brigadier 
des cavaliers de la maréchaussée de la résidence de la ville de 
la Palisse », emmena avec lui Augustin Champagnat, Antoine 
Besson, Joseph Pénin, tous cavaliers de sa brigade, et il y joignit 
Faveraux, cavalier de la maréchaussée de Moulins. 

C'est avec cette brillante escorte que Marie Barraud duement 
extraite « des prisons de Ferrières » le 18 février, fit de grand matin 
le petit voyage de la Guillermie où elle fut interrogée à huit heures 
par M. le châtelain. 

Elle s'efforça naturellement de diminuer ses torts : c'était Piat qui 
l’avait battue ; elle lui avait lancé son maillet de loin, d'au moins 
douze ou quinze pas, et puis c'était un petit maillet à peine gros 
comme son sabot et qui « servoit aux enfants pour casser des noi¬ 
settes » ! 

Suffisamment édifié, M. le châtelain dressa, des comparution et 
interrogatoire de l'accusée, un procès verbal détaillé, qu'il termina 
par ces mots : « Et nous ordonnons qu'elle sera réintégrée ès prisons 
de Ferrières où elle a été écrouée comme prisons empruntées. » 

Accusée et maréchaussée reprennent donc le chemin de Ferrières. 
Mais Marie Barraud avait beaucoup de parents dans le village des 
Pions. Ils furent avertis de son transfert, et ils résolurent de la délivrer. 
S'étant réunis au nombre d'une quarantaine d’hommes et de femmes, 
et s'étant armés de fusils « et de bayonnettes », ils dressèrent une 
embuscade, sur le bord du chemin, dans le bols Parraud (1), qui dé¬ 
pendait des bois Mauchamp, « à deux portées de fusil de la Guiller¬ 
mie » ; et ils attendirent soigneusement cachés l'apparition du convoi. 
Quand les cavaliers royaux arrivèrent sans méfiance, ils essuyèrent 
plusieurs décharges précipitées ; deux d'entre eux, Augustin Cham- 

( 1 ) Alia» Perraud ou Parot. 

15 


Digitized by LaOOQle 




226 SOCIÉTÉ D’ÉMULATION DU BOURBONNAIS 


pagnat et Joseph Pénin furent blessés aux jambes. En outre, le che¬ 
val de Pénin ayant reçu une blessure à la tête, il en résulta une 
bousculade, un grand désordre et une bagarre, au cours desquels 
Marie Barraud fut délivrée. 

Et voilà bien la révolte ! 

La maréchaussée fit un triste retour jusqu’à sa « résidence » de 
la Palisse, où elle dressa procès-verbal « de l'enlèvement », qu’elle 
fit parvenir aux autorités compétentes. L'aflaire était grave. Elle 
parvint jusqu'au Conseil du roi. 

Par lettres patentes du 15 mars 1764, Louis XV déclarait que « pour 
ne pas désunir l'instruction de l'homicide (imputé aux sœurs Bar¬ 
raud) d’avec celle de la rébellion à main armée » (imputéeaux Pions), 
il fallait confier toutes les poursuites à un seul siège de justice. Le 
procès fut alors évoqué à la sénéchaussée de Bourbonnais, à Mou¬ 
lins, où il fut vivement poussé, après que le sieur Quesson du 
Thérin, greffier de la Guillermie, eut été dessaisi de toutes les pro¬ 
cédures commencées. 

A la requête du Procureur du roi (1), une véritable expédition mi¬ 
litaire fut organisée pour s'emparer des rebelles. 

Le 22 mars, on envoya trois brigades de maréchaussée et deux ou 
trois compagnies de grenadiers (2) qui, le soir, à la nuit tombante, 
cernèrent le village des Pions, sans avoir été aperçues. Les soldats 
passèrent ainsi la nuit à la belle étoile, et le matin, au point du jour, 
les habitants se virent subitement assaillis au son des trompettes et 
des tambours. 

Seize d'entre eux furent arrêtés ; on leur adjoignit trois habitants 
de Bèchemore, puis on les conduisit à Ferrières et ensuite à Moulins. 

Cela ne faisait pas le compte (lu Procureur du roi, qui avait 
demandé qu'on lui amenât trente-trois accusés. 

Les quatorze accusés manquant à l'appel avaient pu échapper aux 
soldats et s'enfuir dans les bois du Montoncel. 

Parmi ces fugitifs se trouvaient nos héroïnes Marie et Antoinette 
Barraud. 

Le procès suivit son cours et le Lieutenant Criminel à la Séné¬ 
chaussée de Bourbonnais rendit sa sentence le 20 septembre 1764. Il 
prononçait cinq condamnations à mort ; c'est assavoir contre : 

(1) Ou substitut du procureur général. 

(2) La complainte parie de > dragons », mais nous avons reproduit les 
termes employés par les Annales Bourbonnaises. Les documents authen¬ 
tiques que nous avons pu consulter ne précisent pas quelles troupes furent 
employé 3 à cette opération de police. 


Digitized by LaOOQle 


LA COMPLAINTE DES PIONS 


227 


1* Gilbert Pion-Basmaison, dit le Couchât ; 2* Claude Fradin, dit 
Sapinot ; 3" Antoine Pion-Basmaison, dit le Toin ; 4" Laurent Barraud, 
dit le Belliot ; 5* Simon Desvernois ou de Vernoy. 

En ce qui concernait les autres détenus, deux étaient morts en pri¬ 
son, Antoine Goutorbe et Claude Mercier ; il en restait douze, contre 
lesquels les preuves de culpabilité n’étaient pas suffisantes pour 
qu'une condamnation fût prononcée. Mais la sentence les maintenait 
en état d’arrestation, parce que les condamnés à mort devant être 
soumis à la torture, le Lieutenant Criminel pensait que des révélations 
supplémentaires pouvaient se produire et constituer des charges nou¬ 
velles. 

Les fugitifs qui avaient fait défaut et se cachaient dans les bois 
furent tous condamnés à mort par contumace. 

Le Procureur du roi trouvant la sentence incomplète interjeta 
appel de cette décision et porta l'affaire devant le Parlement de Paris, 
qui ne rendit son arrêt que le 2 juillet 1765. 

Les accusés transférés à Paris, dans la prison de la Conciergerie, y 
attendirent donc pendant neuf mois qu'on statuât sur leur sort ; trois 
d’entre eux eurent le temps d’y mourir. C'étaient Laurent Basmaison, 
Claude Pouzerat et Laurent Barraud, dit le Belliot, l'un des condam¬ 
nés à mort. 

La Cour du Parlement fut un peu plus indulgente que le Lieute¬ 
nant Criminel de la Sénéchaussée. 

L'arrêt condamne : Gilbert Pion-Baâmaison, dit Le Couchât, Claude 
Fradin, dit Sapinot, et Antoine Pion-Basmaison, dit Le Toin, à être 
pendus (et étranglés jusqu’à ce que mort s’ensuive) à des potences 
qui seront plantées en la place d'Allier, à Moulins. 11 condamne 
Simon Desvernois ou de Vernoy à assister à la dite exécution puis à 
être conduit sur la place des Lys où il sera mis nu, la corde au cou, 
battu et fustigé de verges, flétri d'un fer chaud en forme des lettres 
G A L sur les deux épaules ; ensuite il sera « mené et conduit ès 
galères du roi, pour y être détenu et servir en icelles le seigneur 
roi à perpétuité. » 

11 condamne les détenus Mathieu Blettry, Mathieu Mercier, Simon 
Goilardon (probablement Goliardon), Gilbert Mondière, Claude Bas- 
maison, Claude Barraud, Simon Chaumier (probablement Chaus- 
nier), Laurent Fraty, Bonnet Vallard (probablement Vallas) et Joseph 
Nély, à assister purement et simplement à l'exécution des condam¬ 
nations précédentes, pour y puiser une leçon salutaire. 

Cet arrêt fut imprimé, publié et affiché dans les paroisses et dan9 
les justices de la Gulllermle, Ferrières et autres circonvoisines du 


Digitized by LaOOQl ' 



228 SOCIÉTÉ D'ÉMULATION DU BOURBONNAIS 


ressort de la Sénéchaussée de Bourbonnais. Quoique le dispositif de 
l'arrêt ne dise pas un mot des fugitifs, nous pensons qu’à leur égard 
la sentence du Lieutenant Criminel de Moulins a dû conserver toute 
sa force. En conséquence : Marie et Antoinette Barraud convain¬ 
cues d'homicide sur la personne de Gilbert Piat, l'un des assistants 
de Jacques Sayet, huissier, « pour l’avoir excédé de coups, desquels il 
est mort » sont condamnées à être pendues en effigie, « en un tableau 
attaché par l'exécuteur de la haute Justice à une potence par lui 
plantée sur la place des Lys ». 

Sont condamnés à la même peine les nommés : Simon Fradin, dit 
Tout-Bas et Benoîte Cognet, sa femme, Albert Barraud (probablement 
le débiteur récalcitrant), autre Simon Dervernois ou de Vernoy, dit 
Bédiot, Claude Fradin, dit Trot-Lent, Albert Fradin, dit Le Cour¬ 
taud, Gaspard Fradin dit le Nioque et autre Marie Barraud, sa 
femme, autre Claude Fradin, Laurent Dassot, Mathieu Pion-Basmai- 
son dit la Tête-Noire, et autre Claude Fradin, dit Le Buron, convaincus 
d’avoir formé une embuscade étant attroupés et armés, d'avoir atta¬ 
qué les cavaliers de la maréchaussée et d'avoir aidé à enlever d’entre 
leurs mains la nommée Marie Barraud. 

Tous leurs biens confisqués au profit du seigneur. 

Quelle existence misérable durent mener ces malheureux a hors 
la loi », réduits à errer dans les forêts ! Que de familles ruinées par 
la confiscation et les liquidations forcées qu’elle rendait nécessaires ! 

On comprend que cette révolte et sa répression aient eu un prodi¬ 
gieux retentissement dans le Bourbonnais, l'Auvergne et le Forez. 
Les preuves de ce retentissement sont d’ailleurs nombreuses. 

En 1789, vingt-cinq ans après les événements, un procès-verbal de 
la maréchaussée de Saint-Just-en-Chevalet, signale le village des 
Pions comme un village « mal famé, qui a souvent fait violence à la 
maréchaussée et où l’on a été obligé d’envoyer il y a quelques années, 
les troupes du Roi pour morigéner ces rebelles,desquels on a conduit 
vingt-huit aux prisons de Moulins dont la plupart ont subi des juge¬ 
ments (1) ». 

Ensuite nous pouvons dire qu’en dehors de MM. Noélas et Pierre 
Gras, auteurs roannais, tous les historiens du Bourbonnais ont tenté 
de faire la narration de la fameuse révolte ; nous citerons Coiffier- 


(i) Archives départementales de la Loire, tome 1 er , page 1884 ; cité par 
M. l’abbé Prajoux dans sa notice sur le canton de Saint-Just-en-Cbevalet, 
page 48 . 


Digitized by LaOOQle 




LA COMPLAINTE DES PIONS 


229 


Demoret, l’Ancien Bourbonnais, dont le récit est en patois de Fer¬ 
rières (1), les Fiefs du Bourbonnais, les Annales Bourbonnaises. 

Enfin une complainte fut composée en patois et chantée pendant 
cent cinquante ans, puisque certaines personnes du pays en chantent 
encore quelques fragments. 

C'est précisément cette complainte qui est le sujet de la présente 
étude. 


i 

t t 


(1) Nous pensons qu'on tira avec intérêt l'amusante relation de l’Ancien 
Bourbonnais. ( Voyage pittoresque.) 

Il faut y corriger l'erreur qui consiste à faire mourir « le sargen », au 
lieu du recors ; et si le curé de Ferrières a pu être consulté par les fils de 
Marie Barraud, il faut prudemment supposer que la réponse du curé, 
M. l'abbé Forissier, n'a pas été de « dépanre Hou mère », c’est-à-dire de la 
délivrer par force ! 


HISTOUÈRE DE CHI PION 

Voulez-vous cnùtre l’histouère de chi Pion ? La véci : Ou y a ben soixante 
et quinze ans ô min, un sargen ère alla pa saisi chi una fena. O la trouvit 
que chofot le four. Din que uoccasions les fenes ne sont pas franches ; ikela 
fena prenant don una janta de roua pa le rais, en fouétit un cop si dur pa 
la tète do pore sargen que le tourllion y intrit, et o mûrit six més après. La 
justissa, que n'aofot pas bougea, envoult alors da geandarmes pa pranre 
ikela fena. E l'arrétiront et la meniront à la justissa de La Guiilarmia. 

Pendant iko temps lou garçons d'ikela fena érant alla consurta le curé vé 
Faraères. Le curé llatot dit de dépanre Hou mère, mais de ne gin fouaire de 
mau à geandarmes. 

E preniront don llou fusils et veniront appità le passage dà geandarmes, 
é lie criiront : •< Lâchez nota mère », et lou geandarmes ne sou firont pas dire 
dous cops. Mais kâ garçons, o même instant, iachiront llou cops de fusils, 
dà chevaux furont touas et dà geandarmes alront les keusses traversées. 
Quoque tems après, quand chi Pion ne se doutiant de ren, un régiment de 
dragons venit, la neut, envirounit le village, cbarchit lou coupables et arré- 
tit quatorze houmes. 

E dgiont qu'ou gn'alt un de cassa din una maille que se lessit ben tra- 
varsà la keusse, sin bougeà, par le sapre d'un dragon que fouillot. 

Pourtant é ne preniront pas la fena. Ikà quatorze houmes furont emmena à 
Moulins, peusse à Paris, ramena ensuita à Moulins, ion très furont pendus. 


Digitized by LaOOQle 




230 


SOCIÉTÉ D’ÉMULATION DU BOURBONNAIS 


Version de la Montagne Bourbonnaise (11 




ÉHV- teg-e^ 'tôu-outlc li- ci-ti J5'-u*i-ua Ut-- i - £a-^C tauL 



Ecoutez tous (le) réciti (2) 

D’un village tout près d’ici : 

Lou habitants de chi Pions 
Sont trétous de bons lurons, 

Mais lou vaillants dragons 
Sont venus renversa lou Pions (3). 

2 

Le village de chi Pions 
A fait voltiger les dragons 
Pour un révoltement 


Contre le gouvernement 
Vous allez voir le sort 
Qui en condamne à mort. 

3 

Le seigneur de la Çuillermie 
Est notre plus cruel ennemi : 
Pour réclamer ses droits 
Il nous conduit tout droit 
Par cette garnison 
Jusqu’à cette prison. 


(1) Nous la publions telle que l'a recueillie M. Noélas. 

(2) Par une évidente erreur d’impression le premier vers de M. Noélas 
est ainsi libellé : 

Ecoutez tous réciti 

Ce qui n'offre aucun sens pouvant se lier au second vers. 

(3) Ecoutez tous le récit 

D’un village tous près d'ici : 

Les habitants de chez Pion 
Sont tous de bons lurons. 

Mais les vaillants dragons 
Sont venus renverser les Pions. 


Digitized by LaOOQle 













LA COMPLAINTE DES PIONS 


231 


4 

Arriviront au bord de nuit 

Disant : « M’z amis,laissons-les d’rmi( i) ; 

« Demain au point du jour, 

a Au son du fifre et du tambour, 

a Trompette et violon juera (2), 

a Çà les réveillera ! » 

5 

Quand lou Pions furont éveillas 
Vétchi das gens ben étounas (3). 

Allons donc, mes chers amis, 

C’est aujourd’hui qu’il faut parti : (4) 
l e roi vient nous averti (5). 

Faut bien lui obéi (6). 


6 

Piago, Béliaud emmenotés : 
a Adjeu, Ferrièr’ et notr’ curé ! (7) 
a Adjeu, femmes et enfants 1 
a Dans ce forcé rude moment, 
a Prenez exemple à moi, 
a N’insultez pas le roi ! 

7 

Vou’est le Cochat et moué le Tuin ! 
Iqua doux farant puta fin (8). 
Passant vé lou Fareirauds 
Y ayant tr’tous das biaux chevaux ! 
Dépeu d’vant chi Sergi 
E sautchant sû le bii (9). 


(1) (Lessoldats) arrivèrent à la nuit tombante 
Disant : Mes amis, laissons-les dormir. 

(2) Trompette et violon joueront ; 

Nous avions pensé à une altération du texte en voyant intervenir ce « vio¬ 
lon » parmi les instruments de musique militaire. Mais ta chanson populaire 
recueillie par M. l'abbé Boudant sous le titre de « Au Château de Chantelle » 
et publiée dans la .Renue liourbonnaite de 1887 (page 197) contient le vers 
suivant : 

Huchez, trompett’s, tambours et violons 1 

D'autre part, nous verrons que la version roannaise parle de « viole », ce 
qui n'est qu’une variante. 

<3) Quand les Pions furent éveillés 

Voilà des gens bien étonnés. 

(4) Partir. 

(5) Avertir. 

(6) Obéir. 

(7) Piago (et) Belliot ayant les menottes (s'écrient) : 

« Adieu, Ferrières et notre curé. » 

(8) M. Noélas écrit en un seul mot « putafin ». 

(9) Voilà le Couchât et aussi le Toin ! 

Ces deux-là feront mauvaise fin. 

Passant à Ferrières (mot à mot : 

Chez les habitants de Ferrières) 

Les soldats avaient tous de beaux chevaux ! 

Depuis devant chez Sergi 
Ils sautaient dans le bief. 


Digitized by LaOOQle 




232 


SOCIÉTÉ D’ÉMULATION DU BOURBONNAIS, 


8 

En dépeu devant chi Magnaud, 

E sàutchant devant chi Chabraud. 
Vou’est l’Coly et moué l’Bibi 
Qu’ courant tous doux par lous pat- 
Portchant de l’eau-de-vie [chis, 
Par les trétous reveni (i). 

9 

« Adjeu donc à mes chers amis ; 

« Ah ! nous vétchi trétous partis ! 
Iquela petita Marion, 

Qu’ayo mét cuerre le jambion 
Par porta de vé Lyon, 

Par y garda son mignon (2) ! 

10 

Iquela petita Braillon, 

Par sauva son mounon 
Qu’essiot dans le chambron, 


Le demène ben son cotillon ! 

Passant près dau cemintère, 

Disiant adjeu à doux vicaires (3), 

11 

O vous, nos très chers compagnons 
De Lavoine (4) et des environs, 
Soyez prudents et doux 
Et plus religieux que nous 
Ne violez pas la loi 
Et respectez le Roi. 

12 

Sur la place d’Allier 
Huit paures (5) particuliers 
Montèrent sur l’échafad (6) 

C'est Barthelat, notre seigneur. 

Qui nous a fait tout c’malheur. 
Monsieur d’là Ramas n’en aurait pas 
[tant fâ (7). 


(t) Depuis devant chez Magnaud 

Ils sautaient jusqu'à la maison de Chabrol ! 

C’est le Coly et aussi le Bibi 
Qui couraient tous deux par les prés 
Portant de l'eau-de-vie 
Pour les ragaillardir tous. 

(2) Les prisonniers disent : 

« Adieu donc à mes chers amis ; 

Ah ! nous voilà tous partis ! » 

(On voit) cette petite Marie 
Qui avait mis cuire le jambon 
Pour le porter à Lyon 
Pour y garder son mignon 1 

(3) Cette petite Braillon, 

Pour sauver son chéri 
Qui était dans le cachot, 

Elle démène bien son cotillon ! 

Passant près du cimetière 

(Ces deux femmes) disaient adieu à deux vicaires. 

(4) M. Noélas écrit L’Avoine. 

(3) Pauvres. 

(6) Echafaud. 

(7) Fait. (M. Noélas écrit « fas #.) 


Digitized by LaOOQle 



LA COMPLAINTE DES PIONS 


233 


On remarquera que notre complainte désigne bien, sous les sur¬ 
noms de Béliaud, le Cochat et le Tuin, trois personnages condamnés 
à mort par le Lieutenant Criminel sous les noms de Laurent Bar- 
raud, dit le Belliot, Gilbert Pion-Basmaison, dit le Couchât, et 
Antoine Pion-Basmaison, dit le Toin. 

Avouons-le franchement : cette chanson est fruste. Tout y est d’une 
incorrection particulière : langage et prosodie. Au point de vue du 
langage, il y règne un mélange inélégant de mauvais français et de 
mauvais patois. Au point de vue de la prosodie, l’irrégularité en est 
étonnante, car les chansons en patois sont ordinairement composées 
de vers justes, sauf erreur sur les diphtongues, et grâce, il faut le dire, 
au secourable usage des élisions. 

Ici la fantaisie est telle qu'on a peine à reconnaître quel rythme 
l’auteur a voulu choisir. En y regardant de près, cependant, on peut 
affirmer que primitivement chaque couplet devait se composer de 
deux vers de huit pieds suivis d’un vers de six, et d'un vers de huit 
pieds, suivi de deux vers de six. Ce qui est confirmé par la variante 
roannaise. 

En appliquant cette hypothèse à notre complainte telle qu'elle est, 
nous voyons que sur douze strophes le premier vers est correct dix 
fois, le second neuf fois ; le troisième cinq fois seulement ; le qua¬ 
trième sept fois ; le cinquième huit fois ; le sixième sept fois. 

li serait facile d’augmenter le nombre des vers justes au moyen 
de quelques élisions tout à fait usuelles et de quelques retouches ; 
ainsi ce vers de la sixième strophe : 

Adjeu, femmes et enfants ! 

a sept pieds au lieu de six, tandis qu’il devient juste dans la version 
roannaise qui met femme et enfant au singulier et le libelle ainsi : 

Adiou, femme et enfant ! 

Le nombre des vers corrects serait bien plus considérable encore 
si une tradition fautive n'avait pas amené le dédoublement du neu¬ 
vième couplet avec lequel on en a fait deux. La vraie strophe parait 
être celle de la version roannaise qui commence par les mots : Hi ! 
la Marion ! Le texte bourbonnais a formé son neuvième couplet en 
le commençant par la redite de deux vers précédents à peine modi¬ 
fiés (1), et en le complétant par quatre des vrais vers primitifs. La 

(1) Adieu donc, à mes chers amis ; 

Ah I nous vétchi trétous partis 1 

Au lieu de : 

Allons donc, mes chers amis, 

C’est aujourd'hui qu'il faut parti 1 


Digitized by LaOOQle 



234 


SOCIÉTÉ D’ÉMULATION DU BOURBONNAIS 


dixième strophe commence alors par quatre vers qui sont compo¬ 
sés : le premier, d'un des hémistiches primitifs muni d'une rallonge ; 
le second, de la redite altérée du vers : « Par y garda son mignon » ; 
le troisième et le quatrième, de vers qui ne sont plus à leur place. Et 
enfin on a terminé l'opération en interpolant deux vers finaux, gri¬ 
voiserie plaquée au hasard. Naturellement cet embrouillamini en 
dérangeant l’alternance de vers inégaux en a détruit l'ordonnance et 
la symétrie, et de ce chef les a rendus incorrects. 

Quant au dernier vers du dernier couplet, il grandit démesurément, 
il s’enfle, il arrive à onze pieds, ce qui est un triomphe : triomphe 
assez étrange pour éveiller l'attention. On se rappelle qu'il est ainsi 
libellé : 

« Monsieur d’La Ramas n'en aurait pas tant fâ ! » 

En supprimant l'élision on le transformerait en un superbe alexan¬ 
drin qui serait, hélas ! le seul de son espèce dans toute la chanson ! 

Le texte roannais nous donne la clefdu mystère: il faut couper cet 
alexandrin final en deux vers de six pieds, et on retombe dans la sy¬ 
métrie voulue (1). 

Le sens de la complainte est difficile à bien saisir par suite de muti¬ 
lations certaines et par suite d’un affreux désordre dans la succession 
des idées. 

L’exposition n’est pas mal faite par les trois premières strophes ; 
mais quelle brusque arrivée à la quatrième ! 

11 semble que cette strophe ait dû primitivement succéder aux deux 
derniers vers actuels de la première. On aurait ainsi l’explication 
logique de ces « vaillants dragons » qui étant « venus renversâ 
lou Pions » « arriveront au bord de nuit... ». 

Les quatrième et cinquième couplets disent bien ce qu'ils ont à 
dire ; le cinquième quoique elliptique montre d'une façon suffisante, 
en tète du convoi des accusés, Piago et Béliaud qui passent, les me- 


(1) Malheureusement on a ainsi un vers de trop. Le couplet roannais étant 
. tronqué ne permet pas de retrouver la strophe primitive. On pourrait ce¬ 
pendant la rétablir ainsi : 

Sur l'échafaud, plac' d'Allier, 

Montèr’ huit paur' particuliers ; 

Bartbelats, notr' seigneur. 

Nous a causé tout ce malheur ; 

Monsieur de La Ramas 
N'en aurait pas tant fà 1 


Digitized by LaOOQle 



LA COMPLAINTE DES PIONS 


235 


nottes aux mains, à travers les rues de Ferrières et font leurs adieux 
et leurs recommandations. 

Mais le septième et le huitième sont de véritables casse-tête chinois. 
Après avoir montré dans la suite du convoi le malheureux Cochat et 
l'infortuné Tuin qui seront pendus et « tarant puta fin », brusque¬ 
ment on déclare que passant à Ferrières « ils » ont tous de beaux 
chevaux qui font des cabrioles prodigieuses, et le lecteur doit s’ex¬ 
pliquer à lui-même qu’il s'agit non pas des prisonniers mais des « vail¬ 
lants dragons » et des cavaliers de la maréchaussée. Subitement, au 
milieu du huitième couplet, arrivent deux particuliers nommés Le 
Coly et Le Bibi qui pour ragaillardir les prisonniers courent près 
d'eux à travers les prés, sur les flancs de la colonne, et de temps en 
temps leur font boire de l’eau-de-vie. 

S'agitant dans les rues de Ferrières, autour du convoi ou faisant 
partie du convoi, car ce n’est pas clair, on remarque deux femmes, 
la Marion et la Braillon ; il parait qu’elles disent adieu aux vicaires 
et que la Braillon démène beaucoup son cotillon. 

Cela serait assez vif et gaillard, mais on.mèle à cette description de 
la scène présente un souvenir du passé qui produit le plus étrange 
imbroglio. 

Il faut que le lecteur supplée aux lacunes et se dise : « Cette petite 
Marion qui passe là, est celle qui était allée, il y a quelque temps, porter 
du « jambon cuit » aux magistrats de Lyon, pour qu'ils acquittent 
son « mignon » détenu en prison préventive », sans doute pour 
quelque méfait commis sur le territoire du Roannais. 

Quant à la Braillon, la complainte voudrait dire la même chose, 
mais la phrase n’a qu'un sens assez ridicule. 

Le onzième couplet est une amplification du cinquième ; d’une fa¬ 
çon fort inopinée il expose les dernières et très édifiantes recom¬ 
mandations des prisonniers qui s’éloignent déjà sur le chemin con¬ 
duisant à Moulins. 

Le douzième est à la fois clair et tragique. 


i 

* i 


Digitized by LaOOQle 



236 


SOCIÉTÉ D'ÉMULATION DU BOURBONNAIS 


Version de la Montagne Roannaise 111 


i 

Arrivant cheu Pion aneu de la nuit 
Disünt:chiers amis, laissons leu dormi 
Ouisquant y fera zour, 

No battrons lo tambour ; 

Trompatte et viole zeurra, 

Tant que ça leu ravaillira. 

2 

Quand leu cheu Pion funt ravaillés, 
V’ia deux zigens ben estraillés ! ( 2 ) 

« Allons ! meus chiers amis, 

« C'eu d’auzourd’hi quefaut parti, 

« Leu rei nos avertit. 

« Faut ben li obéî. ■ 

3 

Jacob Béliot emmanouté : 

« Adiou Ferrière et moun curé l 


« Adiou femme et enfant ! 

■ Dans ceu forcé rude moument 
« Preneu exemple à mei, 

« N’insulteu pas leu rei ! » 

4 

Hi ! la Marion ! Hi ! la Braillon, 
Qua démène ben soun cotillon, 
Portave lau zambon 
A lau Messieu de voué Lyon, 
Por sauver son mounon 
Qu'essiau dans leu chambron. 

5 


Qué nos a causé notre malheu T 
Mossieu Berthelas notre seigneu. 
Mossieu de la Rama 
N’en auriau pas tant fat. 


Première remarque : Cette version roannaise ne contient que cinq 
couplets dont les trois premiers sont la traduction des quatrièmé, 
cinquième et sixième couplets bourbonnais ; le quatrième résume 
en un seul les neuvième et dixième couplets bourbonnais ; le cin¬ 
quième n'a pu être recueilli que tronqué des deux premiers vers. 

Si l'on observe que les couplets bourbonnais qui n'ont pas de cor¬ 
respondants sont précisément en français, on sera bien près d’ad¬ 
mettre que M. Noélas a recueilli un texte rempli d’innovations. 
Disons en outre que dans la version de M. Gras le rythme est presque 
impeccable pour les deuxième, troisième et quatrième couplets (deux 
vers de six, un vers de huit, deux vers de six). 

(1) Nous publions cette complainte, écrite en patois d’Arcon, telle que 
M. Pierre Gras l’a publiée dans son Dictionnaire du patoi» forizien, et telle 
que la lui a communiquée M. Alphonse Coste, de Roanne. 

La notice historique qui accompagne te texte dans l'ouvrage deM. Pierre 
Gras est tout à fait erronée et démentie par les documents que nous avons 
analysés précédemment. 

(2) Voilà des gens bien étonnés. 


Digitized by LaOOQle 



LA COMPLAINTE DES PIONS 


237 


Seconde remarque : Non seulement la complainte commence à l’im- 
proviste, mais elle débute par deux vers de dix pieds dont le premier 
n'a aucun sens, car « aneu » signifie aujourd'hui et ne prend pas sa 
place dans la phrase. On peut supposer que ce vers était primitive¬ 
ment : 

Arrivéron (1) cheu Pion la nuit. 

Le second vers serait juste, si on adoptait les contractions et éli¬ 
sions du vers bourbonnais correspondant. 

Troisième remarque : Nos Piago et Béliaud deviennent un seul 
personnage sous le nom de Jacob Béliot. Nous pensons que la version 
bourbonnaise est dans le vrai et nous pensons même que Piago 
désigne Claude Fradin dit Sapinot, l'un des condamnés à mort, celui 
qui est décédé en prison. Si on tient compte en eflet des règles qui 
président à la confection de toute bonne complainte, il faut croire 
qu'on n'a oublié aucun des principaux condamnés ; or le pauvre 
Sapinot n’a pas la moindre mention dans l'une ni dans l'autre de 
□os chansons. Ce qui parait inadmissible. 

Quatrième remarque : Le quatrième couplet doit être exact d’un 
bout à l'autre (2). Ici ce n'est plus la Marion qui a porté du jambon 
« à lau messieu de voué Lyon », c’est la Braillon ! Peut-être est-ce la 
même tète sous deux surnoms, et faut-il croire que la môme femme 
est appelée à la fois Marion et Braillon ! 

Quant au dernier couplet, nous avons dit précédemment ce que 
nous en pensions. Observons que, sauf légère variation du nom 
propre, Berthelas seigneur de la Guillermie est l’objet des mêmes 
malédictions que dans la variante bourbonnaise et que M. de La Ra¬ 
mas est l'objet des mêmes souvenirs attendris, ou relativement atten¬ 
dris, car on ne sait pas bien la part d'éloge que contient la compa¬ 
raison ! 

Quels sont donc ces deux personnages auxquels la complainte a 
assuré une sorte d'immortalité ? 

M. de La Ramas s'appelait en réalité Geoffroy Sicauld de la 
Ramas écuyer, seigneur de la Ramas et de la Guillermie, conseiller 
du roi, receveur des tailles en l'élection de Saint-Etienne en Forez ; 
il était le mari de Dorothée Gardin des Bartins, et mourut le 5 mars 
1755. 

Il appartenait à une famille de Vichy, connue en Bourbonnais 

(1) Arrivéron : Ils arrivèrent (d'après le dictionnaire du patois forézien). 

(2) A condition d'élider l'e final de « démène ». 


Digitized by 


Google 




238 


SOCIÉTÉ D’ÉMULATION DU BOURBONNAIS 


sous les noms de La Ramas, de Mariol et de Saint-Prlest. La Ramas 
est un château de la commune de Bellerive-sur Allier ; Mariol est le 
château qui domine le village de ce nom situé près de Saint-Yorre ; 
et Saint-Priest désigne Saint-Priest de Bramelan dans le Puy-de- 
Dôme. 

M. de La Ramas étant donc décédé en 1755, laissa la Guillermie à 
ses deux filles : Gabrielle-Dorothée, épouse de Joseph de Bardon du 
Méage, et Anne, épouse de Jean-Marie Revanger de Villards, lesquels 
s'empressèrent de vendre cette inaccessible seigneurie à Claude- 
Marie de Barthelats. alias de Berthelas. chevalier, seigneur d’Ar- 
pheuilletle, de Chateaubois, de Chance et autres ses terres, et de¬ 
meurant ordinairement à Renalson, d’une famille également connue 
en Bourbonnais. 

C’est lui « Barlhelat », objet de toutes les imprécations ! 

Je dois dire, pour rendre à la vérité un hommage toujours néces¬ 
saire, que les registres du greffe de la Guillermie contiennent autant 
de poursuites au nom de M. de La Ramas qu'au nom de M. de Bar¬ 
thelats, et qu’en fin de compte ce dernier n'était pour rien dans la 
grande catastrophe célébrée par la complainte ! 

Si au moins on avait maudit le procureur La Caille ! Mais tant de 
logique n'entre pas dans les chansons populaires, surtout dans celles 
de la farouche tribu des Pions! 

Paul Duchon. 



Coiffe de Ferrières et la Guillermie 


Digitized by LaOOQle 



«fe ite 4 k 4k »&<»&» )4t 

> . 5 . «>«a»waM a , >. g.„ .s. ,-«a--. ►-a.oJ.o^aM —g*- Mfl.o«8»o-»ft»o«a«<>«o»<MaM 

>4* «ft «4« *4* *4* >4* «4> *4* *4* «4» «4* *4< *4* «4* «4* *4* *4* *4» *•< »4* 


Notes de lectures 


Le 7 août 1905, M. Philippe Tiersonnier, rendant compte des publi¬ 
cations reçues par la bibliothèque de la Sociétéd'Emulation, signala, 
dans les Mémoires de la Société... scientifique du Puy de 1902-1903, un 
article de M. Et. Rouchon extrait du « Procès vèrbal » des opéra¬ 
tions d'Etienne Fergon de la Pataudière pour la prise de possession 
du Beaujolais, des Dombes « et de ce qu'il a géré dans les autres terres 
des duc et duchesse de Montpensler ès provinces du Bourbonnois 
Auvergne, Berry et Poitou », les dites opérations faites en 1561 (édité 
à Lyon par M. Longin, chez Brun, en 19011. Les terres ainsi parcou¬ 
rues par Fergon, accompagné depuis Varennes par François de Saint- 
Hilaire, étaient remises par le roi François II à l'héritier du conné¬ 
table, Louis de Bourbon, duc de Montpensier. lequel était né à Mou¬ 
lins en 1513. C'est le 19 février 1561 que Fergon partit de Champigny- 
sur-Veude, d’où il gagna Lyon par le Bourbonnais, pour repartir de 
Lyon au mois d’avril et aller conlinuer ses opérations en Auvergne. 
L’introduction mise par M. Longin à ce procès-verbal, retrouvé aux 
Archives Nationales, est à lire en entier, comme le procès-verbal lui- 
mème. Nous extrayons de ce dernier deux passages intéressant le 
Bourbonnais. P. F. 

(P. 25 .) Le mercredy ( 1 ), je fuz coucher à St-Hillaire et y disnay encores 
le lendemain, que nous délibérasmes nous trouver sabmedy au soir à Va- 
rannes pour suyvre le chemyn de Lyon. Ce pendant il ( 2 ) donnerait ordre à 
son mesnage. Et moy je m’en allis coucher à Moulins, qui estoit le jeudy 
pénultième jour de febvrier 1560 . 

Dès le soir du dict jour et le lendemain, je communiquay avecques mes¬ 
sieurs Duret ( 3 ) et de L’Aubespin ( 4 ) du procès que Monsieur le conte de 
Ventadour poursuyt contre la Royne mère, et Madame, et Monseigneur, 
pour raison des terres de Roche en Regnyer et Anonnay ; mais ilz ne m’en 
sceurent jamais donner aulcune instruction et me dirent n’en avoir jamais 
ouy parler. 

(1) 26 février 1561 n. st. 

(2) François de Saint-Hilaire. 

(3) Jean Duret, avocat du roi à Moulins (Cf., R. de Quirielle, Bio-biblio¬ 
graphie des écrivains anciens du Bourbonnais). 

(4) Peut-être Michel, qui mourut lieutenant général du domaine de Bour¬ 
bonnais à Moulins, ayant épousé Elisabeth Brinon. 


Digitized by LaOOQle 



240 


SOCIÉTÉ D'ÉMULATION DU BOURBONNAIS 


Je n’euz aussi d’eulz mémoire ne advertissement qui me peust servir à 
Dombes et Beaujolloys, encores qu’ilz l'eussent faict voluntiers et de bon 
cueur, sils eussent sceu quelque chose, pour m’y ayder, car je les ay rencon¬ 
trez et Monsieur Billhoumat (i), procureur du Roy au doumayne de Bour- 
bonnois, fort affectionnez à m’ouyr et à me faire offre de tout le très humble 
service qu’ilz pourront rendre à la maison de mesdicts dame et seigneur, 

M’enquérant aussi à Monsieur de L’Aubespin en particulier quelles terres 
et pièces de la maison de Bourbon feue Madame la régente, mère du Roy 
François premier de ce nom, avoit vendues, données et engagées depuys la 
transaction faicte entre ledict Roy et elle, à Fere sur Oize le (a), 

[il] me dist qu’elle n’en avoit point vendu, aumoings qui fust venu à sa 
congnoissance, mais qu’elle avoit donné la baronnye de Thiert, qui est près 
d’Aigueperse, à feu monsieur le chancelier Duprat, dont monsieur de Nan- 
thouillet joyst de présent. Et à feu monsieur de La Bourdaisière la chastel- 
lenie de Germigny-en-Luysant ( 3 ), estant près St Pierre le Moustier et 
St Couyngs ( 4 ). Et encore à luy les (yeux nobles de Breuille ( 5 ) et Lailly ( 6 ) 
près Chevaignes. 

Les contractz desquelles donations se trouverront, comme le dict L’Au¬ 
bespin m’a adverty, enregistrés ou livre des lettres d’offices et Chartres faict 
du temps de ma dicte Dame la Régente, lequel livre a esté porté à la Chambre 
des comptes à Paris. 

Me dist aussi que feue Madame Anne de France vendit la moityé de Gen- 
zac ( 7 ) au sieur de l’Autrec ( 8 ), moityé à condition de réméré perpétuel, et 
qu’il y a ung pappier en la chambre des comptes du dict Moullins, dressé 
par feu monsieur le secrétaire Marillac, contenant les venditions et alliéna- 
tions faictes par Madame feue Dame Anne et Monsieur Charles de Bour¬ 
bon. De toutes lesquelles alliénations feue Madame Dame la Régente feist 
accorder et consentir réméré perpétuel aux achapteurs. 

Le sabmedy, dernier jour de febvrier, je fus disner à Varannes, d’où je 
dépeschay ung homme à Escolle porter lettres aux officiers dudict lieu, et 
particulièrement au procureur qui est ascenseur, par lesquelles je leur man- 
dois que, suivant les lettres de Madame, ilz feissent proclamer le bail de 

(1) Sic, pour Billonnat. 

(2) La date manque, cette transaction est du 25 août 1527. {Note de M. Lon- 
gin.) 

(3) Germigny-l'Exempt, Cher, arr. de Saint-Amand, autrefois en Bour¬ 
bonnais et siège d'une des dix-sept châtellenies. tCf., N. de NicolaI, chap. 
CXVIl.) 

(4) Sancoins, ibid. 

(5) Breuil. commune de Gennetines, confisqué sur Henri Coiffieràla Révo¬ 
lution. 

(6) Laly, communes de Rodes ou du Montet, et non pas près de Chevagnes. 

(7) Jenzat, canton de Gannat. 

(8) Guy d’Arpajon, chambellan du roi en 1489, vicomte de Lautrec,seigneur 
éphémère de Jenzat. 


Digitized by LaOOQle 




NOTES DE LECTURES 


241 


l’ascence dudict lieu au XXV™« jour d’avril prochain, auquel jour j’espérois 
me trouver audict lieu, après avoir mis ordre à quelques affaires qui s’of- 
froient pour le service de mesdicts dame et seigneur aux pais de Beaujollois 
et Dombes ; les priant que ce pendant ilz tinssent prest et en si bon estât 
tout ce qui regardoit le service de mesdicts dame et seigneur que je peusse, 
avecques leur bon conseil et advis, y faire chose qui leur feust agréable et 
proffitable ; surtout qu’ilz usassent de telle dilligence et fidélité à pratiquer 
ascenseurs que on ne nous peust reprocher y avoir moins bien faict nostre 
devoir que ceux qui par cy devant y ont eu pareille charge. Je priois aussi 
ledict procureur envoyer à monsieur le trésorier Daoust ung sac et pacquet 
que je lui envoyois, où estoient lettres de Madame et aultres de moy, sem¬ 
blables aux précédantes, pour les officiers de Vodable, Léothoing, Vielle- 
brioude et Roche en Regnyer, que je le priois leur faire tenir par homme 
seur et exprès, affin qu’il n’y eust faulte aux assignations des baulx à ferme 
desdictes seigneuries aux jours que je leur mandois. 

Ledict dernier de febvrier, jour de sabmedy, monsieur de St Hillaire vint 
coucher audict Varennes, d’où nous partismes le lendemain, jour de diman¬ 
che, premier de mars. 

• • •••••••••••••••••• • • • • • • 

(P. 125 .) Le dimanche dix-neufiesme jour du dict moys ;i) nous arrivasmes 
à Aigueperce ( 2 ', auquel lieu, ensemble à Escolle, nous avons demouré l’es¬ 
pace de neuf jours, pendant lequel temps et soudain que je fus arrivé, les 
habitans du lieu et villaige de Bas ( 3 ), subiectz duditct Montpencier, me 
vindrent faire quelques doléances de monsieur le bailhy dudict lieu, contenant 
en substance que, combien qu’ilz soient de tout temps joissans d’ung com¬ 
munal estant près leur villaige et servans de chemins, sailhye et aisance 
d’icelle, néantmoings, despuys quelque temps ledict sieur bailhy, à la requeste 
de Michel Reynault, son filz, escoliier estudiant à Paris, a, en vertu d’une 
sauvegarde, faict mectre les panonceaulx et armes du Roy, prétendant ledict 
communal luy appertenyr, et faict faire deffence auxdictz habitans de n’y 
plus doresnavent passer ne mener pascaiger leur bestial, sur peine d’ung 
marc d’or ; et non content de cella, leur a faict donner assignation par- 
devant le conservateur des privilheiges royaulx dudict Paris, pour venyr 
respondre sur la fraction desdictes deffences et sauvegarde, prétendue avoir 
esté faicte parlesdicts habitans. 

Lesquelles plaintes ouyes, je leur commandé de me mectre une requeste 
par escript contenant leur faict et dire, et après l’avoir faict signer en leur 
requeste, la me présenter pour après, par l’advis du conseilh, y pourveoir 
sellon que appertiendroit.■ 

(1) Avril. 

(2) Venant de Lyon, par le Puy et Riom. 

(3) Puy-de-Dôme, arr. de Riom, rant. de Randan, 


Digitized by LaOOQle 





CHRONIQUE 


Les Armoiries épiscopales de M? r Penon 

CINQUIÈME ÉVÊQUE DE MOULINS 



M* r Penon, le nouvel évêque de Moulins, étant de droit un des 
présidents d'honneur de notre compagnie, il nous a paru utile de 
Üxer les principaux événements de la vie du prélat et de faire con. 
naître ses armoiries épiscopales dessinées par notre confrère M. le 
chanoine Joseph Clément. 

Mr Jean-Baptiste Penon est né à Simiane (Bouches-du-Rhône) en 
1850. Ordonné prêtre en 1873, il fut professeur au Petit-Séminaire et 
au collège catholique d'Aix de 1872 à 1883, vicaire à Saint-Esprit, 
puis vicaire général de Me r Gouthe-Soulard de 1890 à 1000, chanoine 
honoraire depuis 1890, vicaire capitulaire pendant la vacance du 
siège, curé de Fuveau en 1901, curé-doyen de Saint-Rémy en 1904, 
de Sainte-Marie-Madeleine d’Aix en 1906. 

Elu évêque de Moulins le 6 mars 1911, il a été sacré dans la métro¬ 
pole d'Aix, le mardi 27 juin 1911, par l'archevêque Mb* Bonnefoy, 


Digitized by LaOOQle 




BIBLIOGRAPHIE 2*3 


assisté de NN. SS. Guilliberl, évêque de Fréjus, et Lobbedey, évêque 
d'Arras, son prédécesseur sur le siège de Moulins ; intronisé à la 
calliédrale de Moulins le 18 Juillet, à 4 heures du soir. 

■ Les armes du nouvel évêque de Moulins groupent des pièces héraldiques 
qui désignent tout à la fois sa personne, la ville où s’exerce son zèle et où 
il est élevé aux honneurs de l’épiscopat et celle qui fut son berceau. 

C'est d'abord, se détachant sur le palé qui compose le fond des armes 
d’Aix-en-Provence, le prélat rappelé par son patron, son nom et une de ses 
plus chères dévotions ; t ) son patron : saint Jean-Baptiste, auquel il emprunte, 
pour son apostolique devise, la principale formule de la mission de Précur¬ 
seur ; a) son nom : un « pennon » d’azur, symbole d’espérance, qui flotte sur la 
hampe crucifère de saint Jean-Baptiste, à la place de la banderole ordinaire ; 
3 ) enfin les initiales de Notre-Dame de Grâce ( Mater Gratiœ), la madone 
séculaire et vénérée de l’église de Sainte-Madeleine dont le prélat était le 
curé. 

Le tout est placé dans une bordure d’or aux tours et aux fleurs de lys d’azur, 
prises aux armes de la ville de Simiane où est né le nouvel évêque. 

Ainsi, Mg r Penon, évêque de Moulins, porte : 

D’or à quatre pals de gueules — emprunté aux armes d'Aix-en-Provence, 
— au saint Jean-Baptiste de carnation, yeux et cheveux bruns, auréolé d'ar¬ 
gent, vêtu dune peau de brebis au naturel et dun manteau de pourpre ; la 
main dextre levée, et tenant de la senestre un bâton crucifère de sable au pennon 
dasur ; au franc canton d’argent chargé des lettres majuscules gothiques AI et 
G (initiales de Mater Gratiœ) entrelacées, la première a’azur, la seconde de 
gueules ; à la bordure dor chargée de huit tours et huit fleurs de lys alternées, 
le tout dasur, qui rappellent les armes de la ville de Simiane. 

La devise est : ■ Parate Viam Domini. » 

J. C. . 



BIBLIOGRAPHIE 

Tournier (Albert). — Les Conventionnels en exil. Paris, Flam¬ 
marion, 1911, in-12. 

Albert Tournier qui était si connu au Quartier Latin il y a quelque 
vingt ans, n'est pas seulement le représentant du fëlibrige à Paris, il 
se révèle historien à ses heures. Naguère, c’était Vadier dont il étu¬ 
diait le rôle comme président du comité de sûreté générale. L’ouvrage 
qu’il présente aujourd’hui au public : Les conventionnels en exil, va 


Digitized by L.ooQle 





244 SOCIÉTÉ D’ÉMULATION DU BOURBONNAIS 


nous montrer la triste vie de ces hommes après la proscription du 
16 Janvier 1816. 

Déjà pareil sujet avait été traité par M. Eugène Welvert (Lende/nams 
révolutionnaires ), mais l’auteur s’était borné à suivre certains conven¬ 
tionnels qui lui avaient paru typiques : l'anacréon de la guillotine, 
Barèjre ; un prêtre. Châles ; l’organisateur de la victoire, Carnot ; 
David, l’illustre peintre ; le héros de Mayence, Merlin de Thionville, 
et quelques autres. Tournier au contraire a voulu les suivre tous et 
consacre à ceux qu’il a pu retrouver une courte notice.Nous relevons 
donc dans son livre plusieurs noms qui intéressent le Bourbonnais. 
Sur 361 députés qui avaient voté la mort de Louis XVI, 56 avaient été 
guillotinés, 24 avaient été tués sur le champ de bataille, assassinés, ou 
s'étaient suicidés, 55 étaient morts paisiblement, avant la loi de ban¬ 
nissement. De la représentation de l’Ailier, Vidalin et Petitjean 
n'existaient plus, Chevalier, Beauchamp, ne tombaient pas sous le 
coup de la loi ; Tournier ne fait pas mention de Giraud. Martel et 
Forestier prirent le chemin de l’exil. 

De Liège où il s'est retiré, Martel écrit le 11 juin 1819 au marquis 
Dessolles pour protester contre la mesure prise à son égard. Le 14 jan¬ 
vier 1820, il réclame les arrérages de sa pension et la restitution des 
retenues prélevées. Forestier vit à Brienz (Suisse). Le 31 mars 1816, 
il charge Boiron-Rozier, adjoint au maire de Cusset, de lui faire parve¬ 
nir une pension de 6.000 francs qui lui est due par Hugues «Gévois». 
Bien qu’il appartienne à la représentation de Saône-et-Loire, Baudot 
doit être mentionné ici par suite de sa naissance à Liernolles. Tour¬ 
nier lui consacre un long article et cite volontiers ses appréciations. 
A Bruxelles et à Liège, le D' Baudot s’occupait d’œuvres philanthro¬ 
piques et de la rédaction de ses mémoires, légués à son cher Edgar 
Quinet. 

Pour terminer ce trop rapide exposé de l’étude historique de Tour¬ 
nier, nous ne saurions mieux faire que de citer sa phrase initiale : 
« B en que les conventionnels aient été très souvent et très allègre¬ 
ment jetés aux gémonies de l’histoire, tout ce qui intéresse ces puis¬ 
sants ouvriers de l'unité nationale ne saurait laisser indifférente 
une âme française. » 

E. Capelin. 


Le Gérant : P. FLAMENT. 


Moulins. — lmp. Etienne Auclairb. 


Digitized by LaOOQle 



PROCÈS-VERBAL 


SÉANCE DU 7 AOUT 1911 


Présidence de M. le chanoine Clément 

r 

E taient présents : MM. le chanoine Berthoumieu, Delaiguk, 
Flament, Giraud, L. Grégoire, Joly. 

— Excusés : MM. l’abbé Crochet, Dénier, Leutrat, Morand 
et Tiersonnier. 

— En l'absence du secrétaire et du secrétaire-adjoint, M. Flament, 
directeur du Bulletin , est chargé de la rédaction du procès-verbal de 
la séance. 

— M. le Président ouvre la séance en rappelant le décès, dans le 
courant de ce mçis, de M. Ducros, co-directeur du Soleil, qui était des 
nôtres depuis 1907 et avait pris part à l’excursion dans les environs 
de Saint-Pourçain, qui l’intéressaient spécialement. 

— M. l'abbé Clément, après la lecture et l'adoption du dernier 
procès-verbal et à l’occasion de la question posée par M. l’abbé Audin, 
signale, d’après les notes Des Gozis, à la date de 1610, un Louis 
des Escures, déjà à cette date pourvu d’un bénéfice dans la région de 
Jaligny, et qui aurait vécu jusqu’en 1690 (?). 

— Ouvrages offerts à la Société : Congrès archéologique de France , 
76*session tenue en 1910 à Avignon (M. E. Letèvre-Pontalis) ; — M. Fla¬ 
ment : Lettres inédites de Pascal-Antoine Grimaud, vicaire épiscopal 
du département de l'Ailier, membre de la Commission temporaire de 
Lyon (Curiosités bourbonnaises, XXIII). 

— M. Flament donne lecture de la correspondance : Lettres du 

16 


Digitized by LaOOQle 



246 


SOCIÉTÉ D’ÉMULATION DU BOUftBONNAlS 


trésorier du comité du monument Philippe Thomas, à Sfax, accusan 1 
réception des souscriptions recueillies par la Société d'Emulation ; — 
de M. l'abbé Crochet, curé de Thionne, remerciant de sa récente ad¬ 
mission. 

— Travail déposé sur le bureau et renvoyé au Conseil : Bellenaoes 
(suite), par M. L. Bideau. 

— M. Flament communique à la Société deux lettres par lui reçues 
de M. Louis Karl, docteur ès lettres, offrant pour le Bulletin un tra¬ 
vail sur Jean du Pin, moine moraliste bourbonnais du xiv« siècle, 
auteur du Litre de Mandeoie, dont on connaît une dizaine de manus¬ 
crits, mais qui n'a été imprimé que deux fois, en 1485 et en 1500. Les 
poésies morales de Jean du Pin ont été plusieurs fois citées par les 
érudits sans que jamais elles aient donné lieu à un travail d’ensem¬ 
ble ; l'article de M. Karl est le premier où soit analysée l’œuvre et où 
en soit identifié l’auteur. Cet intéressant travail est renvoyé au Con¬ 
seil qui, après lecture, examinera dans quelles conditions il serait 
possible d'en décider l’insertion. 

— M. Flament donne connaissance d’une délibération du conseil 
municipal de la Feline, qui demande le classement de l’église comme 
monument historique ; il fait passer sous les yeux des membres pré¬ 
sents des photographies de ce charmant petit monument, dont la 
flèche haute et fine est bien connue des archéologues. La Société 
s’associe à la demande du conseil municipal de la Feline et exprime 
le vœu de la voir couronnée de succès : ce vœu sera transmis à la 
municipalité qui pourra le joindre à son dossier. 

La municipalité d’Autry-Issard étant également disposée à faire 
classer son église parmi les monuments historiques (lettre de M. Thë- 
venet, maire, à M. Tiersonnier), la Société d’Emulation, qui a spécia¬ 
lement étudié cet intéressant édifice lors de son excursion de 1909, 
exprime le vœu que ce classement puisse être effectué et charge le 
Bureau de transmettre ce vœu à qui de droit. 

— M. Flament informe la Société que l’église de Bellenaves a été 
classée comme monument historique le 8 juillet dernier. 

— M. Tiersonnieh a fait déposer sur la table de la séance deux em¬ 
preintes de cachets bourbonnais, l’une aux armes des de Chausse- 
courte {parti émane hé d'or et d'azur, alors que V Armorial du Bour¬ 
bonnais donne : parti émanché d’argent et d’azur) et l’autre aux armes 
des du Breuil, seigneurs de la Brosse, dont l 'ex-libris a été récem¬ 
ment donné dans le Bulletin. Les deux cachets appartiennent & notre 
confrère, M. Xavier de Bodinat, qui a bien voulu en prendre em¬ 
preinte pour la collection des Archives. 


Digitized by LaOOQle 





PROCÈS-VERBAL 


247 


— M. Joly, bibliothécaire, fait en ces termes le compte rendu des 
publications reçues depuis la dernière séance : 

a Le tome XL1X des Mémoires de la Société archéologique de Tou¬ 
raine contient un travail de M. le comte Boulay de la Meurthe sur les 
Prisonniers du Roi à Loches sous Louis XIV. Deux de ces prisonniers 
intéressent le Bourbonnais : c’est d'abord Charles, marquis de La Vieu- 
ville, surintendant des finances, détenu en 1624-1625. Il nous intéresse 
à cause du préfet de l’Ailier La Vieuville sous la Restauration. 

« C'est ensuite le sieur de Comminge, procureur du roi en la ch⬠
tellenie de Montluçon, incarcéré de novembre 1679 à mars 1680 pour 
a résistance à quelques ordres de Colbert dans une affaire de finan¬ 
ces ». 

« Le tome XVII des Mémoires de la Société des Sciences naturelles 
et archéologiques de la Creuse donne la liste des abbés de l'abbaye 
cistercienne de Bonlieu (Creuse). Un de ces abbés était, en 1607, Annet 
de La Roehe-Aymond, doyen de l'église collégiale Saint-Nicolas de 
Montluçon. 

b Dans le même volume, M. Louis Caillet publie, avec notices ex¬ 
plicatives, trois documents inédits tirés de la Bibliothèque munici¬ 
pale de Lyon. Deux de ces documents se rapportent au Bourbon¬ 
nais : 

« C'est 1* un « Mendement » de Philippe le Bel du 3 février 1310 re¬ 
latif au comté de la Marche que ce roi avait confisqué en 1308 et qui 
fut échangé en 1327 par le roi Charles IV le Bel avec Louis, seigneur 
de Bourbon, contre le comté de Clermont en Beauvaisis, où ce roi 
était né. 

« 2* Une ordonnance non datée de Jacques II de Bourbon, roi de 
Hongrie, de Jérusalem et de Sicile, comte de la Marche et de Castres. 
Cette ordonnance prescrit des mesures propres à refaire les finances 
du comté de la Marche et à le mettre à même de payer aux gens 
d’armes et aux routiers les sommes convenues pour les éloigner du 
pays qu’ils menaçaient sans cesse de pillage et de dévastation. 

« Le général Devaureix publie dans le même volume des Observa¬ 
tions géographiques, historiques et linguistiques sur l’ancien pays de 
Combrailles, son pays natal. 

« L’auteur insiste sur le rôle joué par ce petit pays dans l'histoire 
de notre indépendance nationale, â commencer par la lutte de Ver¬ 
cingétorix contre César. Il suit le conquérant romain depuis Decize 
jusqu’à Gergovie, le montre d’abord remontant la vallée de l’A bran 
pour arriver vers l’Ailier, près de l'endroit où se trouve Moulins, en¬ 
suite longeant la rive droite de cette rivière jusqu'à Varennes. Là, un 
stratagème permit à César de passer sur la rive gauche. Alors il gagna 
Gergovie par le seul itinéraire praticable pour lui, par la vallée de 
l’Andelot, par Gannal et Aigueperse. 

« Dans ses Commentaires, César, dit le général Devaureix, invoque 
a les plus subtils prétextes pour expliquer son départ précipité de 
a Gergovie. Mais une lecture attentive du Livre VII permet de recon- 
a naître, entre les lignes, l'aveu d'une défaite absolue. Telle fut la ra- 
a pidilé de sa retraite qu’il mit seulement trois jours pour refaire, en 
a sens inverse, jusqu’à l’Ailier, le chemin qu'il avait tout d’abord fait 
a en cinq jours pleins. Cette retraite fut donc, pour César, une véri- 
a table fuite et, pour Vercingétorix, un triomphe. » 

a Le même tome XVII contient le commencement de l’inventaire 
critique des sculptures intéressantes du département de la Creuse. 
Cet inventaire débute par la description et la reproduction photogra- 


Digitized by LaOOQle 




248 


SOCIÉTÉ D’ÉMULATION DU BOURBONNAIS 


phique de deux sculptures du xv* siècle que possède l'église d’Ahun 
et qui font désirer que ledit inventaire soit activement poursuivi et 
bientôt mené à bonne fin. C'est d’abord un haut-relief en pierre 
blanche représentant une « Vierge de Pitié » ou « Pieta » accompa¬ 
gnée par divers personnages de la Passion ; puis une A lise au Tom¬ 
beau ; par un arrangement unique et original, cette Mise au Tombeau 
réunit la scène de l'ensevelissement du Christ et la scène de l’onction 
de son corps. 

« — Petite rectification du Centre médical à propos du compositeur 
Aimé Maillart : 

a Ce charmant musicien à qui nous devons le Lara, les Dragons 
de Villars. les opéras-comiques de Gastibclza i!847i, de la Croix de 
Marie (1852), etc..., n’est pas l’auteur de Fanchonnette, qui est due à 
Clapisson (1856), membre de l’Institut, mort en 1866. 

« — Le 33 e volume des Mémoires delà Société des Antiquaires du 
Centre publie un manuscrit des Archives vaticanes, transcrit par 
M. l’abbé Maurice de Laugardière, Le compte d'un subside fourni par 
le diocèse de Bourges au pape Jean XXII, en 1327. Sur ce releve de 
compte figurent, avec la somme que chacune a versée au collecteur 
apostolique, 195 paroisses qui maintenant font partie du département 
de l’Ailier et du diocèse de Moulins. 

« — Le lieutenant-colonel Dervieu étudie « le clou à tracers les 
âges ». Une planche représente les principaux types de clous. 

« — Le très intéressant Précis analytique des travaux de l’Académie 
des Sciences, Belles-Lettres et Arts de Rouen publie l’attachant récit 
d’une excursion en Kabylie, récit intitulé: De Tizi-Ouzou à Beni-Men- 
gallet ; puis deux études remarquables, tout à fait d’actualité : l’une, 
avec figures schématiques, est un exposé théorique et pratique de 
l’aviation et a pour titre : Les plus lourds que l’air ; l’autre a pour objet : 
Le Problème de la vieillesse, Les Retraites et la Mutualité. 

— M. l’abbé Clément donne quelques indications sur deux des per¬ 
sonnages signalés par M. Joly. Annet de La Roche-Aymon apparte¬ 
nait à une famille chevaleresque des environs d’Evaux (Creuse). Il 
était fils de François, lieutenant de la compagnie de chevau-légers 
de M. de Chaseron, gouverneur du Bourbonnais, et de Françoise 
Le Loup de Pierrebrune. Annet entra dans les ordres et n’était que 
tonsuré quand, en 1603, il fut nommé curé de Neoux et archiprètre 
d’Aubusson. En 1606, il devint abbé de Bonlieu et doyen du chapitre 
collégial de Saint-Nicolas de Montluçon. L’année 1607 le trouve diacre. 
M. des Gozis déclare que ses infirmités l’ont empêché d’arriver à la 
prêtrise. 

Quant au « Comminge » que M. le comte Boulay de la Meurthe nous 
Indique parmi les prisonniers du roi à Loches sous Louis XIV, il s’agit 
de François de Comminges, seigneur de Lamaron, du Bois-Châtelet 
et de la Loue, trois petits fiefs situés à Montluçon même, le premier 
ayant été transformé, depuis, en couvent des Bernardines, aujour¬ 
d’hui le lycée. François de Comminges naquit le 1" août 1632 de 
noble homme Gilbert de Comminges, et mourut le 17 juin 1694 dans 
l’office de procureur du roi. Il a laissé la réputation d’un homme de 


Digitized by LaOOQle 




PROCÈS-VERBAL 


249 


médiocre savoir et d’un caractère fantasque. C'est du moins ce qui res¬ 
sort des rapports des intendants de Pommereu en 1664 et d’Argouges 
en 1686. Ce dernier, dans son procès-verbal de la généralité de Mou¬ 
lins en 1686, donne sur notre personnage une note qui jette un cer¬ 
tain jour sur sa présence dans les prisons de Loches : « Le procureur 
du roi, du temps de M. de Bouville, fut exilé par ses manières ex¬ 
traordinaires. » 

Puis notre confrère analyse des notes qu'il a prises aux Archives 
du Rhône lors d’un récent voyage à Lyon, dans des procès-verbaux 
de visites du xvii* siècle, des établissements bourbonnais de l’ordre 
de Saint-Jean de Jérusalem. Ces procès-verbaux ont été utilisés, en 
partie, par A. Vayssière et par M. Bertrand, mais il y aurait beau¬ 
coup à y prendre, tant au point de vue purement historique qu’au 
point de vue artistique. M. l'abbé Clément le prouve en donnant des 
détails sur le membre de Bardon, dépendant de la commanderie de 
Beugnet, ainsi que ses annexes de Trevol et de Pontenas (Thiel). 

— M. Giraud et M. l’abbé Clément recherchent ensuite, soit parmi 
les églises, soit parmi les édifices militaires, ceux dont il serait plus 
particulièrement intéressant de dresser un relevé architectural et ar¬ 
tistique. 

— M. Delaigue donne, d’après les œuvres de Scarron, un aperçu de 
la vie aux bains de Bourbon-l’Archambault au xvn* siècle. Il a en¬ 
trepris sur ce sujet un travail où il a cherché à identifier les person¬ 
nages cités par Scarron et il y a tout lieu de prévoir que ses recher¬ 
ches apporteront bien des éclaircissements sur une matière souvent 
touchée, mais jamais approfondie. M. le chanoine Berthoumieu rap¬ 
pelle en passant que Gaston d’Orléans, dans ses Mémoires , attribués 
à Algay de Martignac, parle de son goût pour « la recherche des 
simples » et notre confrère ajoute qu'étant à Bourbon, le frère de 
Louis XIII herborisa souvent dans la forêt de Grosbois. 

— M. Delaigue fait ensuite circuler deux pièces anciennes, l’une un 
denier tournoi du xvr siècle, fort elïacé, bautre une monnaie romaine, 
cette dernière trouvée à Dompierre-sur-Besbre. 

— M. Delaigue dépose enfin sur le bureau une demande signée de 
cinq membres de la Société, MM. le chanoine Berthoumieu, le cha¬ 
noine Clément, Dénier, Flament et Delaigue, qui tend à faire attri¬ 
buer à notre confrère M. Jules Roy, professeur à l’Ecole des Chartes, 
en application de l’article 3 de nos statuts, la qualité de membre ho¬ 
noraire. M. le président propose à la Société de confier àM. Delaigue 
le soin de rédiger le rapport réglementaire qui sera lu à l'assemblée 


Digitized by LoOOQle 




250 


SOCIÉTÉ D ÉMULATION DU BOURBONNAIS 


générale de novembre et dans lequel les motifs de la demande seront 
exposés ; cette proposition est acceptée. 

— On procède au vote pour l’admission des personnes présentées à 
la dernière séance ; sont élus : M. Martin, membre titulaire, et la Bi¬ 
bliothèque d'art et d’archéologie de M. Doucet, membre correspon¬ 
dant. 

— Est présenté comme membre titulaire, par MM. le chanoine Clé¬ 
ment, Delaigue et L. Grégoire, M. Louis-Charles Picard de Grand- 
champ, demeurant à Pierrefltte-sur-Loire (Allier). 

— L’ordre du jour étant épuisé, la séance est levée à 9 h. 40. 

P. F. 



Digitized by LaOOQle 




Une victime de la Temar en Bourbonnais 


FRANÇOIS CHABRAL, Prêtre 


P endant la période de la Terreur, le Tribunal criminel du dé¬ 
partement de l'Ailier ordonna quatre exécutions capitales. 
Voici, dans l'ordre chronologique, les noms des victimes : 
Jean-Baptiste-Victor Bardonnet des Martels, volontaire des hussards 
noirs, condamné le 13 novembre 1793 (23 brumaire an II) ; Paul Au- 
bery, notaire à Luneau, condamné le 7 mars 1794 (17 ventôse) ; Fran¬ 
çois Chabral, vicaire à Tronget, condamné le 23 mai 1794 (4 prairial) ; 
Ambroise de Laboulaye-Marillac, officier au régiment de Béarn, con¬ 
damné le 5 juillet 1794 (17 messidor). Dans cette notice, nous nous 
occuperons uniquement de François Chabral (1). 

Lieu d'origine 

François Chabral naquit en 1756. Sa famille habitait Aigueperse, 
en Auvergne. Son père, François-Louis Chabral, était procureur au 
bailliage de Montpensler, et sa mère s'appelait Marie Dulin. 

Louis Audiat, qui a consacré un chapitre à notre personnage (2), 
conteste ceLte origine. Il place Aigueperse, lieu de naissance de Cha¬ 
bral, dans la Haute-Vienne, s’appuyant sur les Martyrs de la/'oi pen¬ 
dant la Révolution française (par M. l'abbé Aimé Guillon) et le Mar¬ 
tyrologe du clergé français pendant la Révolution , qui présentent Cha- 

(1) Les diverses pièces d'archives que nous avons consultées portent trois 
formes différentes de ce nom : Chabral, Chabras, Chabrat ; mais il s'agit 
manifestement d’un seul et même personnage. 

(2) La Terreur en Bourbonnais, II, 51 & 57. 


Digitized by LrOOQle 



252 


SOCIÉTÉ D'ÉMULATION DU BOURBONNAIS 


bral comme « prêtre du diocèse de Limoges » (1) ; au reste, il rap¬ 
porte que « des recherches faites dans les registres paroissiaux d’Ai- 
gueperse, arrondissement de Riom, ont été Infructueuses ». 

Mais, d'autre part, toutes les pièces que nous avons vues aux ar¬ 
chives départementales à Moulins et à Clermont-Ferrand, et l'inter¬ 
rogatoire même de François Chabral, le donnent formellement comme 
originaire d'Aigueperse en Auvergne. Et d'ailleurs, un examen plus 
attentif des archives municipales de cette ville prouve qu'au moins 
la famille Chabral y était fixée. On n’y trouve pas, à la vérité, l'acte 
de baptême de François, mais on y peut lire, à la date du 19 novem¬ 
bre 1771, l’acte de mariage de sa sœur Gilberte avec « maître Fran¬ 
çois Hervier, praticien, fils de défunt Claude Hervier, marchand, 
et de dame Pétronille Lartaud, habitant la ville de Saint-Germain- 
des-Fossés » (2). Les témoins de la jeune fille étaient maître François- 
Louis Chabral, procureur au bailliage de Montpensier, père de la 
future. François Chabral, frère, et Louis Lefort, oncle, qui ont signé 
au registre. C’est, du reste, la seule mention qui soit faite, aux ar¬ 
chives municipales d'Aigueperse, du nom patronymique de Chabral, 
et les registres de Montpensier ne sont pas moins muets ; il faut donc 
conclure que le procureur au bailliage était étranger au pays et que 
ses enfants étaient nés ailleurs, avant qu'il ne vint exercer sa charge 
à Montpensier (3). 

Chabral, prêtre 

Aux archives du Puy-de-Dôme, le fonds de l'évêché de Clermont- 
Ferrand ne donne aucun détail sur les études de François Chabral. 
Les registres des insinuations du diocèse de Clermont ne contiennent 
pas même le nom de Chabral dans les listes d'ordinands ; mais ces 
listes sont peu nombreuses et ne se succèdent pas régulièrement ; à 
cette époque, la plupart des années manquent. Les archives du Grand 
Séminaire ne contiennent rien non plus sur Chabral. 

Mais le dossier de son procès (4) nous apprend qu'il fut « fait prêtre 
à Clermont » vers 1782 et qu'il entra dans les ordres, c'est-à-dire reçut 
le sous-diaconat en 1780 ou 1781 (5). 

(1) « Il y a, en effet, dans le département de la Haute-Vienne, un hameau 
d’Aigueperse, en la commune de Saint-Bonnet-la-Bivière, canton de Pierre- 
Butfière, arrondissement de Limoges, et le château d'Aigueperse, en la pa¬ 
roisse de Saint-Paul d'Eyjeaux, même canton. » (Note de L. Audiat.) 

(2) It sera question de ce François Hervier dans le procès de Chabral. 

(3) Montpensier est à peine à 2 kilomètres d'Aigueperse. 

(4) Arch. départ, de l’Ailier, L. 1052 (prov.). 

(5) François de Bonal était évêque de Clermont. 


Digitized by LaOOQle 





FRANÇOIS CHABRAL 


253 


Il commença son ministère en qualité de vicaire de la paroisse de 
Saint-Coust de Châtelguyon, où du reste il ne demeura pas long¬ 
temps : le 21 mars 1783, il était nommé vicaire à Ebreuil (11. A pro¬ 
pos de cette nomination, les registres des insinuations du diocèse de 
Clermont confirment ce que nous savons du lieu d'origine de Cha- 
bral : 

« Aujourd'hui 21 mars 1783, en présence des notaires royaux et 
« apostoliques du diocèse de Clermont résidant en la ville d'Ebreuil, 
« a comparu M" Pierre Conchon, procureur au bailliage de cette ville, 
a y demeurant, comme fondé de la procuration de messire François 
« Cbabral, maître ès arts, gradué nommé de l’Université de Paris, 
« prêtre vicaire de la paroisse de Châtelguyon, demeurant en la dite 
a paroisse de Châtelguyon, nommé par la dite Université de Paris 
« sur l’abbaye royale de Saint-Léger d'Ebreuil... 

« S’ensuit la procuration : Par-devant les notaires royaux de la 
« sénéchaussée d’Auvergne à Riom et apostoliques du diocèse de 
« Clermont, a été présent M” François Chabral, maître es-arts de 
a l’Université de Paris, prêtre vicaire de la paroisse de Saint-Coust 
« de Châtelguyon, originaire de la cille d'Aigueperse, paroisse de 
« Notre-Dame, demeurant au dit lieu de Châtelguyon... » (2). 

Le 2 juin 1783, Chabral est remplacé par Sébastien Forestier, origi¬ 
naire de Saint-Genès-du-Retz, auparavant vicaire à Saint-Gérand-de- 
Vaux (3). Au mois de juillet de la même année, il signe, en qualité 
de vicaire, aux registres de la paroisse de Treteau, où il reste seule¬ 
ment deux mois environ (4). Au mois d’août, il est vicaire à Tre- 
zelles (5). Mais le pauvre vicaire ne demeure guère en place : en mars 
1784, ii quitte Trezelles, et nous ignorons ce qu’il devient jusqu’en 
1789, où nous le retrouvons vicaire à Tronget. 

Chabral, vicaire a Tronget 

François Chabral fut vicaire de Tronget depuis la fin de 1789 jus¬ 
qu'au mois de juillet 1792. Il est vraiment regrettable que les archives 


(1) Philibert-Nicolas Hemey, vicaire général d'Autun, était abbé commen- 
dataire de l'abbaye royale de Saint-Léger d'Ebreuil. 

(2) Arch. départ, du Puy-de-Dôme: Insinuations du diocèse de Clermont, 
174. f» 203. 

(3) Ibid., 174, f* 300. 

(4) 11 avait pour curé Jacques Amilhon, originaire de Saiut-Floret .(Puy- 
de Dôme), qui devait plus tard prêter tous les serments qu'on lui demanda, 
et même abandonner la prêtrise. (Arch. munie, de Treteau.) 

(5) Curé, M. Devaulx, saint prêtre, plus tard « confesseur de la foi ». 


Digitized by LrOOQle 




254 


SOCIÉTÉ D'ÉMULATION DU BOURBONNAIS 


municipales de sa paroisse ne puissent fournir aucun renseignement 
sur cette période intéressante de sa vie (1). 

Nous savons cependant qu’il avait pour curé Gabriel BaMhelaix. Ce 
prêtre n'avait ni caractère, ni fermeté ; il prêta avec la plus grande 
facilité tous les serments désirés et, le 27 novembre 1793, il abjura 
ses fonctions sacerdotales. C'est en sa compagnie que Chabral devait 
avoir à se prononcer pour ou contre la Constitution civile du clergé. 

Mais avant de dire quelle fut, en celte circonstance, la conduite du 
vicaire de Tronget, il est bon de faire quelques remarques générales 
sur l'alternative pénible à laquelle fut condamné le clergé de France. 
Fallait-il accepter le serment exigé ï - Devait-on le repousser ? — il 
faut reconnaître qu'au début du moins,-la question était de nature à 
embarrasser les meilleurs d’entre les prêtres. Le projet de loi, pré¬ 
senté par Voidel, attaqué par Ms r de Bonal, l’abbé de Montesqulou 
et Maury, défendu d'une façon équivoque par Mirabeau, et enfin 
voté le 27 novembre 1790, obligeait au serment les évêques conservés 
en fonctions et les vicaires épiscopaux, les curés conservés et leurs 
vicaires, les supérieurs et directeurs des séminaires, les professeurs 
des séminaires ou collèges, et tous autres ecclésiastiques fonction¬ 
naires publics. La formule serait « d'être fidèle à la nation et au roi, 
et de maintenir la Constitution décrétée par l’Assemblée nationale et 
acceptée par le roi ». « Comme on le voit, dit M. Pierre de la Gorce, 
la Constitution civile du clergé n’était point expressément nommée, 
mais l'intention évidente du législateur était de la comprendre dans 
le mot générique de constitution, et nul ne songea à une autre inter¬ 
prétation. » 

On essaya de concilier la bonne volonté du clergé avec son respect 
des droits de l'Eglise ; à l’Assemblée du 2 janvier 1791, « M. de Bonal, 
évêque de Clermont, se leva pour proposer une formule de serment, 
très explicite sur les droits de la puissance civile, mais restrictive sur 
tous les objets spirituels. Dans le public, dans l'Assemblée, les mur¬ 
mures éclatèrent. « Nous ne voulons, dit Treilhard, qu’un serment 
pur et simple- » Ces âpres paroles furent couvertes d'applaudisse- 


(1) En 1840, l’inventaire des archives de Tronget mentionne que les pre¬ 
miers registres de délibérations datent de 1830 : depuis, on a retrouvé ceux 
de 1820-1830, mais il ne subsiste rien de la période révolutionnaire. On ra¬ 
conte que les registres municipaux de cette époque furent perdus dans la 
rivière de l'Ailier : on les transportait, parait-il, & la Préfecture par voie 
d'eau, de Cbâtel-de-Neuvre à Moulins, et c'est au cours de ce voyage qu'ils 
auraient fait naufrage. Une autre version, plus vraisemblable, veut qu'ils 
aient été détruits par des personnes intéressées à leur disparition. 


Digitized by LaOOQle 



FRANÇOIS CHABRAL 


255 


ments. Cependant, les acceptations du serment étaient très rares. 
Sur la proposition du représentant Alquier, il fut décidé que le Co¬ 
mité ecclésiastique de l'Assemblée élaborerait un projet d'instruclion 
sur la Constitution civile, que cette instruction serait transmise aux 
autorités et publiée partout. Le 21 janvier 1791, le travail fut lu en 
séance publique. « Le projet rééditait, sans les rajeunir beaucoup, 
tous les arguments cent fois développés à l’appui de la Constitution 
civile. 11 afllrmait, à quatre reprises différentes, que la foi n'était 
point en danger ; il proclamait l’attachement de l’Assemblée à la re¬ 
ligion catholique dont le Pape était le chef visible ; il mettait en relief 
le zèle des représentants à placer, au premier rang des dépenses pu¬ 
bliques, le traitement du clergé et l’entretien du culte. » 

D'autre part, le roi (et quelle n'était pas la piété de Louis XVI !) 
avait signé le décret sur la Constitution civile ; un archevêque l'avait 
contresigné. Les curés des campagnes lisaient et relisaient le préam¬ 
bule de la loi : Louis, par la grâce de Dieu, coulait et ordonnait ce 
qui suit... L'œuvre avait donc été ratifiée par le roi, par le roi très 
chrétien ! Enfin, Rome gardait un silence obstiné : le chef de l'Eglise 
n’avait encore révélé sa pensée par aucun document public. 

« Tout se coalisait, ajoute M. P. de La Gorce, pour conseiller l’obéis¬ 
sance. Le serment, conçu en termes généraux, semblait s'appliquer 
en bloc à toute la Constitution, en sorte que le refus prendrait un as¬ 
pect contre-révolutionnaire et s'appellerait, dans le peuple, rébellion. 
L'ancien régime aboli laissait dans la hiérarchie ecclésiastique des 
vides immenses à combler ; de là, pour quiconque plierait, l'espoir 
d’une promotion sans pareille. Au contraire, le châtiment de la résis¬ 
tance serait l’exclusion de la cure, la suspicion, l’abandon, la persé¬ 
cution peut-être, et une précaire existence de missionnaire, sans 
asile, sans place, sans pain. Une insistance habile à prêcher la sou¬ 
mission osait ajouter aux mobiles humains l’intérêt de la religion 
elle-même ; on laissait entendre que le refus du serment, en privant 
temporairement les fidèles de pasteur, en étalant le spectacle public 
de discordes confessionnelles, discréditerait le vrai christianisme, 
loin de le servir ; on partait de là pour insinuer que, s'il y avait un 
schisme, le vrai schismatique serait le réfractaire ; ce serait lui qui 
porterait la responsabilité de la scission. Il se trouvait donc que, par 
un audacieux renversement des rôles, on proclamait la défection, non 
seulement amnistiée, mais méritoire, en l'abritant sous le service de 
Dieu... H y avait d'autres pressions, pression de la famille et des 
amis, taxant d'entêtement la fidélité, pression des journaux enregis¬ 
trant un à un les serments et s'efforçant de créer la contagion de 


Digitized by LaOOQle 




256 


SOCIÉTÉ D’ÉMULATION DU BOURBONNAIS 


l’obéissance... » (1). Enfin, quelques prêtres, les uns, par turbulence 
d'esprit, ambition, rancune, les autres peut-être par conviction sin¬ 
cère, se faisaient les champions des lois nouvelles et entraînaient 
leurs confrères à leur suite : tel fut Gabriel Barthelaix, curé de 
Tronget. 

François Chabral eut la faiblesse de suivre l'exemple de son curé : 
un dimanche, à la grand’messe, il prêta le serment prescrit par la 
loi (2). En quels termes fut prononcé ce serment ? Fut-il accompagné 
(le fait est très fréquent) de paroles restrictives ? Nous l’ignorons, 
puisque les registres municipaux de Tronget ont disparu. 

Quoi qu'il en soit, la bonne harmonie fut détruite entre Chabral et 
son curé ; des discussions naquirent ; l’attitude de Bartbelaix devint 
hostile à son vicaire. D’autre part, un certain nombre de paroissiens 
ne cachaient pas leur mauvaise opinion des prêtres assermentés. Cha¬ 
bral se décida à rétracter son serment. Un dimanche de juillet 1792, 
à l’issue de la messe paroissiale, il fit un discours par lequel «il dé¬ 
clara qu'il rétractait le serment par lui ci-devant prêté » ; François 
Meillet, membre de la municipalité de Tronget, en dressa un procès- 
verbal, qu'il porta au tribunal de Montmaraud. 

Chabral « réfractaire » 

Chabral était donc réfractaire. Sa situation devenait intolérable : à 
l’hostilité de son curé se joignaient les injures et les vexations de plus 
en plus audacieuses du parti révolutionnaire de Tronget. Bien plus, 
le séjour en France devait même bientôt lui être interdit : un décret 
du 26 août 1792 punissait de la déportation à la Guyane tous les ec¬ 
clésiastiques non conformistes qui n’auraient pas quitté le territoire 
dans un délai de quinze jours. Un grand nombre d’entre eux 4 s’éioi- 
gnèrent alors de la France, mais plusieurs autres, soit par pauvreté, 
soit par attachement à leur ministère, se refusèrent à quitter leur 
patrie et se cachèrent dans les bois ou dans des maisons amies. 

C’est ce dernier parti que suivit François Chabral. Dès les premiers 
jours de septembre, il abandonna ses vêtements ecclésiastiques, revê¬ 
tit des « habits bourgeois » et s'enfuit chez un de ses amis, Jacques- 
Etienne Joudioux, curé de Neuville (3). 

(1) Pierre de La Gorce : Histoire religieuse de la Révolution française , 
I, passim. 

(2) A partir de maintenant, tous nos renseignements, saut avis contraire, 
proviennent des Archives départementales de l'Ailier, L. 55, lit, 112,115, 
835, 1052. 

(3) J.-E. Joudioux, né & Hérisson, diocèse de Bourges (Allier), le 19 mai 


Digitized by LrOOQle 


FRANÇOIS CHABRAL 


257 


« Alors, dit L. Audiat, commença pour lui une vie précaire et mi¬ 
sérable de fuite et de déguisement, de crainte pour lui et pour les 
autres, d’aventures et de périls. » 

Le curé de Neuville lui ménagea une retraite chez François Sénat, 
journalier, locataire en la commune de Chavenon. François Chabral, 
alors malade, passait à peu près tout son temps au lit ; il ne sortait 
que pour de courtes promenades et se nourrissait surtout de lait et 
de fromage. Mais il était mal soigné et ne pouvait avoir la visite d'un 
médecin. Au bout de six mois, il eut de nouveau recours à l’obli¬ 
geance du curé de Neuville. 

Mais les « habits bourgeois » devenaient un danger pour lui ; chez 
Sénat, il était seul à les porter, et cela pouvait donner l’éveil ; il les 
quitta donc et acheta des vêtements de cultivateur à Madeleine Si- 
vade, veuve Bemon, métayère au domaine de Bois-Merle, commune 
de Sauvagny-le-Comtal. 

De plus, il prit la précaution de se présenter désormais dans les 
maisons amies sous le nom de cousin, appellation qui pouvait dési¬ 
gner à la fols un titre de parenté et un nom de famille. Joudioux fit 
venir chez lui Louise Marquoy, femme de Gabriel Feilder, proprié¬ 
taire à Bois-Merle et officier public de Sauvagny-le-Comtal ; il fut 
décidé que Chabral se retirerait chez eux, et le prix de sa pension fut 
réglé à raison de 50 livres par mois. 

La santé de Chabral était toujours chancelante ; mais, à Sauvagny, 
il put avoir la visite d'un chirurgien qui vint le saigner : Gilbert Pil- 
lot ou Pilaud (1), qui était aussi greffier de la municipalité, officier 
public et percepteur des impositions, demeurant en la commune de 
Bizeneuille. A Bizeneullle. les officiers municipaux étaient très mo¬ 
dérés : ils refusèrent même d'installer comme prêtre constitutionnel 
le sieur Mallet. Gilbert Pillot lui-même était ennemi de la Révolu¬ 
tion, et il ne cachait pas sa manière de voir ; mais ses libertés de lan¬ 
gage, à une époque où le silence même pouvait être suspect, devaient 
le conduire au tribunal criminel de Moulins et jusqu'au tribunal 
révolutionnaire de Paris. Un Jour, sur la route de Cosne à Montlu- 
çon, il rencontra deux voituriers, Jean Tuélin (2) et Jean-Baptiste 
Duranton, tous deux de Cosne. Tuélin lui demanda ironiquement s'il 

1741, mort k l'tte d’Aix, le 3 septembre 1794. — Neuville, canton d'Hérisson, 
arrondissement de Montluçon. 

(1) Nous avons trouvé trois formes différentes de ce nom : Pillot, Pilot et 
Pilaud. 

(2) L. Audiat a lu ; Jean Turpin, et le D r Cornillon : Turtin, mais c'est 
bien Tuélin qui est porté aux pièces du procès. 


Digitized by LaOOQle 




258 


SOCIÉTÉ D'ÉMULATION DU BOURBONNAIS 


était toujours aristocrate : « Qu'est-ce que cela te fait ? » répondit 
Pillot. » - « J'aime mieux un bon patriote qu’un aristocrate ». ajouta 

le voiturier. A quoi Pillot répondit : « Si tu es patriote, tu es f.. 

parce que les patriotes le seront bientôt tous. Les aristocrates ont pris 
plusieurs villes et, sous huit ou quinze jours, les émigrés seront en 
Franee » ; et il ajouta : « Je voudrais qu'ils y fussent déjà. » Lors du 
procès Chabral, cet entretien fut rapporté par les deux voituriers au 
tribunal criminel de Moulins. 

Arrivé chez Feilder au commencement du carême, Chabral n ! y 
resta que deux mois, car le prix de sa pension était trop élevé pour 
les faibles ressources dont il disposait. Il s'entendit doDC avec Gilbert 
Tourret, journalier, qui venait travailler chez Feilder, et se réfugia 
chez lui, même commune de Sauvagny-le Corotal. Là, il vivait à part 
et à sa guise ; du reste, il mangeait fort peu, çar sa santé était de 
plus en plus mauvaise. En mai 1793, il eut de nouveau recours aux 
bons soins de Gilbert Pillot, qullui ordonna de prendre des bouillons 
rafraîchissants ; et il rapporta de Bizeneuille des simples pour faire 
ses bouillons chez Tourret. 

A la fête de Saint-Pierre de la même année, Chabral quitta Tourret 
pour chercher refuge chez Jean Soudry, dit Desmaillet, journalier à 
Sauvagny, demeurant proche du bois de Suave, qui lui donna l’hos¬ 
pitalité pendant dix mois environ. 

Chabral avait avec lui quelques livres qui l'aidaient à supporter les 
ennuis de la solitude. Au reste, sa santé s'était considérablement amé¬ 
liorée, et il passait toutes ses journées au dehors, ne paraissant pas 
chez Tourret ; souvent même il restait plusieurs jours consécutifs 
sans rentrer, et Tourret dépose au procès qu’il venait seulement 
quelquefois coucher chez lui. Où allait Chabral ? L'acte d’accusation 
nous l'apprend : il se rendait au bois de Suave, « dans une petite re¬ 
traite pratiquée à l’endroit le plus couvert », c'est-à-dire probablement 
dans une « loge » de bûcheron ou de charbonnier. A la vérité, il dé¬ 
clara au tribunal n’y avoir pas célébré la messe ; mais il est tout à 
fait vraisemblable qu’au contraire il y réunissait les fidèles et y ad¬ 
ministrait les sacrements, imitant la conduite d’un confrère voisin, 
Gilbert-Bon Vernoy de Saint-Georges, curé de Buxière-la-Grue (1). 

Depuis son départ de Tronget, la situation de Chabral s’était sin- 

(1) L'année précédente, appelé par les tendeurs et les sabotiers, Vernoy 
de Saint-Georges s'était réfugié dans une loge de la forêt de Grosb-ùs ; il y 
administrait les sacrements et disait la messe le dimanche, quelquefois de¬ 
vant deux ou trois milliers de personnes rangées autour dç la loge (L. Au- 
diat, La Terreur en Bourbonnai», I, 98). 


Digitized by LaOOQle 





FRANÇOIS CHABRAL 


259 


gulièrement aggravée. En vertu du décret du 26 août 1792, 11 était 
passible de la relégation ; mais un nouveau décret de la Convention, 
du 21 octobre 1793, était encore plus sévère : les prêtres réfractaires 
surpris porteurs de quelque signe contre-révolutionnaire, devaient 
être exécutés dans les vingt-quatre heures. Nous allons voir plus loin 
que ce décret fut la perte de Chabral. 

Arrestation de Chabral 

Du reste, François Chabral n'était pas oublié. I.e tribunal de Mont- 
maraud avait signalé sa rétractation au Conseil du département de 
l’Ailier. Mais on ignorait le lieu où il s'était réfugié ; ce ne fut que 
plus tard que des recherches furent ordonnées aux environs de Mont- 
maraud. A la séance du Conseil du département, du 22 avril 1793, on 
fit lecture d'une lettre du lieutenant de gendarmerie nationale Gozard, 
écrite de Montmaraud, le 20, au procureur général syndic, a Gozard 
s’est occupé de la recherche de François Chabral (prêtre) ; il n'a 
pu le découvrir et a appris que, le 9, il était parti de la Morlette pour 
se rendre dans le département du Puy-de-Dôme. Le procureur 
général syndic est chargé de se procurer le signalement exact de 
Chabral et de l’envoyer au procureur général syndic du département 
du Puy-de-Dôme, auprès de qui il réclamera son arrestation. » Mais 
les renseignements du gendarme Gozard étaient inexacts, puisque 
Chabral n'avait pas quitté Sauvagny, où il était à peu près tranquille. 

Près d’un an plus tard, un arrêté du représentant du peuple Verne- 
rey vint secouer le zèle révolutionnaire des municipalités contre les 
réfractaires : • 

« Au nom du Peuple français... 

• Le représentant du peuple, dans les départements de la Creuse et de l'Ai¬ 
lier, considérant que plusieurs ecclésiastiques ci-devant curés et vicaires des 
départements circonvoisins se sont depuis quelque temps retirés dans diffé¬ 
rentes communes du département de la Creuse, où leur séjour trouble la tran¬ 
quillité qui jusqu’alors n’y avait point été altérée j 

■ Considérant que les ci-devant curés ou vicaires des différentes paroisses 
des départements de la Creuse et de l'Ailier, qui ont cessé leurs fonctions, et 
qui n’étant ni originaires ni propriétaires des dites paroisses, ne peuvent avoir 
aucun motif légitime qui les oblige à y continuer leur séjour ou résidence ; 

« Considérant enfin que le fanatisme a déjà fait des plaies assez profondes 
et causé d’assez grands maux dans quelques départements de la République, 
pour qu’il importe de ne pas lui fournir des aliments et l’occasion de les renou¬ 
veler dans les départements de la Creuse et de l’Ailier où il expire sans con¬ 
vulsions, 


Digitized by LaOOQle 




260 


SOCIÉTÉ D'ÉMULATION DU BOURBONNAIS 


« Arrête ce qui suit : 

« Art. i. — Les ci-devant curés ou vicaires des différentes paroisses des 
départements de ja Creuse et de l’Ailier, qui ont cessé leurs fonctions et qui 
ne sont ni originaires ni propriétaires d’une maison ou de dix arpents de terre 
dans ces paroisses, seront tenus de se retirer dans le mois au lieu de leur 
naissance ou de leur famille, ou à trois lieues au moins du territoire des pa¬ 
roisses où ils exerçaient leurs fonctions, à peine d’être regardés comme sus¬ 
pects. 

« Art. 2 . — Tous autres ecclésiastiques, ci devant curés ou vicaires, qui 
ne constateront pas par acte authentique être originaires ou propriétaires 
dans l’étendue des territoires des départements de la Creuse ou de l’Ailier et 
qui y ont établi leur domicile depuis trois mois hors leur famille, qui ne s’éten¬ 
dra pas au-delà des frères et sœurs, seront tenus sous quinzaine d’évacuer 
le territoire de ces deux départements, à peine d’être punis par la réclusion, 
comme suspects par le seul fait de leur résidence. 

■ Art. 3 . — Si, le délai de quinze jours expiré, il s’élève des troubles dans 
les communes où résideraient encore les ecclésiastiques curés ou vicaires com¬ 
pris dans l’article II ci-dessus, ils en seront présumés les auteurs ou fauteurs 
et dénoncés comme tels aux accusateurs publics près les tribunaux criminels 
des deux départements, qui seront tenus de les poursuivre. 

■ Art. 4. — Les tribunaux criminels les jugeront révolutionnairement, con¬ 
formément et suivant le mode prescrit par la loi. 

« Art. 5 . — La connaissance, la poursuite et le jugement sur la dénoncia¬ 
tion leur sont spécialement attribués par le présent arrêté. 

« Art. 6 . — Les municipalités qui ne les dénonceront pas, les propriétaires 
qui leur donneront retraite seront égafcment regardés comme suspects. 

« Art. 7 . — Le présent arrêté sera imprimé, publié et affiché dans toutes 
les communes des départements de la Creuse et de l’Ailier. 

■ Fait à Bourganeuf, le 15 ventôse an II de la République (5 mars 1794 ). 

■ Signé : Vernerby. » 

(A suivre.) Abbé G. Audin. 



COMPTE T3JETIDTT 


DE LA 

Tieigïeme Excuision 

ENTRE 

Varennes-sur-Àllier et Saint-Germain-des-Fossés 

LH 22 JUIN 1911 


a faveur dont jouit notre excursion annuelle semble aug¬ 
menter chaque année. Sur le quai de Varennes, c'est 
par dizaines que nous débarquons joyeux. Déjà nous 
attendent M. Camille Grégoire avec nos amis de Saint- 
Pourçain, toujours fidèles, et notre dévoué confrère Mon¬ 
tagne, qui a tracé notre itinéraire et réglé nos étapes. En cours de 
route, notre contingent ne cessera de grossir. Comme toujours, de 
nombreuses dames apportaient à notre réunion ce charme féminin 
sans lequel les meilleures choses sembleraient imparfaites (1). 

Arrivés de Moulins, la veille, les breaks nous conduisent d'abord à 
la vieille église de Vouroux. La gendarmerie qui l'occupe oppose à 

(1) Prirent part à l’excursion ; au départ de Moulins : M me » Louis Grégoire, 
Gaymy, M 11 * Guyot, comtesse de Saint-Laumer, Mongeot, Gabriel Morand ; 
MM. Boutai, Buvat, Capelin, do La Cbauvinière, chanoine Clément, Flament, 
Louis Grégoire, Joyon, Monnier, commandant Mongeot, Gabriel Morand, 
Paul et Charles Morand, Queyroi, Scheitk, Scharlowsky ; — de Varennes 
ou de Montaigu-le-Blin : M me Grenier, M 11 * Martin, M""’ Ameiot, Dulignier, 
Maurice Defaye, Féjard, Henri Féjard, Maurice Gomot, Prieur, Forestier ; 
MM. Ameiot, abbé Audin, docteur Benoit, Boutonat, Duchon, abbé Charles 
Dupuis, Faulquier, Defaye, Féjard, Henri Féjard. abbé Forestier, E. Fores¬ 
tier, Jean et Frédéric Forestier, abbé Giraudet, Camille Grégoire, Martin, 
Montagne, Prieur, Raymond, Villeneuve. 

17 



Digitized by LaOOQle 







262 


SOCIÉTÉ D'ÉMULATION DU BOURBONNAIS 


tous les visiteurs une consigne impitoyable, mais notre Société pos¬ 
sède le « Sésame ouvre-toi » auquel nulle porte ne résiste. Combien 
déchu ce pauvre édifice, dont les arceaux romans n’abritent plus que 
des chevaux, du charbon, souvent des vagabonds ! 

Un moment encore, nous restons dansVarennes à considérer ici un 
écusson, là de vieilles façades en colombages. Certains parlent d’aller 
voir la chambre de Napoléon 1" ; mais il en est tant de ces chambres 
que, dédaignant cette curiosité devenue banale, nous nous précipi¬ 
tons vers les voitures, d'un élan général. 

La masse imposante de Gayette nous apparaît bientôt, dépassant de 
toute sa hauteur les rangées de peupliers. Pour un instant, dans l’hos¬ 
pice, il n’y a plus de malades, notre arrivée endort les douleurs et 
galvanise les estropiés. « Une Société savante ! » Quelle aubaine pour 
des malheureux privés de toute distraction. A chaque fenêtre appa¬ 
raissent des faces intriguées et surtout rieuses. Puisse notre visite 
accomplir, en tout lieu, ce miracle éphémère ! Avec une amabilité 
souriante, une toute petite sœur nous fait les honneurs de sa phar¬ 
macie. Vieux mortiers,' faïences de Nevers ou de Rouen. Que disent 
les connaisseurs ? — Vieux Nevers, mais commun de forme et de 
dessin. Un escalier à vis conduit aux salles du donjon, pourvues 
d'énormes cheminées. Tout en haut, sous l'entrecroisement des char¬ 
pentes, robustes à défier les siècles, nous passons pour jeter un coup 
d’œil sur les hourds maçonnés. Le long du mur de garde s’ouvrent 
entre les consoles de pierre des mâchicoulis sur lesquels on a pru¬ 
demment posé des planches. Par les archères, on embrasse un im¬ 
mense panorama. Des frondaisons, émergent le mince clocheton de 
Varennes, les toits aigus de Chazeuii, en face, de l’autre côté de ce 
ruban argenté qui est l'Ailier, Briailles et plus en amont Tout-y-faut 
et le Lonzat. 

Notre programme assez chargé n'a prévu qu'un Instant pour la con¬ 
templation. Allons voir les registres et les plans des archives an¬ 
ciennes de l'hospice, puis en route pour Rongères. 

A mi-chemin, un cahot nous fait sauter ; c’est une voie ferrée sans 
palissades et sans barrières. Qu’est-ce cela ? l’Economique. Dans 
quelques semaines, l’Ailier aura terminé son réseau, mettant en com¬ 
munication, par les seules voies départementales, le Puy-de-Dôme et 
Saône-et-Loire. La gare de Varennes, si exiguë dès maintenant, est 
appelée à devenir le « Saint-Germain des tacots ». 

Un voyageur anglais du xvih* siècle, arrivant à Moulins, trouvait 
que les arbres l’empêchaient de voir la ville. Pour un peu, il nous 
viendrait la même pensée à Rongères. Nous ne faisons qu’entrevoir 


Digitized by LaOOQle 


I C. 



Groupe d’excursionnistes dans l’enceinte du château de Billy■ 





Digitized by 



TREIZIÈME EXCURSION 


263 


çà et là, dans la verdure, des toits, une fenêtre, quelques cheminées. 
L'église, basse, ramassée, trapue, semble vouloir se dissimuler, elle 
aussi. Pourtant, les maîtres en archéologie vont nous dire qu’elle est 
une doyenne du pays, que ses proportions actuelles ne sont que la 
réduction d’un célèbre édifice beaucoup plus vaste. L’intérieur est 
moins banal; les voûtes basses, une couple de piliers ronds, la blan¬ 
cheur du lait de chaux qui tapisse les murs font songer à quelque 
mosquée. 

Non loin de l’église est la maison mère de l'ordre des Ursulines, 
congrégation diocésaine fondée à Rongères il y a quelque soixante 
ans par sœur Henrion et le curé Bouchard. 

Le Méage, où M. de Vlllelte nous accueille avec une parfaite cour¬ 
toisie, ne se dérobant à aucune explication, est un vieux manoir qui 
a subi de nombreuses transformations. De l'état primitif il ne reste 
que deux grosses tours et de profondes douves. La cour immense est 
précédée d'un portail de fer, forgé par M. de Livron, bisaïeul du 
propriétaire actuel. « Il n’y avait pas d’autos dans ce temps-là », dit 
fort justement M. de Villette ; durant leurs nombreux loisirs, nos an¬ 
ciens forgeaient, tournaient, menuisalent, confectionnaient mille et 
un ouvrages. Le Méage, plus important, a fini par s’annexer Prénat, 
ancienne gentilhommière bien déchue. Ce n'est pas sans étonnement 
que nous trouvons au milieu de ce délabrement un bandeau de che¬ 
minée, en parfait état de conservation. L'artisan de la Renaissance a 
tracé des triglyphes et autres ornements plus ou moins classiques, 
très dépaysés maintenant dans cet intérieur rustique. 

Mais le bruit se répand que l'homme du trésor trouvé à Rongères 
il y a quelque temps, nous attend dans la cour du Méage. D'un petit 
coffret qu’il a fabriqué lui-même pour ses précieux objets, M. Démon- 
net (quel nom prédestiné! ) extrait successivement la tasse, les spi¬ 
rales, l'anneau et le bracelet décrits par M. Montagne. Tout cela brille 
et reluit comme le jour où quelque marchand phénicien (?) le vendit 
1.500 ans avant J.-C. (?). 

Notre curiosité satisfaite, nous remontons en voiture et par un che¬ 
min cahoteux, bordé de moissons superbes, ombragé de noyers, nous 
arrivons à Montalgu. Les habitants sont fiers à juste titre de leur 
vaste place plantée d'ormes séculaires. Une visite rapide est faite à 
l’église. De là, tout à l'opposé du bourg, nous gravissons la pente qui 
conduit au château. 

Tout ce pays, qui fut peut-être le fond d’un lac, est parsemé de 
mamelons calcaires. Les constructeurs du Moyen-Age n'ont pas man¬ 
qué d'utiliser cette particularité ; sur l’une de ces éminences, ils ont 


Digitized by LaOOQle 




264 


SOCIÉTÉ D’ÉMULATION DU BOURBONNAIS 


élevé la forteresse de Montaigu. Le roc affleure ; nul travail pénible 
pour les fondations et la crête aplanie a fourni les matériaux des murs. 
Quelque difficulté qu'offrait à l’escalade la première enceinte, ce n’est 
rien en comparaison de ce qui restait à faire pour pénétrer dans le 
donjon. Tout de suite, une divergence d’opinions nous arrête au 
pont-levis. Comment rentraient les habitants ? Il leur fallait gravir 
un plan très incliné, ils s'arrêtaient devant un garde-fou mobile, puis 
faisaient un à-droite pour mettre le pied sur le pont-levis. Des enne¬ 
mis veulent ils prendre le même chemin, la nécessité de tenir leur 
arme de la main droite les laisse exposés sans défense aux traits des 
défenseurs ; arrivent-ils au sommet de la pente, ils sont précipités 
dans le vide par la poussée de leurs compagnons. 

De cette aire féodale, il ne reste plus que des pans de mur, des che¬ 
minées, des écussons informes, une porte en ogive, le tout envahi 
par une végétation parasite qui disloque les pierres et parachève la 
ruine. 

Au moment où nous allions regagner nos voitures, M. Féjard, dont 
la Société avait apprécié déjà l’hospitalité à Souvigny, est venu vers 
nous, aimable et accueillant. Par les soins de ce sympathique et bien¬ 
veillant châtelain, des rafraîchissements sont servis en un coin du 
parc, d’où nous voyons, en haut, la vieille burg morose et délaissée, 
au pied de la colline, la villa moderne confortable et hospitalière. 

Il est temps de rallier Saint-Gérand. Notre halte prolongée a permis 
aux chevaux de se rafraîchir, plus encore aux cochers. Au milieu des 
tourbillons de poussière que soulèvent les nombreux automobiles, 
venus de Moulins, de Dompierre et d’ailleurs, les voitures dévalent 
les pentes à toute allure. Les bicyclistes font des effets de guidon 
pour se garer, les fouets claquent, les gens apparaissent hors de 
leur maison, nous faisons une sortie sinon triomphale, du moins 
bruyante. 

De la terrasse du château de Saint-Gérand, la vue s’étend sans obs¬ 
tacles sur toute la montagne bourbonnaise. Nos amis et confrères de 
la région nous précisent les points principaux : le Montoncel, la roche 
Saint-Vincent, que l’absence de toute brume nous permet de distin¬ 
guer nettement, Saint-Etienne-de-Vicq, l’esplanade et l’église de Châ- 
telmontagne, les monts de la Madeleine. 

Après une matinée si bien remplie, le déjeuner, servi à l’hôtel Gué¬ 
ret, arrive à point. L’exercice de la fourchette se révèle tout à coup 
plein d’intérêt. 

M. le baron Desmaroux de Gaulmyn se proposait de faire à la 
Société les honneurs de sa « petite patrie », mais une indisposition 


Digitized by LaOOQle 




Cheminée du Château de (layette Montalgu-le-Blin : Une porte du Château 


Billy : Cul-de-lampe d'échauguette 



m 


1 



WÈ7 hM 

W /Tl 




r iri\ 











Digitized by LaOOQle 



TREIZIÈME EXCURSION 


265 


subite nous a privé de sa présence et nous ne pouvons que sabler à 
sa santé le champagne qu’il nous envoie par la plus délicate des 
attentions. 

Mais l’aiguille tourne, il nous faut quitter Saint-Gérand, ce petit 
centre où se plaît une bourgeoisie active et riche. Les chevaux gra¬ 
vissent au pas la côte rapide de Langy. Une halte, et c'est la vieille 
église qui sollicite un moment d’attention. Peu de choses, d’ailleurs. 
Sur la porte de la sacristie, un Christ gravé plutôt que sculpté et de 
chaque côté deux faces grotesques. De Phidias à cet artisan plein de 
bonne volonté et d’ignorance, quelle chute ! Que de chemin il restera 
à faire pour renouer les chaînons interrompus de la statuaire ! Est-ce 
à dire que le tempérament artistique n'existait plus ? Erreur. Ce qui 
manquait, c’était la sécurité qui permet les loisirs occupés, les mo¬ 
dèles et aussi les enseignements de l'école qui ne sont pas à dédai¬ 
gner. 

Malgré les autos allant ou revenant de Vichy, Billy conserve son 
allure archaïque. Pourtant la ruine du château est complète. Dans 
l'enceinte, les outils du jardinier déchirent un sol qu’effleuraient seu¬ 
lement le fourreau des épées et les molettes des éperons. Une tour 
subsiste d’où la vue s’étendrait sur un immense panorama, mais les 
marches pour y monter sont brisées. On dit que les habitants de Billy 
avaient, eu un jour de révolution, arboré sur la tour un drapeau dont 
la nuance déplut au propriétaire des ruines. Pour enlever à jamais 
toute velléité de pavoisement, cet homme, ennemi des demi-mesures, 
fit rompre l'escalier. 

Billy est la patrie de notre sympathique président, aussi profite-t-il 
de notre passage pour nous abreuver et nous restaurer amplement. 
Cet intermède, aussi inattendu qu'apprécié, nous donne de nouvelles 
forces pour visiter la crypte de l'église et de là partir pour Chermont. 
Saint-Germain est sur notre passage et la traversée de sa longue rue 
coupe agréablement le trajet. 

A Chermont, accueil des plus aimables et nouveau goûter ; le musée 
de Moulins possède une toile signée : « de Chacaton ». Ce peintre est le 
père du châtelain de Chermont. Les nombreux tableaux qui tapissent 
les murs témoignent les uns du talent qui lésa inspirés, les autres du 
goût qui a présidé à leur chois. Les vieilles mosquées polychromes 
du Caire paraissent avoir eu la faveur de Chacaton. Mais le jour 
s'avance, les automobiles ronflent, trépident, puis disparaissent dans 
des tourbillons de poussière. A notre tour de prendre congé des ai¬ 
mables hôtes. 

Pourrions-nous, malgré l’heure avancée, passer sans faire halte 


Digitized by LaOOQle 




266 


SOCIÉTÉ D'ÉMULATION DU BOURBONNAIS 


devant l'église de Saint-Germain ? Ce vieux sanctuaire, précédé d’un 
porche, renferme une statue miraculeuse de la Vierge. Les pèlerins 
affluent chaque année. 

D’une allure plus rapide cette fois, nous traversons à nouveau Saint- 
Germain. Le programme est épuisé. Les heures se sont écoulées dans 
le charme ininterrompu des sites ou des évocations du passé. Puisse 
leur souvenir persister longtemps dans notre mémoire pour nous 
consoler des ennuis et des vulgarités de la vie journalière ! 

E. Capeun. 


I. — Gayette (1; 

D ans un partage du 24 octobre 1598 dont il sera parlé par la 
suite, on lit la description suivante du château de Gayette : 

« Un château composé d'une tour carrée à six étages, avec 
mâchicoulis en pierres de taille ; le premier étage est une cave voûtée, 
le deuxième contient une salle et une garde robe servant de tonnel¬ 
lerie, une chambre et une autre garde-robe ; le troisième et le qua¬ 
trième sont composés de deux chambres avec leurs garde-robes ; le 
cinquième et le sixième en greniers séparés ; le tout couvert de 
tuiles. Pour monter aux étages est un escalier à-vis de pierres de 
taille couvert d’une petitè loge servant de guette. A l’entrée de la 
cour, un portail avec pont-levis ; joignant ce portail, la chapelle, un 
garde-manger avec une chambre à feu servant de retraite aux valets 
et manœuvres ; une tour ronde pour la défense du donjon, une écurie 
pour six chevaux, une autre pour douze. Près l'un des angles du don¬ 
jon et non loin, une tour ronde en pierre, avec une guérite en bois 
bâtie par Jehan de Thomassin à l’époque des guerres de religion ; 
toujours à côté de l'écurie, une forge ; derrière le donjon, une tour 
couverte de bardeaux, haute de quinze pieds et un mur qui rejoint 
le donjon. » \ 

En trois siècles, les choses ont peu changé : le portail à pont-levis 
a été remplacé par une grille ; la chapelle et la chambre à feu sont 

(1) Un incident de la dernière heure nous a empêchés de classer i leurs 
places les notes historiques de notre confrère M. Montagne sur Varennes- 
sur-Allier ; on les trouvera à la suite de la notice consacrée à Chermont. 
(Note du Directeur du Bulletin.) — Nous citerons une fois pour toutes ici, 
comme un des plus intéressants travaux sur toute la région, l’ouvrage de 
MM. Aubert de la Faige et de La Boutresse, Les Biefs du Bourbonnais, 1.1". 


Digitized by G.ooQle 




Photot/pi9 Sadag. Cliché it M. Capelin. 


Gayette. — Le donjon. 


Digitized by 


Google 


SOCIÉTÉ D’ÉMULATION DU BOURBONNAIS 




Digitized by LaOOQle 


TREIZIÈME EXCURSION 


267 


devenues le logement du concierge et de l’économe. Les salles du 
donjon servent au service de la lingerie. Les mâchicoulis verticaux 
du sixième étage sont encore tels, ainsi que les créneaux dont les 
merlons percés de meurtrières rondes nous disent qu'elles datent d’une 
époque où les armes à feu étaient déjà seules en usage. 

Au sud du donjqn, les Frères de Saint-Jean-de-Dieu firent construire 
au xvni' siècle un long bâtiment à deux étages pour leurs services 
hospitaliers. A l’extrémité Est de ce bâtiment, ils établirent la cha¬ 
pelle actuelle, dont les murs sont ornés de lambris de stuc qui la 
datent. 

On peut regretter toutefois que de malencontreuses constructions 
récentes aient rompu l’harmonie des constructions antérieures. 

La notice qui sert d’introduction à l'inventaire sommaire des ar¬ 
chives de l’hôpital de Gayelte, dressé par notre confrère M. Flament, 
nous facilite l’historique de ce fief (1). Par elle, nous savons que les 
premiers possesseurs en furent des Nesmond, que de 1350 à 1377 y 
vivait Ymbaud Nesmond, frère de Jean Nesmond, curé de Trezelles, 
et que ce fut son fils ou petit-fils Lhermite Nesmond qui, le premier, 
prit vers 1424 le nom de Lhermite de Gayette. Il épousa Marguerite 
Des Vèvres, dont il eut an moins quatre enfants : 1* Jean, seigneur 
de Gayette, qui épousa Marguerite de Rollat ; 2* Louis, seigneur de 
Viliemouze ; 3* Antoine, seigneur de Gravière ; et 4° Faulque, épouse, 
en 1467, de Guillaume de Montjournal, seigneur de la Berlière. 
L’alné, Jean de Gayette, n’eut qu’une fille, Magdeleine, qui épousa 
en 1490 Jean de Boucé. Par suite de ce mariage, pendant plus d’un 
siècle, Gayette et Boucé se trouvèrent réunis dans les mêmes mains, 
ce qui m'amène à parler des Boucé. 

En 1300, certain Jean de Boucé, époux de Jeanne de Coudray, fait 
aveu de son fief à Robert de France, époux de Béatrix, dame de 
Bourbon. Ce sera ce Boucé que je prendrai comme chef de la famille, 
faute de preuves certaines d’une plus haute antiquité de cette maison. 

I. — Jean de Boucé eut trois fils et une fille ; il était décédé en 1322, 
époque où sou fils Etienne, tant en son nom qu'en celui de son frère 
Jean, rendit hommage du fief de Boucé ; le troisième fils avait nom 
de Pierre ; la fille Pétronille épousa Guillaume de Vendat. 

II. — Jean, deuxième du nom, épousa en 1327 Isabelle de la Garde, 
fille de Gérard, seigneur de Paray-sous-Briailles. Il était décédé en 
1351, laissant quatre enfants : un fils, Guillaume ; une fille, Louise, 

(I) Dans la collection des inventaires sommaires. A Moulins, impr. Char- 
meil, 1908, in-4°, iv-66 p. 


Digitized by LaOOQle 




268 


SOCIÉTÉ D’ÉMULATION DU BOURBONNAIS 


qui épousa Guillaume de Sorbier, puis qui se fit religieuse, et deux 
autres filles, Isabelle et Jeanne, dont on ne sait que le nom. 

III. — Guillaume de Boucé épousa, le mardi après la conversion de 
saint Paul 1359, Alix de Poncenat. Celle-ci avait un frère, Guyot 
de Poncenat, qui mourut sans postérité et dont elle hérita ; en 1366, 
on trouva l'hommage fait au duc de Bourbon par Guillaume de Boucé 
des deux fiefs réunis de Boucé et de Poncenat. 

IV. — Guillaume de Boucé, deuxième du nom, fils du précédent, 
épousa le 25 août 1411 Eléonore de Bellenaves. Une quittance de solde 
datée de 1414 prouve qu’il fit campagne à cette époque pour le duc 
de Bourbon contre le duc de Bourgogne. En 1416, on le voit témoin 
d’un règlement entre les héritiers de Catherine de Chauvigny, mais 
il était décédé en 1439, époque-où sa veuve, Eléonore de Bellenaves, 
agissant comme tutrice de ses quatre enfants : Jean, Antoine, Marie et 
Blanche, soutenait un procès en reprise de fief contre le duc de Bour¬ 
bon, procès qui se continuait encore en janvier 1466. 

V. — Jean de Boucé, troisième du nom, épousa Péronille de Lespi- 
nasse, fille de Philibert, seigneur de Toury-sur-Besbre, suivant con¬ 
trat du 7 décembre 1445 ; il fit hommage de ses fiefs la même année 
et testait le 29 mars 1473, mais ne mourut que longtemps après, puis- 
qu’aux archives de Gayette (H. 57;, il existe une quittance signée 
de lui le 21 février 1492. U laissait sept enfants : 1°François, qui suit; 
2* Antoine, dit Montjournal, grand-père du capitaine Poncenat, le 
fameux chef huguenot; 3’ Marc, mort jeune ; 4* Bernard, religieux 
bénédictin à Cluny ; 5° Pierre, successivement curé de Monétay, puis 
protonotaire apostolique, décédé chanoine à Troyes en 1510 ; 6" Louise, 
entrée au couvent des Bénédictines de Marcigny en 1472, et dont elle 
était prieure en 1507, et 7° Claude, également religieuse à Marcigny, 
d’ou elle vint en 1507, à la demande de la duchesse Anne de Bourbon, 
réformer les Bénédictines d’Yzeure. 

VI. — François de Boucé entra très jeune à la cour du duc Pierre II 
de Bourbon ; il était chambellan de la duchesse Anne, lorsque celle-ci 
négocia pour lui un mariage avec Madeleine de Gayette, mariage qui 
fut célébré en 1490, bien que la future n’eût encore que dix ans. 
Celle-ci n’en fut pas moins nommée peu après dame d’honneur de la 
Jeune Suzanne de Bourbon. En 1494, François de Boucé fit hommage 
au duc des deux fiefs réunis de Gayette et de Boucé; il était décédé 
avant le 3 janvier 1510, laissant sept enfants : 

1" Françoise, née le 28 janvier 1500, mariée elle aussi par la duchesse 
Anne le 9 mars 1521 à Antoine de Saint-Priest, dit Maréchal,seigneur 


Digitized by LaOOQle 




SOCIÉTÉ D'ÉMULATION DU BOURBONNAIS 





Digitized by 



TREIZIÈME EXCURSION 


269 


d'Epinac. Devenue veuve, elle épousa en deuxièmes noces, vers 1535, 
Jacques de Thomassin. 

2* Antoinette-Françoise, née le 6 octobre 1502, épousa un Villelume, 
seigneur du Bourg; elle mourut sans postérité, en 1524, des suites 
d’une fausse couche motivée par la frayeur que lui causa l’arrestation 
de sa mère dans des circonstances sur lesquelles je reviendrai. 

3* Gilbert de Boucé, né le 9 septembre 1503, mourut page du conné¬ 
table Charles de Bourbon en 1520. 

4* Charles, né le 2 février 1505, eut pour parrain le connétable 
Charles de Bourbon. Aussi l’accompagna-t-il lors de sa fuite en Italie. 
Blessé en 1524 au combat de Romagnano, il mourut des suites de ses 
blessures. 

5* Anne, née le 14 mars 1506, eut pour marraine la duchesse Anne 
de Bourbon. Elle épousa Marc, baron de Lespinasse, frère utérin du 
capitaine Poncenat et était décédée sans enfant en 1529, époque où 
son mari entra dans les ordres. 

6* Catherine, née le 14 mars 1506, c’est à dire jumelle de Anne, eut 
aussi pour marraine la duchesse Anne, qui la maria en même temps 
que sa sœur aînée, Françoise le 9 mars 1521, à Pierre d’Epinac (les 
deux sœurs épousaient les deux frères). Devenue veuve, elle épousa 
en secondes noces Guichard d’Albon et ne laissa d’enfants ni de l’une 
ni de l’autre de ces unions. 

7* Antoinette, née le 17 mars 1509, morte peu après son père. 

Ou voit la haute situation que tenaient ou avaient tenue François 
de Boucé. Magdeleine de Gayette et leurs enfants à la cour ducale de 
Bourbon ; aussi ne doit-on pas être surpris de leur fidélité au conné¬ 
table de Bourbon et du rôle qu’ils jouèrent lors de sa fuite. 

On sait que le connétable, après la mort de sa femme Suzanne 
de Bourbon, survenue en avril 152i, et surtout après la mort de sa 
belle-mère, la duchesse Anne, en 1522, poussé à bout par les injus¬ 
tices de François I", signa un traité à Montbrison, le 18 juillet 1523, 
avec Adrien de Croy, seigneur de Beaurain, envoyé de l’empereur 
Charles-Quint. Ce traité était encore secret lorsque, le 17 août, 
François 1", passant à Moulins, eut une entrevue avec le connétable, 
son ami d’enfance, qui lui promit de l’accompagner en Italie. Il par¬ 
tit, en effet, le 1" septembre de Moulins, fut coucher à Saint-Gérand- 
de-Vaux et était le 3 à la Palisse, où un envoyé du roi, Pérol de Wa- 
try, vint le prier d’accélérer sa marche. Charles de Bourbon lui pro¬ 
mit d’aller le lendemain coucher au château de la Lière (paroisse de 
Saint-Martin-d’Estreaux) ; le surlendemain, à Changy, chez Marc 
de Lespinasse, gendre de Magdeleine de Boucé, puis le jour suivant 


Digitized by LaOOQle 



270 


SOCIÉTÉ D’ÉMULATION DU BOURBONNAIS 


à Roanne ; mais à peine débarrassé de l'importun, changeant d’avis, 
il revint sur ses pas et lut coucher à Gayette, où il se rencontra avec 
Rufïail, envoyé du roi d’Angleterre, avec qui il signa un second 
traité; après un séjour de quarante-huit heures à Gayette, il traversa 
l’Ailier au gué de Cordebœuf et arriva à Chantelle escorté par plus 
de deux cent cinquante gentilshommes, tant du Bourbonnais que du 
Forez, parmi lesquels le fils et trois des gendres de Magdeleine 
de Boucé : Charles de Boucé, les deux d’Epinac et Marc de Lespi- 
nasse. Là, le connétable sembla hésiter : allait-il entrer directement 
en lutte avec les troupes royales lancées à sa poursuite et qui occu¬ 
paient déjà la Palisse, ou passer en Espagne par Carlat ? Prenant ce 
second parti, il continua sa route et arriva à Herment toujours accom¬ 
pagné de son escorte ; mais alors, dans l’impossibilité de poursuivre 
avec une troupe aussi nombreuse, il se sépara de ses amis, leur 
donna rendez-vous en Italie, au camp de l'empereur Charles-Quint, 
et accompagné de cinq personnes, dont Antoine d'Epinac, sous des 
vêlements d’emprunt, il continua sa fuite par la Tour-d'Auvergne, 
Saiut-Donat, Condat, Allanche, Ruine ; enfin, après avoir traversé le 
Vivarais et le Dauphiné, il arriva à Besançon dans le plus complet 
dénûment. 

Ce fut alors la terreur dans les états du duc de Bourbon ; Fran¬ 
çois I" ordonna l’arrestation de tous les amis du connétable dont on 
put se saisir : ils furent nombreux, quoique beaucoup aient pu par¬ 
venir à passer en Italie. Tous furent déférés devant le Parlement de 
Paris, un peu épuré pour la circonstance. Celui-ci, par un arrêt du 
9 mars 1524, ordonna la mise sous séquestre de tous leurs biens, ne 
laissant aux femmes et aux enfants que de faibles pensions alimen¬ 
taires. Quant aux contumax, ils furent, par un arrêt du 23 août, con¬ 
damnés à être décapités en effigie et à la confiscation de tous leurs 
biens. 

Parmi ces contumax, Magdeleine de Boucé avait son fils et ses trois 
gendres ; elle partit pour Paris, intercéda pour eux, fit un pèlerinage 
aux saints Côme et Damien, deLuzarcbes, et put obtenir deux arrêts 
du Parlement autorisant ses filles à toucher chacune sept cents livres 
de rente sur les biens de leurs maris, puis, rentrée à Gayette, pleura 
sur le sort des absents, dont elle restait sans nouvelles. 

Un soir des premiers jours de juillet 1524, alors que Charles de Bour¬ 
bon, après avoir envahi la Provence, marchait sur Marseille, un 
homme se présenta à Gayette, se disant envoyé par le connétable : il 
avait déjà visité Gléné. la Lière et Veauce, demandant partout des 
hommes et de l'argent pour le duc. Magdeleine de Boucé, après s’ètre 


Digitized by LaOOQle 


TREIZIÈME EXCURSION 


271 


entretenueaveclui,luifit donner des vêtements, 45 sous d'argent et un 
guide pour qu'il pût continuer sa route. Cet envoyé, André Colin, fut 
arrêté lors de son passage à Moulins. Soumis à la torture, il avoua 
sa mission et livra les noms de ceux chez qui il avait été reçu ; 
Magdeleine de Boucé, qui se trouvait chez sa fille Antoinette de Vil- 
lelume, alors en couches, fut immédiatement arrêtée et conduite au 
château de Moulins où elle eut à subir un long interrogatoire. Toute¬ 
fois, faute de preuves ou grâce à des amis puissants, elle put obtenir 
sa mise en liberté (2 septembre 1524). 

Les pièces du procès de Colin nous sont parvenues. J'en citerai les 
pages suivantes relatives à la déposition de Magdeleine de Boucé. 

« Interrogatoire du 2g mars 1524. 

Interrogée sur l’arrivée du connétable de Bourbon à Gayette, elle répond : 

• 11 y arriva tout malade un samedy soir après dîner et demeura depuis le 
dit jour samedi jusqu’au lundi matin environ huit heures qu’il partit pour 
aller à Chantelle. 

■ Interrogée quels propos luy tint Messire Charles, pendant qu’il était en 
sa maison de Gayette, dit qu’elle ne parla pour lors audit messire Charles 
sinon à son arrivée et à son département et à savoir le samedy qu’il arriva 
et baisa la dite déposante et luy dit ces paroles : « Je vous suis venu voir » 
et elle dit qu’il fût le bien-venu et sans lui tenir autres propos le dit messire 
Charles s’en entra dans la salle basse que l’on luy avait préparée, et depuis 
ne le vit que quand il fut le dimanche et le lendemain à la messe et durant le 
dit temps ne parla à luy, cy en prenant congé de lui à l’heure que l’on le met¬ 
tait en litière, n’y eut lors autres paroles entre eux sinon de dire à Dieu l’un 
à l’autre et que Messire de Bourbon la remercya de son bon vin. » 

On posa même à la malheureuse femme des questions indiscrètes • 
qui pourraient faire douter de son honneur si l’on n’avait sa réponse. 

• Interrogée si, durant le temps de son séjour à la cour de la duchesse 
Anne et depuis, elle a eu familiarité avec Messire Charles de Bourbon, dit 
que non et qu’il ne parlait à elle en sa maison sinon ainsi qu’il en avait ac¬ 
coutumé de parler aux autres dames ou demoiselles et ce en présence de 
tous. ■ 

François 1". battu et fait prisonnier à Pavie le 25 février 1525, signa 
le traité de Madrid le 14 janvier 1526. Par ce traité, il s'engageait à 
pardonner à Bourbon et à ses amis et à leur restituer leurs biens, 
mais une fois en liberté, le roi refusa d’exécuter ces conventions et 
n’accorda que des grâces individuelles aux amis du connétable : 
Charles de Boucé était mort des suites de ses blessures reçues au 


Digitized by LaOOQle 




272 


SOCIÉTÉ D ÉMULATION DU BOURBONNAIS 


combat de Romagnano ; Pierre et Antoine d'Epinac reçurent des lettres 
d’abolition datées de Chenonceau, en septembre 1526. Quant à Marc 
de Lespinasse, il resta en Italie Jusqu’après la prise de Rome et la 
mort du connétable (7 mars 1525). Lorsqu'il revint en France, sa 
femme étant morte, il entra dans les ordres, devint prieur de Saint- 
Rigaud en Brionnais et mourut le 8 mars 1557, laissant pour héritiers 
ses deux frères utérins, Charles de Boucé, prieur d’Ambierle, et Fran¬ 
çois de Boucé, plus connu sous le nom de capitaine Poncenat. 

Magdeleine de Boucé, dame de Gayette, mourut à Gayette en août 
1532, âgée de 53 ans. De ses sept enfants, un seul était encore vivant, 
Françoise de Boucé, alors veuve d’Antoine d'Epinac ; tous les autres 
étaient morts sans laisser de postérité. 

Peu après le décès de sa mère, Françoise de Boucé épousa, vers 
1535, Jacques deThomassin, baron de Mirebel, seigneur deMontmar- 
tin, Corbas, Forest-sur-Lyon, écuyer d’écurie du roi et grand-maltre 
des eaux et forêts en Dauphiné, dont elle eut quatre enfants : Jean- 
Jacques, mort sans postérité ; René, dit Saint-Barthélemy, marié à 
Jeanne de Vaudetar ; Jean, qui épousa en 1588 Louise de Bourbon- 
Busset, et une fille, Françoise, qui entra au couvent de Laveine le 
24 juin 1549 (1). 

En 1537, Françoise de Boucé, déjà remariée avec Tbomassin, fit 
faire le terrier partiel de ses terres (2i, mais la date de son décès est 
restée inconuue. Ses deux fils survivants, René et Jean, procédèrent 
au partage de sa succession le 24 octobre 1598. Boucé et le Méage 
formèrent le lot attribué par le sort à Jean, tandis que René Tho- 
massin eut Gayette. C’est dans cet acte que se trouve la description 
de Gayette placée en tête de cette notice. 

Des réparations importantes avaient été faites à Gayette par Jacques 
de Thomassin, surtout afin de mettre cette demeure à l’abri d'un coup 
de main à l’époque si troublée des guerres de religion. René de Tho¬ 
massin en fit faire de non moins importantes en 1606 (3). Lorsqu’il 
décéda, il laissait deux filles : Eléonore, mariée deux fois et décédée 
sans enfant en 1638, et Catherine, qui épousa François de Faudoas 
d'Averton, dont elle n’eut qu’une fille, Eléonore, laquelle apporta 
Gayette à son mari François de Rochechouart, marquis de Bonnivet. 
De ce mariage naquit également une fille, qui épousa Jacques de 
Mesgrigny, seigneur d’Epoisses, président au Parlement de Rouen, de 


(1) Archives de Gayette, H. 13. 

(2) Archives de l’Ailier, E. 38. 

(3) Archives de Gayette, H. 54. 


Digitized by v^.ooQle 



TREIZIÈME EXCURSION 


273 


la famille de Jean de Mesgrigny, intendant d’Auvergne, et de Nicolas, 
prieur de Souvigny. Jacques de Mesgrigny était encore propriétaire 
de Gayette en 1645. En 1655, Jacques Danès, évêque de Toulon, comme 
propriétaire de notre fief, fit un don aux Visitandines de Créchy (1) ; 
huit ans après, en 1663, sans que je sache comment, les propriétaires 
de Gayette étaient les époux Pingré de Farlnvilliers qui, le 24 janvier 
1694, en firent don aux Frères de Saint-Jean-de-Dieu, à la condition 
d’y construire un hôpital pour les pauvres, les vieillards et les orphe¬ 
lins de Varennes et des paroisses voisines. A partir du 11 juin 1695, 
date de la prise de possession des religieux, Gayette demeura jus¬ 
qu’en 1790 aux mains de l'ordre de la Charité. 

C’est le moment, je crois, de rappeler la légende de la donation des 
Farinvilliers, telle qu'on la conte dans le pays. 

Or donc, un jour, M" de Farinvilliers s’aperçut de la disparition 
d'une magnifique bague ornée de diamants que quelques instants 
avant, elle avait déposée sur l’un des meubles de sa chambre ; mal¬ 
gré toutes les recherches, il fut impossible de retrouver ce bijou. Sa 
femme de chambre, qui seule était entrée dans l’appartement, fut 
accusée du vol. 

La pauvre gazouille, qui n’avait que ses larmes pour se défendre, 
fut d'abord jetée dans les cachots du château, puis sans procès 
conduite au pied d’un chêne que l’on vous montre encore sur la route 
de Jaligny : elle y fut pendue à la plus haute branche, toujours mal¬ 
gré ses protestations d'innocence. A l’hiver suivant, M. de Farinvil¬ 
liers faisait abattre une longue rangée d’obrelles qui gênaient la vue 
du château ; sur l’un de ces peupliers se trouvait un nid de pie. 
Quelle ne fut pas la surprise des bûcherons en voyant, enlacée dans 
les brindilles formant ce nid, la bague aux diamants tant cherchée ; ils 
la rapportèrent au château, M*' de Farinvilliers pâlit en la reconnais¬ 
sant, puis quelques jours après, son fils unique mourut subitement. 
Ce ne pouvait être qu’une punition du ciel ! C’est alors que, pris de 
remords, les époux Farinvilliers firent don de leur château et de toutes 
leurs terres aux pauvres et aux orphelins des paroisses sur lesquelles 
la pie voleuse avait étendu son vol. 

Depuis 1870, MM. les administrateurs de l’hospice de Gayette 
cherchent à restreindre le vol de la pie et n’admettent plus que les 
pauvres de Varennes et d’une ou deux communes à participer aux 
faveurs de l’un des plus riches établissements hospitaliers de France. 


(1) Son portrait à l’huile resta longtemps exposé dans la snlle du réfec¬ 
toire de l’hospice de Gayette. Voir sur lui le premier supplément de Moréri, 


Digitized by LaOOQle 




274 


SOCIÉTÉ D'ÉMULATION DU BOURBONNAIS 


IL — Togue 

E l n quittant Rongères, au momeut où on rejoint la route natio¬ 
nale, on aperçoit un modeste hameau dans un nid de ver- 
" dure : c’est Togue. Il ne reste plus rien de l'ancien château, 
mais Togue tient une grande place dans l'histoire locale. 

Dès les débuts du xiv» siècle, on trouve une famille du nom de 
Togue. En 1322, c’est Guillaume de Togue qui fait aveu de son flef à 
Louis, comte de Clermont, aveu qu'il réitéra en 1375, au même Louis 
devenu duc de Bourbonnais (1). En 1409, c'est un autre Guillaume 
de Togue, sans doute le fils du précédent, qui fait aveu. En 1429,1433, 
1444, notre flef est en la puissance de Jean de Togue (2) et toujours 
par filiation directe au début du xvi* siècle, il est en celle de Charles 
de Togue, seigneur de la Motte des Noyers, dont notre confrère 
Montagne nous a donné une savante biographie (3). Je rappellerai 
simplement que Charles de Togue fut rejoindre le connétable de 
Bourbon en Italie et que lorsque ce prince eût été tué devant Rome, 
le 6 mai 1527, ce fut lui qui prit le commandement de son armée ; ce 
fut donc lui qui ordonna ou au moins laissa commettre le sac de la 
Ville éternelle. Peu après, il traita avec l’empereur Charles-Quint 
qui, pour se débarrasser de ses soldats indisciplinés, l’envoya com¬ 
battre en Tunisie. Pendant la traversée, ses soudards allemands se 
révoltèrent et le jetèrent à la mer où il se noya. 

François I ,r avait fait prononcer, par un arrêt du Parlement de Paris 
du 24 avril 1524, la conflscation des biens de Charles de Togue en 
même temps que celle des biens de tous les autres compagnons du 
connétable. Il fit immédiatement raser le château de Togue, dont la 
destruction fut complète. Mais que devinrent les terres? 

Le 24 juin 1584, Antoine Billard, capitaine de Varennes, se dit sei¬ 
gneur de Togue lors de son mariage avec Marguerite Veaux ; le 
16 mai 1600, le flef de Togue fut saisi par les créanciers de Mar¬ 
guerite Veaux, veuve dudit Billard, et vendu à l’un de ses créanciers, 
Pierre Fougerolles, conseiller au présidial de Moulins, qui semble 
n'avoir acheté que pour se couvrir de sa créance, car, quelques mois 
après, le 28 janvier 1602, il revend notre flef à Jean de Dômes, sei¬ 
gneur de Cordebœuf, qui, en qualité de seigneur de Togue, fit en 

(1) Archives de Gayette, H. 15 et 44. 

(2) Archives de l'Ailier, E. 298. 

(3) Voir Bulletin de la Société d'Emulation, 1908, p. 137 et suiv. 


Digitized by LaOOQle 



TREIZIÈME EXCURSION 


275 


1608 une libéralité à l'église Sainte-Croix de Varennes. Jean de Dômes 
semble s'étre vite lassé de son acquisition, car le 27 septembre 1627, 
il la cède à Antoine Parchot : Togue, en cent ans, avait changé cinq 
lois de maîtres (1). 

Cet Antoine Parchot avait épousé, le 8 décembre 1652, Catherine 
Morel et se qualifiait simplement alors marchand à Varennes. Il eut 
pour successeur son fils, autre Antoine Parchot, qui fit aveu de notre 
fief en 1670 et se qualifia, le premier de sa race, seigneur de Togue. 
Après son décès, ses quatre enfants, Sébastien, Marie, Gilbert et Jac¬ 
queline, procédèrent, le 30 août 1702, au partage de sa succession et 
Togue fut attribué à l'alné, Sébastien, qui mourut en 1736, laissant 
pour héritiers ses petits-enfants, issus du mariage de sa fille Marie 
Parchot avec Etienne Tonnelier des Angles. Marie Parchot était dé¬ 
cédée en 1730, son mari en 1733 et leurs quatre enfants mineurs, Sé¬ 
bastien, Antoine, Marguerite et Marie-Madeleine, étaient sous la 
tutelle de leur grand-père paternel, Charles Tonnelier des Angles. 

L’alné, Sébastien, quoique un peu faible d'esprit, entra dans les 
ordres ; Marguerite épousa, le 1" juin 1745, François Bardonnet, fils 
de Charles, seigneur de Gondailly, et reçut en dot le domaine de la 
Toulle. Après la mort de leur grand-père Charles Tonnelier, les en¬ 
fants d’Etienne procédèrent, le 13 janvier 1736, au partage des succes¬ 
sions de leurs parents et grands-parents. Marguerite Tonnelier, épouse 
de François Bardonnet, en outre de la Toulle, reçut Togue en par¬ 
tage. Antoine Tonnelier eut les Angles et Marie-Madeleine, qui épousa 
Jean Diannyere, médecin-inspecteur des eaux de Bardon, près Mou¬ 
lins, eut le domaine des Garennes. 

Marguerite Tonnelier mourut le 8 août 1807 ; elle était veuve depuis 
le 3 nivôse an VIII et ne laissait qu’un fils, François-Blaise Bardon¬ 
net de Togue, qui avait épousé Anne Dussaray, suivant contrat reçu 
par M* Devaulx, notaire à Saint-Gérand-le-Puy, le 14 mai 1782. Il 
n'eut qu'une fille, Marguerite Bardonnet de Togue, qui épousa, le 
23 Janvier 1808, Félix de Conny. 

Félix de Conny, successivement sous-préfet à la Palisse, député de 
l’Ailier et ambassadeur à la Haye, fut créé vicomte sous la Restau¬ 
ration. En mourant, il laissait plusieurs enfants. L’afné eut la Toulle, 
qu'il fit recpnstruire et qu’il transmit à sa petite-fille, M" la comtesse 
de Barrai, propriétaire actuelle. Le second, Mgr de Conny, eut Togue 
qu'il vendit en détail vers 1875. 


(1) Archives de l’Ailier, B. 291, 292, 294, 298. 


Digitized by LaOOQle 



276 


SOCIÉTÉ D'ÉMULATION DU BOURBONNAIS 


III. — Le Méage 

L e château du Méage, construction de la fin du xvi' siècle, est 
situé au milieu d’une plaine marécageuse. Après avoir fran¬ 
chi une grille en fer forgé, on pénètre dans une vaste cour 
plantée d’arbres séculaires : à droite et à gauche, les communs ; au 
fond, le manoir entouré de douves aux eaux vives, flanqué au levant 
de deux tours rondes, au couchant d’une autre tour carrée, à laquelle 
s'accroche une échauguette qui lui donne de la légèreté. Au nord a 
été ajoutée une annexe en style italien. 

Ce château a dû succéder à une autre de l’époque féodale. Dès 1272, 
on trouve un Raymondin du Mayage, qui perçoit 40 sous sur les 
tailles de Billy. Il a pour fils, en 1300, Raymond du Mayage, et son 
petit-fils, Etienne, fait aveu de son fief en 1322 et 1375, mais après 
cette date nous perdons la trace. A la fin du xv* siècle, le Méage 
n'est plus qu’une annexe de Gayette et, lors du partage de 1598, il forme 
avec Boucé le lot de Jean Thpmassin, époux de Louise de Bourbon-Bus- 
set. Celui-ci mourut le 15 avril 1620 et, à son acte d’inhumation inscrit 
sur les registres paroissiaux de Sainte-Croix de Varennes, il est en¬ 
core qualifié de seigneur de Boucé et du Méage. Il n’était cependant 
plus propriétaire de ce dernier fief depuis près de trois ans; il l'avait 
vendu en 1617 à Pierre Bardon, petit-fils de Gabriel Bardon, notaire 
à Rongères en 1511, et fils de Jacques Bardon, qui avait épousé Mi¬ 
chelle de Saulzay, bourgeoise à Varennes en 1587. 

Pierre Bardon prit le titre de seigneur du Méage ; lors de son dé¬ 
cès en 1624, il était procureur en la sénéchaussée de Moulins et lais¬ 
sait trois fils, Philippe, Jean et Nicolas, le Méage fut attribué à 
l'alné, Philippe, président des trésoriers de France à Moulins, qui 
mourut en 1631. Sa veuve, Antoinette de Champfeu, fit la même 
année aveu de notre fief, tant en son nom qu’en celui de ses quatre 
enfants mineurs, François-René, Jean-Claude, Etiennette et Antoinette 
Bardon (1). 

Etiennette épousa Jean-Claude de Villard et Antoinette Jean Dero- 
chard. Le Méage fut attribué à l’alné des enfants, François-René 
Bardon, qui avait épousé Catherine-Christine de La Motte-Mourgon, 
mais dont il n’eut pas de postérité (2). Avant de mourir, en 1678, il fit 

(t) Archives de l'Ailier, E. 287, 288, 294. 

(2) La dame Catherine-Christine Bardon du Méage fut marraine d'une 
cloche de l’église de Rongères le juillet 1661 (registres paroissiaux). 


Digitized by LjOOQle 


s 


T 



Phototypie Sadag. 


Cliché de M. Raymond. 


Le Méage. — Façade et grille en fer forgé. 


Digitized by LaOOQle 














Digitized by 



TREIZIÈME EXCURSION 


277 


un testament qui donna lieu à un long procès entre son frère et ses 
sœurs, puis notre fief passa à ce frère Jean-Claude Bardon, époux de 
Catherine de Vicq de Pontgibaud, qui en fit aveu le 2 janvier 1691. 
De lui, il fut transmis successivement de père en fils à Jean-Baptiste 
Bardon, à Claude Bardon et à Claude-Godefroy Bardon, époux d’Anne 
de Berthet, ce qui nous conduit jusqu’à l'époque de la Révolution. 
Godefroy Bardon, arrêté comme suspect le 17 thermidor an II, fut 
assez heureux pour être remis en liberté peu après. A sa mort, il lais¬ 
sait quatre enfants, Antoine, Jean, Claude et Suzanne Bardon. Ce fut 
cette dernière qui avait épousé M. Goyet de Livron, propriétaire du 
Méage. Sa fille épousa M. Stanislas de Chantemerle de Villette, le 
père de notre confrère, M. Guy de Villette, propriétaire actuel. 


IV. — Prenat 

A vant de quitter le Méage, M. de Villette a bien voulu faire visiter 
à la Société son domaine de Prenat, situé à deux cents mètres 
environ. C'est un long bâtiment à un seul étage éclairé par de 
larges fenêtres à meneaux et dont la face nord est ilanquée d’un pa¬ 
villon carré, restes d'une gentilhommière du xvi* siècle, aujourd’hui 
transformée en ferme ; à l’intérieur, une belle cheminée en bois, style 
Henri II. 

D’après dom Béthencourt, Gilbert Burelle, bourgeois de Varennes. 
était propriétaire de Prenat en 1449. Son fils ou son petit-fils Etienne 
Burelle eu fit aveu à Billy en 1505 et en 1512. Le 14 mai 1586, Anne 
Dinet se qualifie veuve de Jean Burelle, seigneur de Prenat, et, dans 
un titre du 4 novembre 1595, son fils Antoine Burelle, trésorier 
payeur de la gendarmerie, demeurant à Varennes, prend la qualité 
de seigneur de Prenat. Antoine Burelle mourut en laissant trois fils, 
Antoine, Gilbert et Henri. L'ainé, Antoine, resta seigneur de Prenat, 
ainsi que l'établit un titre du 22 août 1622 (1). Il n’eut qu'une fille, qui 
épousa Gilbert Billard, conseiller du roi, élu en l’élection de Moulins 
en 1634. De ce mariage naquit également une seule fille, Marguerite 
Billard, qui épousa en 1653 André Semin, écuyer, seigneur de Saint- 
Sornin, président du présidial de Moulins. Devenue veuve, Margue- 


(1) Archives de Gayette, H. 114. 


18 


Digitized by VrOOQle 




278 


SOCIÉTÉ D’ÉMULATION DU BOURBONNAIS 


rite Billard épousa en secondes noces, en 1663, Claude Aubert, mais 
ce lut pendant son veuvage qu'elle vendit Prenat à son voisin, Fran¬ 
çois-René Bardon, seigneur du Méage, époux de Christine de La Motte- 
Mourgon, et, depuis cette époque, nos deux fiels sont restés dans les 
mômes mains. 


V. — Montaigu-le-Blin 

L e château léodal de Montaigu date du xn* ou xur siècle ; il oc¬ 
cupe le sommet d'une butte calcaire complètement isolée dans 
une plaine marécageuse. Son système de défense se compose 
d’une vaste enceinte de forme circulaire ilanquéededeux grosses tours 
rondes et de trois plus petites. Dans cette enceinte se trouvaient les 
écuries et dépendances, les logements de la garnison, les prisons, etc. 
Tout au centre est le donjon, aussi de forme circulaire, défendu par 
neuf tours rondes. On accédait de la place d'armes au donjon par 
une rampe assez abrupte qui conduisait à un pont-levis fermant 
l'entrée. On s’aperçoit de suite que la construction féodale a profon¬ 
dément été modifiée à l'époque de la Renaissance, époque qui nous a 
laissé de gracieuses portes.de larges fenêtres à meneaux timbrés aux 
armes des Chabannes. Aux débuts du xvn* siècle, notre château fut 
encore restauré, mais à l'époque de la Révolution, il n'était déjà plus 
qu'une ruine, ainsi que l’indique le procès-verbal de sa mise en vente 
comme bien national. 

En voici en quelques lignes l’historique : 

Il est peu probable que la butte de « A Îonie-Acuto » ait reçu des 
fortifications dès l'époque romaine, car elle ne prit de l'importance 
qu'au x' siècle, par suite de sa situation sur les marches de la Bour¬ 
gogne et de l’Arvernie, au moment des luttes entre ces deux pays 
à la fin de la période carolingienne. Comme les renseignements sur 
cette époque nous font absolument défaut, on ignore en vertu de 
quels titres Montaigu se trouvait dans les mains du roi de France au 
xm' siècle. 

Le premier titre certain est, en effet, la vente qu'en fit, en 1295, le 
roi Philippe le Bel à Guillaume Aycelin, fils de Pierre Aycelin, et de 
dame Flotte. Ce Pierre Aycelin, déjà propriétaire du fief de Montaigu 
en Listenois, près Billom (Puy-de-Dôme), avait nombreuse lignée. 
Outre Guillaume, il avait comme fils Gilles Aycelin, évêque de Nar- 


Digitized by LaOOQle 


KiVMMOdMnnu no moi i v'inwrM.n 'fll ^nok' 



Digitized 


b y Google 


Château de Montaigu-le-Blain. — Le donjon. 



Digitized by 



TREIZIÈME EXCURSION 


279 


bonne et chancelier de France, et Jean Aycelin, évêque de Clermont. 

L’aîné, Guillaume, était venu se fixer en Bourbonnais à la suite de 
son mariage avec Alix du Breuil, qui mourut en 1300 et dont le tom¬ 
beau existe encore en la vieille église du Breuil. D'après dom Bé- 
thencourt, le fief de Montaigu-le Blin s’étendait à celte époque sur 
les paroisses de Montaigu, Montoldre, Cindré, Saint-Gérand et Ron- 
gères; ses principaux vassaux éiaient Guy de Boucé, Aymon de Sor¬ 
bier, Jean de Villard, etc. 

Guillaume Aycelin eut, de son mariage avec Alix du Breuil, plu¬ 
sieurs enfants. Je retiendrai Aubert, qui succéda à son oncle comme 
évêque de Clermont, et Gilles, qui épousa Blanche de Sorbier et que 
l'on trouve qualifié dans un titre de 1309 « seigneur de Montaigu et 



du Breuil en la frontière du royaume, vers Lyon » ; on sait que, en 
effet, cette dernière ville ne fut annexée à la France qu’en 1312. 

Gilles de Montaigu mourut en 1325, laissant huit fils, sans compter 
un nombre à peu près égal de filles. Le fief de Montaigu échut à 
Guillaume, qui était déjà passé de vie à trépas en 1356, ne laissant 
qu'un fils, Jean de Montaigu, encore mineur, sous la tutelle de son 
oncle Robert de Chaluz. 

Froissard, dans ses Chroniques , nous dit qu'à cette époque le Bour¬ 
bonnais, la Basse-Auvergne, le Forez, furent envahis par des bandes 
anglo-gasconnes « qui ardaient tout, chevauchant à leur ayse et trou¬ 
vant le pays moult gras et rempli de bonnes choses ». Robert de Cha¬ 
luz, ne se croyant pas en état de défendre par ses propres moyens le 
château de Montaigu, fit appel à son suzerain le duc de Bourbon, 
en juin 1356. Celui-ci, pensant qu’ « un chastel si bien appareillé 
serait bien fort et de bonne garde et profitable à la défense du pays, 
que s’il était pris des ennemis il serait à tout l’entour moult préju¬ 
diciable », ordonna de faire une levée pour sa défense, et si Saint- 
Gérand et Cusset tombèrent aux mains des Anglais, rien ne nous 
autorise à penser qu'il en fût de môme de Montaigu ; nous n’en 


Digitized by LaOOQle 



280 


SOCIÉTÉ D’ÉMULATION DU BOURBONNAIS 


retiendrons pas moins le fait indiscutable que Montaigu était à cette 
époque l'une des bonnes places du Bourbonnais. 

Jean de Montaigu, devenu majeur, épousa Béatrix de Châteaumo- 
rand et, peu après ce mariage, alla habiter Saint-Aubin-sur-Loire en 
Bourgogne, où il mourut en 1408, laissant un ûls, Guillaume, quiven 
dit Montaigu à Jacques de Chabannes en 1430 ; c'est ainsi que cette 
illustre famille, originaire de la Marche, vint se fixer en Bourbonnais, 
car je rappellerai que ce ne fut que l’année suivante, le 18 mars 1431, 
que le duc Jean de Bourbon céda le château de la Palisse à Jacques 
de Chabannes. 

Le nouveau propriétaire fit faire immédiatement d'importantes ré¬ 
parations à Montaigu, où il fixa sa demeure. Jacques de Cha¬ 
bannes avait un frère puîné, Antoine de Chabannes, seigneur de Dam- 
martin, qui fut l'un des illustres capitaines de son époque, mais qui, 
après avoir été le compagnon de Jeanne d'Arc contre les Anglais, ter¬ 
nit sa gloire à la tète des bandes maudites des Ecorcheurs. A la tête 
d'une de ces bandes de pillards, il envahit les états du duc de Bour¬ 
gogne et ravagea toute la vallée de l’Arroux. Ce fut dans celte expé¬ 
dition, à Nolay, qu’il s’empara de Jean de Grandson. seigneur de 
Pesmes, époux de Jeanne de Vienne, à qui il imposa une forte ran¬ 
çon et, en attendant que celte rançon fût payée, il l'envoya prisonnier 
à Montaigu, priant son frère d'en assurer la garde. 

La famille des Grandson était une des plus illustres maisons de la 
Franche-Comté ; les ducs de Bourgogne les appelaient « cousins ». 
Leur filiation peut être remontée jusqu’au xn' siècle (i). Guillaume 
de Grandson, le père de Jean, s’était illustré dans les guerres de 
Bourgogne, notamment à Bourges, à Cambrai, à Arras et à Rouen. 

Jean de Pesmes, n'ayant pu s'acquitter de sa rançon, était toujours 
dans les fers à Montaigu lorsque la paix fut signée à Nevers, en 1435, 
entre les ducs de Bourbon et de Bourgogne. Il parait même qu'il avait 
été assez sévèrement traité, car, lors de sa mise en liberté, il prévint 
Chabannes qu'il se vengerait de ce qu’il appelait une violation des 
lois de l'honneur. En effet, au printemps 1437, ayant réuni quelques 
hommes d'armes et bien que l’on fût en pleine paix, il s’empara par 
surprise de Montaigu, y pilla pour plus de 30.000 livres de meubles 
et, chose plus grave, en se retirant, il emmena comme prisonnier le 
jeune Geoffroy de Chabannes, fils de Jacques, âgé de dix ans, préve¬ 
nant sa famille qu'il ne le restituerait que contre paiement d'une ran- 


(t) Pesmes et ses seigneurs, par Gaston DE Reauséjour. — In-8°. Vesoul, 
1895. 


Digitized by LaOOQle 



sivNNoaanoti un noi r.v ia w.'ri.ci i.i.ri idos 



Digitized by 


Google 


Château de Montaigu-le-Blain. — Port# rt plan incliné du pont-levis. 



Digitized by LaOOQle 



TREIZIÈME EXCURSION 


281 


çon égale à celle qu’il avait dû verser deux ans avant. Olivier de la Mar¬ 
che. l'historiographe des ducs de Bourgogne, raconte (1) qu’au carême 
1443, le duc de Bourbon étant allé visiter à Chalon son beau-frère le duc 
de Bourgogne, fut accompagné par Jacques de Chabannes, venu pour 
réclamer la restitution de son fils, mais que Jean de Pesmes refusa 
de le rendre avant paiement, disant n'avoir agi que suivant les droits 
de la guerre Le duc Philippe de Bourgogne prit parti pour son cousin 
de Pesmes ; le duc de Bourbon n’osa insister et le jeune Chabannes 
ne fut rendu à sa famille que quelques mois après, grâce à l’inter¬ 
vention de la duchesse de Bourgogne. Isabeau de Portugal. 

Si Jacques de Chabannes avait acheté Montaigu à Guichard de 
Saint-Aubin en 1430, il avait été si occupé par ses difficultés avec les 
Pesmes qu’il avait complètement oublié d'en payer le prix et Saint- 
Aubin était mort sans pouvoir recouvrer sa créance. Ses deux fils, Jean 
et Jacques de Saint-Aubin, continuèrent leurs réclamations toujours 
vaines jusqu’au jour où, las d’attendre, ils prirent le parti de se faire 
justice eux-mèmes. Aidés de quelques amis, ils s’emparèrent de Mon¬ 
taigu en 1449, en chassèrent M" de Chabannes et ses gens et s'y ins¬ 
tallèrent en maîtres. Chabannes, qui en ce moment était absent, revint 
immédiatement faire le siège de son propre château, mais ne put s’en 
emparer de vive force. Il s'adressa alors au duc de Bourbon, qui 
manda les frères Saint-Aubin à son ban et les fit jeter en prison à 
Saint-Pierre-le-Moùtier. Ce ne fut qu'en avril 1451 que Charles VII 
leur fit rendre la liberté, après toutefois leur avoir fait signer un dé¬ 
sistement complet contre Chabannes. 

Jacques de Chabannes mourut le 20 octobre 1453 ; il eut pour suc- ■ 
cesseur à Montaigu son fils Geoffroy, le prisonnier du seigneur 
de Pesmes. à qui succéda son fils Jacques II de Chabannes, le fameux 
maréchal de La Palisse, tué à Pavie le 24 février 1525. Le maréchal 
n’eut qu'un fils. Charles, qui fut tué devant Metz en 1553, ne laissant 
qu’une fille, Eléonore. Celle-ci épousa en premières noces Juste 
de Tournon et en secondes noces Philibert de La Guiche, dont elle 
n’eut pas d’enfant, mais à qui elle légua Montaigu, par un testament 
daté de 1595. 

Si La Guiche n’eut pas d’enfant d'Eléonore de Chabannes. il eut 
deux filles, Henriette et Anne, d'une seconde union avec Antoinette 
de Daillon du Lude et, lors du mariage d'Henriette en 1624 avec 

(1) Mémoires d'Olivier de la Marche (vol. IX de la collection Petitot, 
p. 294). Histoire de la maison de Chabannes. t. I, p. 139 ; t. Il, p. 17. Olivier 
de la Marche ne parle que d'un fils de Chabannes. Le second ouvrage parle 
de deux fils. 


Digitized by LaOOQle 




282 


SOCIÉTÉ D'ÉMULATION DU BOURBONNAIS 


Jacques de Matignon, il lui donna Montaigu en dot. Les Jeunes époux 
vinrent s’y fixer ; ils avaient même commencé à y faire faire des répa¬ 
rations importantes lorsque Matignon fut tué en duel par le comte 
de Montmorency-Bouteville. Sa veuve se remaria le 8 février 1629 
avec Louis-Emmanuel de Valois, duc d'Angoulême, petit-fils bâtard 
du roi Charles IX et de Marie Touchet, et ne revint plus habiter 
Montaigu. 

On sait que, pendant la Fronde, le cardinal Mazarin, partant pour 
l'exil, alla à Rouen remettre le prince de Condé en liberté le 21 février 
1651, mais que la concorde entre le prince et Anne d'Autriche fut de 
courte durée. Le 6 juillet, Condé quitta la cour et passa en Guyenne, 
qu'il souleva contre le roi et la reine régente ; la princesse de Condé 
se rendit à Montrond-sur-Cher qu’occupait toujours François de Ven- 
tadour, marquis de Persan, avec cinq cents condéens, tandis que 
Conti, qui occupait Bourges, essayait d’acheter La Guiche, gouver¬ 
neur du Bourbonnais. 

Gaspard de Chavagnac, dans ses Mémoires , nous donne de précieux 
renseignements sur cette négociation à laquelle il participa, mais qui 
n'eut pas de succès. La princesse chercha alors à s'emparer de plu¬ 
sieurs villes, afin d'établir ses communications avec la Bourgogne. 
Elle chargea le baron de Queulle (1), l’un de ses fidèles, de s'emparer 
de Montaigu. Celui-ci vint daDs le pays, commença par se lier avec 
M. de La Barrière, ancien major au régiment de la Ferlé, capitaine 
châtelain du château pour le duc d'Angoulême, et essaya par persua¬ 
sion de l'amener à prendre parti pour Condé, mais sans pouvoir y 
parvenir. Il entra également en relations avec diverses personnes du 
pays, notamment avec Jean Delair ou de l'Aire, dit Rap. Un jour que 
le châtelain s'était absenté, il entra par surprise avec ses amis et quel¬ 
ques soldats dans le château et en chassa les gens, disant en prendre 
possession au nom du roi etdu prince de Condé ; dès que M. deLévy, 
lieutenant du roy au gouvernement de la province, eut connaissance 
de ces faits, il donna ordre au lieutenant de la prévôté de réunir ses 
hommes et de s'emparer de Montaigu. Le 22 septembre 1651, le baron 
de Poncenat , MM. de Saint-Bonnet, de Marlillière, de Baumont, de 
Créchy, de Teilhat, de Sansat. gentilshommes du voisinage, le prési- 


(1) Le baron de Queulle était étranger à la province. Etait-il de la famille 
bourguignonne dont l'un des membres avait servi de tuteur à Olivier de 
la Marche ou de la famille auvergnate de La Queulle, alliée aux Montboi- 
sier, dont l'un, Annet-Gilbert, épousa en 1706 Marie-Joseph d'Amanzé et 
prit le titre de comte d’Amanzé ? 


Digitized by LaOOQle 


TREIZIÈME EXCURSION 


283 


dent Doultre à la tête de la milice de Billy. M. Burelle, juge à Varen- 
nes, M. de La Presle, capitaine, commandant la milice de Varennes, et 
M. de Peufou, lieutenant de la sénéchaussée du Bourbonnais, assisté 
de ses archers, se trouvèrent réunis devant Montaigu pour sommer 
Queulle d’évacuer le château et, en cas de relus, pour s’en emparer 
de vive force. 

Le baron de Queulle disposait de deux couleuvrines qu’il fit mettre 
en batterie sur la terrasse du château et d'un certain nombre d’arque¬ 
buses ; sur son refus de se rendre, l’attaque commença. Une brèche 
ayant été faite dans le mur de la première enceinte, les assiégeants 
purent s’y établir malgré une vive fusillade des assiégés qui leur 
causa des pertes sensibles. Enfin, après un combat qui dura près de 
quatre heures, Queulle entra en pourparlers avec le président Doultre 
à qui il promit de se rendre ; mais pendant ces pourparlers, il fut 
trahi parDeiaire, qui abaissa le pont-levis : les assiégeants entrèrent 
dans le château et Queulle fut tué d’un coup de mousquet sur la ter¬ 
rasse. Tel est en deux mots le récit du siège de Montaigu. Pour plus 
amples détails, je renverrai à la lecture de la Gazette de France de 
1651. 11 est probable que la ruine du château date de ce siège (1). 

Henriette de La Guiche, duchesse d’Angoulême, mourut sans enfants 
en 1698, mais il y avait déjà longtemps qu'elle n’était plus proprié¬ 
taire de Montaigu. Cette terre avait été saisie et vendue judiciaire¬ 
ment le 22 mai 1682 et achetée par Françoise de Valois, duchesse de 
Joyeuse, qui mourut le 5 mai 1694, laissant pour héritière sa cousine 
Jeanne-Armande de Schomberg, épouse de Charles de Rohan-Mont- 
bazon. Celle-ci en fit donation en 1698 à son filleul François-Armand 
de Rohan, prince de Montba/.on. second fils de Charles de Rohan, 
prince de Guéméné, né le 4 décembre 1652, qui venait d’épouser 
Louise-Julie de La Tour d’Auvergne. Il n'en eut qu’un fils qui mourut 
en 1703, en sorte qu’à défaut de descendant lors de son décès le 
26 juin 1717, ce fut son neveu Hercule-Mériode de Rohan, prince de 
Guéméné, qui hérita de Montaigu. Lorsque ce dernier mourut, en 
1741, il laissait une situation des plus embarrassées et ses héritiers et 
son séquestre vendirent la terre de Montaigu, le 28 mars 1741, à 
François-Senectaire-André Du Buysson. 

A peine propriétaire, du Buysson plaida avec le curé et M. Le Brun, 
de Treteau, puis en 1761 avec les habitants de Montaigu, à qui il con¬ 


tl) Le ms. de Girard Charnay, curé du Donjon, donne également divers 
renseignements sur le siège de Montaigu. Le baron de Queulle y est dit «le 
baron d'Escuiiles ». 


Digitized by LaOOQle 




284 


SOCIÉTÉ D’ÉMULATION DU BOURBONNAIS 


testait leurs droits sur des communaux. Ces procès ont pour nous 
l’utilité de nouslaire connaître très exactement les propriétaires suc¬ 
cessifs de Montaigu (1). 

André Du Buysson mourut le 3 août 1769, laissant cinq filles et un 
fils. Ce fut ce dernier, Denis-Philibert, qui lui succéda à Montaigu. 
Créé comte deDouzon le 28 février 1772, il fut successivement mestre 
de camp, gouverneur du Bourbonnais et député de la noblesse aux 
Etats généraux de 1789. Il siégea à Versailles jusqu'à la réunion des 
trois ordres, mais refusa, à partir de ce moment, de prendre part aux 
travaux de l'Assemblée nationale et émigra d’abord en Savoie, puis 
à Genève. En 1792, il eut la malencontreuse idée de revenir sur ses 
terres où il fut bientôt arrêté comme suspect ; il fut l'un des trente- 
deux condamnés et exécutés à Lyon le 11 nivôse an IL 

Ses biens furent saisis et vendus comme biens nationaux en plu¬ 
sieurs lots le 23 messidor an 11. Le château de Montaigu, alors à l’état 
de masure, disaient les affiches, fut vivement poussé par Virotte et 
Delaire et fut adjugé 212.000 livres payables, il est vrai, en assignats, 
qui perdaient à cette époque 42 •/. de leur valeur (2). 

La Société d’Emulation est heureuse d’adresser toutes ses félicita¬ 
tions au propriétaire actuel de ces ruines, M. le comte de Camba¬ 
cérès, qui, par des réparations intelligentes, sait les protéger contre 
les destructions du temps, tout en leur conservant leur caractère. 




VI. — Poncenat 


E 


i\ntre Montaigu et Saint-Gérand-le-Puy s’étendait la paroisse 
1. de Ciernat qui, après avoir été une commune en 1791, fut an¬ 
nexée à la commune de Montaigu lors du remaniement des 
divisions administratives de l’an VIII. Le chœur de l’église subsiste 
encore, grâce à des réparations faites par la famille de Berthet, qui 
tient à conserver ce souvenir des temps passés. 

Près d’un ruisseau, sur une butte qui en domine le cours, nous 
voyons la ferme de Poncenat ; c'est tout ce qui reste avec une tour 


(1) Archives de l'Ailier, E. 823. 

(2) Archives de l’Ailier, série Q. 


Digitized by 


Google_ 


^Société d'émulation du }3ourponnai§ 



Aquarelle Gi &tave Fournier 


{Ruines da Château de Poneenat 


Digitized by 


Google 



Digitized by 


Google 


TREIZIÈME EXCURSION 


285 


carrée du château (1). La destruction est récente, puisqu'en voici une 
description faite à l’époque de la Révolution au moment de la vente 
comme propriété nationale : « Le château de Poncenat consistant en 
plusieurs chambres basses : salle de compagnie, salle à manger très 
vaste, cabinets, office, cuisine, chambre haute, salle de billard, cave, 
greniers, écuries, remises, grange, beau jardin, le tout d’une conte¬ 
nance de trois boisselées. » En outre de la tour, il reste encore un 
puits avec sa margelle sculptée, dont les armoiries ont malheureuse¬ 
ment été martelées et qui a été placée le haut en bas. 

Poncenat avait donné son nom à une famille noble qui s'éteignit à 
défaut de mâle au commencement du xiv' siècle. Alix de Poncenat 
porta ce fief à son mari Guillaume de Boucé en 1359, ainsi que je l’ai 
dit à propos de Gayette en parlant des Boucé. 

Jean de Boucé, qui vivait en 1415, en fit le lot de son second fils, 
Antoine de Boucé. Celui-ci prit le titre de seigneur de Poncenat ou, 
simplement, s’appela Boucé-Poncenat. Il n’eut qu’un fils, Nicolas, qui 
épousa Anne de Pissalien, veuve en premières noces de Lespinasse, 
dont il eut trois fils, deux desquels jouèrent un rôle important dans 
les guerres religieuses : ce sont Charles de Boucé prieur d’Ambierle, 
et François de Boucé, plus connu sous le nom de « capitaine Pon¬ 
cenat ». 

Lors de la première guerre de religion, en 1562, on trouve ce der¬ 
nier à la tète des huguenots à Lyon, à Roanne, à Marcigny, à Digoin, 
à Moulins, à Feurs, à Montbrison, à Mâcon, à Tournon, à Louhans et 
à Vienne; lors de la paix, il se retira en son château de Changy, près 
Roanne, pour reprendre les armes à l'automne 1567. On le suit alors 
toujours à la tête des Réformés à Issoire, à Saint-Amand, à la Pacau- 
dière, à Cluny, à Tournus, à Mâcon, à Saint-Rambert, à Champolly, 
à Vichy et enfin à Cognât, où il est victorieux, mais où il paie sa vic¬ 
toire de sa vie O janvier 1568). 

Son fils, Jean de Boucé, revint au catholicisme et mourut en 1596 
sans postérité. Poncenat passa alors à sa seconde sœur, Suzanne 
de Boucé, qui épousa Henry d’Apchon, dont elle eut une fille, épouse 
de Gabriel de Chabannes, et ce fut ce dernier qui vendit en 1632 
la terre de Poncenat à François Bayle, riche financier, époux 
d’Anne Sarron. Leur fils, Balthazar Bayle, y prit le titre de baron 
de Poncenat en 1650, c’est sous ce titre que nous l’avons vu prendre 


(1) Nous devons le joli dessin de cette tour au talent d’un de nos jeunes 
confrères trop tôt ravi à notre Compagnie, M. Gustave Fournier,qui a peint 
i'aquarelle d’après laquelle a été faite notre gravure. 


Digitized by LaOOQle 




286 


SOCIÉTÉ D’ÉMULATION DU BOURBONNAIS 


part au siège de Montaigu ; sa lignée resta propriétaire jusqu'en 1730, 
époque où Poneenat passa par succession à Catherine de Cotignon. 
épouse de Pierre-François Debiès de Maubranches, qui le vendit par 
acte du 1" mai 1745 à François-Senectaire du Buysson, que nous avons 
vu acquéreur de Montaigu depuis 1741. 

Les du Buysson habitèrent, non pas le château de Montaigu déjà 
en ruines, mais le château de Poneenat. C'est là que fut célébré, le 
7 mai 1772, le mariage d'Anne-Charlotte Mavolle du Buysson avec 
Yves Mourin d'Arfeuilles.de qui nous parlerons à propos de Billy. C’est 
encore à Poneenat que fut arrêté comme émigré le comte de Douzon 
en 1793. Les habitants de la commune tentèrent de s’opposer à son 
arrestation et essayèrent même de lutter à main armée contre les 
sbires de Forestier. La terre de Poneenat, comprise dans les biens 
confisqués sur le comte de Douzon, fut vendue nationalement en plu¬ 
sieurs lots le 11 messidor an IL 


VII. — Saint-Gérand-le-Puy 

L e bourg de Saint-Gérand-le-Puy est situé sur un plateau aux 
pentes abruptes qui domine les vallées de la Besbre et du 
- Redan, atllueut de l'Ailier. A l’extrémité sud, ce plateau se re¬ 
lève par une butte sur laquelle est situé le château, construction du 
xvi' siècle, qui a dû remplacer un édifice bien plus ancien dont 
l’église actuelle faisait partie. On veut que le bourg actuel, situé au 
nord du château, se soit étendu autrefois tout autour, notamment 
au midi jusqu'à Saint-Martin. 

Saint-Gérand, par sa situation sur la route de Moulins à Lyon, eut 
de tout temps une importance militaire, bien que la route actuelle 
qui traverse le bourg ne soit pas antérieure au xv' siècle ; a\ant celte 
époque, la route depuis Perrignv suivait le cours du Redan et passait 
près du prieuré de ce nom, puis allait franchir l’Ailier au pont ou au 
gué de Cordebœuf pour rejoindre la route de Clermont à Paris, près 
de Saint-Pourçain ; la route actuelle de la Palisse à Moulins par la 
rive droite de l’Ailier ne remonte pas à une époque antérieure à 
Henri IV. Mais si la route de Lyon parle Bourbonnais ne traversait pas 
Saint-Gérand, elle n’en était pas moins commandée par ion château. 
Dès que la route nouvelle fut construite, le bourg de Saint-Gérand 


Digitized by LaOOQle 




TREIZIÈME EXCURSION 


287 


éclipsa la ville de Billy qui se trouvait éloignée de toute voie de terre, 
mais qui n’en resta pas moins le siège de la châtellenie. 

A l'époque de la Révolution, Saint-Gérand prit le nom de Puy- 
Redan et devint cheMieu de canton. Il fut même un instant question 
d’y établir le siège du tribunal du district, puis, plus tard, d’en faire le 
chef-lieu des deux districts réunis du Donjon et de Cusset, au lieu de 
la Palisse. Si cette réunion avait été faite en 1793, certainement Saint- 
Gérand serait devenu cheMieu d’arrondissement, mais elle n’eut lieu 
qu'en l'an VIII : Saint-Gérand s’était montré trop révolutionnaire, les 
passions y avaient été trop vives sous la Convention et l'on sait que le 
Consulat fut surtout un gouvernement de pacification. 

Toute la région explorée par la Société d’Emulation dans sa 13' ex¬ 
cursion est restée auvergnate jusqu’au xiii' siècle. Elle ne devient 
bourbonnaise qu’après l’écrasement, en 1213, de la puissante maison 
des comtes d’Auvergne par Guy de Dampierre, sire de Bourbon, agis¬ 
sant sur l’ordre du roi Philippe-Auguste. Il faut avouer que l’on ne 
sait rien ou à peu près rien sur tous les fiefs de la région avant leur 
annexion au Bourbonnais. Peut-être a-t-on encore mal fouillé ce qui 
reste des archives auvergnates de cette époque. 

Lorsque Guy de Dampierre reçut mission de Philippe-Auguste de 
marcher contre Guy d’Auvergne, il divisa son armée en deux corps 
qui devaient agir parallèlement sur chacune des rives de l’Ailier. Il 
confia le commandement du corps de la rive droite à son parent Ar- 
chimbault de Bourbon (1), seigneur de Saint-Gérand ; celui-ci réunit 
ses troupes à Rongères et de là marcha contre Châteldon et Pont-du- 
Château. Après la victoire, Archimbault reçut en récompense le fief de 
Pierremont, près Ferrières. Ce premier seigneur de Saint-Gérand qui 
nous soit connu vivait encore en 1241 : il eut pour successeur son fils 
Guillaume (1268). puis son petit-fils, autre Archimbaud (1275) et son 
arrière-petit-fils Guillaume de Saint-Gérand en 1283. Ce dernier, par¬ 
tant pour une expédition lointaine, dont il ne semble pas être revenu, 
vendit son fief à Louis de Rohères en 1287. 

Louis de Rohères mourut aux débuts du xiv' siècle, ne laissant 
qu’une fille, Catherine, de sa femme Alix du Vernet. Cette dernière, 
devenue veuve, soutint un procès en 1312 contre son parent Jocerand 
du Vernet qui, au lieu d’attendre la sentence des juges, s’empara de 
Saint-Gérand les armes à la main et en fut reconnu propriétaire en 

(I) Aubert de la Faige (Fiefs, I, p. 291) se rallie à l’opinion de Chazaud et 
exclut de la famille de Bourbon les Saint-Gérand et les Montluçon ; on sait 
que le O Du Broc a repris cette question qui mériterait d’ètre définitive¬ 
ment tranchée. 


Digitized by LaOOQle 



288 


SOCIÉTÉ D’ÉMULATION DU BOURBONNAIS 


1321. Ce Jocerand n’eut qu’une fille qui se maria deux lois, en pre¬ 
mières noces avec Ythlerde Raibe dont elle eut un fils et en secondes 
noces avec Jean de Bigny. Les deux époux de la dame de Saint- 
Gérand prirent successivement le titre de seigneurs de Saint Gérand. 

Lorsque le duc Louis de Bourbon dut aller à Londres pour servir 
d’ôtage au roi Jean, il élait accompagné par Jean de Bigny qui lui 
servait d’écuyer. C’est pendant cette absence du seigneur de Saint- 
Gérand que les Anglo-Gascons s'emparèrent de Saint-Gérand malgré 
la belle défense des habitants ; ils brûlèrent après les avoir pillés la 
ville et le château. Le duc Louis, ayant recouvré sa liberté en 1366, 
s’occupa de suite Je « bouter » les Anglais hors de ses états. 11 s'em¬ 
para de Saint-Gérand et le remit à son ancien maître, Jean de Bigny, 
qui mourut peu après. Notre fief fit alors retour à un Ylhier de Raibe, 
petit-fils sans doute de Jocerand du Vernet. Celui-ci dut se rendre 
coupable de quelque acte de félonie car, par ordonnance du 28 octobre 
1382, la terre de Saint-Gérand fut confisquée par le duc sur Ythier de 
Raibe et sur son fils, Parceval de Raibe, et en 1394 nous la voyons 
entre les mains de Guillaume Marlot, époux de Jeanne de Thianges. 

Ici. nous nous trouvons devant une de ces lacunes encore trop nom¬ 
breuses dans notre histoire locale. En 1440, sans savoir ni pourquoi 
ni comment, c’est Isabelle de Chouvigny, épouse de Pierre d’Urfé, 
qui est dame de Saint-Gérand ; elle devient veuve en 1444. 

Pendant un siècle, Saint-Gérand resta entre les mains de la famille 
forézienne des d'Urfé, qui lui donnèrent même son nom. car Saint- 
Gérand-le-Puy ne s’appela plus que Saint-Gérand-en-Urfé jusqu’au 
xviii' siècle. Comment sortit-il de cette maison ? 

Au début des guerres de religion, à la fin d’avril 1562, le prince de 
Condé envoya d’Orléans à Lyon un certain nombre d'officiers hugue¬ 
nots sous les ordres du capitaine Poncenat. Parmi ces officiers était 
Jacques de Changy, seigneur de Saint-Gérand ; celui-ci fut nommé 
gouverneur de Valence et, en cette qualité, figura au siège et à la 
prise de Montbrison par le baron des Adrets, le 14 juillet 1562. 

Jacques de Changy mourut dans les premiers mois de 1567 ; sa suc¬ 
cession fut réglée par sa veuve, Françoise de Culan, en présence et 
avec l’assistance de François de Boucé (le capitaine Poncenat) le 
27 juin 1567. L'amitié de Poncenat pour le seigneur de Saint-Gérand 
expliquerait l’existence du portrait du grand chef huguenot au ch⬠
teau de Saint-Gérand, mais l'on sait que ce portrait a malheureuse¬ 
ment été détruit, il y a quelque quarante ans, par M" Girard de Saint- 
Gérand. par scrupule religieux : c’est une perte que déplorent tous 
les archéologues. 


Digitized by LaOOQle 


TREIZIÈME EXCURSION 


289 


Jacques de Changy ne laissait qu’une fille, Catherine, qui épousa 
en 1592 Charles d’Apvriilon. fils de Pierre, dont elle n’eut également 
qu'une fille, Jacqueline d’Apvrillon, qui épousa Gaspard de Jas en 
16% et en eut un fils, Jean. 

Jean de Jas se maria deux fois ; il épousa en premières noces Jac¬ 
queline de Meillard et en secondes noces Catherine de La Geneste, 
sœur de Joseph de la Geneste, lieutenant de la châtellenie de Billy. 
Il eut un fils du premier lit, deux fils et une fille du second ; à son 
décès, ce fut Balthazar de Jas, fils du premier lit, qui devint seigneur 
de Saint-Gérand et fit aveu de ce fief le 28 mai 1692 ; il épousa Anne 
Benoît, dont il n’eut qu'une fille, Catherine de Jas, encore au berceau 
lors de la mort de son père en 1696. Sa mère, lors de la réunion 
du conseil de tutelle, omit de convoquer ses beaux frères issus du 
second lit de Gaspard de Jas, d'où procès entre Anne Benoit et 
Louis-Henry de Jas, lieutenant-colonel au régiment de la Sarre. 
Claude de Jas, lieutenant à la maistre de camp du régiment de Ren- 
nepont, et M. de La Roche de Chassincourt, époux de Marguerite 
de Jas. Le procès durait toujours lorsque la jeune Catherine de Jas 
mourut encore enfant ; ce décès y mit fin et ce fut Claude de Jas qui 
devint seigneur de Saint-Gérand (1). Il eut pour successeur son 
fils Charles de Jas, époux de Marie de La Geneste, mais de cette 
union ne naquit qu'une fille, Louise Agnès de Jas, qui mourut sans 
postérité en 1730. Charles de Jas, en mourant en 1734, institua pour 
héritière sa cousine germaine Jeanne-Désirée de Jas, fille de Louis- 
Henry de Jas, épotfse d’Arlay des Gaudières. M" d’Arlay n'ayant éga¬ 
lement pas eu d'enfants, institua pour héritier son neveu Jean-Claude 
de Thimonnet des Gaudières, capitaine d’infanterie, dont la Allé 
Claudine-Pierrette épousa en l'église de Saint-Gérand, le 18 octobre 
1757, un jeune officier du même régiment que son père, Claude Gi¬ 
rard. 

Claude Girard, né à Chalon-sur-Saône le 25 novembre 1725, était 
.fils de Guillaume Girard, avocat, et de Claude Petit. Il jouissait d’une 
fortune considérable et en 1775 on le voit faire de nombreuses acqui¬ 
sitions à Saint-Gérand, dont il fit réparer le château. Il se qualifiait 
alors Girard, seigneur de Saint-Gérand-en-Urfé, Saint-Martin, La- 
prugne et nombreux autres lieux. Aux débuts de la Révolution, il 
embrassa avec ardeur les idées nouvelles ; il habitait Chalon, dont il 
fut le premier maire élu en 1790 ; au moment de la levée des volon¬ 
taires en 1791, il partit comme capitaine à la tête des volontaires de 

(1) Archives de l'Ailier, E, fonds Girard. 


Digitized by LaOOQle 



290 


SOCIÉTÉ D'ÉMULATION DU BOURBONNAIS 


Chalon et était à l'armée de la Meuse lorsque sa compagnie lut amal¬ 
gamée au 34' régiment d’infanterie. Il avait quatre fils : l'aîné, Gil¬ 
bert, ancien ehevau-léger, avait épousé en 1788 sa cousine Girard 
de la Vesvre ; Claude-Jean-IIonoré et Henry-Guillaume étaient tous 
les deux officiers au 23' régiment d'infanterie : enfin, Etienne était 
chanoine à Chalon. Les deux officiers émigrèrent après la fuite de 
Varennes (juin 1791) et s'enrôlèrent dans l'armée de Condé. La posi¬ 
tion de leur père à l’armée française devint difficile. 11 se fit réfor¬ 
mer pour raison d’âge et revint habiter Saint-Gérand, où il accepta 
les fonctions de maire ; mais bientôt, devenu suspect comme père 
d’émigrés, il fut arrêté et envoyé avec les trente-deux à Lyon où, 
après un semblant de jugement, il fut exécuté le 11 nivôse an IL 

Deux fois en ces quelques pages, j'ai eu l'occasion de parler des 
trente-deux victimes de la Terreur en Bourbonnais exécutées à Lyon : 
l’affaire est trop connue, elle a été contée assez souvent pour que je 
me dispense de la rééditer encore une fois il). Je dirai cependant que 
lorsque les charrettes qui transportaient ces accusés à Lyon traver¬ 
sèrent Saint-Gérand, le 17 frimaire, les trente-deux étaient trente-trois. 
Le trente-troisième était également de Saint-Gérand et en avait été 
lui aussi maire : c’était Mandon qui, seul des trente-trois, fut acquitté 
et immédiatement remis en liberté. 

Le bourg de Saint Gérand, ou de Puy-Redan comme l'on disait 
alors, fut l’une des localités du Bourbonnais les plus agitées pendant 
la période révolutionnaire. Les passions y furent vives, les victimes 
nombreuses, mais je m’arrêterai peu sur ce sujet Qui m'entraînerait 
trop loin de notre cadre. Je rappellerai simplement que la correspon¬ 
dance d’André Louher, notaire à Saint Gérand, avec son beau-frère, 
l'abbé Pierre Tridon, ancien député à l’Assemblée nationale, ayant 
été interceptée, Louher fut arrêté, envoyé à Paris et exécuté le 24 flo¬ 
réal avec Rollet d’Avaux, son client, ancien premier président du pré¬ 
sidial de Riom. Il parait qu’ils avaient voulu s'opposer au départ des 
volontaires de Saint-Gérand et de Langy.ou du moins on les en accu¬ 
sait. Dupuy de la Jarousse, de Montaigu, eut le même sort pour les 
mêmes motifs le 11 messidor suivant. 

M*'Girard de Saint-Gérand, née des Gaudières, et ses deux filles, 
Jean Emmery, leur domestique, M*' Louher, née Tridon, ses sœurs, 
l'une religieuse, l’autre épouse Cornet, Antoinette Gagnolet, leur ser- 


(t) Audiat, La Terreur en Bourbonnais. — Cornillon, Le Bourbonnais 
sous la Révolution, t. HT. — Bulletin de la Société d'Emulation, t. XV, 
p. 547 et suivantes. 


Digitized by LaOOQle 



TREIZIÈME EXCURSION 


291 


vante, Pierre-Antoine Meilheurat, maire de Billy, Couppery, ancien 
notaire à Billy, Claude Roy, régisseur, Bardon du Méage, etc., etc., 
furent également incarcérés et durent, pour plusieurs, leur salut au 
coup d’Etat du 9 thermidor. 


VIII. — Larras 

D ans le bourg même de Langv existait le château de Larras dont 
il est parlé par Nicolaï dans sa Description du Bourbonnais en 
1569. 

Si Alix de Semur, veuve de Perrin Bernuçon, pouvait se dire dame 
de Larras en 1326, dès la fin du xiv' siècle les seigneurs en étaient des 
Du Pont, qui gardèrent ce fief jusqu’au milieu du xviu' siècle, c’est- 
à-dire pendant plus de trois siècles. Un du Pont, seigneur de Larras, lit 
une donation à l’église de Langy en 1399(1); dans l’église, nous avons 
vu la pierre tumulaire de Jacqueline de Morainville, épouse du s. du 
Pont de Prandines, décédée le 29 septembre 1546. Notre confrère Mon¬ 
tagne me signale le fait-divers suivant relevé sur les registres parois¬ 
siaux de Varennes : le 22 février 16i8, Charles du Pont, seigneur de 
Larras, en discussion avec son voisin Guillaume de Gaubertière. juge 
châtelain de Poncenat, alla l’attendre sur le bord de la route à la nuit 
tombante et le tua d’un coup de bâton. La justice lança une prise de 
corps contre le meurtrier, mais celui-ci put prendre la fuite et se réfu¬ 
gia à Mâcon, où il mourut peu après. Sa veuve, faisant valoir qu’il 
n’y avait pas eu guet-apens, mais une sorte de duel avec les frères 
Gaubertière, que dans le combat son mari avait été lui-même blessé 
et qu’il était mort de cette blessure, obtint par la suite des lettres de 
rémission ; peu après, en 1628, ladite veuve, agissant tant en son nom 
qu’en celui de ses enfants mineurs, signa une vente du fief de Larras 
à Antoine Parchot, seigneur de Togues. Mais je doute que cette vente 
ait été réelle, car les du Pont continuèrent à figurer aux registres pa¬ 
roissiaux de Langy comme seigneurs de Larras ; en 1634 et 1654, c’est 
Charlotte du Pont, dame de Larras, qui est marraine ; en 1661, un 
du Pont qui est parrain ; enfin, à la date du 3 septembre 1713, c’est 
une donation de trois livres de rente faite par Jeanne du Pont, veuve 
Grimaud, à l’église de Langy où elle désire être inhumée (2), ce 

(i) Archives de l'Ailier, G, fonds de la paroisse de Langy. 

(2) Archives de l'Ailier, G, mêmes fonds. 


Digitized by LaOOQle 



292 


SOCIÉTÉ D ÉMULATION DU BOURBONNAIS 


n'est qu'après cette donation que les du Pont disparurent de Larras. 

En 1718, c’est Jean Bouchet, ûls de Philippe, lieutenant en la ch⬠
tellenie de Chanteile.qul se qualifie seigneur de Larras. Son fils Hya¬ 
cinthe se qualifie en 1738 de chevalier de Saint-Louis, puis notre fief 
passe à Jean-Baptiste Bouchet, capitaine au régiment de Berry, qui 
en était encore propriétaire aux débuts de la Révolution. 


IX. — Les Angles 

A petite distance de Langy, on aperçoit le vieux manoir des 
Angles. D'après les registres paroissiaux de Lubié, le 17 avril 
1657, Jean Aligier, seigneur des Angles, fut tué d'un coup de 
pistolet sur la route de Périgny. Son fils Pierre Alligier vendit les 
Angles à Charles Tonnelier, suivant acte reçu par Chervin, notaire à 
Billy, le 2 novembre 1696. Charles Tonnelier en fit l’aveu le 27 mars 
1697 et prit le nom de Tonnelier des Angles. Il était né à Moulins le 
12 avril 1665, était fils de Gilbert Tonnelier, commissaire à la séné¬ 
chaussée de Moulins, et de Marguerite Moutonnet ; il avait succédé à 
son père en son office et avait épousé Marguerite Benoit, sœurd’Anne 
Benoît, épouse de Charles Quesson du Therin, capitaine châtelain de 
Billy. 11 mourut en 1742, ayant été précédé dans la tombe en 1733 par 
son fils Etienne Tonnelier, époux de Marie Parchot, dont il a été 
question à propos de Togues. Ce dernier laissait, avons-nous dit, 
quatre enfants. Les Angles échurent, lors du partage du 13 janvier 
1756, à Antoine Tonnelier, qui épousa, le 21 janvier 1759, Marie Pa¬ 
pou, laquelle lui apportait en dot les Quillets, paroisse de Floret. 
Les Angles ayant été détruits en partie par un incendie en 1747, Ton¬ 
nelier fut habiter les Quillets et, dans un aveu du 10 janvier 1778, se 
qualifie de seigneur des Quillets et des Angles, capitaine d'infanterie, 
chevalier de Saint-Louis (1). Il eut pour héritier son fils Frédéric, qui 
épousa Françoise Préveraud de la Boutresse et fut l’un des délégués 
du tiers-état de la paroisse de Langy lors de la nomination des dépu¬ 
tés aux Etats généraux de 1789 ; il mourut peu après sans postérité, 
laissant sa succession à sa femme, et c’est par elle que les Angles 
passèrent à la famille Des Ulmes. 

(1) Archives de l’Ailier, E, fonds Bardonnet. 


Digitized by LaOOQle 




TREIZIÈME EXCURSION 293 


X. — Créchy 

U ne monographie de Fouz-en-Créchy et de Château-Gaillard 
ayant déjà été donnée dans le Bulletin de 1909, il me semble 
inutile d'y revenir, n’ayant rien à y ajouter. 

Je signalerai seulement, dans la muraille de la dernière maison des 
Andrivaux, une gracieuse statue du xv* siècle, représentant un che¬ 
valier sous l'armure tenant en main une balance : c’est le souvenir 
d’un ancien seigneur haut justicier. M. A. Queyroi, père de notre 
confrère, avait déjà remarqué cette statue et aurait désiré la faire 
entrerau Musée départemental, dont il était alors conservateur. 


XI. — Billy 

B illv, aujourd’hui simple commune d’un millier d’habitants, 
est l'une des anciennes villes franches du Bourbonnais ; 
elle eut son apogée au x\T siècle, puis n’a cessé de décroître 
jusqu'à la Révolution, époque où la nouvelle division territoriale lui 
donna le coup de grâce. 

La ville de Billy fut, en eflet, le siège de la plus importante des 
dix sept châtellenies du Bourbonnais ; son ressort s'étendait sur 
trente-trois paroisses : Billy, Créchy, Varennes, Montoldre, Ron- 
gères, Langy, Sanssat, Saint-Etienne, Saint-Gérand-le-Puy, Boucé, 
Ciernat, Montalgu, Saint Félix, Saint-Allyre, Magnet, Seuillet, Bille- 
zols. Vicq, Bost, Servilly, Perrigny, Lublé (la Palisse), le Breuil, 
Châtel-Montagne, Ferrières, Mariol, Cognât. Vendat, Lourdy, Saint- 
Rémy, Saint-Didier, Villaine, le Lonzat et Paray, et comptait plus de 
3.200 feux. 

Le manque de communications faciles fit que Billy ne fut jamais 
une ville commerçante ; cependant, chaque mardi, jour d'audience, 
il s’y tenait un marché, il s'y tenait aussi sept foires franches, c’est- 
à-dire où il n'était payé aucun droit : le 1" avril et les jours de saint 
Nicolas de mai, de saint Pierre de juin et de juillet, de saint Laurent, 
de saint Crépin et de sainte Catherine, foires des plus suivies. 

Dans le principe, les autorités militaire, judiciaire et administra¬ 
tive étaient confondues entre les mains du capitaine châtelain, homme 
d’épée, de robe courte; mais, dès le xv' siècle, on plaça près de lui 

19 


Digitized by LaOOQle 



294 


SOCIÉTÉ D'ÉMULATION DU BOURBONNAIS 


un lieutenant de robe longue, c'est-à-dire un légiste qui accapara le 
pouvoir judiciaire et à qui, par la suite, on donna même un substitut, 
il était assisté d'un avocat procureur du roi, d’un greffier, de plu¬ 
sieurs huissiers ou sergents et d’un receveur ou boîtier ; il y avait trois 
notaires qui faisaient en même temps fonctions de procureurs. A ces 



Porte de la ville de Bllly 

robins s'ajoutèrent un médecin, des chirurgiens, un apothicaire, un 
maître d'école, un certain nombre de bourgeois et d’artisans ; aussi 
ne doit-on pas être surpris de trouver dans notre ville bon nombre de 
maisons du xv* et du xvr siècle présentant un certain intérêt. 

Parmi ces vieilles maisons, je citerai, dans la rue Chabotin, la mai¬ 
son Talon, où se trouvent deux belles cheminées, dont l'une, timbrée 
aux armes des ducs de Bourbon, semble provenir du château. En 
face, la boulangerie Maussand, gracieuse maison en pans de bois avec 
étages en saillie, malheureusement masqués sous un crépissage mo- 










TREIZIÈME EXCURSION 


295 


derne ; à l’angle de la rue, l'hôtel Courtiat, avec sa porte Renais¬ 
sance portant l'inscription : 

MALHEUR.A CEVLX. QVI. DELAISSENT.DIEV 

POVR. SERVIR. A VX. RICHESSES. 

Q VE. SERT. A. LOM E. AMASSER. BI ENS. E. PERDRE. LAME 

DIEV. ES. MA HAULTE. TOVR. ET. FORTERESSE 

A l'angle de celte maison était une échauguelte dont il ne reste que 
le cul-de-lampe soutenu par une cariatide portant une banderole 
avec la date 1566 et l'Inscription : 

LHOME.PLVS.E. ACABLE.DE. PECHE 
QVE.DE.CE.FAIZ. JE.NE.SUIS.EMPCHE 

Je ne dirai rien de l’ancienne donnerie ou hôpital, aujourd’hui l'hô¬ 
tel Ray, ni de sa voisine, l'ancienne chapelle Saint-André, qui ne res¬ 
tent plus que pour souvenir. 

Dans un autre quartier, dit des Cours, une suite de maisons avec 
escaliers et ouvertures, dont les armoiries sont malheureusement 
frustes ; non loin, une fontaine longuement décrite par Nicolay. 

Toute la ville est hérissée de légères tourelles aux toits pointus qui 
lui donnent un cachet moyenâgeux. Grâce au terrier de 15101520 
conservé aux archives de l'Ailier (A. 18), il serait facile de retrouver 
les propriétaires de chaque maison à cette époque, mais ce travail 
nous entraînerait trop loin. 

Le château de Billy, bâti sur le roc même d’un piton calcaire qui 
commande l'Ailier, domine de toute sa masse la ville qui l’enserre. 
L'accès de celle-ci était défendu : au nord par le ruisseau de Charen- 
dière, formant un vaste étang qui alimentait le moulin ducal et le 
moulin Fou avant de se jeter dans l’Ailier par un ravin profond ; au 
sud, par le ruisseau de Rax, aux rives moins escarpées mais encore 
d'un passage difficile ; les deux ruisseaux étaient réunis par un mur 
de défense peu élevé, mais qui mettait la ville à l’abri de toute sur¬ 
prise. Au milieu de cette muraille était la porte Chabotin avec ses 
deux tours, sa voûte ogivale, ses herse, pont-levis et assommoir. 

La forteresse, bâtie en moellons non appareillés et sans la moindre 
sculpture, a la forme d'un hexagone régulier dont chacun des 
côtés est défendu par une tour percée de longues meurtrières verti¬ 
cales et dont une couronne de corbeaux indique que le système de 
défense était complété par des hours ; mais les tours, au lieu d'être 
placées aux angles du polygone, sont placées au milieu des faces dont 
elles assurent ainsi mieux le flanquement. La porte, défendue par 
deux tours, était à l'ouest, face à l’Ailier ; on y voit encore les sup- 


Digitized by LaOOQle 


296 


SOCIÉTÉ D’ÉMULATION DU BOURBONNAIS 


ports d'un pont-levis et les glissières d’une herse entre deux as¬ 
sommoirs (1). 

A l’intérieur, toutes les constructions qui s'appuyaient aux cour¬ 
tines pour laisser une cour au centre, ont disparu, il ne reste plus que 
les logements dans les tours qui servirent de prison jusqu'en 1790 et, 



Le chftteau vu de l’étang 


près de l’entrée, une salle occupée encore dans mon jeune âge par un 
certain père Faugière, fils du dernier geôlier. Certains voient dans cette 
pièce, éclairée par deux longues fenêtres cintrées, une ancienne cha¬ 
pelle. En face de l’entrée, la grosse tour du donjon avec ses ou- 

(I) Cette porte rappelle la porte d’Aigues-Mortes, que l'on sait construite 
eu milieu du xm* siècle, ce qui peut permettre de dater notre forteresse. 


Digitized by LaOOQle 







TREIZIÈME EXCURSION 


297 


bliettes, à laquelle est adossé un léger escalier à vis malheureuse¬ 
ment brisé. 

En avant du château s'étend une vaste place d'armes en terrasse 
défendue par huit tours et qui dominait complètement le cours de 
l'Ailier, mais obstruée aujourd’hui par de nombreuses constructions, 
parmi lesquelles la maison de M. Orsel, notaire ; cette maison semble 
avoir été construite pour loger le capitaine châtelain lorsque le ch⬠
teau devint inhabitable au xvn' siècle. 

Un assaillant qui, après avoir pris pied dans la ville, aurait voulu 



Porte du château de Billy 


s'établir sur la place d’armes, aurait dû suivre une rampe longeant 
les fossés du château, puis traverser un pont-levis défendu par une 
tour et une courtine percées de meurtrières se rattachant au château 
même. 

De la place d’armes, les hommes à pied pouvaient aller directement 
à la rivière par une poterne et peut-être par un souterrain dont on 
croit avoir trouvé les traces lors de la construction du chemin de fer, 
à moins que l'on ne se soit trouvé en présence d'un simple égout. 

Tout touriste, après.avoir visité ces ruines encore imposantes, pose 
la question : quel rôle joua Billy dans l'IIistoire? La réponse va 
étonner : Billy, comme les peuples heureux, n'a pas d'histoire. 

Lors de la construction du chemin de fer, M. Bertrand, conserva- 


Digitized by LaOOQle 







298 


SOCIÉTÉ D’ÉMULATION DU BOURBONNAIS 


teur du musée de Moulins, étudia diverses sépultures trouvées près 
du Moulin-Fou et, les attribuant à l’époque carlovingienne, en con¬ 
clut que Billy était déjà une forteresse à cette époque. Sa situation 
sur une butte qui domine le cours de l'Ailier et commande le large 
arc de cercle qui s'étend de Bourzat à Chazeuil, semble l’avoir indi¬ 
qué de très bonne beure aux occupants du sol, mais le premier titre 
connu où il soit fait mention de Billy est un acte de 1232. 

J’ai déjà dit qu’en 1212, sur l'ordre du roi Philippe-Auguste, Guy 
de Dampierre, seigneur de Bourbon, réunit une armée avec laquelle 
il ruina la puissante maison des comtes d'Auvergne, maltresse de la 
région. Après la victoire, le roi distribua aux vainqueurs de nom¬ 
breux fiefs situés entre la Besbro et l’Ailier, fiefs dont il donna la 
suzeraineté à Guy de Dampierre, qui mourut peu après en 1216. Sou 
fils Archimbaud lui succéda et s’occupa d’organiser les conquêtes de 
son père. Il réunit tous les fiefs donnés par le roi en une châtellenie 
mais comme il ne possédait aucune ville dans la région pour en faire 
le chef-lieu de cette nouvelle organisation, il acheta en août 1232, 
moyennant 10 livres monnaie de Souvigny à Hugues Colombi, fils 
d'Etienne, tous ses droits sur la maison forte et la justice de Billy 
ayant appartenu à Guillaume de Chazuet et qui se trouvaient déjà 
entre ses mains, sans doute par droit de conquête (1). 

(1) Nos Emericus humilia abbas Mauziacensis, Notum iacimus universis 
quod constitutus in nostra presencia Hugo Columbi filius Stephani Columbi 
omne jus quod habebat vel habere poterat in domo et ballia de Billia 
quod Guillelmus de Chasuet tenebat et possidebat et eciam totam aliam 
terram quam vir nobilis Arcbembaldus dominus Borbonii modo tenet in 
manu sua que fuit dicti Guitlelmi, vendidit et pérpetuo concessit eidem no- 
bili et beredibus suis pacifice possidenda, pro precio decem librarum Silvi- 
niacensium, quas decem libres recognovit dictus Hugo récépissé et habuisse 
a dicto nobili in pecunia numerata. Si quid autem deerat dicte venditioni de 
justo et legitimo precio ex mera libertate et animo donandi intravivos qui- 
tavit eidem nobili et heredibus suis, renuncians specialiter omni beneficio 
juris canonici et civilis et omni privilegio coherenti rei et persone et spe¬ 
cialiter privilégié minoris etatis. Et juravit insuper tactis sacrosanctis Evan- 
geliis contradictam vindicionem per se vel per alium de cetero non venire 
nec racione minoris etatis nec racione minoris precii, immo omnia prout 
superius sunt expresse contra omnem hominem dicto nobili et suis bona fide 
defenderet et garentiret. 

In cujus rei testimonium présentes iitteras ad petitionem dicti Hugonis 
sigillo nostro duximus roborandas. Actum anno Domini M»COXXX 0 se¬ 
cundo, mense Augusti. 

[Au dos :] De vendicione tocius terre quam habuit Guillelmus de Chasuet 
tacta ab Hugone Columbi filio Stephani Columbi. (Archives nationales, 
P. 1377, c. 2776.) 


Digitized by LaOOQle 



TREIZIÈME EXCURSION 


299 


Ce titre atteste qu'il existait donc déjà un château-fort à Billy, Ar¬ 
chimbaud s’occupa de suite d'en augmenter les défenses et, en 1243, il 
y nommait un capitaine châtelain, Etienne de Crécby. En mars 1248, 
Archimbaud IX (7), le fils du précédent, en rendait hommage à Al¬ 
phonse de Poitiers, frère de saint Louis, en même temps que de Gan- 
nat, de Verneuil et de Bessay. 

Archimbaud mourut à Chypre en 1249 et, par testament, faisait don 
d'une rente de lô livres par an à son chapelain de Billy pour dire 
une messe le jour de son anniversaire (25 février). Il laissait deux 
tilles, Mahaut et Agnès, qui avaient épousé deux fils du duc de Bour¬ 
gogne et furent successivement dames de Bourbon. 

De son premier mariage avec Robert de Bourgogne, Alix de Bour¬ 
bon eut une fille, Béatrix, qui épousa, en 1273 ou 1276, Robert 
de France, cinquième fils de saint Louis, à qui elle apportait en dot, 
en outre du Charolais, en toute propriété Chavroche et en nue-pro¬ 
priété Verneuil, Moulins, Billy et Gannat. Agnès ne mourut qu'en 
1288 et ce ne fut qu'à cette époque que Béatrix et Robert de France 
devinrent maîtres de Billy, qu'ils avaient cependant donné en hypo¬ 
thèque dès le mois d'août 1283. 

A la mort de Béatrix, son fils aîné Louis de Bourbon lui succéda 
pour le Bourbonnais. Par lettre datée d’Ainay-le-Château, le vendredi 
veille de la Saint-Barnabé 1315, il établit que le chapelain de Billy 
serait tenu de chanter quatre fois par semaine l'office des morts en 
l'honneur de ses ancêtres et d’aller à Bourbon chaque fois qu’un 
nouveau seigneur y ferait son entrée. Son père, Robert de France, 
qui ne mourut qu’en 1317, lui aussi fit par testament un legs aux 
pauvres de Billy. 

Louis fut créé duc de Bourbonnais en 1327. Lorsqu’il mourut, en 
1341, son fils aîné, le duc Pierre I", lui succéda et fut tué à la bataille 
de Poitiers en 1356. Par testament, il laissait en douaire à sa veuve 
Isabeau de Valois le château de Billy, mais le 4 juillet 1358, celle-ci 
l’échangea contre le château de Murat. 

Je ne dirai rien de la lutte du due Louis II contre les Anglais, à qui 
Billy semble avoir résisté, car nulle part il n'est question de sa prise 
ou de son occupation par les envahisseurs ni de sa reprise par le 
duc. Tout ce que l'on sait, c’est que ce prince y fit faire des répara¬ 
tions importantes et cependant, dès cette époque, le rôle militaire du 
château de Billy était terminé. 

Après la conquête de Guy de Dampierre, ses fils et petits-fils, les 
Archimbaud avaient dû se mettre à couvert contre toutes attaques 
nouvelles des Auvergnats, Billy se trouvait la place le plus au sud 


Digitized by LaOOQle 


300 


SOCIÉTÉ D'ÉMULATION DU BOURBONNAIS 


possédée par les Bourbon sur le cours de l'Ailier, c’est ce qui les dé¬ 
termina à faire de cette ville une place de premier ordre et la plupart 
des fortifications qui restent sont certainement antérieures à l'usage 
de la poudre. Par suite des traités signés à Salnt-Pourçain en avril 
1372 et à Clermont en août 1377, le duc Jean de Berry céda au duc 
Louis de Bourbon Saint-Germain-des-^Fossés, Vichy, Busset, Abrest, 
Châtel-Montagne, enfin tout le pays qui forma la châtellenie de Vichy. 
Dès ce jour, Billy perdit toute importance et ce furent surtout les 
défenses de Vichy qui occupèrent le bon duc Louis. 

Lorsque le duc Charles de Bourbon se mit à la tête, en 1445, de la 
Praguerie contre le roi Charles VII, celui-ci envahit le Bourbonnais et 
vint s'établir à Cusset. D'après le récit d'Alain Chartier, de là il envoya 
une avant-garde jusqu’à Varennesqui soumit toutes les villes sur son 
passage, sans doute Saint-Germain-des-Fossés et Billy. Faisant faire 
des réparations à mon habitation, j’ai retrouvé, au milieu des débris 
de construction, un boulet en pierre du poids de 5 kilos que J'attribue 
à un court siège par les troupes royales à cette époque. 

En 1465, le duc Jean II de Bourbon, qui avait succédé à son père le 
duc Charles en 1456, se mit à son tour à la tête de la Ligue du Bleu 
public contre Louis XI. Ce roi occupa lui aussi le duché et, étant à 
Varennes, reçut la soumission de Ris, Vichy et Billy. Il ne semble 
pas qu'il y eut lutte à cette époque ; si, par lettre du 12 Juin 1476, 
Louis XI dispensa les habitants de Billy de contribuer aux répara¬ 
tions de Cusset « les susdits habitants étant suffisamment employés 
aux réparations de leur propre ville », j’ai tout lieu de croire qu’il 
s’agit des dégâts du siège de 1445, à moins que notre ville n'ait eü 
à souflrir d’une attaque de Charles le Téméraire en 1472. 

A la suite de la fuite du connétable Charles de Bourbon (1523), et 
après sa mort (1527), le Bourbonnais fut donné à Louise de Savoie, 
puis annexé à la couronne en 1531. 

Pendant les guerres de religion, Billy fut occupé le 8 février 1576, 
par les bandes allemandes du prince de Condé et dû prince Casimir, 
dont l'armée se concentra à Vichy. Condé était déjà passé sur la rive 
gauche de l’Ailier avec une partie de ses troupes lorsqu’une crue su¬ 
bite du fleuve s’opposa au passage du prince Casimir et de la seconde 
partie de l’armée des Huguenots. Le duc de Mayenne, qui occupait 
Moulins avec une petite armée catholique, ayant appris la situation 
où se trouvaient les Huguenots, s’avança rapidement par la rive 
droite espérant écraser la partie de leur armée encore sur cette rive, 
partie qu'on lui disait être assez faible. Mais, arrivé à Chermont, il 
vit l’armée du prince Casimir rangée en bataille dans la plaine dtës 


Digitized by LaOOQle 




Chateau de Billy. — Enceinte; vue prise à l’intérieur. 




Digitized by 



TREIZIÈME EXCURSION 


301 


Crépins ; la jugeant beaucoup trop forte, il n’osa l’attaquer et battit 
précipitamment en retraite jusqu'à Billy. Les Huguenots n'osèrent 1 
poursuivre Mayenne au delà du Mourgon et celui-ci rentra à Mou¬ 
lins, ayant laissé échapper une belle occasion d'éctaser lés Alle¬ 
mands. 

C'est là le dernier fait d’armes où il soit question de Billy ; son ch⬠
teau était déjà en ruines et, peu après, cette ville fut mise en enga¬ 
gement. 

Capitaines cliàtelalus. — Jusqu'à la Révolution, Billy n’en resta 
pas moins classé comme place de guerre et eut un capitaine châte¬ 
lain. L'acte de nomination de M Descamps, l’avant-dernier de ces offi¬ 
ciers, datée du 30 novembre 1766, nous donne des renseignements sur 
leurs fonctions : « Pouvoir de commander aux habitants tout ce qui 
est nécessaire au bon service du roi, à la sûreté et conservation de la 
ville, faire vivre les habitants en bonne vie et accord les uns avec 
les autres, commander les gens de guerre de ,1a garnison, les contenir 
en bon ordre suivant les règlements et ordonnances militaires sui¬ 
vant les ordres reçus. Le capitaine ayant droit à l’usage du château, 
aux fruits et herbes des fossés et des glacis à un gage de 25 fr. par an 
et à un droit de gué de trois sols par Justiciable de la châtellenie. » 

Voici la liste de ces capitaines châtelains : 

1243, Etienne de Créchy. 

1266, Guillaume de Varennes. 

1337, Jean Ameille. 

Celui-ci eut pour successeur Pierre de Vèvres, sur lequel nous 
n’avons d'autre renseignement que la date de son inhumation en 
l’église Saint Georges de Bourbon, le mercredi saint 1385. 

1390, Hugues de Chantelot, dit Mole. 

1394, Agnès Saulnier. 

1440, Louis de Brie. 

1465, Louis du Breuil. 

1466, Jean de Tranchelyon. 

1471, Pierre, bâtard de Bourbon. 

1488, Georges de Chantelot, seigneur de la Chaise. 

1516, Gilbert de Chantelot, son fils, seigneur de la Chaise. 

? Jean des Aages, gentilhomme du duc de Vendôme (confirmé 
le 7 mars 1527 par Louise de Savoie). 

1529, Jean Treille. 

1552, Philippe Treille, seigneur du Jaunay (fils du précédent). 

1575, Jean Dinet. 


Digitized by LaOOQle 




302 


SOCIÉTÉ D’ÉMULATION DU BOURBONNAIS 


1595, Guillaume de Berthet, seigneur de Teillat et de Fouz, décédé 
en 1607. 

1608, Jacques de Berthet, tué au service du roi en 1619. 

1620, Claude de Bellenave. 

1667, Pierre Quesson, seigneur du Therin. 

1688, Verneré, seigneur de Bois-Meilhard. 

1692, Arnoux de Viry, époux Delaire. 

1692, François Dupeyroux. 

1726, Claude de Jas. 

1766, Louis-Bernard Descamps. 

1771, Louis Dupeyroux, fils de François, qui mourut en 1789 ; en 
1788, il avait été nommé maire-syndic de Billy. 

Les engagisles.— L’ordonnance de Moulins rendue par Charles IX 
en 1566 ayant déclaré le domaine royal inaliénable, depuis cette 
époque, nos rois, au lieu de vendre, engagèrent les villes et provinces : 
c’est-à-dire que lorsqu'ils faisaient un emprunt, ils donnaient en gage 
une ville dont le préteur, en guise d’intérêts, touchait les revenus 
jusqu'à remboursement du prêt. 

Les engagistes avaient des droits très étendus sur le gage ; ils ne 
payaient pas d’impêts, mais ne pouvaient rien innover. Ils étaient 
tenus d’entretenir le gage, notamment les bâtiments et fortifications, 
mais n'étant pas propriétaires, ils ne pouvaient pas vendre : ils ne 
pouvaient que céder leur créance avec gage. Le roi pouvait à toute 
époque dégager le gage en remboursant le prêt. 

Après l’assassinat d'Henri III (2 août 1589), Henri IV essaya tout 
d'abord de faire valoir ses droits à la couronne les armes à la main 
et entra en lutte avec la Ligue, mais avec plus ou moins de succès. 
En 1593, après son abjuration, il changea complètement de méthode. 
Il fit donner ce que les Anglais appellent la cavalerie de Saint-Georges 
et pas une conscience, pas une bicoque ne résista. Tout fut vendu au 
restaurateur de la monarchie, à qui il en coûta près de trente mil¬ 
lions ; pour se procurer cette somme, le roi Henri IV dut engager 
nombre de villes. 

Pour payer les services de Diesbach, colonel des Suisses, Henri IV 
lui engagea, le 31 Juillet 1596, pour une somme de quinze mille livres, 
les deux châtellenies de Murat et de Billy en Bourbonnais. Peu après, 
notre colonel, désirant rentrer à Berne (1), obtint du roy de céder sa 
créance et son gage au financier Sébastien Zamet. 

(4) Une fille du colonel Diesbach, Anne, épousa 6 Fribourg Jean d'Affry, 
que l'on retrouve au xvn* siècle propriétaire de la Monnoye, commune de 
Saint-Didier-en-Rollat, et de Fontorbin, commune de Rongires. 


Digitized by 


Google 



TREIZIÈME EXCURSION 


303 


La tortune de Zamet est curieuse : né à Lucques en Italie, il vint 
en France comme cordonnier de la reine Catherine de Médicis. Par 
son esprit et ses répliques, il entra dans l'amitié du duc d'Anjou qui> 
devenu le roi Henri III, le combla de ses faveurs. Lors de la mort de 
ce prince, Zamet eut foi dans la Ligue et s’attacha au duc de Mayenne, 
mais lorsqu'il vit l’étoile de ce dernier pâlir, il se fit envoyer comme 
négociateur auprès d'Henri IV et aussitôt changea de maître. Il sut 
obtenir les -faveurs du roi en favorisant ses amours ou en lui avan¬ 
çant quelques sommes lorsque la bourse du Béarnais était par trop 
vide, sachant toujours du reste se faire payer ses services. A partir de 
1598, on voit Zamet se qualifier de baron de Murat et de Billy et de 
conseiller du roi ; en 1600, il ajoute à ces titres celui de surintendant de 
la maison de la reine Marie de Médicis et de capitaine du château de 
Fontainebleau. En 1601, l’intègre Sully désirait envoyer Zamet s'ex¬ 
pliquer devant une chambre de justice sur l'origine un peu rapide de 
sa fortune, mais le roi s’y opposa, on disait tout bas qu’il y avait entre 
eux un cadavre, celui de Gabrielle d'Estrées, morte subitement en la 
demeure de Zamet. 

Sébastien Zamet mourut le 14 juillet 1614. Son fils aîné, Jean, qui 
prit le titre de baron de Murat et de Billy, mestre de camp, fut tué 
au siège de Montpellier le 3 septembre 1622. Il avait épousé, le 5 fé¬ 
vrier 1612, Jeanne de Goth, fille de Jean, baron de Rouillât, et d'Hé¬ 
lène de Nogaret, sœur du duc d'Epernon ; il laissait de ce mariage 
deux enfants encore mineurs : Jean Zamet, qui mourut sans postérité 
en 1636, et une fille, Catherine Zamet, qui, après avoir hérité de son 
grand-oncle le duc d'Epernon, épousa Roger-Hector de Pardaillan 
de Godrin d’Antin, dont elle eut un fils : le peu complaisant mari de 
la Montespan. 

Le 30 juin 1635, Jeanne de Goth. dame de Rouillac, veuve de Jean 
Zamet, agissant tant en son nom qu’en celui de ses enfants, présenta 
une requête au roi Louis XIII, demandant le remboursement des 
15.000 livres prêtées sur Billy. Le roi n'ayant pas la somme ordonna 
de mettre l’engagement aux enchères, ce qui eut lieu à Vichy le 
13 juillet 1636. Après plusieurs enchères, l’adjudication fut prononcée 
moyennant vingt mille cinq cents livres au profit de Gabriel Guéné- 
gaud, seigneur du Plessis-Belleville. Sur ce prix, 15.000 livres furent 
versées à M“* Zamet et le surplus, soit 5.500, à Gaspard de Fumbert, 
trésorier du roi. 

Voici les termes de cet engagement : 

« La terre et châtellenie de Billy avec ses dépendances, sans en rien 
excepter ni retenir, sinon le droit féodal, les charges antérieures et 


Digitized by LaOOQle 



304 


SOCIÉTÉ D’ÉMULATION DU BOURBONNAIS 


accoutumées pour en jouir comme sa propriété, mais à faculté de 
rachat perpétuel, pour jouir du tout en engagiste sans qu’il puisse 
être dépossédé pour quelque cause que ce soit, sinon de rembourse¬ 
ment de 5.500 livres, somme à laquelle a été portée la surenchère et 
de 15.000 livres remboursées à l’ancien engagiste. » 

Gabriel de Guénégaud tirait son nom d’une petite terre située pa¬ 
roisse de Souitte, près Salnt-Pourçain ; il était fils de Jean de Gué¬ 
négaud et dé Georgette de Plugant. Il avait épousé en 1604 Marie 
de La Croix, dame du Plessis-Belleville, fille de Claude de La Croix* 
vicomte de Simoine, écuyer de la reine Marguerite de Valois. 

De ce mariage naquit une fille, Marie de Guénégaud, qui épousa, 
le 20 avril 1639, Claude-Jean Loup de Bellenaves, veuf de Madeleine 
de Clavizon (descendante par sa mère des d’Apchon Saint-Germain). 
Marie de Guénégaud mourut à Bellenaves des suites de couches le 
10 février 1642( laissant une fille, Marie de Bellenaves, née le 24 sep¬ 
tembre 1640. M. de Bellenaves fut tué à la bataille de Nordlingen.le 
3 août 1645 et fut inhumé en Bavière, son cœur fut seul apporté et 
déposé en l’église de Bellenaves le 2 octobre 1645. 

L’année précédente, le 20 juillet 1644, il avait fait le partage de ses 
biens entre les enfants de ses deux lits et confié la garde et la tutelle 
de la jeune Marie à son parent et ami Nicolas du Buysson. Ce testa¬ 
ment fut attaqué par la grand’mère de la jeune Marie de Bellenaves, 
M"' de Guénégaud, encore vivante. Je ne sais pour quelle cause on 
voit pendant cette minorité M** Marie d’Andelot, veuve de Jacques 
d’Apchon, seigneur de Saint-Germain-des-Fossés, faire, le 20 juin 1648, 
un paiement de 3.000 livres comme engagiste de Billy et dans un acte 
de baptême du 17 mars 1657, Marie d’Andelot, remariée à Gaspard 
de Foudras, prendre le titre d’engagiste de Billy (1). 

Marie de Bellenaves, devenue majeure, reprit ses droits sur Billy ; 
elle épousa, en septembre 1659, Gabriel de Choiseul, comte du Plessis- 
Pralin, fils de César, comte de Choiseul, plus connu sous le nom de 
maréchal du Plessis, union qui fut de courte durée, puisque, le 5 sepr 
témbre 1664, elle épousait en deuxièmes noces René Gillier, marquis 
de Clérambaud et' de Marmande, baron de Puygaraud. La future, 
pour n’être pas trop en retard de titres pompeux, se qualifia, lors 
de ce second mariage, Marie Loup de Bellenaves, dame de Belle¬ 
naves, de Billy, de Varennes, de l’Espinasse, du Lonzat, do Jaunay, 
d’Azy et de Lalïey. ' 

Par un édit de 1667, Colbert rappela à tous les engagisles de France 

' (1) Registres paroissiaux de Billy. 


Digitized by 


Google 




TREIZIÈME EXCURSION, 


305 


que le domaine royal ^tant inaliénable, les biens engagés n’en res¬ 
taient pas moins unis à la couronne sans qu’il pût y avoir prescrip¬ 
tion, ce qui n’empècha pas du reste ce ministre de mettre les enga- 
gistes en demeure d’avoir à verser des suppléments de prix. C’est ainsi 
que le marquis de Clérambaud dut payer pour Billy, en 1695, quatre 
mille cinquante-huit livres et sa veuve, le 10 janvier 1714, deux mille 
sept cent trente livres. 

La propriété d’iles, dans l’Ailier, ayant été contestée à nos enga- 
glstes, ceux-ci présentèrent une requête à M. Le Vayer, intendant de 
la généralité. Ce titre nous donne des renseignements très complets 
sur les droits des engagistes, aussi je le transcris : 

« A Mgr Le Vayer, etc. 

« Vous, remontre, dame Marie de Bellenaves, femme de messireRené, 
marquis de Clérembaud, dame engagiste de la châtellenie royale de 
Billy sous faculté rachapt. 

« Au moyen de quoi, elle est aux mêmes droits que Sa Majesté, et 
ce sans aucune réserve, sinon la teneur féodale, ce qui fait qu'elle 
est en droit de jouir de tous les droits de la dite châtellenie... 

a Au moyen de quoi soutlentqu’elle ne doit aucune chose puisqu'elle 
est au lieu et place du roy, non pas en qualité de propriétaire incom- 
mutable, mais à proprement parler que d’usufruitière; que, par suite, 
elle doit être mise en possession des lys de l’Ailier qui resteront à 
Sa Majesté qui peut lui retirer toutes les dites choses quand bon lui 
semblera en remboursant l’engagement... » (1). 

A cette époque, l'engagiste se regardait donc bien non comme pro¬ 
priétaire, mais simplement comme usufruitier. 

Le marquis de Clérambaud mourut en 1697. Sa veuve lui survécut 
Jusqu’en 1724. Elle occupa un rôle important à la cour : en 1675, 
elle avait été nommée par Louis XIV gouvernante des enfants du 
duc d’Orléans et la Palatine en parle souvent dans ses Mémoires. 
Cette haute situation lui permit de négocier un brillant mariage 
pour sa fille : Marie-Guillone de Clérambaud épousa, le 14 fé¬ 
vrier 1696, Charles-François-Frédéric de Montmorency-Luxembourg, 
duc de Piney, gouverneur de Normandie, veuf en premières 
noces de Marie-Anne d’Albret, mariage qui ne fut pas très heu¬ 
reux ; la duchesse mourut le 25 septembre 1709 et ce fut son 
fils Charles-François-Frédéric de Montmorency qui hérita directement 
de sa grand'mère, la marquise de Clérambaud, de l’engagement de 


(1) Archives de l’Ailier, H. 811. 


Digitized by LaOOQle 





306 


SOCIÉTÉ D’ÉMULATION DU BOURBONNAIS 


Bllly. Le jeune duc, colonel du régiment de Touraine depuis 1718, fit 
la campagne de 1733 sous les ordres de Berwiclc ; il était gouverneur 
de Normandie lorsqu’il mourut en 1746. C'est lui qui avait obtenu, le 

10 décembre 1743, un arrêt du Conseil d’Etat qui supprimait le bac de 
Saint-Germain comme faisant concurrence à celui de Billy, mais 
Doubet, seigneur de Saint-Germain, fit rapporter cet arrêt le 24 oc¬ 
tobre 1744. 

Charles-François-Frédéric de Montmorency avait épousé Emilie- 
Honorate Colbert, fille du marquis de Seignelay, dont il eutplusieurs 
enfants. A son décès, l'engagement de Billy passa à Anne-Léon 
de Montmorency, duc de Piney-Luxembourg, maréchal de camp, qui, 
le 16 mars 1751, obtint du roi un édit fixant les droits de passage au 
bac de Billy. Ce fut lui qui, par acte du 24 juillet 1772, vendit à Anne- 
Charlotte-Mayeule du Buysson de Douzon, épouse d'Yves Mourin, 
comte d'Arfeuilles, capitaine de dragons de la légion de Soubise, de¬ 
meurant au château d'Arfeuilles, paroisse de Beaumont-lès-Felletins, 
la terre du Lonzat et, par le même acte, lui céda ses droits d’enga- 
giste sur la châtellenie de Billy pour un prix total de 200.000 livres. 
Cette acquisition était faite au nom de M*' du Buysson pour lui servir 
de remploi de sa part dans le prix de la seigneurie de Mont, vendue 
par ses frère et sœurs le 25 février 1772. A propos de Poncenat, j’ai 
parlé du mariage des époux d’Arfeuilles célébré en ce château le 
7 mai 1772. Dans l’aveu de fief fait le 3 juin 1775, la comtesse d’Ar¬ 
feuilles se qualifiait dame du Lonzat et, par engagement, de la châtel¬ 
lenie royale de Billy. 

Par un édit du 14 janvier 1781, Louis XVI prescrivait de faire payer 
aux engagistes des redevances annuelles, proportionnées aux revenus 
des biens engagés ; le comte et la comtesse d'Arfeuilles présentèrent 
une pétition le 22 octobre 1782, par laquelle ils cherchaient à établir 
que l'engagement de Billy n'était pour eux qu'une charge. Il est vrai 
que des pièces annexées à ce dossier établissaient l’inexactitude de 
leurs dires (1). 

A la suite de la nuit du 4 août 1789, toutes les redevances féodales 
furent supprimées et la loi du 10 frimaire an II prononça la reprise 
de possession par la Nation de tous les engagements. Il semblerait 
donc que le château de Billy devrait appartenir à l'Etat, surtout si 
l'on remarque que jusqu’au 27 décembre 1790 il fut affecté au service 
des prisons et que le capitaine châtelain en avait la jouissance, mais 

11 n’en est rien. Il est la propriété de la famille d’Arfeuilles. 

(1) Archives de l'Ailier, A. 27. 


Digitized by LaOOQle 


TREIZIÈME EXCURSION 


307 


Au moment de la tourmente révolutionnaire, le comte d’Arleullles 
émigra avec ses deux fils et on les voit figurer à l'armée de Condé 
comme simples cavaliers sur les contrôles delà 4» compagniedu2' esca¬ 
dron du régiment noble d'Angoulême (1). Leurs biens furent mis sous 
séquestre le 24 floréal an II, mais le château de Billy n’y fut pas com¬ 
pris, étant alors considéré comme propriété nationale, et M*' la 
comtesse d'Arfeuilles, restée en France, obtint main-levée pour la 
terre du Lonzat en établissant que cette terre était son propre. Le 
comte d'Arfeuilles ne rentra en France qu'après l'amnistie de l'an X ; 

11 obtint, le 30 floréal an XII, une délibération du conseil municipal 
de Billy reconnaissant sa propriété ; c'est par suite de la loi du 

12 mars 1820 sur les engagistes que sa famille peut se dire proprié¬ 
taire des ruines du château de Billy. Aujourd'hui, M. le comte d'Ar¬ 
feuilles, propriétaire actuel, fait les démarches nécessaires pour en 
obtenir le classement comme monument historique. 


(1) Muret, t. II, p. 389. 



Digitized by 


Google 





308 


SOCIÉTÉ D’ÉMULATION DU BOURBONNAIS 


XII. — Chermont 


L e château de Chermont, situé sur une éminence que contourne 
le Mourgon, est une vaste construction du xviu' siècle ; il 
- n’avait pour lui que sa situation, sa vue et ses ombrages, lors¬ 
que M. de Chacalon s’en rendit acquéreur. Ne pouvant suffire seul à 
la tâche qu’il s’imposait, il eut l’heureuse idée de demander aide à la 
Société d’Emulation du Bourbonnais. Aussitôt nos confrères Treyve 
dessinèrent le parc et ce charmant parterre à la française qui orne la 
terrasse, notre confrère René Moreau modifia de la plus heureuse fa¬ 
çon la disposition intérieure du château, crevant les murs, soulevant 
les plafonds, abaissant les parquets ; il créa cette belle enfilade de 
salons que notre autre confrère P. Buvat orna et décora avec son 
goût habituel. C’est ainsi que Chermont devint l’une des plus belles 
demeures de notre pays, et notre Société, après l’avoir admiré, a pu 
apprécier de quelle façon aimable et hospitalière les propriétaires 
savent en faire les honneurs. 

Chermont n’a rien de moyenâgeux. Cette terre ne prit naissance 
qu’au xvi' siècle par suite d'un démembrement du fief de Salnt-Ger- 
main-des-Fossés au profit de Gaspard du Saulzet, écuyer, conseiller 
du roi, dont la famille tirait son nom du petit fief de Saulzat ou de 
Saulzaie, situé paroisse de Saint-Etienne-de-Vicq. 

Gaspard du Saulzet transmit son acquisition à son fils Claude qui, 
le premier, prit en 1551 le titre de seigneur de Chermont ; lors de la 
vente d’une partie du temporel du prieuré de Saint-Germain, le 
27 août 1569, il racheta les dîmes dues par sa terre. De son mariage 
avec Antoinette Corrier naquirent deux fils, Gaspard et Noël. Au dé¬ 
cès de leur père, en 1579, l’atné devint seigneur de Chermont, tandis 
que le second, Noël, prit la qualité de seigneur des Fontaines (pa¬ 
roisse de Billy). Un fils de ce dernier, Antoine, épousa en 1634 Marie 
du Buysson et alla se fixer à la Chapelle, paroisse de Périgny ; c'est 
l’un des ancêtres de M. de Chacaton. 

Gaspard du Saulzet, seigneur de Chermont, lieutenant général 
du roi, épousa Antoinette Gaudon de Foulet, dont il n’eut qu'une 
fille, Antoinette du Saulzet, qui épousa, le 26 novembre 1622, Jean 
Guérin, conseiller du roi, contrôleur général des rentes en la géné¬ 
ralité de Rouen, fils d’autre Jean Guérin. La famille Guérin, ori¬ 
ginaire de Cusset, avait depuis longtemps occupé des positions im¬ 
portantes en cette ville et s'y était distinguée lors de l’invasion anglo- 


Digitized by 


Google 





TREIZIÈME EXCURSION 


309 


gasconne au xiv‘ siècle et pendant les guerres religieuses au xvi*. 

Jean Guérin devint par suite de son mariage seigneur de Cher- 
mont, de Puant et de Creuzier-le-Neuf et n'eut qu'un ûls, Claude, qui 
lui succéda. 

Claude Guérin, avocat au Parlement, épousa à Moulins, le 25 août 
1650, Henriette Faverot, fille de Léonard, écuyer, seigneur de Neuvy, 
et de Gilberte Bayle ; il acheta, le 18 mai 1657, des héritiers de Gii- 
'bert de Champfeu, une charge de trésorier de France à Moulins, 
moyennant 3.600 livres, charge qu’il occupa jusqu'à son décès. Il fut 
maire de Moulins de 1665 à 1666 et mourut en cette ville le 2 octobre 
1687, laissant plusieurs enfants (1). 

Son fils aîné, autre Claude Guérin, écuyer, seigneur de Chermont, 
lieutenant général du Bourbonnais, lui succéda en sa charge de tré¬ 
sorier de France ; il épousa le 27 janvier 1691 Marie-Juliette de Sau- 
lieu, fille de François, écuyer, seigneur de Remeron, et d’Anne Gas- 
coin, et mourut sans postérité vers 1749, après avoir cédé sa charge 
le 1" novembre 1746 à Gilbert Alarose. Claude Guérin était un agro¬ 
nome distingué, ce fut lui qui créa le beau vignoble de Chermont ; 
pour ce, il fit venir d’Auvergne une colonie de vignerons à qui, sui¬ 
vant l’usage de leur pays, il amodia des terres pour vingt-neuf ans, à la 
charge de les planter en vigne, en bon .pinot de Bourgogne (2). 

Chermont passa lors de son décès à son neveu Antoine Guérin, fil9 
de Pierre, capitaine des grenadiers au régiment de Navarre, et il est 
probable que ce fut lui qui fit bâtir le château actuel peut être sur les 
ruines d'un château plus ancien dont il ne resterait qu'une porterie et 
quelques vestiges dans les bâtiments d'exploitation. Antoine Guérin, 
brillant officier, mourut en 1778, laissant une situation embarrassée, 
aussi son fils Jean-Baptiste Guérin, lieutenant au Royal-Picardie, 
époux de Marie-Thérèse Grlflet de la Baume, dut-il chercher, de con¬ 
cert avec sa mère dame Catherine Petitjean de La Fond, un acquéreur 
pour Chermont, qu'ils vendirent le 23 juin 1785 à Gilles François- 
Louis-Annet, marquis de Durfort-Léobard, moyennant 369.000 livres, 
plus 43.C00 livres pour le mobilier, ces sommes furent distribuées aux 
créanciers des Guérin. 

Le nouveau seigneur de Chermont était fils de Louis de Durfort et 
de Claire-Madeleine-Frédërlque Morias de Sorans et habitait Besan¬ 
çon. Il avait épousé le 31 mars 1783 une fille de Jean-François Guyon 

(1) Cf. Le Bureau des Finances de Moulins, par C. Grégoire. Bulletin de 
la Société d'Emulation, t. XIX, p. 87 et 106. 

(2) Ces vignerons d'Auvergne conservèrent leur patois, que leurs descen¬ 
dants parlent encore. 

20 


Digitized by LaOOQle 




310 


SOCIÉTÉ D'ÉMULATION DU BOURBONNAIS 


de Frémont, contrôleur général des monnaies et grand-maître des 
eaux et forêts. Comme beaucoup de nobles de l'époque, il avait, 
comme il était de mode, adopté les principes philosophiques de Vol¬ 
taire, Beaumarchais, d’Alemberl, Diderot et Jean-Jacques Rousseau, 
aussi salua-t-il avec Joie les débuts de la Révolution et se rendit-il 
acquéreur de nombreux biens du clergé, notamment des bois de 
Chassignolles provenant de l'abbaye de Cusset et d'une partie des 
biens du prieuré de Saint-Germain. Il fut, en 1790, nommé membre 
de la municipalité de Dôle (Jura). Mais bientôt, devenu suspect comme 
ex-noble et riche, il fut arrêté et sa tête tomba à Besançon le 22 mes¬ 
sidor an II (1). 

Chermont fut séquestré comme bien national et affermé à vil prix, 
tandis que le mobilier et les caves en étaient pillés sous prétexte de 
réquisitions, mais M*' de Durfort montra qu’elle était maîtresse 
femme. Le 17 brumaire an III, elle se présenta à la barre de la Con¬ 
vention avec ses quatre enfants (l'aîné n'avait que huit ans) et put 
prouver que Chermont était son bien propre comme ayant été payé 
de ses deniers, qu'elle n’était, elle, ni émigrée ni suspecte et put en 
obtenir la restitution. Elle vint immédiatement en Bourbonnais et 
aidée de M' Ragon, notaire à Cusset, et de François Xavier Lamberly, 
elle afferma ses terres à Nicolas Dulignier et à Claude Artaud, de 
Cusset, puis commença une longue série de procès contre les anciens 
censitaires qui se disaient propriétaires par suite du décret de la 
nuit du 4 août 1789 et contre les dilapidateurs de ses bois. Enfin, elle 
put recouvrer le château, sa réserve et les quatre domaines des 
Vignauds, de Gadon, de Chermont et de Rebrion, le tout estimé 
531.000 francs. 

Des quatre enfants du marquis de Durfort, l'un mourut encore au 


(i) La Terreur choisit principalement ses victimes parmi les membres de 
la noblesse et de la bourgeoisie qui, en 1789, s'étaient mis à la tète du mouve¬ 
ment révolutionnaire. Une étude complète, encore à faire, des rapports du 
comte de Provence et de Robespierre, donnera sans doute la clé du mystère. 
On sait qu'un conventionnel, né en Bourbonnais, député d'un département 
voisin, fut l'un des agents secrets de ces intrigues ; que le 9 thermidor il se 
trouvait en mission secrète à Vérone, près du prétendant; qu’à la nouvelle 
de l'exécution de son ami, il n'osa rentrer à Paris et resta plusieurs mois en 
Suisse. Le conventionnel Courtois, chargé après la mort du tyran, d'in¬ 
ventorier ses papiers, en garda une partie. Son fils, dans ses Mémoires, 
raconte qu’en février 1816, un préfet et un capitaine de gendarmerie vinrent 
perquisitionner chez lui et ne trouvèrent rien de ce qu’ils cherchaient, le 
dossier étant en lieu sûr. 


Digitized by LaOOQle 



TREIZIÈME EXCURSION 


311 


berceau, un fils disparut pendant la campagne de Russie, sans doute 
mort dans les neiges comme tant d'autres, un second Qls également 
officier mourut empoisonné accidentellement dans un hôtel. Restait 
une fille, Louise-Philippine, qui épousa le comte de Faucigny, mais 
n’en eut pas d'enfants. En mourant, elle Institua son mari héritier 
de ses biens que celui-ci transmit à son neveu, le prince de Lucinge- 
Faucigny. Ce dernier vint peu à Chermont, qu'il vendit en détail vers 
1878. Les terres avaient été morcelées, il ne restait plus que le ch⬠
teau, que la pioche des démolisseurs guettait, lorsque notre confrère 
de Chacaton se souvint que là était le berceau de sa famille. Il acheta 
en 1899 le château avec son parc et sa réserve et en fit la splendide 
demeure que nous savons. 

Au musée de Versailles, on voit un tableau de Menjaud, représen¬ 
tant la mort du duo de Berry assassiné par Louvel, le 13 février 1824. 
A l'arrière-plan, à gauche de ce tableau, on aperçoit deux toutes 
Jeunes filles en pleurs, ce sont les deux filles issues de l’union du duc 
de Berry avec miss Brown. (On sait que ce mariage, régulièrement 
célébré à Londres, fut déclaré nul par le roi Louis XVIII, de sa propre 
autorité.) En mourant, le duc pria la duchesse de Berry d'adopter ses 
enfants et Louis XVIII les nomma, l’une comtesse de Vierzon, l’autre 
comtesse d'Issoudun ; toutes les deux devinrent un peu Bourbon¬ 
naises par leur mariage, l'une épousa le prince Lucinge-Faucigny, 
propriétaire de Chermont, l’autre le baron de Charette. 


XIII.— Saint-Germain-des-Fossés 

L a gare de Saint-Germain-des-Fossés est universellement connue, 
mais ce serait une erreur de croire, ainsi que le veut une lé¬ 
gende, que cette ville soit née au xix* siècle par la grâce des 
beaux yeux d’une Jolie femme et la volonté d’un ingénieur du Grand 
Central : la gare, peut-être, mais la ville, non : Saint-Germain est l’une 
des plus anciennes villes de la région. 

Après sa conquête de i’Arvernie, Pépin le Bref fit, le 11 février 764, 
une importante donation aux moines de Mozat. Il semble assez 
probable que Saint-Germain fit partie de cette donation. Ce qui est 
certain, c’est que, dans une bulle du pape Alexandre III, datée de 
1165, les prieurés dépendants de l'abbaye de Mozat sont énuméréâ 


Digitized by GiOOQle 


312 


SOCIÉTÉ D'ÉMULATION DU BOURBONNAIS 


et que l'on y voit figurer le prieuré de Saint Germain et qu'en 1211, 
l'abbé de Mozat signait un accord avec Michal, seigneur de Saint- 
Germain, relatif à la Justice de la ville. 

Louis VIII mourut au château de Montpensier, le 5 novembre 1226. 
Par testament, il donnait à son lils Alphonse de Poitiers la partie de 
la basse Auvergne enlevée en 1213 par Philippe-Auguste au comte 
Guy d'Auvergne. En mars 1248, Alphonse de Poitiers se disposait à 
suivre son frère saint Louis à la cinquième croisade ; avant de partir, 
il crut utile de faire renouveler l'aveu de tous ses vassaux. Parmi 
ces derniers figurait Chatard de Saint-Germain, seigneur de Saint- 
Germain et de Creuzier (1). 

D’après un titre de décembre 1277, le seigneur de Saint-Germain 
est alors Artaud de Saint-Germain, auquel succède, en 1291, Châtard 
de Saint-Germain, époux d'Alix de La Mothe (2). Dans un état de 
compte présenté par Girard de Paray, bailli d'Auvergne, le Jour de 
l'Ascension 1299, on voit figurer Saint-Germain aux recettes pour 
quatre-vingt-dix livres et aux dépenses « réparations au château de 
Saint-Germain, vingt trois sous ». 

Ce Châtard eut au moins deux enfants : un fils, Châtard II, qui lui 
succéda et qui, le 23 novembre 1355, acheta une maison à Cusset ; et 
une fille, Isabelle, qui. en 1321, était abbesse de cette ville. En 1341, 
notre Châtard de Saint-Germain était témoin d’un accord entre 
Robert Dauphin d’Auvergne et sa mère. 

A l'époque de l'invasion des Anglais, en août 1362, on voit les habi¬ 
tants de Saint-Pourçain envoyer l'un des leurs pour s’assurer si Billy 
et Saint-Germain ne sont pas tombées aux mains des ennemis. 

On sait que le duc Louis II bouta les Anglais hors de ses états en 
1366 ; en 1372, à la suite d’une entrevue à Saint-Pourçain avec le duc 
Jean de Bèrry et d'Auvergne, il devenait propriétaire de Vichy et 
de Langy. A la suite d'un échange signé le 13 août 1377 entre les 
mêmes ducs, le duc Louis devient propriétaire de Châtel-Moptagne. 
Abrest et Saint-Germain-des-Fossés. C’est donc par suite de cet 
échange de 1377 que Saint Germain-des-Fossés, Jusqu’alors terre au¬ 
vergnate, devient fief bourbonnais. Le duc Louis réunit ses acquisi¬ 
tions de 1372 et 1377 en une seule châtellenie et en forma la châtelle¬ 
nie de Vichy, mais Chabrol, dans ses Coutumes, a bien soin de noter 
que toute celte châtellenie conserva Jusqu’en 1500 la coutume d’Au¬ 
vergne (3). 

(1) Archives nationales, J. 314-58. 

(2) Titres de la maison de Bourbon, 638 et 1574. 

(3j Chabrol, Coutumes d'Auvergne, t. I, p. 77 et suivantes. 


Digitized by LaOOQle 



TREIZIÈME EXCURSION 


313 


Le lundi après la Salnt-Marlin 1406, Artaud de Saint-Germain, fils 
de Châtard, épousa Louise d’Apchon, fille de Louis Comptour d’Ap- 
cbon et de Smarade d'Estaing. La tuture recevait une dot de 4 000 li- 
vres, qui lut portée à 5.C00 en 1409. Ce fut cette union qui fit la for¬ 
tune de nos Saint-Germain (1). 

La famille d'Apcbon tirait son nom d'un château situé proche de 
Mauriac tCanlal), faisait remonter sa généalogie à certain Comptour, 
dit Mal-Hivernat, seigneur de Nonette (Puy-de-Dôme) en 996, et ses 
membres se disaient premiers barons d'Auvergne. Un Comptour 
d’Apchon avait été nommé, le 12 décembre 1357, capitaine général 
d’Auvergne contre les Anglais et avait siégé aux Etats d’Auvergne en 
1385. Enfin, pendant la lutte des Bourguignons contre les Armagnacs, 
Louis Comptour d'Apcbon, père de la dame de Saint-Germain, signa 
le 6 juin 1415 un compromis par lequel il se déclarait neutre entre le3 
deux partis qui ruinaient la France. 

Louis Comptour avait deux fils et une fille : l'aîné, Guillaume, fut 
tué à la bataille d’Azincourt (1415) ; le second, Jean, époux d'Antoi¬ 
nette de Tourzel, mourut sans postérité en 1420. Ne restait plus que 
Louise d'Apcbon, dame de Saint-Germain,qui était déjà mère de trois 
fils Artaud, Louis et Jean, et d'une fille, Catherine. 

L'alné, Artaud de Saint-Germain, avait épousé Marie Vert en 1446 
et en avait eu un fils, Michel Artaud. En 1456, il fut nommé bailli du 
Forez aux lieu et place de son beau-père et alla fixer sa résidence à 
Saint-Germain-Laval. 

Le vieux Louis d'Apchon, se voyant sans enfant mâle, substitua 
son second petit-fils et filleul Louis de Saint-Germain dans toutes les 
possessions de la maison d'Apcbon à la condition qu'il en prendrait 
le nom et les armes pleines. 

Le troisième fils, Jean, entré dans les ordres, était cbanoine comte 
de Lyon ; la fille, Catherine, avait épousé Philippe de Chouvigny, 
dit Bichot de Naves, seigneur de Rongères, Saint-Gérand-de-Vaux, 
Saint-Loup et Paray-sous Briallles. 

Tout élait réglé, lorsque Louis d’Apchon mourut sans enfants. Aus¬ 
sitôt son frère Artaud et son beau-frère de Chouvigny allèrent occu¬ 
per la terre d'Apchon malgré les réclamations de Jean, le chanoine, 
qui se prétendait seul héritier de Louis par suite du testament de son 
grand-père et qui, faute d'hommes d'armes, en appela au pape. Celui-ci 


(1) Les armes de Saint-Germain étaient : de gueules à la fasee d'argent ac¬ 
compagnée de 6 colombes accostées d'argent : 3 en tête et 3 en pointe. Celles 
des Apchon étaient : d'or semées de fleurs de lis d'azur, avec pour devise : 
Haut et Clair. 


Digitized by LaOOQle 





314 


SOCIÉTÉ D’ÉMULATION DU BOURBONNAIS 


mit à sa disposition... les canons de l'Eglise : le 6 mars 1456, le cha¬ 
noine Jean d'Apchon obtint une bulle d’excommunication du pape 
Calixle III contre les inconnus qui occupaient ses terres , bulle qui (ut 
fulminée à Clermont et à Saint-FIour le 2i mai suivant (t). On guer¬ 
roya, on plaida et enfin, le 10 février 1462, on transigea : le chanoine 
adoptait pour fils son petit-neveu, Aimé Artaud de. Saint-Germain, 
époux de Marguerite de Lavieux, qui prit le nom d’Apchon avec les 
armes écartelées 1 et 4 Saint-Germain, 2 et 3 Apchon. Comme suite, 
le fief de Saint-Germain passait à M" de Chouvigny, qui le donna à 
sa fille Jeanne de Chouvigny. Celle-ci avait épousé en premières noces 
son cousin Jacques de Chouvigny et en secondes noces Philippe 
de Bourbon-Lancy. Ce dernier prit le titre de seigneur de Montpey- 
roux, Viry, Saint-Germain-des-Fossés et le Fétray. N’ayant pas eu 
d’enfants ni de l'une ni de l'autre de ces unions, Jeanne institua pour 
héritiers de tous ces biens les neveux bâtards de son mari, les Ber- 
nault. Ceux-ci, ne sentant pas cette donation très valable, s’empres¬ 
sèrent de vendre tous leurs droits au duc Jean de Bourbon moyen¬ 
nant 3.000 livres payées comptant le 20 avril 1473. Les Apchons con¬ 
testèrent, en effet, la donation de leur parente comme étant contraire 
à la transaction du 10 février 1462 et, par une nouvelle transaction 
signée le 12 novembre 1478, Bertrand Comptour de Murol reprit la 
propriété de Saint-Germain, le duc de Bourbon conservant le Fétray 
et divers droits sur la rivière l’Ailier (2). 

Bertrand Comptour de Murol était un descendant d’Aimé Artaud 
de Saint-Germain. 11 eut deux filles qui furent successivement dames 
de Saint-Germain. L'alnée, Jeanne, épouse de Jacques de La Tour 
d'Auvergne, étant décédée sans enfants vers 1482, sa sœur Delphine 
de Murol, épouse de Guy Montagnon d’Aubière, lui succéda et donna 
Saint-Germain en dot à sa fille Anne d’Aubière lors de son mariage 
avec Antoine Mottier de La Fayetle. Ces derniers vendirent notre 
fief le dimanche avant Pâques 1499 à Guichard d’Albon, leur parent. 

Les d’Albon étaient originaires du Dauphiné. En 1361, on trouve 
Henri d'Albon, seigneur de Saint-Forgeux, près Roanne, dont un 
de ses fils, Guillaume, épouse en 1373 Alix de Lespinasse et meurt en 
1404 après avoir lutté contre les Bourguignons, laissant au moins 
douze enfants. Son fils Jean épousa Guilleraette de Laire, dont il eut 
deux fils, Guichard et Gillet. Gillet d’Albon épousa, le 21 février 
1436, Jeanne de Lapalisse, dont il eut nombreuse lignée, parmi la- 


(1) Archives de l'Ailier, E. 26i. 

(2) Titres de la maison de Bourbon, 6224-6690. 


Digitized by LaOOQle 




TREIZIÈME EXCURSION 


315 


quelle Je ne retiendrai que son second fils, notre Guichard d'Albon, 
qui fut l'époux d'Anne de Saint-Nectaire. Il avait été élevé avec Pierre 
de Beaujeu ; aussi lorsque, à la mort de son frère, ce prince devint 
le duc Pierre II de Bourbon, le nomma-t-il gouverneur de Roanne, 
puis, le 2 juin 1502, capitaine châtelain de Bourbon-Lancy, qu’il avait 
acheté en 1488 de Guillaume de Vergy. Par lettre du 24 mai 1505, le 
duc confirma son ami en la possession du fief de Saint-Germain et lui 
fit l'abandon de divers droits qu’il avait sur ce fief. 

Après Guichard d'Albon, Saint-Germain passa à son fils Jean. 
Celui avait d'abord été chanoine comte de Lyon, mais il s'était fait 
relever de ses vœux pour épouser, le 22 janvier 1510, Charlotte de La 
Roche, qui lui apportait le fief de Tournoël, près Riom, et avait suc¬ 
cédé à son père comme chambellan du duc Pierre. Anne de France 
le nomma, le 13 août 1517, bailli du Beaujolais et des Dombes. Fran¬ 
çois I" se l'attacha en le nommant gouverneur de Guyenne en 1522 et 
gouverneur de Saint-Quentin en 1523, aussi ne doit-on pas trop s’éton¬ 
ner de le voir trahir son duc lors de l'affaire du connétable et servir 
les intérêts du roi ; il en fut récompensé par le collier de Saint-Michel. 
Peu après, en 1530, il fut nommé gouverneur du futur Henri II et 
enfin, le 21 juin 1547, lieutenant général et gouverneur du Lyonnais, 
du Beaujolais, des Dombes et du Forez, de la haute et basse Au¬ 
vergne, du Bourbonnais, du Combrail, de la haute et basse Marche, 
c’est-à-dire de presque tous les états des ducs de Bourbon, confisqués 
après la mort du connétable Charles de Bourbon et réunis à la cou¬ 
ronne. Il fit son testament le 20 avril 1552 et mourut d'un accident le 
27 décembre 1559. Il laissait trois enfants : 1° Jacques d'Albon, plus 
connu sous le nom de maréchal de Saint-André : 2*François qui, entré 
dans les ordres, fut évêque de Limoges ; 3“ Marguerite d'Albon, qui avait 
épousé, le 10 juin 1519, Artaud d’Apchon, guidon dans la compagnie 
de son père, descendant des anciens Saint-Germain. 

Jacques d'Albon se lia d'une étroite amitié avec le futur Henri II, 
dont son père était gouverneur ; aussitôt que ce prince fut monté sur 
le trône, en 1547, la faveur de d’Albon n’eut plus de bornes. Il fut 
immédiatement nommé chevalier de Saint-Michel et maréchal de 
France avec la survivance de toutes les charges de son père. Il avait 
épousé, le 27 mai 1544, Marguerite de Lustrac et, par contrat, Jean 
d’Albon lui avait donné en dot « le château, terre et seigneurie de 
Saint-Germain-des-Fossés en Bourbonnais, la seigneurie de Mably en 
Roannais et la terre des Crépins ». 

La vie du maréchal de Saint-André est trop connue pour en parler. 
Je rappellerai simplement qu'il fut tué à la bataille de Dreux, entre 


Digitized by LaOOQle 



316 


SOCIÉTÉ D’ÉMULATION DU BOURBONNAIS 


catholiques et protestants, le 19 décembre 1562 (1). Il ne laissait qu'une 
fille, Catherine d'Albon, qui hérita de ses immenses richesses et fut, 
par suite, dame de Saint-Germain. 

Me voici conduit à rappeler l'un des drames les plus sombres du 
xvi' siècle. Marguerite de Lustrac, maréchale de Saint-André, ne passa 
jamais pour une vertu. Du vivant de son mari, elle fut la maîtresse 
d'Antoine de Navarre, père d'Henri IV ; devenue veuve, elle se mit 
dans la tête de se faire épouser par le prince de Condé, son amant 
d’alors. Pour se l’attacher, elle commença par lui faire don de la 
terre de Vallery que Condé, en parfait gentilhomme, accepta, puis, 
croyant que sa fille était le seul obstacle à la réalisation de ses projets 
matrimoniaux, elle essaya de lui persuader d'entrer au couvent. Sur 
son refus, elle la fit empoisonner (1565). On raconte aussi que cette 
malheureuse Catherine d'Albon avait été fiancée par son père à l'un 
des fils du duc de Guise, mais que s'étant laissée surprendre par son 
futur beau-père dans le lit du roi François II, le projet de mariage 
avait été rompu (2). 

A la mort de Catherine, sa tante et marraine, Marguerite d’Albon, 
épouse d’Artaud III d’Apchon, hérita d'une partie de sa fortune, no¬ 
tamment de Saint-Germain-des-Fossés. Elle participa, elle aussi, 
ainsi que son mari, aux faveurs royales. Elle fut dame d’honneur de 
Marie Stuart, puis de Catherine de Médicis. Son mari fut gentil¬ 
homme de la chambre et lieutenant général du Bourbonnais. Il prit 
part à la lutte contre les protestants, notamment en organisant la dé¬ 
fense de Moulins, mais battu à Pitrre-Encize, près Lyon, il mourut 
en juillet 1562 et son cadavre fut insulté par Poncenat à Feurs. Sa 
veuve, qui ne mourut qu'en 1575, eut l'honneur de recevoir le roi 
Charles IX et sa mère en son château de Saint-Germain-des-Fossés, 
le 26 mars 1566, lors du fameux voyage du roi (3). 

Du mariage d'Artaud d'Apchon et de Marguerite d’Albon étaient 
nés quinze enfants, sur lesquels je ne retiendrai que : 

1“ L'alné, Gabriel d’Apchon, qui épousa Françoise de La .Faille et 
hérita des biens des Apchon en Auvergne ; 

(1) Lire Jacques d'Albon de Saint-André, par Rosnier. — Perrin, édition 
1909. 

(2) D'Aumale, Uist. des princes de Condé, t. I, p. 267. 

(3) Le 25 mars, parti de Moulins, diner à Bessay, coucher à Varennes, 

petite ville, le lendemain 25, tète de Notre-Dame, tout le jour audit lieu, puis, 
le mardi 26, dîner à Saint-Germain-des-Fossés. Beau village, avec beau ch⬠
teau, aux pieds duquel coule l’Ailier. Après que le roi eût dîné audit lieu, 
il partit pour aller faire son entrée à Vichy ( Voyage de Charles IX, par 
Abel Jouon). : ; . 


Digitized by LaOOQle 




TREIZIÈME EXCURSION 


317 


T- 


2* Antoine, quatrième enfant, né le 15 novembre 1533, plus connu 
sous le nom de Cezerac ou de Selzat. Il entra tout d'abord dans les: 


ordres, en 1542, à l'âge de neuf ans ; prieur de Bredon le 14 février 
1544 ; chanoine comte de Lyon, grâce àune dispense du pape Paul III, 
datée du 16 octobre 1547 ; le 2 février 1550, il était abbé de Fourvières, 
en 1556 évêque de Tarbes ; et en 1557 è\ êque de Périgueux. Il cumulait 
toutes ces fonctions lors de l’occupation de Lyon par le baron des 
Adrets (30 avril 1562) ; mais, ce jour, sans doute grisé par l'odeur de la 
poudre, 11 prit les armes et, le 6 juillet 1564, il épousait Christine Da- 
bin, épouse divorcée de Jean Perrotin (1), tout en conservant son titre 
de chanoine de Lyon, au moins jusqu'au 24 octobre 1574, date où il 
révoque un testament fait au profit de son frère Jean, seigneur de 
Montrond, parce que sa femme était« grosse». Lorsqu’il mourut, en 
octobre 1586, il laissait deux fils, sur lesquels nous aurons à revenir. 

3* Jacques, né le 23 décembre 1537, eut en partage le flef de Saint- 
Germain. Il se maria deux fois : en premières noces, le 9 avril 1571, 
avec Catherine Seguin de La Verrière, dontileutdeux fils; en deuxiè¬ 
mes noces, avec Claudine de Lafln, dont il n'eut pas de postérité. II 
mourut en 1616 et fut inhumé en la chapelle du château de Saint- 
Germain. Son fils ainé, Emmanuel, était mort avant lui sans laisser 
de postérité de Faustine de Ricasso, italienne, au service de Cathe¬ 
rine de Médicis. Ce fut son second fils, Claude, qui hérita de Saint- 
Germain. 


Claude d’Apchon prit le titre de comte de Saint-Germain-des- 
Fossés et soutint plusieurs procès contre ses cousins de Selzat, dont 
il contestait la légitimité, disant tantôt que leur père était engagé 
dans les ordres lors de leur naissance, tantôt que le mariage de leur 
mère avec Perrotin n'avait jamais été annulé. Ces procès, qui le rui¬ 
nèrent, duraient encore lors de son décès. Il avait épousé Catherine 
de Saint-Aubin dont il eut quatre enfants : Jacques, Jean, Emmanuel 
et Faustine. 


Jean, seigneur d'Usseaux (Saône-et-Loire), mourut Jeune (2) ; de 
Faustine, on ne sait que le nom ; Emmanuel entra dans les ordres et 
nous le verrons prieur de Saint Germain ; restait Jacques pour conti¬ 
nuer la maison. 


Celui-ci épousa, le 14 février 1633, Claudine de Bonnay, dont il 
n’eut pas d'enfants ; puis en secondes noces Marie d'Andelot, dont il 


(1) Archives de l'Ailier, E. 265. 

(2) Jean, seigneur d'Usseaux, aurait eu un fils Louis, époux de Anne 
Lemonnier, dont serait issu Philippe, marquis de Saint-Germain, grand- 
père d’Antoine-Louis-Léon de Saint-Just, l'ami de Robespierre. 


Digitized by LaOOQle 



318 


SOCIÉTÉ D’ÉMULATION DU BOURBONNAIS 


n'eut également pas de postérité, et en mourant, vers 1648, il lui fit 
donation de tous ses biens. C'est ainsi que Saint-Germain sortit des 
mains des Apchon. 

Voici ce qu’écrivait en 1637, de Mesgrigny, intendant d’Auvergne, 
sur cette famille : 

« La baronnie d’Apchon est la plus belle d’Auvergne et a uû ch⬠
teau très fort, de nombreux vassaux. Il y a grand procès entre ceux 
de la maison d'Apchon et, par arrêt, le sieur de Cézerat l’a emporté. 
Néanmoins, le baron de Saint-Germain y a encore des prétentions 
fondées sur ce qu’il dit, qu'il peut prouver par écrit que le grand-père 
de Cézerat n'était pas légitime. La baronnie de Saint-Germain est 
une petite ville située sur la rivière d'Allier, avec maison parfaitement 
bien bâtie par feu le maréchal de Saint André et où se fit la sépulture 
de la mère du seigneur actuel, Marie Seguin. # 

Marie d'Andelot, dame de Saint-Germain, après avoir pleuré son 
d'Apchon, épousa en secondes noces, le 23 septembre 1651, Gaspard 
de Foudras, comte de Couternon-Souternon, avec qui elle fit aveu du 
fief de Saint-Germain le 18 septembre 1673. 

Les Foudras étaient Foréziens : un Jean de Foudras, fougueux li¬ 
gueur, avait défendu Paray-le-Monial contre les troupes d'Henri IV 
en 1595. 

Marie d’Andelot mourut le 12 décembre 1677. Son mari, de Foudras, 
le 22 avril 1687. Ils furent, l’un et l’autre, inhumés en la chapelle de 
Saint-Germain. De leur mariage étaient nés quatre enfants : 

1* Un fils aîné, Antoine, qui mourut quelques jours avant sa mère 
et encore non marié ; 2* un second fils, François, entré dans les ordres, 
déjà chanoine comte de Lyon à la mêmé époque ; 3* une fille, Antoi¬ 
nette, morte célibataire après 1686, et A' une seconde fille, Anne- 
Marie, dont le mariage avec Claude de Combladoux fut célébré en la 
chapelle de Saint-Germain, le 21 septembre 1677 ; celle-ci eut posté¬ 
rité, notamment un fils, baptisé à Saint-Germain le 14 octobre 1678. 

Lorsque Gaspard de Foudras mourut en 1687, son fils François, cha¬ 
noine-comte de Lyon, prieur de Saint-Germain depuis 1684, lui suc¬ 
céda comme seigneur de Saint Germain, mais, obligé de se démettre 
de son prieuré enl689 comme nous le dirons par la suite, il se retira à 
Lyon et, en 1715, vendit la terre de Saint-Germain à Antoine Crozat, 
marquis de Mouy, comte de Vraincourt, qui, moins de deux ans 
après, la revendit à Gabriel Douhet. 

Les Douhet descendaient d’une ancienne famille de notaires de Cus- 
set. Un Douhet avait reçu, le 24 mai 1433, le contrat de mariage de 
Rodrigue de Vlllandrado avec Marguerite, bâtarde de Bourbon. Au 


Digitized by LaOOQle 




TREIZIÈME EXCURSION 


319 


xvii* siècle, ils entrèrent dans les fermes du roi, où ils acquirent une 
immense fortune. 

Gabriel Douhet avait épousé Marie Meunier, originaire de Billy ; 
lorsqu’il mourut, en 1731, ce fut son fils Louis qui devint seigneur de 
Saint-Germain. Dans un aveu daté du 6 juillet 1779, celui-ci se qua¬ 
lifie « Louis Doüet, écuyer, seigneur de Saint-Germain-des-Fossés, 
Vichy, Charmeil, Beauregard, Le Chambon, Saint-Rémy, Creuzier et 
nombreux autres lieux (1). 

Le château de Saiot-Germain, que Mesgrigny disait si bien cons¬ 
truit par le maréchal de Saint-André, ne pouvait suffire à notre Tur- 
caret ; aussi le fit-il démolir, y prit tous; les matériaux qu’il put, no¬ 
tamment les boiseries pour la construction de son nouveau château 
de Charmeil et vendit le surplus en juillet 1772 à un maçon du cru. 
La chapelle fut seule épargnée. 

En mourant, Douhet ne laissait qu'une fille, Catherine, mariée à 
François-Marie Mascrany, comte de Château-Chinon (2), dont la fille, 
Adélaïde-Louise Mascrany, épousa en 1780 Jacques, marquis de Cler¬ 
mont-Mont-Saint-Jean, colonel aux chasseurs de Champagne, à qui 
elle apporta en dot les terres de Saint-Germain et Charmeil. 

Clermont-Mont-Saint-Jean fut élu député de la noblesse du Bugey 
aux Etats généraux de 1789 et siégea à l'extrème-droite. Après l'in¬ 
succès de la fuite de Varennes (22 juin 1791). il émigra en Savoie 
et ses propriétés, situées sur les districts de Cusset et de Gannat, 
furent mises sous séquestre en conformité de la loi du 9 novembre 
1791 ; Mont-Saint-Jean protesta, sa réclamation fut acceptée par les 
directeurs des deux districts et ses biens lui furent restitués, « Cler¬ 
mont-Mont-Saint-Jean ayant établi qu'il n'était pas régicide et ayant 
produit un certificat de résidence à Chambéry, sa patrie » (3). Lorsque 
la Savoie fut annexée à la France en 1792, il se retira en Piémont et 
servit contre la France comme officier d'ordonnance du roi de Sar¬ 
daigne ; aussi, le 12 avril 1793, le conventionnel Forestier, alors en 
mission dans l'Ailier, le fit-il inscrire comme émigré et fit-il saisir de 
nouveau ses biens. Les immeubles de Saint-Germain furent vendus le 
3 nivôse an II, à l'exception de la Chapelle que Lomet, procureur 
syndic de la commune, réclama « comme étant le seul local propre 
à tenir les séances de la Société populaire de la commune » (4). 


(1) Archives municipales de Moulins (manuscrit n* 32). 

(2) Les Mascrany avaient été anoblis par Louis VII pour avoir importé 
l’industrie de la soie k Lyon. 

(3) Archives de l'Ailier, C. 480. 

(4) Archives de l'Ailier, Q. 33. 


Digitized by LaOOQle 



320 


SOCIÉTÉ D'ÉMULATION DU BOURBONNAIS 


J'ai dit que le château de Saint-Germain fut complètement démoli 
par ses propriétaires en 1772. Il n’en reste plus que deux tours carrées 
réunies par une courtine qui faisait partie de l’enceinte Une porte de 
la ville a été détruite, il y a quelque cinquante ans, par MM. des ponts 
et chaussées, ces amis de l'archéologie. 

La chapelle subsiste seule ; elle se compose d’une nef à une seule 
travée terminée par une abside voûtée en cul-de-four. La nef est ornée 
de hautes arcatures avec colonnes engagées qui rappellent l’école 
auvergnate. Plusieurs des anciens possesseurs de Saint-Germain Re¬ 
posent sous ses dalles. 

Du xvi' siècle seulement datent les meurtrières horizontales qui en 
défendaient l’entrée. Elles semblent avoir été établies à l’époque des 
guerres de religion. C’est en 1630 que fut ouverte l’élégante fenêtre, 
style Renaissance, que l’on y voit. 

Sous la Révolution, ainsi que nous l'avons vu, cette chapelle ser¬ 
vit au club des Jacobins du cru, puis de grange jusqu’en 1853, époque 
où elle fut en partie incendiée. Elle fut rendue au culte le 8 décembre 
1865, mais, hélas ! ce fut l’époque où elle fut le plus mutilée. — « Pré¬ 
servez-moi, mon Dieu, de mes amis ; de mes ennemis, Je m’en 
charge. » 

Il y a quelques mois, en faisant des fouilles pour la construction 
d'une maison adjacente à cette chapelle, on mit à jour plusieurs 
statues que le propriétaire fit enlever. Que sont-elles devenues? Quel 
intérêt présentent-elles ? 


XIV. — Le Prieuré de Saint-Germain 

E l n tête de cette notice, j’ai été amené à parler du prieuré de 
Saint-Germain et de dire qu'il dépendait de l’abbaye de Mozat, 
’ près Riom (Puy-de-Dôme). 

D’après une légende, l'abbaye de Mozat avait été fondée vers 672 
par Calminus, duc d’Aquitaine et comte d’Auvergne. On sait que 
Pépin le Bref fit huit campagnes successives, de 752 à 763, pour sou¬ 
mettre l’Arvernie et y exterminer l'arianisme, dernier vestige de la 
domination des Visigolhs sur cette province. En 763, Pépin le Bref 
était logé à l’abbaye de Mozat lorsqu'il convoqua un concile à Vol- 
vic. 11 fit transporter les reliques de saint Austremoine, l’apôtre de 
l'Arvernie, dans ce couvent et avant de regagner ses états du Nord de 


Digitized by G.OOQle 


TREIZIÈME EXCURSION 


321 


la France, le 11 février 763, Il lui accorda une charte par laquelle, 
après avoir fait l'énumération de tout ce qui appartenait à l’abbaye 
de Mozat, il y ajoutait d'autres fiefs de notre région. 

Au xi' siècle, les moines de Mozat ayant oublié les règles de leur 
Ordre et étant tombés dans l’indiscipline, Durand, évêque de Cler¬ 
mont, ne pouvant les mettre à la raison, en référa à Adalbert, son 
métropolitain, archevêque de Bourges ; qui prirent ensemble le parti 
de les soumettre à Hugues, abbé de Cluny, qui faisait observer à ses 
moines la règle sévère de saint Benoit. Les moines de Mozat refu¬ 
sèrent de se soumettre ; Durand dut en appeler en 1095 au bras sécu¬ 
lier, à Philippe, roi de France. Le roi fit signifier à l’abbé de Mozat 
une ordonnance où il est dit : « M’étant assuré par de nombreux 
témoignages que, par la faute et la négligence des moines qui vivent 
en ce lieu et par l'abandon prolongé de toute discipline, ils sont tom¬ 
bés dans le désordre, en vertu de notre autorité royale, ordonnons 
que ce monastère avec les biens qui lui appartiennent soit remis 
entre les mains du vénérable Hugues, abbé de Cluny, et après lui, à 
ses successeurs pour le posséder à perpétuité et y ramener l’obser¬ 
vance de la vie religieuse. » 

Les moines en appelèrent au pape. Justement Urbain II venait 
d’arriver à Clermont pour prêcher la première croisade. Ils l'invi¬ 
tèrent à venir visiter leur couvent ; mais Urbain, refusant l’invitation, 
donna raison à l’évêque et Hugues, abbé de Cluny, nomma Eustache 
de Guignes abbé de Mozat : celui-ci sut mater les indisciplinés. 

Lorsque le pape Alexandre III vint en Auvergne en 1165 les moines 
de Mozat le reçurent chez eux et lui demandèrent encore de les 
libérer de la domination de Cluny. Le pape, toujours politique et ne 
voulant froisser ni ses hôtes ni le puissant abbé de Cluny, leur accorda 
une bulle qui plaçait Mozat sous la protection spéciale du Saint- 
Siège. Ce titre a une grande importance pour nous, car il énumère 
les prieurés dépendant de Mozat où nous voyons figurer Saint-Ger¬ 
main et la chapelle du château (1). 

Quatre ans après, Louis VII, par une charte datée de 1169, confir¬ 
mait les privilèges de l’abbaye de Mozat ; il reconnaissait ses droits 
sur grand nombre de prieurés et d'églises en Auvergne, énumérés au 
titre. On y voit figurer Saint-Germain, Loriges, Le Puy-Saint-Am- 
broise (Saint-Léon) et Droilurier (2). 

(1) Ecclesiam Sancti Germant cum capella de Castro. 

(2) Item, ecclesiam Sancti Germani cum Castro sibi adjacent et partinen- 
tibus sibi ecclesiis. Item, ecclesiam de Laurigiis cum hereditate sua. Item, 
ecclesiam Droituras cum adjacent sibi villa. Item, ecclesiam sancti Ambrosii 
in monte. 


Digitized by LaOOQle 




322 


SOCIÉTÉ D ÉMULATION DU BOURBONNAIS 


La lutte entre les moines de Mozat et les abbés de Cluny durait 
toujours plus ou moins sourdement. A la mort d'Eustache de Mont- 
boissler, abbé de Mozat en 1165, les moines nommèrent pour abbé 
Aymond, prieur de Saint-Germain, mais l'abbé de Cluny refusa d’ac¬ 
céder à cette nomination et ce fut Pierre de La Tour qui reçut la 
crosse de Mozat. 

En 1212, Germain de La Tour, abbé de Mozat, signa avec Châtard 
de Saint-Germain un accord pour leurs droits respectifs de justice sur 
la ville de Saint-Germain. En 1286, Guillaume de Saint-Saturnin, 
prieur de Saint-Germain, fut plus heureux qu’Aymon, il fut nommé 
et accepté comme abbé de Mozat et occupa le poste pendant huit 
années. A cette époque, Simon de Beaujeu, archevêque de Bourges, 
primat d’Aquitaine, visita le diocèse de Clermont et, d’après le ma¬ 
nuscrit de Baluze, il était au prieuré de Saint-Germain le vendredi 
24 octobre 1289, où il confirma et tonsura (1). Le jour de saint Michel 
1355, Etienne de Collet, abbé de Mozat, affirma à Andraud le droit de 
passage sur le pont de Saint-Germain (2). De ce titre, on a voulu con¬ 
clure qu'il existait à celte époque un pont sur l’Ailier à Saint-Ger¬ 
main. Je crois qu'il s’agit simplement d'un droit de passage sur les 
terres du prieuré perçu au passage d'un pont sur le Mourgon. En 1418 
et 1448, on retrouve de nouveaux accords relatifs à la justice entre 
les abbés de Mozat ou les prieurs de Saint-Germain et les seigneurs 
de ce fief. 

Aux débuts du xvi* siècle, l'abbaye de Mozat était riche et puis¬ 
sante et le prieuré de Saint-Germain était l'une de ses possessions les 
plus importantes. Ce prieuré eut, comme toute la région, peu à souf¬ 
frir des guerres de religion. Il reçut cependant la visite de l'armée 
de Condé et du prince Casimir en 1576. Nous avons trop vu la ma¬ 
nière d’agir des Allemands en 1815 et en 1870 pour douter de leur 
manière de faire en 1576 ; nous savons, du reste, comment ils se con¬ 
duisirent à Billy, à Vichy et au château de Noally, non loin du prieuré 
de Saint-Germain; mais ce fut surtout la papauté qui ruina le prieuré 
de Saint-Germain. 

11 devient une mode pendant les guerres de religion de faire payer 
par le clergé les frais de la guerre. Après chaque guerre, le pape or¬ 
donnait par une bulle, le roi par un édit qu'enregistrait le Parle¬ 
ment, de vendre une portion des biens des monastères. 

C'est ainsi que le prieur de Saint-Germain, Antoine Maréchal, dut 

(1) Voir Archives bourbonnaises, t.III, p. 200. 

(2) Archives de l’Ailier, H. 398. 


Digitized by LaOOQle 




TREIZIÈME EXCURSION 


323 


faire procéder, le 27 août 1769, à la vente aux encbères et au plus 
offrant d'une partie des biens de son prieuré, notamment des dîmes 
et droits de justice sur Chermont et Bourzat. Au mois de mars 1586, 
nouvelle bulle, nouvel édit, ordonnant une nouvelle aliénation. Le 
7 mars, l’évêque de Noÿon euLheau plaider la cause du clergé devant 
le Parlement, remontrant que c'était le cinquième édit d’aliénation 
des biens de l'Eglise, l’édit fut enregistré et, le 27 Juillet 1597, le 
prieur de Saint-Germain fut encore obligé d’aliéner toutes les rentes 
et dîmes qu’il percevait sur les paroisses de Boucé, Saint-Etienne-le- 
Bas, Ciemat et Saint-Gérand le-Puy. 

Une autre grande cause de la ruine des abbayes de France au 
xvf siècle fut le Concordat signé entre le pape Léon X et François I" 
en 1516. Jusqu’alors, les évêques avaient été élus par les chanoines 
et les abbés par les moines de chaque couvent. Le Concile de Trente 
puis la Pragmatique de Bourges avaient reconnu ce droit. Le pape 
n’avait qu’un droit de sanction et d'institution canonique. Par le Con¬ 
cordat de 1516, il fut convenu que le roi de France nommerait seul les 
évêques et abbés, que le pape leur donnerait l’investiture contre paie¬ 
ment des annales, c’est-à-dire la première année des revenus de leur 
charge. Il s’en suivit que les communautés, perdant le droit d'élire 
librement leurs supérieurs, durent accepter ceux nommés en dehors 
d’elle par le roi et, par suite, tout esprit d’union entre leurs membres 
se perdit. Presque aussitôt naquit l'abus de la Commende , c'est-à-dire 
le droit pour le roi de nommer un personnage séculier qui prenait 
le titre d'abbé ou de prieur et touchait les revenus de l’abbaye ou 
du prieuré ; le bénéficiaire était simplement tenu d'être engagé dans 
les ordres et encore cette incommodité était souvent évitée par un 
billet de confidence ; en tous cas, le titulaire n'était pas tenu à la rési¬ 
dence et pouvait cumuler les bénéfices. On voit d’ici tous les abus. 
Abbayes et prieurés devinrent la proie des courtisans. C'est ainsi que 
Mozat échut à un Duprat et fut considéré pendant plus d’un demi- 
siècle comme un fief héréditaire, sinon de père en fils, tout au moins 
d’oncle à neveu. De 1516 à 1524, Claude Duprat fut abbé de Mozat ; 
de 1524 à 1518, Thomas Duprat ; de 1528 à 1560, Guillaume Duprat. 
Les Apchon moins bien en cour, se contentèrent du prieuré de Saint- 
Gerriïain, dont ils se firent attribuer le bénéfice pendant trois géné¬ 
rations, savoir : de 1595 à 1622, Claude d’Apchon ; de 1622 à 1647, Jac¬ 
ques d'Apchon, et enfin, de 1647 à 1683, Emmanuel d'Apcbon. Des 
deux premiers je ne dirai rien, mais Je parlerai plus longuement du 
troisième. 

Emmanuel d'Apchon était le troisième fils de Claude d'Apchon, 


Digitized by LaOOQle 



324 


SOCIÉTÉ D’ÉMULATION DU BOURBONNAIS 


seigneur de Saint-Germain, et de Catherine de Saint-Aubin. Nous 
savons qu'il lit de nombreuses acquisitions au profit de son prieuré 
en 1655,1660,1662 et 1664. On comprend que le testament de son frère 
Jacques en faveur de sa veuve Marie d’Andelot ne dut pas lui être 
agréable. Après le deuxième mariage de celle-ci, avec Gaspard de Fou- 
dras, ce fut la guerre entre notre prieur et le nouveau seigneur de 
Saint Germain. Ils eurent notamment, en 1665, un procès relatif aux 
dîmes de Bourzat, auxquelles ils prétendaient tous les deux, procès 
qui se termina par une transaction le 30 octobre 1661. Ils semblent 
avoir été dans de bon3 termes par la suite, car le3 registres baptis¬ 
tères de Saint-Germain nous indiquent que le 2 octobre 1678, le 
prieur, Emmanuel, fut parrain et Marie-Anne de Foudras marraine 
de la jeune Anne Bernuzet, et il est probable que compère et commère 
durent au moins ce jour-là se donner le baiser de paix. Mais notre 
prieur était d’un caractère un peu emporté, ce qui lui causa quelques 
ennuis en 1656; Fléchier, dans sa relation des Grands Jours d’Au¬ 
vergne, dit de lui : 

a C'était un honnête ecclésiastique qui est de qualité étant de la 
maison d’Apchon, mais qui n’a pour tout bien que son bénéfice. 
Quoiqu’il s’acquitte assez bien de son devoir dans son église par ses 
soins et par l'exactitude du service, il restait pourtant toujours 
quelque chose de sa naissance. L’on connaît, par ses humeurs promptes 
et impatientes, qu’il est gentilhomme et le caractère du sacerdoce n'a 
pas tout à fait emporté certaines inclinations violentes qui sont le 
caractère de la noblesse de son pays. Il était accusé d’avoir eu quel¬ 
ques choses à démêler avec une personne touchant quelques intérêts 
de ses fermes de l’avoir fait venir un jour dans sa sacristie et lui 
avoir donné les étrivières avec toutes les cruautés imaginables. Tout 
le monde sait que les Grands Jours sont la justice des opprimés contre 
les tyrans, aussi fut-il bientôt déféré et arrêté... Sur la sellette, il 
avoua qu’il s’était servi de verges et fit connaître qu'il était coupable. 
On le condamna donc à 800 livres d’amende, au bannissement de 
trois ans et à quelques réparations à sa partie II fut assez heureux 
pour que son bénéfice lui fût conservé. Ses moines sollicitèrent ins¬ 
tamment pour lui, mais bien loin de justifier le prieur par ses 
moines, il fallait soupçonner les moines par leur prieur. » 

Emmanuel, quoique déjà âgé, fut accusé, en 1683, d'entretenir pu¬ 
bliquement une concubine, Léonore Presle, dans son monastère, ^-es 
autorités ecclésiastiques s'émurent et une enquête fut ordonnée. 
Pour éviter des poursuites et peut-être une déchéance, notre prieur 
ne trouva rien de mieux que de se démettre en faveur de Jean Thi- 


Digitized by LaOOQle 



TREIZIÈME EXCURSION 


325 


baud de Thulon, chanoine de Mâcon, et qui lut régulièrement 
installé comme prieur de Saint-Germain ; mais peu après, Thibaud 
céda son prieuré à François de Foudras, fils du seigneur de Saint- 
Germain. Emmanuel, furieux, attaqua sa propre cession faite à Thi¬ 
baud et put, le 9 juin 1685, obtenir une ordonnance de sénéchal du 
Bourbonnais qui révoquait sa cession. François de Fondras attaqua 
alors cette ordonnance et un long procès s’engagea entre les deux 
prieurs. Pour en finir, ils convinrent, le 11 juin 1689, de renoncer 
l'un et l’autre à leurs droits sur le prieuré de Salnt-Germaln-des- 
Fossés, au profit de François Pouget. 

Emmanuel alla mourir de chagrin et de vieillesse chez ses cousins, 
au château de Celzat en avril 1690. Ce futle dernier des Apchon dont 
11 fut question à Saint-Germain-des-Fossés. 

François Pouget trouva les bâtiments du prieuré dans le plus triste 
état ; 11 les fit restaurer. Il nous est môme parvenu un traité qu’il 
signa, le 3 janvier 1703, avec les frères Barrière,- menuisiers à Cusset, 
pour des stalles dans l’église. Dans ce traité, il spécifie tout spéciale¬ 
ment que ces stalles seront à ses armes... 

Dom Pouget mourut en 1725 et eut pour successeur Charles de Saul- 
zet, qui eut lui-même pour successeur, en 1732, Ignace de Marcel- 
lange d’Arcon. Celui-ci eut quelques difficultés avec Louis Douet, 
seigneur de Saint-Germain, relativement aux dîmes dues par Nicolas 
Régnier, propriétaire du Grand-Poënat, et Hélène Louher, proprié¬ 
taire du Petit-Poënat. Aux termes d'une transaction devant Jean 
Morand, notaire à Billy, le 17 juin 1747, il fut convenu que la dlme 
se percevrait à la vingtième gerbe, que la dix-neuvième appartien¬ 
drait au prieur et la vingtième au seigneur de Saint-Germain : c’était 
couper la poire en deux. 

Dom Ignace de Marcellange mourut en 1790, mais depuis vingt ans 
il s’était désisté de son prieuré au profit de son neveu, Edme-Philippe 
de Marcellange, chevalier de Malte. Quand ce dernier voulut se faire 
installer, une difficulté s'éleva : il n’était pas prêtre. On en référa au 
pape qui, le 12 octobre 1770, signa une dispense. Au moment de la 
Révolution, Philippe de Marcellange, qui ne résidait pas à Saint- 
Germain, émigra. Il ne rentra en France qu'en l'an X et mourut à 
Ebreuil le 25 janvier 1805. 

Me voici amené à parler de la vente des biens du clergé sous la Ré¬ 
volution. 

Depuis longtemps, chacun enviait les richesses du clergé. Turgot, 
le ministre de Louis XVI, avait écrit : « C'est un droit du gouverne - 
ment de supprimer par raison d'utilité publique toutes les fondations. » 

21 


Digitized by t^ooQle 


326 


société D'émulation du bourbonnais 


Le 8 août 1789. un jeune député delà noblesse charolaise, le marquis 
de La Coste-Messelière(l),di;aità la tribune de l’Assemblée nationale : 
« Je soutiens que les biens ecclésiastiques appartiennent à la nation, s 
Le 26 septembre, du haut de la même tribune, l'archevêque de Paris 
promettait, en son nom et en celui de tout le clergé, de faire l'aban¬ 
don au Trésor public de toute l'argenterie et de tous les ornements 
non indispensables au culte. Dans le public, qui voyait partout des 
abus, le cri général était : « Que diraient les fondateurs si, revenant 
sur terre, ils voyaient l'usage fait de leurs dons? » Aussi, sur la pro¬ 
position de Talleyrand, évêque d’Aulun, « l'opération sur les biens 
du clergé » fut elle volée, le 2 novembre 1789, par 568 voix contre 346. 

En conformité de celte loi, les administrateurs du district de Cusset 
chargèrent Saulnier, bourgeois à Seuillet, de faire l'estimation des 
biens du prieuré de Saint-Germain. Son rapport est du 18 septembre 
1790 et, le 5 mars suivant, il fut vendu pour 74.640 livres d’immeubles 
àBourzat et à Creuzier. La municipalité de Saint-Germain avait de¬ 
mandé à acheter le prieuré et l'enclos, mais ses offres furent jugées 
insuffisantes et Henry Chacot s’en rendit adjudicataire le 5 novembre 
1791, moyennant 20.000 livres. 

Il n’y avait pas d'église paroissiale à Saint Germain ; c’était la cha¬ 
pelle du prieuré qui en tenait lieu, chose assez naturelle, puisque le 
prieur était curé de droit. Ils s’acquittèrent régulièrement de leur 
sacerdoce jusqu’en 1676, époque où Emmanuel d’Apchon s’en déchar¬ 
gea sur un prêtre à la portion congrue ; moyennant un gage de 
300 francs par an, un prêtre miséreux se chargea du service de la 
cure, dont le prieur continua à loucher les revenus. 

Voici la liste de ces curés : Jean Mouly (1676), Benoit Porte (1693), 
Joseph Poncet (1709), Jean Chambroly (1754), Pierre Arloing (1756), 
Guy Pages (1763), Jean Pages (1789). 

L’Assemblée nationale, en même temps qu’elle mettait les biens du 
clergé à la disposition de la Nation, avait décrété, sur la proposition 
de Mirabeau, que les prêtres devenaient les salariés de ï Etat, e taxait 
promis à chaque curé, en plus de l’usage d’un presbytère avec un 
jardin d’un demi-arpent (26 ares), un traitement de 1.200 livres par 
an. C’était habile pour s’attacher les curés à la portion congrue que 
de leur promettre l’indépendance et la richesse ; aussi avec quel en¬ 
semble la plupart chantèrent-ils un Te Deurn d’actions de grâces ! 


(i) Le marquis de La Coste-Messelière devint préfet de i’Allier sou» le 
Consulat sous le nom de Detacoste-Messelière et mourut à la Préfecture de 
Moulins ie 3 Juiliet 1806. 


Digitized by 


Google 





TREIZIÈME EXCURSION 


327 


La constitution civile du clergé, votée le 29 novembre 1790, fut pro¬ 
mulguée par Louis XVI le 26 décembre sur une réponse assez évasive 
du pape, qui ne se prononça contre cette constitution que par un 
bref du 13 avril 1791. Aux termes de cette loi. tous les évêques, curés 
et vicaires, pour toucher leurs traitements, devaient prêter serment à 
la Constitution, au prône de la grand'messe, en présence du maire de 
la commune (1). 

Qu’importait au curé Pages que le prieur, M. de Marcellange, perdit 
son bénéfice ; dans la loi du 26 décembre 1790, il ne vit qu’une chose : 
les 1 200 livres de traitement promis ; aussi prèta-t il le serment exigé, 
ainsi que Curegras, son vicaire, ainsi que tous les autres curés du 
canton, ainsi que 426 prêtres sur 484 du département de l’Ailier (2). 

Après son serment, le curé Pages continua à exercer ses fonctions 
jusqu’à l’interdiction du culte (25 vendémiaire an II - 17 octobre 
1793), époque où il se retira dans la Ilaute-Auvergne, son pays natal. 
Dès qu’il lui fut possible, avant même le Concordat, il revint prendre 
ses fonctions, qu’il exerça à la satisfaction de tous jusqu'en 1807, 
ayant rétracté son serment entre les mains de son évêque dès 1802. 


XV. — Le Port de Saint-Germain. 


D ès la plus haute antiquité, l'Ailier fut utilisé par la navigation 
et, bien avant sa gare de chemin de fer, Saint-Germain avait 
uu port important. Par lettre de 1337, le duc d'Auvergne avait 
ordonné la levée d’un impôt extraordinaire de 600 livres sur la Basse- 
Auvergne (dont Saint-Germain faisait alors partie), » laquelle somme 
est imposée outre et par-dessus les aides pour l’employer à faire que 
la rivière Allier puisse porter navire » ; mais si l’impôt fut levé, on 
sait qu’il reçut une autre destination : les 600 livres avec 2.000 versées 
par le roi furent employées à payer la rançon du pays au routier 


(1) Histoire religieuse de la Révolution française, par P. de Gorce. — 
Plon-Nourrit, 1909. 

(2) D'après un rapport inscrit sur le registre des délibérations du district 
de Cusset le 7 octobre 1792, il y avait dans ce district 53 curés et 17 vicaires. 
— 36 curés et 15 vicaires jurèrent. Si dans le canton de Saint-Germain tous 
jurèrent, un seul jura dans le canton de Saint-Gérand-Ie-Puy, le curé de 
Langy ; dans le canton de Varennes, ceux de Créchy et de Rongères refu¬ 
sèrent le serment. 


Digitized by VaOOQle 


328 


SOCIÉTÉ D'ÉMULATION DU BOURBONNAIS 


Villandrado, l'allié et un peu le beau-frère du duc Jean II de Bour¬ 
bon. Après l'annexion du Bourbonnais, François I" fit faire des Ira- 
vaux pour faciliter cette navigation. 

Au xv' siècle, il s'était formé une Hans ou association des bateliers 
de la Loire et de l’Ailier, dont le siège était à Orléans. Chaque année, 
des délégués, un pour chaque port, se réunissaient en cette ville pour 
Axer les tarifs et les réparations à faire sur les deux fleuves. A ces 
assemblées, le délégué de Saint-Germain fut en 1494 Mico Marécbal 
et en 1549 Nicolas Maréchal. Au xvir siècle, la Hans disparut et les 
intendants prirent en charge la navigation ; c’est ainsi qu’en 1698, 
d’Ormesson, intendant d’Auvergne, fit dresser un projet d’endigue- 
ments et de bassins, afin de la rendre possible toute l’année ; mais ce 
projet ne fut pas exécuté faute d’argent. 

Dans un rapport, dressé en 1765 par M. de Ballainvillier, autre 
intendant d’Auvergne, on lit que le droit de péage de trente sous par 
bateau passant à Pont-du-Chàteau produisait 2.500 livres par an ; 
c’étaient 1.7(0 bateaux environ passant par ce port, auxquels venaient 
se joindre 300 bateaux provenant de la Dore. Ce rapport nous dit que 
tous ces bateaux étaient chargés de bois, de blés, de chanvres, de cor¬ 
dages, de toiles, de pommes, de confitures, de charbons et, ce qui 
surprendra beaucoup, de pommes de terre (11, marchandises dirigées 
du Languedoc ou de l’Auvergne sur Orléans, Paris et Nantes. 

Vers 1747, un service de coches d’eau pour voyageurs fut organisé 
sur l’Ailier. Ces bateaux ne voyageaient que le jour et Saint-Germain 
était un port de gîte, mais ce service public fut de courte durée et 
n’eut pas plus de succès que le service de bateaux à vapeur tenté vers 
1848. 

Peut-être reverra-t-on un jour la batellerie de l’Ailier de nouveau' 
florissante ? Ce qui serait désirable. 

Gabriel Morand. 


(1) Si Parmentier fit connaître la pomme de terre aux Parisiens vers 1780, 
le précieux tubercule était déjà d’un usage commun en Auvergne dès la fin 
du xvi e siècle où des émigrants l’avaient rapporté d’Espagne. 


•*^fê** 


Digitized by LaOOQle 




TREIZIÈME EXCURSION 


329 


XVI. — Varennes 


S i je n'avais à faire qu’un compte rendu, autrement dit qu'à dres- 
ser une sorte de procès-verbal de ce que nous avons vu à Va¬ 
rennes, ma tâche serait aisée, car nous n'y avons vu que peu de 
choses. Nous nous sommes arrêtés seulement à la gendarmerie pour 
examiner les vieux murs de l'église Saint-Pierre de Vouroux, aujour¬ 
d'hui convertie en écurie et en grenier à fourrages, et un peu plus loin 
sur la place du Champ-de-Mars, en face d'une maison dont le portail 
est surmonté d'un curieux écusson sculpté. Mais ce que l'on attend 
de moi est plus complexe : c’est surtout l’historique de la cité avec, en 
plus, l'énumération et la description des monuments intéressants qui 
peuvent s'y trouver. Pour ce travail, j'avoue que je suis bien mal pré¬ 
paré et que j'ai eu tort de l'entreprendre ; faute d'inédit, il me va 
falloir recourir au procédé fastidieux de la compilation. Je puiserai 
mes renseignements, principalement pour la période du Moyen-Age, 
dans l’excellent article que M. Vayssière a fait paraître en 1891 dans 
les Archives historiques du Bourbonnais, et auquel je renvoie le lec¬ 
teur qui voudrait se documenter plus amplement. 


Contrairement cependant à l'opinion de cet écrivain, j'estime que 
Varennes est une des localités bourbonnaises à laquelle il est per¬ 
mis, sans trop d’invraisemblance, de se prévaloir d’une origine gau¬ 
loise, en raison de certains monuments qui me semblent remonter à 
cette époque. 

Au sortir de la ville et joignant la route, à droite en allant à Gayette, 
on rencontre une butte artificielle, sur laquelle on a établi un cime¬ 
tière. Cette butte est incontestablement un tumulus gaulois ; les 
objets qu’on en a retirés ne laissent aucun doute à cet égard. C'est 
donc à tort que MM. Aubert de La Faige et Roger de La Boutresse, 
l'ont indiquée dans leur ouvrage des Fiefs du Bourbonnais, comme 
étant la motte sur laquelle se serait dressé autrefois le vieux château 
féodal ; il n’y a autour aucune apparence de fossés qui puisse auto¬ 
riser une telle conjecture. 

Tout à côté de cette butte, mais en ici de Varennes, il y a un puits 
rectangulaire, qu'à cause de son revêtement inusité, fait de grosses 


Digitized by LaOOQle 




330 


SOCIÉTÉ D'ÉMULATION DU BOURBONNAIS 


pierres brutes, posées les unes sur les autres à plat et sans ciment, 
quelques personnes ont présumé devoir être gaulois. 

M. Tudot, dans le tome IV du Bulletin de la Société d'Emulation 
(année 1855), en a donné la description 'suivante avec dessin de la 
margelle à l'appui : 

« Cette construction se compose d’une trentaine de belles pierres, 
provenant d'un lieu éloigné et inconnu, elles sont blanches, d’un grain 
ûn et bien supérieur à celles qu’on tire de Langy et des autres contrées* 
voisines. Les dimensions pour chacune diffèrent peu ; elles donnent 
en moyenne cent cinq centimètres de longueur, soixante de largeur et 
vingt-six d'épaisseur. Le fond du puits est fermé d’une grande pierre 
placée horizontalement etde quatreautres placées sur champ. Chacun 
des côtés porte à son tour six à sept assises de pierres, dont les deux 
dernières dépassent le niveau du sol. Depuis la partie supérieure de 
la margelle jusqu'au fond du puits, la profondeur est d'un peu moins 
de quatre mètres. 

« La première impression que l’on éprouve à l'aspect de ce puits est 
contraire à l'origine ( celtique ) qu'on lui donne. Les monuments cel¬ 
tiques se composent ordinairement d’énormes pierres dont le puis¬ 
sant assemblage étonne. Ils sont empreints d'un caractère de rudesse, 
de grandeur et de barbare simplicité qui reportent la pensée aux 
époques primitives du monde ; au contraire, les proportions de notre 
puits sont très modestes, sa forme ne manque pas d'une certaine régu¬ 
larité ; ce qui paraît extraordinaire seulement, c'est son luxe de 
pierre, qui semble déceler une intention monumentale. » 

Son opinion est qu'il daterait du Moyen-Age. 

Il apparaît bien pourtant, d’après la description qu’on vient de lire, 
que ce monument soit suffisamment empreint d'un caractère de ru¬ 
desse , de grandeur et de barbare simplicité, pour qu'on puisse revendi¬ 
quer pour lui une origine gauloise. Je ne crois pas qu’on en ait jamais 
cité de semblables, comme datant authentiquement du Moyen-Age ; 
au lieu que cette façon de revêtir un puits avec des dalles énormes est 
bien dans la manière des Celtes et constitue une raison suffisante pour 
faire remonter son creusement à l'époque gauloise ou même celtique. 
Et le fait que ces pierres n’ont pas été taillées, décèle qu’une idée reli¬ 
gieuse a présidé à sa construction. Aussi, je ne suis pas éloigné de 
voir dans ce puits une de ces sources sacrées, pour lesquelles nous 
•savons que les Gaulois professaient un culte profond. Leur attache¬ 
ment à ces sources était tel que les chrétiens, dans leur impuissance 
à détruire chez eux une superstition aussi enracinée, tournèrent la 
difficulté en les sanctifiant. Ceile-ci, si l'on ajoute foi à la tradition 


Digitized by LaOOQle 




TREIZIÈME EXCURSION 


331 


qui veut que, tout proche, se soit élevée une église sous révocation de 
saint Jean, a dû, elle aussi, être placée sous le patronage de saint 
Jean-Baptiste et ce serait dans ses eaux qu'on aurait conféré aux ca¬ 
téchumènes le baptême par immersion. 

Pour que l'on eût édifié une église en ce lieu, il fallait nécessairement 
qu’il s’y trouvât un centre de population nombreuse. Cette population 
ne devait pas frayer avec celle établie quelque cinq cents mètres plus 
au nord, dont elle différait par les mœurs et par la nationalité, puisque, 
malgré la proximité des deux cités, on senlit le besoin de construire 
une autre église à côté. Dans l’une habitaient les Romains et dans l’autre 
les Gaulois. Et de ce qu’on ne rencontre aucuns vestiges d’habitations 
en cet endroit, il ne faudrait pas se hâter de conclure que ma conjec¬ 
ture est hasardée ; à mon avis, elle s’en trouve fortifiée. C’est qu’à 
l’encontre des Romains qui se construisaient des maisons confortables 
avec du moellon, les Gaulois s’abritaient sous des huttes, enfoncées 
de quelques pieds dans le sol, et dont les parois de bois reposaient sur 
des murettes en pierres sèches, ou cimentées seulement avec delà 
terre. On comprend qu’elles n’aient pu offrir une grande résistance 
au temps, qui les a détruites sans en rien laisser subsister. 


L’emplacement de la cité gallo romaine est beaucoup plus facile à 
établir ; c’est le même que celui couvert aujourd’hui par le faubourg 
de Vouroux. Les fouilles qu’on a pratiquées dans ce quartier, pour 
les fondations des nombreux immeubles qu'on y a édifiés depuis 
quinze ans, en rejetant sur le sol quantité de poteries enfouies à des 
profondeurs de deux ou trois mètres, ont permis d'en fixer approxL 
mativement les limites et de constater qu'elle égalait presque le fau¬ 
bourg en étendue. 

De la ville elle-même, on ne peut rien dire ; il n'en est resté debout 
pas même un pan de murailles. Tout ce que l’on en sait, c’est qu'elle 
s'appelait Vorocio, nom qu’elle avait dû emprunter à la cité gauloise 
sa voisine et dont Vouroux est un dérivé. 

Ce nom nous a été conservé par la table de Peutinger, sur laquelle 
il est écrit Vorogium ou Voroglum. Il est marqué sur la' route de Roi- 
domma (Roanne) à Augusionemetum (Clermont), à un point indiqué 
entre Ariolica (...?) et Aqucecalidœ (Vichy). 

On le retrouve dans l'inscription suivan'e, relevée sur un anneau 
votif, en bronze, trouvé à Vichy dans un puits : NV. ( minibus ) AGG. 
(Augustorum) DEO.MARTI. VOHOCIO.GAIOLVS.GAU. (füius dédit) ; 


Digitized by LaOOQle 



332 


SOCIÉTÉ D'ÉMULATION DU BOURBONNAIS 


et au revers, occupant les axes de cet anneau : V. ( otum ) S. {olcit) 
L. ( ibens) M. ( erito ). 

Ce nom nous est encore confirmé, par deux monnaies qui nous font 
aussi connaître qu’à l'époque mérovingienne cette ville était un chef- 
lieu de viguerie. L'avers porte les mots : Vorocio Vico, qui indiquent 
qu’elles ont été frappées à Vorocio , Vico (bourgchef-lieu de viguerie), 
l'une par le monétaire Ebroaldo et l’autre par le monétaire Drue- 
taldus, dont les noms sont gravés sur le revers, selon la coutume de 
l'époque. 

Les Gallo-Romains de Vorocio enterraient leurs morts sur la colline 
de Beaupuy, dans un cimetière d’où l'on a retiré d’innombrables po¬ 
teries. 

Je ne décrirai aucune de ces poteries, pas plus que celles plus fines, 
en terre rouge vernissée et en terre blanche* trouvées à Vouroux, 
dont un grand nombre ont enrichi le musée de Moulins, où on peut 
aller les y étudier. Toutes étaient manufacturées dans le pays; M. Al¬ 
fred Bertrand a découvert le four où on les cuisait, dans le jardin de 
M*' Barbe, du côté de la rue de l’Abattoir, dont la chaussée en re¬ 
couvre une partie. Aux noms des potiers donnés par M. Tudot, 
TVSTVS, SVLPIC, dans son article précité, j'ajouterai ceux de 
DAMONI, .. .NRRAN, et sur le goulot, en poterie grossière d'un do- 
llum LVCIVS que j’ai relevé sur des poteries de ma collection. 

La ville n'était pas riche en bronzes, cependant le même M. Ber¬ 
trand en a sorti d’un puits en face de la gare, un fort beau qu'il a dé¬ 
posé au musée de Moulins. C'est l’avant-corps d’un taureau qui a 
servi d’applique contre un mur pour suspendre des objets. 

Je n’ai pas connaissance qu'on ait jamais exhumé le plus petit mor¬ 
ceau de marbre ni aucune inscription. 

Il est à remarquer aussi que presque toutes les monnaies trouvées 
sont des quatre-vingt premières années de l’Empire : Auguste à l'au¬ 
tel de Lyon, Claude, Néron, Domitien et la colonie de Nimes. 

Les derniers documents sur lesquels nous avons lu le nom de 
Vorocio, sont deux monnaies mérovingiennes. Il nous faudra mainte¬ 
nant aller jusqu’au xn' siècle, pour rencontrer sur un parchemin celui 
de Varennes. 


« En 1106 », écrit M. Vayssière, « Guillaume de Varennes (de Va- 
renais) fut témoin de la donation faite par Helduinus, seigneur de Ja- 
ligny ( princeps de Jaliniaco), au monastère de Saint-Pourçain, de tout 


Digitized by LaOOQle 




TREIZIÈME EXCURSION 


333 


ce qu'il possédait dans les fiefs paroissiaux de Paray et de Villaine- 


« En réalité, l'histoire de Varennes, ville du Moyen-Age, ne com¬ 
mence qu’avec le xiii* siècle et c'est dans la charte de coutume, qui 
lui (ut octroyée en 1203, qu'il est pour la première fois fait mention 
de la ville libre. » 

Cette charte, calquée sur celle de Saint-Plerre-le-Moûtler, ne con¬ 
tient rien de bien particulier. Elle fut donnée au nom du roi de 
France (Philippe-Auguste) par Robert de Courcelles, connétable d'Au¬ 
vergne. Il y est, entre autres choses, stipulé que les bénéficiaires 
paieront chaque année, à la Saint-Germain, six, cinq, quatre, trois, 
deux ou dix-huit deniers au moins. Pour ne pas surcharger les 
pauvres, l'application delà taxe était laissée à l’appréciation du prévôt 
et des plus notables habitants de la ville, au nombre de trois ou de 
quatre. 

Il ne semble pas que la ville de Varennes ait fait longtemps partie 
du domaine de la couronne ; le roi dut la céder à une époque indé¬ 
terminée, mais bien avant 1262, au sire de Bourbon, qui la donna en 
fief à Guillaume d'Aulnay. Celui-ci octroya une charte de privilèges, 
que nous ne connaissons que par une autre de son fils, Hérart d’Aul- 
nay, qui la confirmait en juillet 1322. 

Cette charte exemptait les habitants de Varennes de l'aide aux 
quatre cas, qu'ils devaient à leur seigneur, savoir : lorsqu'il succédait 
à son père, lorsqu'il mariait ses filles, lorsqu’il était fait chevalier et 
lorsqu'il allait en Terre sainte. Elle les dispensait, en outre, de tous 
charrois et corvées. Et Nicolay nous fait connaître qu'ils jouissaient 
encore d’un privilège dont les seigneurs consentaient bien rarement 
à se dépouiller, celui de la pêche et de la chasse : qu’ils pouvaient 
exercer « depuis Billy descendant jusquesau bourg de Saint-Loup ». 

Enfin, Louis I" de Bourbon, en sa qualité de suzerain, confirma 
tous ses privilèges par une dernière charte du 27 novembre 1337. 

Varennes avait posé se3 fondements de chaque côté de la grande 
route, exactement entre le Vorocio gallo romain et la cité gauloise, 
mais toutefois sur le territoire de cette dernière. Louis II le fit en¬ 
tourer de fortes murailles, flanquées de tours aux quatre coins. Deux 
portes fortifiées y donnaient accès, l'une, du côté de Vouroux, s’ap¬ 
pelait la porte Saint-Pierre, et l’autre, du côté de Lapalisse, avait 
nom Pontarle. C’est cette dernière que représente la gravure inter¬ 
calée ici, à en juger par les trois fenêtres placées sous le toit, qui in¬ 
diquent que cette partie du bâtiment était habitée, car, nous dit 
M. Vaysslère, « c'est dans les bâtiments servant à la défense de cette 


Digitized by LaOOQle 





334 


SOCIÉTÉ D'ÉMULATION DU BOURBONNAIS 


dernière qu'étaient établies les prisons et que le lieutenant général 
du châtelain de Billy avait son logement ». , 

. C'est que si Varennes était bien une châtellenie, il ne faisait pour¬ 
tant pas partie des dix-sept grandes châtellenies du Bourbonnais. 
« On ne lui donnait ce litre que parce qu’il comptait parmi les villes 
closes et avait à sa tète, en cette qualité, un capitaine et parce qu'il 
avait, comme le rapporte Nicolay, sa Justice à part, non sujette à celle 
de Billy, pour l'exercice de laquelle il y avait un lieutenant parti¬ 



culier, résidant sur le lieu, et un substitut du procureur général. » 

Un chemin contournait le mur d'enceinte, du côté opposé à la ri¬ 
vière : de sorte que la ville pouvait fermer ses portes aux gens qui 
ne lui plaisaient pas. 

De cette enceinte, il ne reste plus, dominant la rivière du Valen- 
çon, qu'une seule tour, percée d’une porte basse, qu'on appelle encore 
la poterne. 

Jamais Varennes ne fut le théâtre d'événements de guerre ou poli¬ 
tiques importants. 

A la fin de 1419 ou au début de 1420, Charles VII, alors simple 
régent du royaume, la traversa pour aller en Languedoc faire recon¬ 
naître son autorité. 

Il y revint en 1440 pour en déloger les troupes rebelles, dont le 
duc de Bourbon, Charles I", qui avait poussé le dauphin Louis à la 
révolte, était un des principaux chefs. Il s'en empara et ne se mon¬ 
tra pas exigeant. Il leur permit en effet de sortir, le bâton au poing, 
leur imposant seulement pour toutes conditions de restituer ce 
qu'ils avaient pris à M" de Gaucourt, qu'ils avaient détroussé peu 
auparavant, et de mettre en liberté Gabriel de Bernes, maître d'hôtel 
du Dauphin, et Jean de Laval, dont ils s’étaient emparés en môme 
temps que du sire de Gaucourt. 


Digitized by LaOOQle 



TREIZIÈME EXCURSION 


335 


Pendant la guerre du Bien public, en 1465, après la prise de Mont- 
luçon et d'Hérisson, Louis XI, qui était à Saint-Pourçain, vint s'éta¬ 
blir à Varennes le 12 juin, aussitôt qu’il eut appris que le duc Jean II 
de Bourbon, son beau-frère, l’avait quitté pour aller rejoindre à Mou¬ 
lins les Bourguignons qui venaient à son secours. Il n’en repartit que 
six jours après pour aller prendre Verneuil qu’il fit raser, « pour ce 
qu'elle était fort préjudiciable à Saint-Pourçain ». 

La ville de Varennes eut peu à souffrir des guerres de religion. Ce¬ 
pendant, comme elle s'était déclarée pour le roi contre les ligueurs, le 
duc de Nemours vint l’assiéger avec des forces importantes et « elle 
se rendit après avoir essuyé quelques coups de canon » (juin 1591). 
Henri IV en fut fort affecté et, pour la reprendre, il chargea le duc 
de Cbâlillon de réunir le plus de forces qu’il pourrait et de marcher 
sur elle ; il fit dire aux sires de Montigny, d'Arquien etdeTannerre, 
ainsi qu'aux principaux de la noblesse d’Auvergne, de l’assister dans 
cette occasion, mandant en môme temps à la duchesse de Nevers de 
lui envoyer un ou deux canons et le plus de gens de cheval qu’elle 
pourra. Un mois après, le 5 août, Chazeron avait repris la place. 

C’est sans doute en considération de leur bonne conduite dans 
cette affaire et pour les récompenser de leur attachement à sa per¬ 
sonne qu’Henri IV, en 1597, fit don aux habitants d’une cloche pour 
leur horloge. C’est encore la môme qui compte les heures à leurs 
petits-neveux, qui sont loin de se douter qu’ils possèdent un monu¬ 
ment d’un aussi grand intérêt historique pour eux. En voici l’ins¬ 
cription, q-e je suis peut-être le seul à connaître : HOC EX DONIS 
IIENRICI 4 FRANCORVM ET NAVARRE REGIS PRO HOROLOGIO 
VARENARVM ANNO DNI 1597 HEROARD DAVLNAY CHEVALIER 
DOMINVS VARENARV. Ce qui peut se traduire de la manière sui¬ 
vante : Cette cloche est un présent qu’Henri IV, roi de France et de 
Navarre, a fait en l’année du Seigneur 1597 pour l’horloge de Va¬ 
rennes, le chevalier Héroard d’Aulnay étant seigneur de Varennes. 

On n’a pas connaissance que les Frondeurs , qui s’étaient emparés 
du château de Montaigu-le Blin, aient jamais rien tenté contre Va¬ 
rennes. 

La population de la ville a subi bien des fluctuations : en 1569, on 
y comptait 225 feux ; ce fut l’époque de son apogée. Ce chiffre était 
réduit à 120 en 1614 et, à la tin du xvir siècle, il n’y avait plus que 
400 personnes et 86 feux. C’est que de grands malheurs avaient fondu 
sur elle et l’avaient décimée plus que les guerres. 

Varennes eut d’abord à souffrir de la disette : en 1576, au mois de 
février, une armée de reltres allemands et de suisses, qui remontait 
l’Ailier depuis Vichy, dévasta tout sur son passage. 


Digitized by LaOOQle 




336 


SOCIÉTÉ D'ÉMULATION DU BOURBONNAIS 


Quelques années plus tard, il fut dépeuplé par la peste, a En 1586, 
sur la fin du mois d’avril, la contagion commença à régner aux faul- 
bourgs de cette ville, de manière qu’il est mort environ cinq cens 
personnes, tant petites que grandz. Et fut la dite ville, au mois de 
septembre, dézerte et gardée en six semaines par deux ou trois 
femmes seulement, y aiaint la dite contagion esté si furieuse, voire 
que tous les hommes qui voulurent demeurer moururent tous. » 

La grande route, qui avait été la raison de son prompt développe¬ 
ment, fut aussi la cause de sa ruine, en facilitant le passage aux 
gens de guerre qui le pillèrent. Il était d'ailleurs ville d’étape et 
comme tel, assujetti à héberger les soldats qui passaient. On accordait 
bien une indemnité pour cela, mais elle n'était presque Jamais payée. 
Aussi les habitants faisaient-ils tous leurs etlorts pour les éloigner, 
fermant au besoin les portes de la ville. Et s'ils n'y pouvaient réussir, 
ils avaient recours à d'autres subterfuges, comme de faire des lar¬ 
gesses aux officiers et de distribuer du vin aux soldats. Le curé 
Chambon, de la paroisse de Saint-Jean, nous a laissé un curieux récit 
rapporté par M. Vayssière d’une semblable distribution de vin, faite 
en 1617 par les habitants aux soldats de M. Dallincourt, gouverneur 
de Lyon. 

Les guerres glorieuses de Louis XIV suscitèrent des mouvements 
de troupes, vraiment calamiteux, pour les villes qui se trouvaient sur 
leur passage. Le curé de Saint-Pierre de Vouroux nous a laissé, sur 
les registres paroissiaux, une note qui nous montre en 1677, les habi¬ 
tants de Varennes désertant leurs foyers pour ne plus avoir à subir les 
exigences des gens de guerre, dont les perpétuelles allées et venues 
les ruinaient. « L’année présente, dans la quinzaine de Pasque, j’ay 
distribué six cents hosties et n'ay receu que cinquante-deux sols, six 
deniers de destail, toutes mes pauvres paroissiennes ayante esté rui¬ 
nées par les continueles logements des gens de guerre, nottamment 
pendant lad. quinzaine, ce quy a obligé toutes les habitantes quy 
sont dans le rolle de Vouroux de déserter, à la réserve de M” Gilbert 
Burelle, chastellain de Chazeul et Gayette, de damoiselle Catherine 
Poinvre et du métayer de la Garenne Morel et moy. J’ay esté contraint 
de faire mon office à la ronde le jour des Rameaux, la plus part des 
déserteurs s’estants réfugiés à Chazeul le 14 may 1677. Signé : Bu¬ 
relle. » 

Bien qu’il dépendit de la châtellenie de Billy, Varennes avait une 
justice à part, ressortissant du siège présidial de Moulins, et cela 
parce que, distant de Billy de deux lieues, il était situé sur le grand 
chemin de Paris à Lyon. Elle était exercée par un lieutenant parti- 


Digitized by LaOOQle 


TREIZIÈME EXCURSION 


337 


culier qui y résidait et par un substitut du procureur général. « L’es- 
tendue de la Justice (écrit Nicolay de qui nous tenons ces renseigne¬ 
ments et ceux qui suivent), est d’une grande lieue et dans icelle y a 
deux paroisses qui sont hors la ville, ès faubourg d’icelle, l’une appe¬ 
lée Vouroux et l'autre Varennes. » Il faut en conclure que, de son 
temps, la paroisse Saint-Jean avait nom Varennes, comme la ville. 

« Dans la ville, il y a un prieuré fondé de Sainte-Croix, auquel y a 
un prieur et quatre moines. » C’est la chapelle de ce prieuré, qui ser¬ 
vit d’église paroissiale à Varennes, pendant les deux tiers du 
xix' siècle, après la ruine de la vieille église Saint-Jean. Elle n'a été 
démolie qu’après la construction à ses côtés de l’église actuelle. 



11 y avait aussi de belles halles, à l’extrémité desquelles se trouvait 
l'auditoire et lieu des plaids. En outre des marchés francs, qui se te¬ 
naient tous les mercredis dans ces halles, Varennes avait trois foires : 
une le 1" mai, l’autre le jour de la Saint-Biaise et la troisième le Jour 
de la fête de saint Denis. 

Déjà, « au xvm' siècle, l’enceinte n’existait plus et les fossés, as- 
censés depuis longtemps à diverses personnes, avaient été comblés ». 

En dehors de l’église Saint-Pierre de Vouroux, dont l’érudit abbé 
Clément doit nous entretenir, et de la cloche de l’horloge dont on a 
lu ci-dessus l'inscription, je ne vois pas d'autre monument ou curio¬ 
sité à signaler qu’une maison du xv' siècle, située place du Champ-de- 
Mars, au coin de la route de Jaligny, et un curieux écusson que nous 
reproduisons ci-dessus et qui se trouve au-dessus de la porte d’une 
maison de cette même place. 

Sur cet écusson, sont gravées en petit relief, sans indication 
d'émaux, quatre branches de croix ancrées, cantonnées de quatre 
roses et une autre rose en abime. Au-dessus, en chifïresarabes, on lit: 


Digitized by LaOOQle 




338 


SOCIÉTÉ D ÉMULATION DU BOURBONNAIS 


1532 et, sur chacun des côtés, se détachent en lettres fleuronnées 
deux monogrammes différents, véritables énigmes qui attendent leur 
Œdipe. 

Ces armoiries vont servir à élucider un point controversé de l'hé¬ 
raldique bourbonnaise. Ce sont celles de la famille Dinet, dont 
M. de Soultrait, dans son Armorial du Bourbonnais, donne trois des¬ 
criptions différentes. 

Il blasonne celles-ci : de gueules, à quatre branches de croix 
ancrées, cantonnées de quatre roses et une autre rose de même en 
abime, le tout d'or. Et malgré qu’elles soient conformes à celles de 
l'évêque de Mâcon, Louis Dinet, il leur préféré le blason suivant, 
donné par VArmorial Général : de gueules, à la croix ancrée d'ar¬ 
gent, cantonnée de quatre roses de même. Enfin, il nous dit que 
le Roy d'Armes les décrit ainsi : de gueules, à cinq quinlcfcuillcs 
posées en sautoir d'or, accompagnées de quatre branches de croix ancrées 
de même. 

Je crois qu’après cela, la question est tranchée et qu'on ne peut 
hésiter à reconnaître, pourles seules vraies armoiries des Dinet, celles 
gravées sur l'écusson de la maison de Varennes. 

Voici unê note du curé Chambon qui montrera que l’année 19H ne 
détient pas le record de la sécheresse. « La sécheresse est ey grande au 
dit temps et a esté depuis quinze mois que les molins qui sont sur la 
rivière du Valanson non guière ganié, mesme qu’en ce dit mois 
d'aoust (1617), ils demeurent quinse Jours à meurdre, tellement que 
les meuniers, faute d'eau, au lieu de vin, boivent de l’eau. Dieu les 
vueilles consolez en leurs aflictions, principalement celui du molin 
bombon en est bien fâché, se fachant souvent à sa femme qui n’en 
peut maist. La quarte de vin, communément, se vandoit quatre soulz 
et ny en avoit de trois soulz. La couppe de froment vieux valloit au 
marché sept sous, le seigle cinq. Dieu soit loué du tout. » 

J'ai résumé tout ce que l’on connaît de l’histoire du vieux Va- 
rennes. Je ne poursuivrai donc pas plus loin cette étude, car il ne 
m’appartient pas de parler de la ville centemporaine. 

L. Montagne. 


Digitized by LrOOQle 





liES HDlpIGES RELIGIEUX 

DE DA ï\ÉGION VISITÉE PAÏ\ d’EXCUÏ^ION 

DE JUIN 1911 


L’ancienne église de S’-Plerre de VOURROUX 

n quittant la gare de Varennes sur-Allier, et avant d’en¬ 
trer dans le centre de la petite ville, on rencontre l’ag¬ 
glomération de Vourroux — l’antique Vorogium de la 
voie romaine - qui n’a conservé de ses vieux monu¬ 
ments que des restes de l’église. 

Cet édiflce a beaucoup souffert, sans doute, des guerres anglaises 
et des luttes religieuses. Il a été aliéné à la Révolution et transformé 
aujourd'hui en grenier à fourrage, à l'usage des chevaux de la brigade 
de gendarmerie. 

On y reconnaît à peine les piliers robustes qui appartenaient à la 
période romane. L’abside maîtresse présente de frustes et rudimen¬ 
taires modillons à copeaux qui caractérisent l’école auvergnate. 

Son mobilier a disparu. L’antique Madone est aujourd'hui au musée 
de Moulins; et ses dernières fresques, vues par M. Barriau, restent 
Invisibles sous un badigeon barbare ou ont été recouvertes par un 
épais « crépissage ». 

L’église S‘«-Crolx de YARENNES-SUR-ALLIER 

L’ancienne église paroissiale de Saint-Jean de Varennes (1) était 
située non loin de la petite ville, au milieu du cimetière, qui seul 
subsiste à la même place, line reste rien du monument. 

(I) Dans cette église Saint-Jean, « une chapelle, dédiée h saint Denis, était 
à l’usage des Sœurs de la Charité de Varennes, fondées par les créateurs de 
l'hôpital de Galette ». (Ct. Inv. somm. de Gayette, liasse A. 1.) 


' ' •! * 


Digitized by LaOOQle 





840 


SOCIÉTÉ D'ÉMULATION DU BOURBONNAIS 


Lors de sa destruction, sous la Révolution, le culte se réfugia dans 
la chapelle du prieuré de l'ordre des Mathurins de Sainte-Croix, dans 
l’intérieur de la ville close, tout près de « l'enceinte fermée du côté 
de Lyon » par une jolie porte qui se voyait encore au xix* siècle (1). 

Cette humble chapelle, qui avait la sainte Croix comme titulaire, 
fut démolie dans le dernier tiers du siècle passé pour permettre la 
construction, presque à la même place mais avec une orientation dif¬ 
férente, de l’église actuelle. Celle-ci fut édifiée sur les plans éta¬ 
blis en 1881 par un éminent prêtre architecte (2), Mgr Pougnet, auquel 
notre diocèse en particulier est redevable de nombreux monuments 
religieux (3). 

Contrairement à ses goûts qui le portaient d'ordinaire à s’inspirer 
des constructions ogivales, M. l’abbé Pougnet — il n’était pas encore 
prélat — édifia à Varennes une église de style roman, à trois nefs 
terminées par des absides, sans transept, avec clocher sur la façade. 
Une particularité qui mérite d'être signalée ici, c’est la disposition 
des contreforts des nefs latérales qui sont implantés à l’intérieur et 
lorment, à chaque travée, un enfoncement capable de recevoir un 
autel ou un confessionnal. 


La chapelle de I’h6p!tal de GAYETTE 

(Paroisse de Montoldre.) 

La chapelle actuelle du « couvent et hôpital de Saint-Jean-de-Dieu 

(1) Cf. les Fiefs du Bourbonnais, p. 35. — Le dessin qui accompagne te 
texte de M. Montagne et offert par M. C. Grégoire à la Bibliothèque de la 
Société d'Emulation, peut servir à « situer » ces monuments. 

(2) Mgr Joseph-Guillaume Pougnet est né à Avignon le 6 mars 1829 ; il est 
mort à Marseille le 2 avril 1892. Parmi les œuvres les plus remarquables de 
cet architecte ecclésiastique, on peut citer les cathédrales d’Hippone et de 
Carthage, l'église de Saint-Vincent-de-Paul, à Marseille. Les diocèses d'Avi¬ 
gnon, d'Aix, de Marseille, de Fréjus, de Digne, de Gap, de Valence, de Mou¬ 
lins, de Périgueux ; ceux d'Algérie et de Tunisie ; la Palestine ; divers mo¬ 
nastères... lui doivent plus de55 églises ou chapelles. — Clr. Notice sur la Vie 
et les Œuvres de l'abbé Pougnet, architecte religieux, par l’abbé Redon, vi¬ 
caire général d’Avignon. — Avignon, Aubanel frères, 1901. 

(3) M. Pougnet construisit dans le diocèse de Moulins la chapelle du petit 
séminaire d'Yzeure (1863) ; l'église de Dompierre (1867-1870) ; la chapelle du 
pensionnat de Saint-Maur, à Montluçon (1867) ; les églises de Neuilly-le- 
Réal (1873-1880), de Saligny (1876-1879), de Bressolles, inspirée de Notre- 
Dame de Trêves (1877-1880), deChantelle (1877-1880), de Chareil-Cintrat (1879- 
1881), enfin de Varennes-sur-Allier (1881). 


Digitized by LaOOQle 




SOCIÉTÉ D'ÉMULATION DU BOURBONNAIS 



Pholotrfit S*d*i f. 


Cliché de M. Scharlowtky. 


Rongires. — Intérieur de l’église. 


Digitized by LaOOQle 







Digitized by 



TREIZIÈME EXCURSION 


341 


delà Charité de Gayetle » ne date que du xvm* siècle (1). C’est une 
vaste salle presque carrée, ornée seulement de panneaux en stuc en¬ 
cadrés par des moulures de style « rocaille ». Elle a remplacé l’an¬ 
cienne chapelle dont parlent des actes de 1699, transformée en « apo- 
thicairerie » (2) depuis la fondation de l’hôpital, faite le 24 janvier 
1694 par François de Pingré de Farlnvilliers et Catherine Pépin, sa 
femme. 

En 1771, un inventaire signale dans la chapelle « un bel autel enduit 
de mastic en forme de marbre et de tombeau à la romaine » (3)... 

L’église Salnte-Marle-Madelelne de RONGÈRES 

Cet édifice, très remanié au cours des âges, appellerait une minu¬ 
tieuse description. En attendant la publication de la monographie 
qu’il mérite, disons de cette église ro¬ 
mane qu’elle nous paraît, après celle 
de Vourroux, une des plus anciennes 
du pays. Se3 trois nefs sont séparées 
par des piliers cantonnés de colonnes 
engagées et, entre la deuxième et la 
troisième travée, par d'énormes colon¬ 
nes qui supportent de côté les grands 
arcs et, à l’intérieur de la nef, une co- 
lonnette sur laquelle repose le doubleau 
de la voûte centrale. Ces massives co¬ 
lonnes n’ont pas de chapiteaux, mais 
de simples impostes garnies de gouttes 
ou de billettes renversées, comme on 
en voit dans la primitive église de Saint-Menoux, qui sert aujour¬ 
d'hui de « narthex » à l’abbatiale. M. de Soultrait les rapprochait 
aussi de celles qui décorent les colonnes de la cathédrale de Plaisance 
en Italie (4). 

Les modifions de l’entablement des absides qui subsistent offrent 
aussi ses billettes renversées. Quelques-uns cependant sont à bouts 
de solive ornés des copeaux auvergnats. 

(1) Cfr. Inventaire sommaire des Archives de Gayette, E. 28. On voit, par 
un acte de 1765, que le « clocher a été déplacé du. bas de l’ancienne salle 
des malades et placé à côté de la nouvelle chapelle » (E. 32). 

(2) Id., E. 29. 

(3) ld., E. 33. 

(4) Cf. Congrès archéologique tenu à Moulins en 1854, p. 75. 

22 



Digitized by LaOOQle 




342 


SOCIÉTÉ D'ÉMULATION DU BOURBONNAIS 


La corbeille des chapiteaux (1) porte des personnages et des feuil¬ 
lages de style barbare. 

L’église Sainte-Amie de MONTAIGU-LE-BLIN 

Elle n'a qu'uneseule nef qui a subi bien des transformations, mais 

si son voûtage est moderne, elle 
a conservé quelques-uns de ses 
chapiteaux romans. La porte prin¬ 
cipale, percée sur la façade, ne 
manque pas de caractère avec ses 
trois gros boudins de l'archivolte 
reposant sur les six colonnes de 
l'ébrasement. 

A l’intérieur, une statue en 
pierre, du xvi ! siècle, représente 
sainte Anne et la Vierge. 

Une Pieta, en bois, du xvn' 
siècle, semble mériter une men¬ 
tion plus particulière. 

Quant à la chaire, classée par 
mégarde parmi nos Monuments 
historiques (!). elle n'a d’ancien 
que quelques sculptures de per¬ 
sonnages èncastrés dans la me¬ 
nuiserie qui est toute du xix* 
siècle. 

CIERNAT 

Sur le territoire de la paroisse se dresse encore le modeste sanc¬ 
tuaire roman de Notre-Dame de Ciernat, qui fut le siège d'une an¬ 
cienne paroisse réunie à Montaigu-le-Blin à la fin du xvm* siècle. 

L’église paroissiale de SAINT-GÉRAND-LE-PUY 

Sous le vocable de saint Julien, elle n'était avant la Révolution que 
la chapelle primitive du château (2). L'édifice a des parties anciennes. 

(1) Le dessin que nous donnons de l'un d'eux est de M. Joyeux de Lanson, 
professeur de dessin au pensionnat Saint-Gilles. 

{2) L'ancienne église de la paroisse était dédiée à saint Martin, le grand 
thaumaturge des Gaules, et occupait dans le bas de la petite ville une place 



Digitized by LaOOQle 



TREIZIÈME EXCURSION 


343 


On voit encore du jardin de la cure une petite fenêtre de roman pri¬ 
mitif. Par la suite, trois nefs romanes ont été ajoutées au sanc¬ 
tuaire (1), puis augmentées d'une travée au xtx* siècle. Son plan, son 
architecture, l’absence d’ornementation sculpturale, les impostes 
ornés de billettes remplaçant les chapiteaux, tout rappelle l'église de 
Langy, avec laquelle celle-ci a la plus grande parenté. 

La flèche qui dominait le clocher a fait place à un toit en forme de 
dôme surmonté d'une disgracieuse guérite renfermant l'horloge pu¬ 
blique. 

L’église Salnt-Sulplce de LANGY 

Ce petit édifice roman (2) nous parait un des plus intéressants de 
ceux que l'excursion de 1911 a visités (3). Il se compose de trois 
nefs séparées par de lourds piliers, sans colonnes engagées, qui reçoi¬ 
vent la retombée des voûtes sur des impostes au chanfrein simple¬ 
ment orné de billettes. La nef centrale est éclairée par six fenêtres 
plein cintre. Elle est voûtée en berceau, ses collatéraux en quart de 
cercle. 

C'est peut-être au milieu du xu* siècle, à l'époque de transition, que 
la partie du chœur et du sanctuaire a été relevée et que les arcs en 
tiers-point portant le clocher ont été construits. A une époque presque 
contemporaine, la couverture des absides a été de même établie plus 
haut que la toiture primitive, comme l’indique la position des mo¬ 
dulons laissés à leur ancienne place dans les murs. 

Tout le mobilier a disparu. Seule subsiste — parce qu'elle a été for¬ 
tement encastrée dans le glacis d’une fenêtre du collatéral nord, — 

qui reste visible, un peu au sud de la maison dont un angle a reçu un reste 
de statue funéraire. Celle-ci, qui passe à tort dans le pays pour une image 
de saint Martin, a été surmontée, dans le dernier tiers du xix' siècle, d'une 
tète de fortune, sculptée par un entrepreneur de Saint-Gérand. 

A quelques kilomètres au sud-ouest se dressait, il y a encore une ving¬ 
taine d’années, l'ancienne église paroissiale de Saint-AIIyre de-Vailence. 
La paroisse a été réunie à celle de Sanssat. Les matériaux de l'église, qui 
appartenait 6 notre confrère M. Desmaroux de Gaulmyn, ont servi à édifier 
une grange pour son domaine voisin. Le modeste bâtiment conserve encore 
trois chapiteaux de roman primitif qui proviennent de l’église. Dans la cour, 
on voit la pierre tombale d'Amable de Cbauvigny, décédée le 20 mars 1790, 
et trouvée dans le petit cimetière qui entourait l'église de Saint-AIIyre. 

(1) Cf. Les Fiefs, p. 290 et passim, qui signalent sur un des modifions de 
i’abside « les armes des de Jas, possesseurs de Saint-Gérand pendant 
150 ans ». 

(2) On trouve la paroisse de « Langiaco » dans une charte du x» siècle. 

(3) Cf. Les Fiefs, p. 316 ; l 'Art en Province. 


Digitized by LaOOQle 




344 


SOCIÉTÉ D'ÉMULATION DU BOURBONNAIS 


l'épitaphe de Jacqueline de Morainville, femme du sieur du Pont, 
seigneur de Prandines et de Larras (I). Le texte en a été publié bien 


Eglise 

Dt 

LAN GY, 

(allier). 


Sacristie, i 



des fois, mais toujours inexactement. Celui qu’on trouve ici est le re¬ 
levé d'un estampage exécuté soigneusement le 21 mai 1911. 

On peut constater que cette œuvre de la fin du xvt' siècle fait moins 
honneur à son graveur malhabile et peut-être indigène qu'aux senli- 

(1) Cf. Dossiers des Gozis. La Ras était situé près du bourg de Langy. Les 
Morainville semblent originaires de Normandie. 


Digitized by LaOOQle 










TREIZIÈME EXCURSION 


345 


ments de piété conjugale et à l'imagination poétique du seigneur de 
Larras. 



La sculpture des tailloirs, des modillons est très grossière. Au-des¬ 
sus de la porte d’entrée de la sacristie, on distingue, gravés plutôt 
que sculptés, un informe Christ sur ia croix, deux têtes humaines, 


Digitized by LaOOQle 







































346 


SOCIÉTÉ D’ÉMULATION DU BOURBONNAIS 


(l'une grosse, l’autre plus délicate), un poisson, enfin un serpent, dans 
lesquels on peut, avec Ms r Crosnler, voir Adam et Ève venant, les pre¬ 
miers, jouir du bénéfice de la-Rédemption représentée par le Crucifix 
et le poisson figurant du Sauveur pour les chrétiens de la primitive 
Eglise. Le serpent, qui tuit, figure le tentateur et rappelle la faute de 
nos premiers parents, rendant nécessaire le sacrifice de la Croix. 
Cette œuvre parait être à peu près contemporaine de l’église. Mais 
elle a pu être exécutée plus tard par un tâcheron du pays. 

CRÉCHY. — A la mémoire de M. l’abbé Martin. 

Les exigences du retour nous ont fait « brûler » l’étape de Créchy. 

Et, en nous dirigeant vers Billy, nous saluons au passage ce qui 
reste du château de Fouz-sur-Créchy qui, à la Révolution, apparte¬ 
nait au couvent de la Visitation de Moulins et dont la vue évoque une 
page de l’histoire religieuse de ce pays sous la Terreur. Les souvenirs 
traditionnels de notre confrère, M. Villeneuve, la commentaient 
pour nous: 

C’était, en effet, son trisaïeul Joseph Martin qui, en qualité d’in¬ 
tendant des Visitandines, habitait alors cette demeure et y cachait 
les prêtres de la région restés fidèles (1). C'est de là aussi qu’est sorti 

(1) Nous laissons ici M. Villeneuve évoquer ses souvenirs de famille relatifs 
aux événements révolutionnaires : 

« Martin était accusé d’avoir caché chez lui un prêtre réfractaire et d’avoir 
un magasin d’armes. 

« Ce prêtre réfractaire était l’ancien curé de la commune qu’habitait Martin. 
Forcé d'en sortir, il alla un dimanche chez Martin pour demander un passe¬ 
port. 

« Il était de notoriété publique que ce prêtre ne vivait que d'aumônes. Mar¬ 
tin, que son coeur portait à plaindre l’homme et à secourir le malheureux, 
garda cet ex-curé à dîner. 

« Le même jour, un rassemblement de cinq à six cents hommes armés des 
communes de Creuzier-le-Vieux, Creuzier-le-Neuf et Mourgon (Saint-Ger- 
main-des-Fossés), ayant à leur tète la municipalité de cette dernière com¬ 
mune, parcourant les villages sous prét<xte d’arrêter les prêtres réfrac¬ 
taires et de désarmer les aristocrates, arriva chez Martin, sema la terreur et 
la désolation dans sa famille, s'empara du prêtre et de quelques mauvais 
fusils rouillés, incapables de servir, que le maître de la maison avait trouvés 
dans la succession de son père. 

o La tradition nous permet de compléter l'histoire ; ce n'était pas un, mais 
deux prêtres réfractaires auxquels Martin donnait asile ; l'un, vieux et im¬ 
potent, fut emmené par les sans-culottes et mourut en chemin sous les mau¬ 
vais traitements de ces énergumènes. L'autre, plus jeune, prévenu à temps, 
put s'échapper. Pendant notre enfance, nous avons entendu prononcer leurs 


Digitized by LaOOQle 



TREIZIÈME EXCURSION 


347 


Bon fils qui devait illustrer l’état ecclésiastique et contribuer pendant 
un quart de siècle à former des vocations sacerdotales. 

Né le 21 février 1793 (1), M. l’abbé Jean-Baptiste-Célestin-Joseph 

noms, notre mémoire ne les a pas conservés, par contre nous n'avons pas 
oublié un épisode joyeux survenu au milieu de cette scène de désolation. 

• Rosalie Martin, tante de Célestin Martin, était une maîtresse femme. Elle 
assistait à la visite domiciliaire des soi-disant patriotes et ce tut avec indigna¬ 
tion qu'elle aperçut un des plus fougueux faiseurs d'inventaires plonger ses 
doigts dans les pots de confitures garnissant une des monumentales armoires 
de ce temps et déguster d'un geste gourmand les délicieuses gâteries qu'elle 
conservait pour ses neveux. « Citoyen, lui cria-t-elle, tu es ici pour chercher 
des armes et non pour manger mes confitures 1... » Et d'une main vigoureuse, 
elle saisit le peu délicat citoyen et le jeta dans l'escalier, lui appliquant en 
même temps un superbe coup de pied et l'y faisant rouler meurtri et confus. 
Ces souvenirs du patrimoine familial n'ont pas manqué d'influer sur l'esprit 
de ceux qui en furent dépositaires. 

• Ils expliquent la tournure d’esprit religieux et traditionnaliste qui perce 
dans les nombreux écrits de l’un d'eux, André Steyert, l'auteur de la Nou¬ 
velle Histoire de Lyon, arrière-petit-fils de Martin de Créchy et élève de 
son oncle, & Yzeure. 

a Nous n’ajouterons qu'un mot à cette relation, c'est que Marie Saulnier, 
mère de Célestin Martin, avait un trère, l'abbé Jacques-Claude Saulnier, su¬ 
périeur du grand séminaire Saint-Sulpice d'Autun. » 

(1) s — Aujourd'hui vingt-deux février mil sept cent quatre-vingt-treize, 
l'an second de la République française, s'est présenté par-devant nous Joseph 
Martin, citoyen de cette paroisse, lequel nous a déclaré que Marie Saulnier, 
son épouse, s’est accouchée d'hier, à neut heures du soir, d'un enfant mâle, 
auquel il a donné le prénom de Jean-Baptiste-Célestin-Joseph. 

« Ce qui nous a été certifié par Joseph Garau et Gabriel Forêt, domestiques 
audit Martin, âgés l'un de quarante-deux ans, l'autre de quarante-quatre ans, 
desquelles déclarations nous avons dressé le présent acte. 

« Fait et clos au lieu ordinaire des séances de notre municipalité, le même 
jour et an. » 

A cause des malheurs du temps, l'enfant ne fut baptisé que trois ans plus 
tard, comme en témoigne un extrait (daté de 1807), des registres déposés aux 
archives de la Préfecture : 

• Je soussigné, prêtre du diocèse de Clermont, déclare avoir baptisé l'en¬ 
fant dont l’acte de naissance est ci-dessus relaté en la maison de Henriette 
Grand, locataire de M. Noailly, l'an mil sept cent quatre-vingt-seize, le 
26 juin, lorsque je me trouvais dans la paroisse de Créchy, l'enfant était 
alors âgé de trois ans, le parrain fut Jean-Baptiste-Claude Dacher, la mar¬ 
raine Posalie Martin, représentant Célestine Coefiier, religieuse aux dames 
de Sainte-Marie de Moulins. 

« En foi de quoi, j'ai signé le présent certificat pour valoir ce que de 
raison. 

« Fait â Montaigu-le-Blin, le 10 décembre 1807. 

« Meydieu, 

« Succursaliste à Montaigu-le-Blin. » 


Digitized by LaOOQle 



348 


SOCIÉTÉ D’ÉMULATION DU BOURBONNAIS 


Martin, ancien supérieur du petit séminaire d'Yzeure, — dont une 
belle lithographie et un médaillon de marbre reproduisent les traits 
austères (1), — est une figure trop sympathique et trop vénérable, la 
place que ses talents et ses vertus lui ont faite dans l’histoire reli¬ 
gieuse bourbonnaise du xix' siècle est trop graDde pour que nous 
puissions être dispensés, en passant, de rendre à sa mémoire un 
hommage de déférente gratitude. 

L’église Sa!nt-Cyr et Salnte-Julltte de BILLY 

Billy, ancienne ville forte, n’a rien conservé de sa chapelle urbaine 
de Saint-André qui assurait les secours de la religion aux habitants, 
lors des guerres, ni de la chapelle Saint-Martin (2), dont il reste les 
murs, à l’intérieur du château. 

Seule l’église paroissiale, située à 500 mètres des anciennes mu¬ 
railles, desservie par un curé et des communalistes (3), subsiste aujour¬ 
d’hui. Mais elle a été très remaniée. Sur une crypte romane dédiée à 
saint Georges — dont nous avons donné ailleurs une courte descrip¬ 
tion accompagnée de dessins (4) — on éleva à la fin du xn* siècle, 
peut-être au suivant, le sanctuaire et le chœur. Une chapelle, dédiée 
à saint Etienne, fut édifiée au nord de l’église en 1522 par la généro¬ 
sité de Nicolas Monnier (5). Le clocher, qui primitivement surmontait 
le chœur, fut reconstruit en 1751 sur la façade. En 1834, un barbouil¬ 
leur italien, Zannini, qui habitait Thiers, peignit sur la coupole et 
l’arc triomphal une page qu'il convient d’ajouter au livre des méfaits 
de la bande à Zaccheo qui, pendant plus de trente ans, a sévi plus 
particulièrement dans l’arrondissement de La Palisse et les paroisses 
environnantes (6) ; enfin, en 1882, une dernière restauration fut faite 
par M. Jean Moreau, architecte à Moulins. 

(1) Il est conservé dans la crypte de l’église d’Yzeure, auprès du tombeau 
de M, l'abbé Martin. Le Musée départemental possède la maquette de cette 
œuvre. 

(2) Mentionnée dans de nombreux actes, notamment en 4315. 

(3) Archives départementales, G, 19. 

(4) Les Cryptes des églises bourbonnaises , imp. Auclaire, 1895. 

(5) « En ceste chapelle fondée de saint Etienne en l’église parrnchialle de 
Billy, gist Nicolas Monnier, fondateur d'icelle. » (Fondation de messes. Par¬ 
chemin avec cadre enluminé, daté de 1528. Arch. dép.. G, 19.) 

(6) On trouve cette spécialité de peinture en trompe-l’œil et en ronde-bosse 
jusque dans l’église d'Archignat, dans le canton d'Huriel, presque sur les 
limites de la Creuse. Les personnages sont généralement horribles ; les ner¬ 
vures seules témoignaient d’un faire habile mais aussi du parfait mauvais 
goût de ces plâtriers italiens. 


Digitized by LaOOQle 



TREIZIÈME EXCURSION 


349 



L'église conserve quelques bonnes peintures de chevalet, une Fla¬ 
gellation et les A'oces de Cana, sur bois, du xvi' siècle. Ces panneaux 
ont du caractère. Dans le dernier, fort endommagé malheureuse¬ 
ment, vingt-deux personnages en¬ 
tourent le Christ. Deux autres 
petites toiles représentent la Sa¬ 
maritaine et la Descente de Croix 
qui parait inspirée par le tableau 
fameux de Rubens, du musée 
d'Anvers. Le Crucifiement, qui est 
pendu en face de la chaire, est 
une œuvre sans valeur du xviii' 
siècle. 

Quatre autres toiles modernes, 
dons de l'Etat ou des particuliers, 
retracent les scènes de la Résur¬ 
rection, Y Apparition du Sacré 
Cœur, le Rosaire et le Martyre de 
sainte Julitte et de saint Cyr. 

Les deux cloches datent de 1816 
et de 1856. 

L’église de 

SAINT-GERMAIN-DES-FOSSÉS 

Loin du bourg actuel, qui fut « une des 
\illes cl «ses » du Bourbonnais, se dresse 
l'église de Saint-Germain, dépendant d’un 
prieuré qui relevait de l'abbaye de Mo- 
zat, près Riom. 

C'est une très intéressante construc¬ 
tion romane de la fin du xi* siècle qui 
est, dans la région,le type le plus parfait 
de l'art auvergnat. A part la chapelle 
seigneuriale ouverte au x\" siècle sur 
le flanc nord, les remaniements de quelques fenêtres et la perte de 
ses anciennes peintures murales, l’église est à peu près ce qu'elle 
était lors de sa construction. 

Elle se compose de trois nefs de trois travées terminées par des 
absides semi-circulaires. La nef centrale est voûtée en berceau sans 


Digitized by LoOOQle 


350 


SOCIÉTÉ D’ÉMULATION DU BOURBONNAIS 


doubleàux. Les bas-côtés ont des voûtes en quart de cercle. Plusieurs 
des chapiteaux à entrelacs et à feuillages sont dignes de remarque. 
Les modillons de l’entablement Imitent les bouts de solives ouvrés, 
à copeaux auvergnats. 

Une statue de la Pieta, très vénérée depuis les guerres de religion 
___, et qui parait dater de la fin du 


•y I fi I 

Jt I 




Saint-Oermaln-des-Fossés 

Découverte de la statue 


xv* siècle, a été honorée du cou¬ 
ronnement solennel le 2 juillet 
1896. 

De l’ancien château féodal qui 
défendait Saint-Germain ne sub¬ 
sistent plus qu'une partie de tour 
et la petite chapelle qui sert d'an¬ 
nexe à la paroisse. C’est un petit 
édifice roman composé d’une nef 
unique s’ouvrant sur une abside 
voûtée en cul-de-four. Les murs 
de la nef sont renforcés de hautes 


arcatures sur colonnes engagées 
dont les chapiteaux sont d’une assez bonne facture. Une fenêtre 
« Renaissance » aux jolis écussons, aujourd'hui martelés, a été pra¬ 
tiquée sur la façade dont le pignon supporte un modeste campanile. 
Au xvi’ siècle, de grandes meurtrières elliptiques ont été pratiquées 
dans les murs, afin de faire concourir le monument religieux à la 
défense du château et de la ville. 

Abbé Joseph Clément. 



Digitized by LaOOQle 




Quelques Ex-libris intéressant le Bourbonnais 



Ce Livre appartient a 
Madame la COMTESSE 
Desgouttes , Douairière. 

7 ïi» 




1 t * ♦ ♦ i 


Aune-Françoise de Coubladoux, veuve de Gaspard Le Long sei¬ 
gneur des Fougis, devint dame des Gouttes par son second mariage 
avec François de Charry, veuf de Jeanne du Buysson. 

Elle appartenait à une famille originaire du Puy-en-Velay qui pos¬ 
sédait, aux environs de Saint-Pourçain-sur-Sioule, le château de 
Briailles. 

Comme douairière des Gouttes dans la première moitié du xviu* siè¬ 
cle, après la mort de son ûls Antoine, elle plaida longtemps contre 
sa belle-ülle, Marie-Céienie Guillaud de la Motte, dame de Châtel- 
perron, réclamant des droits et cens revendiqués au même titre par 
sa bru. 

Nous possédons dans notre collection un super-libris de Jean- 
Antoine de Charry, marquis des Gouttes, chef d’escadre de Sa Ma¬ 
jesté, qui épousa, le 5 avril 1747, Charlotte-Françoise de Menoux. 

(Collection L. Grégoire.) M. D 


Digitized by LaOOQle 






352 


SOCIÉTÉ D’ÉMULATION DU BOURBONNAIS 



CHATEAU de VEAUCE 
N? 


Charles-Eugène de Cadier, chevalier, baron de Veauce, né à Paris, 
le 1" janvier 1820, de Marle-Amable, épousa en Angleterre Isabelle 
de Perceval. 

Nommé représentant de l’Ailier au congrès central d’agriculture 
de Paris, 11 établit dans sa terre de Veauce un haras de chevaux pur 
sang, fonda une société de courses ; élu député au Corps législatif 
après le coup d'Etat du 2 décembre 1851, membre du conseil général 
de l’Ailier (1852) ; réélu député en 1857, 1863, 1869, il s'acquit l’estime 
de ses collègues et de ses électeurs, par ses travaux consacrés à l'amé¬ 
lioration de la propriété foncière et au bien-être des classes des cam¬ 
pagnes. 

Devenu veuf en janvier 1864, le baron de Veauce épousa, le 2 juin 
1865, demoiselle de Wykerslooth de Weedesteyn, Allé du baron, 
chambellan du roi de Hollande, et de Charlotte-Joséphine, princesse 
de la Trémoille. 

Officier de la Légion d’honneur, Charles-Eugène de Cadier mourut 
à Paris en 1881. 

Les Cadier portent : d’azur, au rencontre de cerf d’or. Les de Veauce : 
de gueules, semé de fleurs de lys d'argent. 

(Collection M. Dénier.) 


Digitized by LaOOQle 


QUELQUES EX-LIBRIS BOURBONNAIS 


353 



H» Xia I» 

ïifCIUni) D ’fUMGNV. 

La famille Richard d'Aubigny semble originaire de Lorraine et se 
fixa en Bourbonnais, au milieu du xix' siècle, à Aubigny et Gon- 
dailly. 

L'ex-libris que nous reproduisons ci-dessus est celui d'un ancêtre 
d’Arthur-Louis-Henry Richard d’Aubigny, baron d’Uberherrn, né vers 
1828 de Paul-Louis, baron d'Aubigny, et d’Armande Charpentier. 

11 épousa Marie-Clotilde du Prat, fut longtemps maire de la com¬ 
mune d'Augy, camérier du pape Léon XIII, et mourut en son château 
d’Aubigny en novembre 1898. 

11 fut parrain d'une cloche de l’église de Bourbon-l'Archambault ; 
son nom et ses armes y figurent ; ce fut lui qui fit exécuter les reli¬ 
quaires destinés à contenir la sainte Epine et le fragment de la Vraie 
Croix de Bourbon. 

Richard d’Aubigny porte : Ecartelé aux 1 et 4 de gueules au lion 
d’or, au chevron d'argent brochant sur le tout chargé sur le montant 
dexlre de trois étoiles de sinople et sur le montant senestre d’un rameau 
de même ; aux 2 et 3 tranché d’argent sur gueules à deux roses en 
barre de l’un en l’autre. 

(Collection Sèque.) M, D. 

© O © 


Digitized by t^ooQle 




354 


SOCIÉTÉ D'ÉMULATION DU BOURBONNAIS 



La famille des Lignerls est devenue bourbonnaise par le mariage 
du marquis des Llgneris, ancien page du roi Charles X, avec la Allé 
de Charles Thourou de Bertinval de Bressolles et d’Anne Laurence 
Julienne d’Origny. C'est à ce titre que l'ex-libris ci-dessus doit trou¬ 
ver place dans notre travail ; son possesseur Louis-François des 
Ligneris. seigneur de Méréglise, dont la terre fut érigée en marquisat 
en 1776, est l’auteur de la branche actuellement possessionnée à Bres¬ 
solles. 

La marquise douairière des Ligneris, propriétaire actuelle du ch⬠
teau, née Jeanne Freteau de Pény, fille du baron Hercule-René- 
Jean Baptiste-Emmanuel, ancien référendaire à la cour des comptes, 
épousa le 12 octobre 1874, au château de Voisenon, Charles-Nicolas- 
Marie-Anne-Théodore des Ligneris, lieutenant au 12* dragons, ré¬ 
cemment décédé, chef d’escadrons de cavalerie territoriale, chevalier 
de la Légion d'honneur. 

Des Ligneris portent : de gueules /relié d'argent au franc quartier 
d’or chargé d’un lion de sable. 

Ces armes figuraient sur un vitrail de l'église Sainte-Foy de Char¬ 
tres, représentant un chevalier en prière (René des Ligneris), vêtu 
d'une cotte d'armes armoriée. Les armes primitives : le lion rampant 


Digitized by 


Google 






QUELQUES EX-LIBRIS BOURBONNAIS 


355 


sur un ècu plein se voient sur une des portes de la cathédrale de 
Chartres (Bouillet : Dictionnaire de la noblesse d’Auvergne ) et sur une 
cheminée de l'hôtel Carnavalet (1). 

(Collection Louis Grégoire.) M. D. 

© ® O 



Cet ex-libris anonyme est aux armes des Pellissier de Féligonde 
qui portent : A'asur au pélican d’or sur sa piété de gueule, au chef 
d'argent chargé de trois mouchetures d'hermines de sable. 

Originaire d'Auvergne, cette famille peut être revendiquée par le 
Bourbonnais. Dès 1761 Michel Pellissier de Féligonde acheta la terre 
et le château du Chalelard, à la limite exacte du Bourbonnais et de 
l'Auvergne, dépendant de la châtellenie de Chantelle. Ce château 
n’est pas sorti des mains de ses descendants qui le possèdent encore. 
Depuis 1789, le Chatelard est compris dans notre département, et son 
propriétaire actuel a fait pendant de longues années partie du conseil 
général de l’Ailier, après avoir été juge de paix du canton d’Ebreuil. 

En second lieu, mais au xix* siècle seulement, les Pellissier ont 
possédé la terre et le château de Ronnet, près Marcillat, où une autre 
de leurs branches a actuellement son domicile. 

Michel Pelussier de Féligonde, écuyer, seigneur de Saulce, 
Beaurepaire, le Chatelard, naquit le 8 février 1729 de Pierre et d’Anne 
le Court. Marié deux fois, il épousa en premières noces, le 13 mars 

(1) Renseignements aimablement communiqués par Mme la Marquise 
des Ligneris, à qui nous adressons nos respectueux remerclments. 


Digitized by LaOOQle 





356 


SOCIÉTÉ D’ÉMULATION DU BOURBONNAIS 


1750, Jeanne Carmantrand. Devenu veuf au bout de quelques mois, 
SI prit de désespoir l'habit de Chartreux, mais ne tarda pas à rentrer 
dans le monde et épousa en secondes noces, le 24 avril 1754, Elisa¬ 
beth-Jeanne-Catherine du Four de Villeneuve, fille de Jean François, 
intendant de Bourgogne. Celle-ci lui survécut et mourut le 12 mars 
1814, après avoir hérité en 1797 de son frère la terre de Villeneuve, 
qu’elle transmit à ses enfants. 

Littérateur émérite, il était membre de l’académie de Dijon : il a 
laissé plusieurs mémoires historiques, non publiés, conservés à la 
bibliothèque de Clermont (1). 

(Collection M. Dénier.). M. D. 

(1) Que M. Charles de Féligonde veuille bien trouver ici l'expression de 
tous nos remerciements pour les renseignements qu'il a bien voulu nous 
fournir. 


CHRONIQUE 


Le dimanche 22 octobre, sous la présidence de notre compa¬ 
triote le général Chevalier, a eu lieu l’inauguration du monument 
élevé à Moulins à la mémoire de notre regretté confrère le colonel 
Laussedat. 

Dû à la collaboration de l’éminent sculpteur François Sicard et de 
l’architecte distingué René Moreau, le monument forme un hémi¬ 
cycle dont la partie centrale s’élève en une haute stèle qui supporte 
le buste du colonel ; à ses pieds, une femme assise, le bras appuyé 
sur une borne frontière, détourne son regard attristé. Une carte géo¬ 
graphique est dépliée sur cette borne et la main droite pend comme 
lassée, tenant un compas. Cette femme symbolise la Soience au ser¬ 
vice de la Patrie vaincue. 

Après la remise du monument à la ville de Moulins, plusieurs dis¬ 
cours ont été prononcés, notamment par MM. Tisserand, membre de 
l’Institut ; Bouquet, directeur du Conservatoire des Arts et Métiers ; 
Doumer, ancien président de la Chambre des députés, et par le géné¬ 
ral Chevalier, délégué du Ministre de la Guerre. Après nous avoir 
retracé les multiples travaux du colonel, les divers orateurs se sont 
efforcés de nous faire tin tableau fidèle de sa vie si laborieusement 
remplie : 

Toute à la Science pour son pays. 



Le Gérant : P. FLAMENT. 


Moulins. — lmp. Etienne Auclairb. 


Digitized by LaOOQle 









PROCÈS-VERBAL 


ASSEMBLÉE QÉNÉRALE DU 6 NOVEMBRE 1911 


Présidence de M. Morand 

r 

E taient présents : MM. le chanoine Berthoumieu, Besson, 
Capelin, le chanoine Clément, Dénier, Leutrat, Milcent, 
Pays et Tiersonnier. 

— Excusés : MM. de Brinon, R. Chabot, Delaigue, Flament, Joly 
et Viple. 

— Après lecture et approbation du procès-verbal de la dernière 
séance, le Président procède au dépouillement de la correspondance : 
Lettres de la Compagnie fermière de l’établissement de Vichy, qui 
nous adresse la somme de 20 francs pour l'apposition d'une plaque 
commémorative sur la maison mortuaire du compositeur Maillard ; 
— de M. Paul Duchon accompagnant l'envoi d'une note bibliogra¬ 
phique ; — de M. Charles Bourdery annonçant un lot de divers actes 
notariés offerts à la Société. 

— Ouvrages offerts. — De M. Léopold Bernard : Les idées révolu¬ 
tionnaires dans les campagnes ; — de M. Claudon : son Rapport annuel 
et une Notice sur les Archives de la Côte-d’Or ; — du commandant 
Dulac : le deuxième volume de son ouvrage, Les levées départemen¬ 
tales dans l'Ailier sous la Révolution ; — dans la collection des Cahiers 
du Centre : Stéphane Servant, Fragments d'œuvres ; — de Madame 
du Chollet de Costebelle : un exemplaire delà reproduction d'un Che¬ 
min de Croix peint par elle et ornant l'église de Châtillon-sur-Loire. 
— Travaux déposés. — M. Denier présente un extrait de Y Armorial 

23 


Digitized by LaOOQle 


358 SOCIÉTÉ D'ÉMULATION DU BOURBONNAIS 


Général de France concernant Y Election de Gannat.— M. Morand dé¬ 
pose, au nom de M. Orsel, une lettre de M. Rué des Sagets adressée 
à son père le 14 thermidor an VIII, datée de Romano, armée d'Ilalie, 
relatant la mort de Desaix. Ces travaux sont renvoyés au Conseil 
d'administration. 

— Le Président lit ensuite le compte rendu, fait par notre biblio¬ 
thécaire M. Joly, des publications reçues depuis la dernière séance : 

« Dans le Bulletin de la Diana de juillet-décembre 1910,1e procès- 
verbal de la réunion du 15 novembre de cette Société reproduit la 
lettre par laquelle notre président, M. Flament, a informé la Diana 
qu'elle avait été admise à l'unanimité au nombre des membres hono¬ 
raires de la Société d'Emulalion du Bourbonnais. 

« Après avoir lu à l’assemblée la lettre de M. Flament, M. le prési¬ 
dent de la Diana ajouta : « Je dépose cette lettre dans les archives de 
« la Diana ; elle y restera comme un bon souvenir de la charmante 
a journée du 13 juin 1910 et comme un témoignage indiscutable des 
a sympathiques relations qui ont toujours existé et qui ne cesseront 
« jamais de régner entre les travailleurs des deux provinces voi¬ 
ci sines. 

« J'ai remercié de mon mieux M. Flament du grand honneur qui 
« était fait à la Diana ; vous vous unirez tous aujourd'hui pour lui 
« renouveler officiellement la vive expression de notre sincère recon- 
« naissance. » 

« — La livraison de septembre-octobre du Bulletin de la Société his¬ 
torique et archéologique du Périgord contient un acte de vente de serf 
faite devant l'official ou juge épiscopal de Périgueux, en 1277. C'est 
une pièce rare signalée par le noucel archiviste de la Dordogne, 
M. G. Lavergne, notre compatriote. 

« - Dans le Bulletin historique et scientifique de VAuvergne du mois 
de juin 1911. le procès-verbal de la séance tenue le î" juin par 
Y Académie des Sciences, Belles-Lettres et Arts de Clermont-Ferrand 
relate la fondation par M. le marquis de Montlaur d’un nouveau prix 
de vertu, avec cette double condition qu’il ne sera pas divisé et sera 
attribué alternativement au département du Puy-de-Dôme et au dé¬ 
partement de l’Ailier. L’Académie a décidé que le nouveau prix por¬ 
tera le nom de Montlaur de Chamerlat. « Le prix pourra être donné 
dès cette année », car le généreux fondateur, « en attendant que son 
intention soit consolidée, met à la disposition du trésorier de l’Aca¬ 
démie une somme de mille francs ». 

et Le même Bulletin publie également une étude intitulée : La Vie 
et les Œuvres d'Antoine d'Aiicergnc, compositeur, directeur de l'Opéra 
( 1713-1797). L’auteur de cette docte étude, M. le baron du Roure 
de Paulin, débute ainsi : 

« Ce célèbre compositeur n’est pas auvergnat. Je sais bien que tous 
« les dictionnaires biographiques le font naître à Clermont ; hélas ! 
« il n'en est rien, et c’est Moulins qui peut réclamer l’honneur de 
« l'avoir vu naître. Néanmoins son père, qui fut premier violon au 
« Conservatoire de notre ville, et son nom le rattachent à nous. D’ail- 
« leurs, la municipalité de Clermont-Ferrand a partagé cette ma- 
« nière de voir et, en 1820, n'a pas hésité à rendre hommage à notre. 
« pseudo-compatriote en donnant le nom d'Antoine d'Auvergne à une 
« rue qui part de la place de Michel-de-l'Hospital. » 


Digitized by LaOOQle 



PROCÈS-VERBAL : '&S9 


« Antoine d'Auvergne (1) ou Daüvergne naquit dans la paroisse 
d'Yzeure. 

« Voici la conclusion de M. le baron du Roure : « Evidemment, ce 
« ne lui pas un grand génie, ni un administrateur remarquable ; se 
« musique aujourd'hui est très oubliée, mais cela tient surtout au 
o changement des goûts musicaux. Si notre pseudo-compatriote & 

« eu le tort de se servir de vieux livrets faibles et mal laits, il dé- 
â ploya néanmoins beaucoup de talent, et beaucoup de ses morceaux 
a auraient du succès s'ils étaient repris à un théâtre lyrique. Enfin, ' 
« n’oublions pas qu'il lut le créateur d'un genre: l’opéra comique Iran- 
« çais, et môme, à ce seul titre; sa mémoire ne doit pas être oubliée, 

« et il sied à notre Compagnie de s’associer aux hommages que 
« la municipalité de Clermont a rendus jadis au compositeur Antoine 
« d'Auvergne. » 

« l.e compositeur Antoine d’Auvergne lut baptisé non dans l’église 
Saint-Pierre d'Yzeure, mais à Moulins même, dans l'église Sainb- 
Pierre-des-Ménestreaux, comme en lait loi son acte de baptême qui sp 
trouve aux archives municipales de notre ville. 

« Une étude de M. Grassoreille sur le compositeur moulinois, pu¬ 
bliée en 1886 dans la Reçue bourbonnaise , a reproduit cet acte de bap¬ 
tême » 

— M R. de Frémont adresse en communication un passeport déli¬ 
vré le 27 prairial an X à Pierre-Joseph Vernin, se rendant de Mou¬ 
lins à Paris, porteur d’une mission auprès du gouvernement. 

— Notre'ancien confrère, M. Charles Bourdery, actuellement fixé 
à Cannes, nous adresse pour nos collections, en outre de divers acteé 
notariés intéressant notre région, quelques pièces et médailles, ainsi 
qu’une empreinte du sceau du district de Cusset. De vifs remercie¬ 
ments ont été adressés au généreux donateur et, sur son autorisa¬ 
tion, les titres seront versés aux archives départementales. 

— M. Morand présente une copie du manuscrit du Donjon, dont 
il a été parlé dans une séance précédente, et donne lecture de quel¬ 
ques extraits curieux pour l’histoire de notre province. Ce manuscrit 
est renvoyé au Conseil d’administration. 

— M. l’abbé Clément entretient la Société d’un brevet sur parche- 

(J; Linsuccès de Daüvergne comme administrateur eut pour cause princi¬ 
pale, sinon exclusive, son caractère autoritaire et difficile qui le rendait in- 1 
supportable à ses artistes, gent souvent susceptible et irritable. Son carac¬ 
tère explique aussi l'animosité de Grimm contre notre compatriote. Ses suc¬ 
cès les plus indiscutables, Grimm les transforme en échecs lamentables ; il 
prend plaisir et met un véritable acharnement à dénigrer et à rabaisser le 
maître moulinois. Le Mercure de France parait donner la note juste quand 
il loue notre compatriote, parle des applaudissements unanimes qui accueil-! 
lent chacune de ses œuvres musicales. Selon la remarque de M. Grasso¬ 
reille, il rie pouvait être un homme de mince valeur, le compositeur qui a 
produit en peu d'années un grand nombre d'oeuvres, toutes bien accueillies 
du public et souvent même suscitant un véritable enthousiasme. 


Digitized by LrOOQle 




360 


SOCIÉTÉ D’ÉMULATION DU BOURBONNAIS 


min que lui a communiqué notre confrère M"' Thonier La Rochelle. 
Par ces lettres, « Elisabeth d'Autriche, reine douairière de France et 
duchesse de Bourbonnais.concède en 1585, à Charles Fauconnet, 
l'office de notaire royal en la sénéchaussée du Bourbonnais, chaslel- 
lenie et résidence de Bessay ». 

— Appelée à statuer sur une demande de rachat de cotisation 
adressée par M. de la Chauvlnière, en vertu de l’article 3 des statuts, 
l'assemblée fixe ce rachat au paiement d'une somme égale à quinze 
fois le montant de la cotisation, o'est-à-dire 180 francs pour les mem¬ 
bres titulaires, 150 francs pour les membres correspondants. Les 
membres ayant racheté leurs cotisations figureront dorénavant sous 
le titre de membres à vie. En outre, tout membre qui fera don d’une 
rente égale au montant de sa cotisation recevra le titre de membre 
perpétuel et son nom figurera à perpétuité en tête des membres de la 
Société. Les membres à vie et les membres perpétuels jouiront leur 
vie durant de tous les droits et avantages des autres membres de la 
6ociété. 

— Sur la demande de M. le chanoine Clément, il est décidé que do¬ 
rénavant des convocations seront adressées aux membres de la So¬ 
ciété pour les assemblées générales et, d'autre part, que la réunion 
mensuelle d'août sera supprimée et remplacée par une réunion qui se 
tiendra le premier lundi d'octobre. 

— Sur la proposition de MM. les chanoines Berthoumieu et Clé¬ 
ment, de MM. Deiaigue, Dénier et Flament, et conformément à l'ar¬ 
ticle 3 des statuts, après lecture d’un rapport motivé de M. Deiaigue, 
la Société, réunie en assemblée générale, décide que le titre de mem¬ 
bre d’honneur sera décerné à notre confrère M. Claude-Jules-Victor 
Roy, professeur à l’école des Chartes. 

— Est élu membre titulaire : M. Louis-Charles Picard de Grand- 
champ. 

— Sont présentés comme membres titulaires : M. l'abbé Louis Fo¬ 
restier, curé de Billy, par MM. Morand, les chanoines Berthoumieu 
et Clément. 

M. Hackspill Alfred, ancien chef de section des chemins de fer 
de Bône à Guelma, 92, avenue d'Orvilliers, à Moulins, par MM. Joly, 
le chanoine Clément et Dénier. 

M. le docteur Paul Roy, 19, rue Hautefeuille, à Paris, par MM. De¬ 
iaigue, le chanoine Clément et Flament. 

M. Gaétan-Marcel Sanvoisin, 51, rue de Refembre, à Moulins, 
par MM. Philippe Tiersonnler, le chanoine Moret et Dénier. 

— L'assemblée procède ensuite au renouvellement des membres 


Digitized by LrOOQle 



PROCÈS-VERBAL 


361 


du Bureau soumis à la réélection. Sont élus : vice-présidents, MM. le 
chanoine Clément et Delaigue ; secrétaire-adjoint, M. Capelin ; di¬ 
recteur du Bulletin, M. Flament. 

En outre, sont élus membres du conseil d'administration de la So¬ 
ciété : MM. le chanoine Berthoumieu, le docteur de Brinon, le doc¬ 
teur Chopard, C. Grégoire, le marquis de Las-Cases, Milcent, 
R. de Quirielle, Sabatier et Tiersonnier. 

— M. Tiersonnier, déclarant qu'il ne peut accepter aucune fonction 
dans le conseil d’administration de la Société, prie de le considérer 
comme démissionnaire de ses fonctions d'administrateur. 

— L’ordre du jour étant épuisé, la séance est levée à 10 h. 1/2. 


M. D. 



Digitized by LaOOQle 




Une victime de la Terreuf en Bourbonnais 


FRANÇOIS CHABRAL, Prétrb 

(Suite et fin.) 


L es menaces du représentant Vernerey portèrent leurs fruits à 
Sauvagny : Jean Soudry, dit Desmaillet, chez lequel était caché 
Chabraî, eut l'intention de le chasser ; il en parla même à sa 
fille Elisabeth Soudry, femme de Jean Labbaye ; il le garda cepen¬ 
dant ... Mais quelques semaines après, Chabral était dénoncé par Jean 
Gayot et Charles Beaume, tous deux habitants de Sau vagny-le-Comlal. 
Aussitôt, dans la nuit du 27 au 28 iloréal an II (16-17 mai 1794), il fut 
arrêté, ainsi que Jean Soudry,comme en fait foi le procès-verbal sui¬ 
vant que nous transcrivons dans son intégrité : 

■ Aujourd’hui 23 floréal an II de la République une et indivisible, à l’heure 
de six du matin, nous, maire et officiers municipaux de la commune de Cosne, 
en présence de l’agent national, nous nous serions rendus en la maison d’nr- 
rèt de ce lieu où étant, le citoyen Tixier, commandant de la garde nationale, 
aurait dit qu’tn exécution de notre réquisitoire du jour d'hier, il aurait fait 
traduire en la dite maison d’arrêt un inconnu et le nommé Desmaillct, domi¬ 
cilié dans la commune de Sauvagny, qui auraient été arrêtés sur la dénon¬ 
ciation qui nous en avait été faite par Jean Gayot et Charles Beaume, ci¬ 
toyens de la commune du dit Sauvagny ; le dit inconnu comme ci devant 
prêtre réfractaire, qui était dans l’habitude depu's plusieurs mois de se retirer 
pendant le jour dans le bois de Suave, où il avait pratiqué une retraite dans 
le lieu le plus couvert, et qu’il se retirait de nuit dans la loge du dit Des¬ 
maillet, située à l’entrée du même bois ; le dit Desmaillet aussi traduit pour 
avoir donné retraite au dit inconnu. En conséquence de quoi, le dit Tixier, 
commandant la garde nationale, en présence et conjointement avec douze 
gardes nationaux qui formaient le piquet à raison de la dite recherche, et les 
dits Gayot et Beaume, dénonciateurs, enquis de faire leur rapport, ont dit et 


Digitized by LaOOQle 


FRANÇOIS CHABRAL 


363 


déclaré qu’étant munis de notre réquisitoire, à l’heure de minuit dernier, ils 
se seraient rendus au domicile du dit Desmaillet qu’ayant entouré la maison, 
ledit commandant ayant frappé à la porte et demandé à Desmaillet s’il avait 
quelque étranger de logé chez lui, a répondu non ; la porte ayant été ouverte 
après d’itératives représentations faites sur le danger qu’il encourait s'il nous 
célait quelque étranger qu’il pouvait avoir chez lui, il nous a fait l’aveu que 
l'inconnu détenu y était effectivement, dans une chambre attenante^ la sienne ; 
dans laquelle étant entrés, nous y aurions trouvé un lit qui annonçait avoir 
servi à l’heure même à quelqu’un. Il résulte de notre recherche que nous y 
avons trouvé une paire de souliers avec boucles, un mouchoir sur le chevet, 
une tabatière auprès des culottes sur le lit, et sur un coffre un volume intitulé : 
Défense de la religion contre les difficultés des incrédules, par François, 
tome III, seconde partie ; un volume intitulé: Le Spectacle de la Nature, 
tome III. Ces indications ne laissent aucun doute que le détenu était.rangé 
dans le fenil de ladite maison (sic), après diverses invitations, ledit Desmaillct 
nous en a également fait l’aveu, et y étant monté lui-même, il l’aurait amené 
avec lui ; et l’ayant fait habiller, nous l’aurions requis de nous indiquer ses 
effets ; et après une recherche exacte en présence dudit Desmaillet, nous 
aurions trouvé dans un panier de ladite chambre un Réglement du ci-devant 
archevêque de Bourges pour des prières pendant la tenue des Etats géné¬ 
raux, qui avait été adressé à Joudioux, ci-devant curé de Neuville, un cou¬ 
teau dans le lit où il couchait à manche de buis platiné, trois chandelles dans 
un mauvais coffre, trois chemises de toile, de plus une paire de bas de laine, 
un bonnet de laine et un de coton, le tout sans aucune marque ; l’ayant 
sommé de déclarer si les dits objets lui appartenaient, a répondu que oui, à 
l’exception des deux livres et du mandement : vu quoi, nous avons traduit 
les dits détenus en ladite maison d’arrêt. 

« Ce fait, nous dits maire et officiers municipaux, en présence de l’agent 
national, avons requis ledit détenu de nous dire son nom, prénom, son âge, 
le lieu de sa naissance, sa qualité, et les motifs qui l’ont attiré dans le lieu 
où il a cté trouvé : a répondu s’appeler François Chabrsl, Agé de 38 ans, 
natif d’Aigueperse, district de Riom, ci-devant prêtre, fait prêtre à Clermont 
depuis environ onze ans ; qu’il a vicarié en la commune de Tronget, district 
de Montmarault, depuis 1789 jusqu’au mois de septembre 1792 ; qu’il a quitté 
ladite commune pour prendre domicile chez le citoyen Sénat, locataire en la 
commune de Buxière-la Grue, où il a fait un séjour de 3 A 4 mois ; de là, 
qu'il s’est retiré chez le citoyen Feilder, domicilié dans la commune de Sau- 
vagny, où il a demeuré l’espace de deux mois, et s’en est retiré parce qu’il 
lui payait 50 livres par mois et que ses facultés ne lui permettaient pas de 
faire cette dépense ; de là, il s’est retiré chez ledit Desmaillet où il a demeuré 
jusqu’à ce jour. Requis de dire les motifs pour lesquels il avait quitté la com- 


Digitized by LaOOQle 




364 


SOCIÉTÉ D'ÉMULATION DU BOURBONNAIS 


mune de Tronget, son costume, et s’il avait prêté les serments requis par les 
lois : a répondu avoir prêté en la commune de T ronget le premier serment 
qui fut ordonné par la loi, et qu’aux époques des autres serments il ne rem¬ 
plissait plus les fonctions de prêtre ; qu’il a quitté son vicariat parce que le 
ci devant curé chez qui il était avait de mauvaises manières pour lui ; et avoir 
adopté le costume de laboureur par la raison que celui de ci-devant prêtre 
était en horreur et qu’il était poursuivi de toutes parts. De plus, a déclaré 
qu'il a laissé en dépôt un habit, une veste et une culotte, quelques chemises, 
des mouchoirs de col, une paire de bas de coton bleu et un chapeau, chez 
le dit citoyen Feilder, lesquelles hardes étaient du costume de ci-devant bour¬ 
geois, depuis un an environ qu’il a adopté ceux qu’il a sur lui, lesquels lui 
ont été remis par la citoyenne veuve Bernon, métayère du dit citoyen 
Feilder. 

• Et à l’instant ayant fait fouiller ledit Chabral, il s’est trouvé muni de 
cinq mouchoirs de 61 et coton bleu, et d’un portefeuille de peau noire qui 
contenait quinze assignats de chacun cinq livres, huit de quinze sols, un de 
cinquante sols, dix de dix sols et un mandat de Montluçon de trois sols ; plus 
une reconnaissance de cinq cent soixante et dix livres que lui avait consentie 
le citoyen Hervier, d’Aigueperse, son beau-frère, le 6 février 1792 ; plus une 
quittance de cinquante-neuf livres, cinq sols, trois deniers, du 2 juillet 1792, 
de Joly, receveur du district de Montmarault ; et finalement la copie d’un 
discours contraire aux principes révolutionnaires et capable de produire des 
insinuations moqueuses parmi le peuple. Ledit Chabral a observé qu’il avait 
copié ce discours dans le Journal de Fontenay (1), il y a environ deux ans, 
pour le communiquer au ci devant curé de Chavenon, qui ne l’a pas vu ni 
qui que ce soit ; et même que c’est par oubli s’il ne l’a pas fait brûler. Les¬ 
quelles trois dernières pièces, ainsi que les deux volumes de livres et le Man¬ 
dement ont été cotés et parafés en présence dudit Chabral. Enquis de décla¬ 
rer s’il avait autre chose à dire, a répondu que non et après lui avoir fait 
lecture de son interrogatoire, a déclaré n'avoir aucun changement à y appor¬ 
ter. Sommé de signer avec nous, a déclaré le vouloir et en conséquence a 
signé. Ainsi signés Chabral, ci-devant prêtre ; Pauvre, maire ; Augot, 
agent national ; Levistrb et Tixier. secrétaire greffier. 

« De suite nous avons interrogé ledit citoyen Desmaillet, et enquis de nous 
dire son nom, prénom, son âge, demeure, qualité, et depuis quel temps ledit 
Chabral, autre détenu, s’était retiré chez lui, s’il avait des connaissances sur 
son état primitif et des motifs qui l’avaient déterminé à lui donner retraite, 
enfin des circonstances qui peuvent avoir rapport aux exercices journaliers du 

( 1 ) Le Journal de Fontenay, dont le véritable titre était Le Journal Géné¬ 
ral, était un journal politique rédigé par labbé de Fontenay. 


Digitized by LaOOQle 



FRANÇOIS CHABRAL 365 


dit Chabral et de sa conduite : a répondu s’appeler Jean Soudry dit Des¬ 
maillet, âgé de 74 ans, demeurant dans la loge sur le rein (sic) du bois de La 
Suave, commune de Sauvagny ; qu’il est manœuvre, qu’il ignorait le nom 
du dit Chabral, sa qualité primitive, ni' qui il était ; que depuis environ deux 
mois, il.était dans l’habitude devenir coucher dans sa maison de nuit, et que 
pendant le jour il faisait des courses sans savoir où il allait, attendu que lui 
Soudry était continuellement occupé à ses travaux de manœuvre ; que ledit 
Chabral était toujours muni du pain nécessaire pour sa nourtiture ; qui est 
tout ce qu’il a dit savoir. Lecture faite a déclaré n’avoir rien à changer ; en- 
quis de signer, a déclaré ne le savoir. Ainsi signés : Fauvre, maire; I.e- 
vistrb, Augot, agent national, et Tl xier, secrétaire greffier. 

■ Nous, maire et officiers municipaux, l’agent national ouï, statuant sur 
les circonstances et les interrogatoires des dits deux détenus, déclarons l’un 
et l’autre en état d’arrestation, ordonnons qu’ils seront traduits au tribunal 
révolutionnaire de Moulins pour leur procès y être fait ; pour cet effet, les 
avons laissés à la garde et charge du commandant de la garde nationale du 
dit Cosne, lequel leur établira bonne et sûre garde, et les fera traduire de¬ 
main dans les prisons de Moulins par un piquet de cinq hommes de ladite 
garde nationale, le commandant duquel piquet sera porteur d’une copie du 
procès-verbal d’interrogatoire de ce jour, des pièces, livres et Mandement y 
énoncés, pour par lui faire la remise du tout au greffe du Tribunal révolution¬ 
naire ; à l’égard des assignats dont Hénumération a été faite, nous les avons 
remis au dit Chabral, et avons signé ledit jour, heure de dix du matin. » 

Le lendemain, Chabral et Desmalllet furent transportés à Moulins 
et incarcérés à la maison d'arrêt, qui était la Tour-Carrée. Le D" Cor- 
nillon trace un tableau lamentable de cette prison ( 1 ). Il nous montre 
les détenus presque privés de nourriture, au moins ceux qui étaient 
au cachot et auxquels on ne donnait que du pain et de l’eau ; les 
autres recevaient un peu de soupe maigre trois fois par jour. Toute 
relation avec le dehors étant sévèrement interdite, il y avait impos¬ 
sibilité matérielle de recevoir des vivres, des lettres et des visites. 
Enfin, l'insalubrité matérielle du local, l'insuffisance et la mauvaise 
qualité de la nourriture, le défaut d’aération, y causèrent une épidé¬ 
mie meurtrière. Mais Chabral ne fit que passer à la Tour Carrée : son 
procès devait être instruit dans le plus bref délai. 

Procès de Chabral 

Le 30 floréal, dans la soirée, François Chabral et Jean Soudry 
dit Desmaillet furent conduits en l'auditoire du Tribunal criminel du 

(1) Le Bourbonnais sous la Révolution française, IV, 2 et 3. 



Digitized by LaOOQle 



366 


SOCIÉTÉ D'ÉMULATION DU BOURBONNAIS 


département de l'Ailier ; là ils furent interrogés « publiquement et 
en présence de l'accusateur public par Antoine-Ignace Audiat, juge 
du tribunal du district de Cérilly. séant à Burges-les-Bains (Bourbon- 
l’Archambault), et actuellement juge de trimestre audit tribunal cri¬ 
minel, commis et délégué à cet effet par le président dudit tribunal, 
conformément à l’article 10 du titre VI de la loi du 29 septembre 
1791 ». Christophe Sayet, accusateur public, était absent et fut rem¬ 
placé dans ses fonctions par le citoyen Cornai ; Boussac était gref¬ 
fier. 

L’interrogatoire de Chabral fut long et minutieux, et il serait fasti¬ 
dieux de le reproduire dans son intégralité. Dès les premières ques¬ 
tions. il fut visible que le juge Antoine Ignace Audiat n’aurait guère 
de ménagements envers le pauvre prêtre. Chabral s’en rendit compte 
assurément ; il chercha à sauver sa tête, comme en témoignent quel¬ 
ques réponses embarrassées et ambiguës, particulièrement au sujet 
de la rétractation de son serment. C'est ainsi qu'il déclara « qu'un 
jour, dans le mois de juillet dernier, quelque temps avant de quitter 
la commune de Tronget, à l'issue de la messe paroissiale, il fit un 
discours par lequel 11 déclara en quelque sorte qu’il rétractait le ser¬ 
ment par lui ci-devant prêté ; qu'il ignore s'il a été dressé acte de 
cette rétractation par quelques autorités constituées ». Interrogé si, 
en prononçant le discours dont il vient de parler, il l'avait fait dans 
l'intention de rétracter son serment, il répondit « que plusieurs ci¬ 
toyens ayant mauvaise opinion des prêtres assermentés, il avait pro¬ 
noncé le discours dans l'intention de radoucir tous les esprits». 

Chabral fut aussi interrogé minutieusement sur les papiers trouvés 
dans son poriefeuille. 11 déclara que le citoyen Hervier, son beau- 
frère, lui avait payé la somme de 570 livres portée en sa reconnais¬ 
sance du 16 février 1792 et qu’il en avait reçu décharge. Il n’y avait 
là, du reste, rien de subversif ; mais un autre papier était beaucoup 
plus compromettant : c'était le petit discours manuscrit dans lequel 
le juge croyait trouver le texte même de la rétractation du vicaire de 
Tronget. Chabral reconnut sans difficulté qu’il l'avait écrit de sa 
main, mais il nia en être l’auteur ; le texte lui en avait été commu¬ 
niqué par un certain abbé Gouat, de Moulins, qui l'avait lui-même 
copié dans le journal de Fontenay ; Chabral avait reçu cette copie 
seulement pour en prendre lecture ; son intention était de la faire 
brûler, et c’est par oubli qu'il l'avait gardée dans son portefeuille ; 
enfin, il déclara formellement que ce n’était point là le texte de la 
rétractation qu’il prononça dans l'église de Tronget. 

Chabral fut encore interrogé très longuement sur toutes les per- 


Digitized by LaOOQle 




FRANÇOIS CHABRAL 


367 


sonnes qui lui avaient prêté assistance ou lui avaient donné asile, et 
c'est ainsi que le juge Audiat apprit les noms des « complices » de 
Chabral : Gabriel Feilder, Louise Marquoy, femme Feilder, François 
Sénat,'Gilbert Tourret. Magdeleine Sivade, veuve Bernon, Elisabeth 
Soudry, femme de Jean Labbaye, et Gilbert Plllot, chirurgien. 

Chabral aurait dû être jugé dans les vingt-quatre heures. Cepen¬ 
dant, le jugement ne fut pas rendu de. suite : il fallait arrêter et inter¬ 
roger ses complices et, d'autre part, le représentant du peuple Ver- 
nerey venait d’arriver dans les murs de Moulins, avec mission spé¬ 
ciale de réformer, d 'épurer — pour employer ses propres expressions 
— le Tribunal criminel et les autres corps constitués de la commune 
de Moulins. 

Vernerey succédait à Noël Pointe, autre représentant du peuple, 
dont la trop courte mission n'avait pu faire oublier le cynisme et la 
cruauté du sinistre Fouché. Il n’était pas inaccessible à la pitié et, 
comparé au farouche terroriste, il pouvait passer pour un modéré. 
A peine arrivé à Moulins, il fut accablé de pétitions par les malheu¬ 
reux suspects incarcérés par les agents de Fouché ; c'est par cen¬ 
taines que les demandes d'élargissement lui parvenaient. Il en ac¬ 
cueillit un grand nombre, mais il semble avoir été plutôt sévère pour 
les prêtres et les religieuses (i). 

Connaissant l’arrivée de Vernerey, Chabral eut peut-être une lueur 
d'espoir, mais elle fut certainement de courte durée. Malgré la mo¬ 
dération relative du nouveau représentant du peuple, le régime de la 
Terreur ne devait pas disparaître encore à Moulins. On le vit bien à 
la Société républicaine et populaire, où Vernerey prononça un dis¬ 
cours : « ... Les moments de révolution, disait-il, sont des momen's 
de crise ; celle manière d'exister ne peut pas durer toujours dans un 
gouvernement. Mais quel pourrait être l’individu qui se croirait assez 
sage pour en déterminer la durée ? Malheur à celui qui voudrait 
entraver la marche ou précipiter le terme de notre révolution ! C’est 
au peuple, ou plutôt c’est à la Convention nationale, revêtue de ses 
pouvoirs et investie de sa confiance, à être en quelque sorte le centre 


(1) Un exemple : il rejeta la pétition des habitants de Villeneuve deman¬ 
dant que leur ancien curé Roche puisse rester à Villeneuve : » Nous 1 appe¬ 
lâmes, disaient-ils. pendant quelque temps du nom de curé ; mais nous pou¬ 
vons t'assurer qu'il n'en eut jamais l'esprit, ni les opinions... » — Autre 
exemple : la liberté est refusée à Claude Aladane, chanoine de Moulins, âgé 
de 82 ans, infirme, détenu depuis plus de huit mois dans la maison de réclu¬ 
sion, où il manque de tous les secours que son grand âge et ses infirmités 
exigent. 


Digitized by LaOOQle 




SOCIÉTÉ D’ÉMULATION DU BOURBONNAIS 


régulateur de ses mouvements età fixer l'époque où elle pourra finir, 
sans compromettre l’intérêt de la liberté du peuple français. La Con¬ 
vention nationale a pesé dans sa sagesse ees considérations, d’où dé¬ 
pend le salut de la République, et c'est ce qui l’a déterminée à orga¬ 
niser le gouvernement révolutionnaire... » 

La même impression se dégage encore plus nettement d’une sorte 
d’homélie prononcée par Vernerey, dans le temple consacré à l’Être 
suprême (c’est-à-dire l'ex collégiale), le 2 prairial, quand ll« épura » 
les autorités constituées de Moulins : « Citoyens, en proclamant au 
milieu de vous les autorités constituées, je l’ai fait au nom du peuple 
français, qui a revêtu momentanément la Convention nationale de ses 
pouvoirs. 

« J'ai pris les membres de ceux qui les composent dans les hommes 
du peuple et parmi les sans-culottes ; telle a été l’intention mani¬ 
festée de la Convention nationale ; je les ai choisis au milieu de vous 
et parmi vous, sur les témoignages que vous m’avez rendus de leur 
probité et de leur patriotisme ; et en les proclamant, c’était en quelque 
sorte proclamer votre vœu et votre propre ouvrage. Mes vues ont été 
droites et mes intentions pures : toutes mes opérations ont été pu¬ 
bliques; c’est à ceux qui m’ont entendu, qui m’ont vu agir, à ceux 
même qui m’ont connu jusque dans ma conduite privée, à me juger. 
Je n'ai désiré que le bonheur du peuple et le maintien de la Répu¬ 
blique... 

« Prenez-y garde, citoyens, les malveillants et les intrigants qui 
cherchent des places calomnieront près de vous vos magistrats"; ils 
saisiront toutes les occasions pour leur enlever votre confiance ; si 
quelques-uns d'entre eux avaient le malheur de se tromper dans la 
chose la plus indifïérente, ils chercheront à exagérer leurs erreurs à 
vos yeux, à la transformer en crime. Méfiez-vous de ceux qui voudront 
leur enlever votre estime ; à coup sûr, ils ne sont pas de bons ci¬ 
toyens, ils ne sont pas des hommes révolutionnaires. 

« L’homme révolutionnaire, citoyens, doit être ferme, inflexible, 
hardi ; mais il doit être probe, et surtout il doit être juste ; il est 
franc, loyal, toujours vrai, jamais astucieux ; il est fier parce qu’il 
est brave, mais jamais insolent. Il n’outrage point les autorités cons¬ 
tituées, il ne censure point leurs opérations, mais il les éclaire, les 
encourage ; il cherche à ranimer leur zèle ; il soutient leurs efforts ; 
il leur dénonce les abus pour les réprimer, les intrigants pour les dé¬ 
masquer et les malveillants pour les punir. 

« L’homme révolutionnaire est bon, humain, bienfaisant pour ses 
frères, mais il est intraitable pour les méchants. Il pardonne les 


Digitized by LaOOQle 




FRANÇOIS CHABRAL 


369 


erreurs, les faiblesses môme qui ne nuisent pas à la chose publique ; 
mais il est sans miséricorde pour lout ce qui peut porter atteinte à la 
liberté, à la sûreté ou à la tranquillité de sa patrie. 11 aime le3 pa¬ 
triotes, qui sont ses frères, par l'impulsion d'un sentiment naturel à 
son cœur. Il n’éprouve des mouvements de haine que contre le vice, 
les malveillants et les conspirateurs. Il aime la Patrie comme sa 
mère, mais il aime la liberté jusqu'à la jalousie : en un mot, il ne vit 
et ne respire que pour le triomphe de la révolution. » 

Il est clair qu’aux yeux de Vernerey, François Chabral ne pouvait 
passer pour un « homme révolutionnaire ». Le Tribunal criminel 
l’avait compris d’avance, car le matin même du 2 prairial, dès sept 
heures, avant par conséquent d'avoir reçu 1’ « épuration » officielle, 
il s’était réuni extraordinairement au grand complet pour Juger Cha¬ 
bral. Marien Meillet présidait ; Joseph Piron, Sébastien Cornât, An¬ 
toine-Ignace Audiat, juges, siégeaient ; Boussac remplissait ses fonc¬ 
tions de greffier. 

Christophe Sayet, accusateur public, se présenta en la chambre du 
conseil et a dit que la garde nationale de Cosne, district de Cérilly, 
a conduit dans la maison de justice de Moulins, en vertu d’un man¬ 
dat d'arrêt des officiers municipaux de la commune de Cosne, le 
nommé François Chabral, ci-devant prêtre, qui paraît avoir été sujet 
à la déportation, et le nommé Jean Soudry dit Desmaillet, manou- 
vrier de la commune de Sauvagny-le Comtal, district de Montraa- 
rault, prévenu d’avoir donné retraite audit Chabral ; quelesdits Cha¬ 
bral et Soudry ont été interrogés par Audiat, l’un des juges du tribu¬ 
nal ; que de leurs interrogatoires il résulte que ledit Chabral, depuis 
la loi du 26 août 1792 qui ordonna la déportation des prêtres réfrac¬ 
taires, a demeuré chez différents particuliers qui l'ont tenu caché 
chez eux, entre autres les nommés Sénat, journalier en la commune 
de Buxières-la-Grue, Feilder, propriétaire et cultivateur, et Tourret, 
aussi Journalier, ces deux derniers demeurant en ladite commune de 
Sauvagny ; que le ci-devant curé de Neuville a favorisé sa retraite 
chez lesdits particuliers ; que la nommée Bemon, métayère audit 
Feilder dans le domaine Bois-Merle, lui a procuré les habillements 
sous lesquels il s'est travesti en paysan ; que le nommé Pilaud, offi¬ 
cier de santé à Bizeneuille, l’a traité chez ledit Feilder et que ce 
Pilaud est violemment soupçonné d'avoir eu connaissance que Cha¬ 
bral était ci-devant prêtre et se tenait caché ; qu'aux termes de la loi 
du 30 vendémiaire ledit Chabral et ledit Soudry doivent être jugés 
dans le plus bref délai par le Tribunal criminel, mais que, comme 
ledit Chabral paraît avoir eu grand nombre de complices et que pour 


Digitized by LaOOQle 


370 


SOCIÉTÉ D'ÉMULATION DU BOURBONNAIS 


les convaincre plus aisément il est indispensable de les mettre en 
jugement avec ledit Chabral, il pense qu’il est à propos de suspendre 
le jugement dudit Chabral et qu'il soit décerné des mandats d’arrêt 
contre tous les particuliers ci-dessus dénommés; qu'il regarde éga¬ 
lement comme très essentiel, pour la parfaite instruction de cette 
affaire et pour connaître toutes les manœuvres employées par ledit 
Chabral et toutes les personnes qui l'ont favorisé, de faire apposer le 
scellé’sur les papiers et autres effets desdils particuliers et d'en retirer 
tout ce qui peut avoir rapport à l’affaire pour être déposé au 
greffe. » 

Le tribunal flt droit au réquisitoire de Sayet et ordonna qu’Audiat 
et l’accusateur public se transporteraient, assistés du greffier, d'un 
huissier et de la force armée, partout où besoin serait. 

Sans perdre une minute, Audiat se mit en route pour Sauvagny, où 
il fit procédera l’arrestation des «complices» de Chabral, ainsi qu'en 
fait foi le procès-verbal suivant : 

« Aujourd’hui 2 prairial, l'an II de la République française une et 
indivisible, moi Antoine-Ignace Audiat, juge du tribunal criminel du 
département de l’Ailier, délégué pour l'exécution de son jugement 
de cejourd hui, me suis rendu avec l’accusateur public, assisté d'An¬ 
toine Joseph Chaput, que nous avons commis à cet effet pour rem¬ 
placer le greffier ordinaire dans l'opération dont il s'agit, ayant dudit 
Chaput préalablement pris et reçu le serment aux cas requis et ac¬ 
coutumés, et étant aussi accompagné de Jean-Gilbert Laroche, l'un des 
huissiers du tribunal, et d'un détachement de la gendarmerie natio¬ 
nale de la commune de Moulins, dans le domicile du nommé Feilder, 
propriétaire et officier public de la commune de Sauvagny-le-Comtal, 
district de Montmarault ; où étant arrivé à l’heure de minuit, nous 
n’avons trouvé dans ledit domicile que la femme dudit Feilder, et 
comme elle n’habite qu'une seule chambre, nous n'avons pas «ru 
nécessaire d’apposer le scellé. En conséquence ayant fait faire ouver¬ 
ture par ladite femme Feilder de deux armoires, nous en avons retiré 
tous les papiers qui s’y sont trouvés, lesquels ayant examiné en sa 
présence, nous n’en avons trouvé aucuns relatifs à la révolution, les 
avons remis de suite à ladite Feilder. Et, attendu que nous avons été 
instruit que le ci-devant curé de Neuville, contre lequel le tribunal a 
lâché un mandat d'arrêt, a été déporté ; que les autres prévenus né 
sont que des cultivateurs qui ne peuvent avoir aucune correspon¬ 
dance ; que dès lors notre transport y devient inutile, ne pouvant- 
avoir lieu à aucune apposition de scellés, nous sommes restés dans 
le domicile dudit Féilder et avons remis au détachement de la gen- 


Digitized by LaOOQle 




FRANÇOIS CHABRAL 


871 


darmerie nationale les différents mandats d’arrêt contre lesdils pré¬ 
venus. Fait le 3 prairial, à l'heure de quatre du matin. » 

Audlat et Sayet étaient satisfaits : cette fois, la « fournée » était 
complète. En toute_hâte, on retourna à Moulins, emmenant avec les 
accusés Louis Bidot, de Sauvagny, témoin à charge contre Chabral. 
A Tronget, on s’arrêta au passage pour prendre trois autres témoins : 
Jacques Guillermet, François Meillet et Louis Joyon. Les accusés 
durent arriver très tard à Moulins, dans la soirée du 3 prairial. 

Dès le lendemain, le Tribunal se réunit et le président Marlen 
Meillet interrogea les prévenus chacun en particulier. De nouveau, il 
fit comparaître Chabral et lui posa encore quelques questions. Le 
malheureux vicaire répondit qu’il avait prêté le serment ordonné par 
la loi du 27 novembre 1790. article 2, et la peur lui fit ajouter « qu’il 
n’avait Jamais rétracté son serment, attendu qu’il n’avait signé aucun, 
acte qui le constate » Cette réponse peu courageuse, probablement 
inspirée par Meillet lui même dont la modération était bien connue, 
fut inutile. Audiat et Sayet avaient bien pris leurs précautions. 

Sayet fit aussitôt comparaître les témoins qu’il avait amenés. 
Jacques Guillermet, âgé de 30 ans, fermier et maire de Tronget ; 
François Meillet, âgé de 57 ans. propriétaire ; Louis Joyon, âgé de 
48 ans, propriétaire, vinrent déclarer que Chabral avait rétracté pu¬ 
bliquement son serment, à la messe paroissiale, un peu avant de quit¬ 
ter Tronget. et que Meillet. en sa qualité de membre de la municipa¬ 
lité, en avait dressé un procès-verbal qu’il porta au tribunal deMont- 
marault. 

Louis Bidot, Journalier à Sauvagny, vint aussi déclarer « qu'il y 
avait quelque temps il vit dans la maison du métayer du domaine 
qui appartient à Feilder, en ladite commune de Sauvagny, un homme 
à lui encore inconnu et qu'il reconnaît maintenant pour être François 
Chabral, présent à l'audience ; que lui ayant demandé son passeport,, 
l’inconnu lui répondit que son passeport était au bout de son bâton 

et qu’il lui en f__ trois ou quatre coups. Un autre jour, le même 

inconnu lui dit : Ecoute donc, Bidot, l'on dit que tu m’as vendu ;• 
moi-même je te dénoncerai. A quoi lui, Bidot, répondit qu’il ne crai¬ 
gnait rien et qu'il n’avait vendu personne. » 

Le président Meillet interrogea ensuite Gilbert Pilaud, chirurgien 
à Bizeneuille, dont le seul crime, nous l’avons vu, était d’avoir exercé 
sa profession en faveur de Chabral malade. Contre lui, Sayet fit com¬ 
paraître Jean Tuélin, âgé de 34 ans, et Jean-Baptiste Duranton, âgé 
de 38 ans, tous deux voituriers à Cosne ; les deux témoins rappor- 


Digitized by LaOOQle 





372 SOCIÉTÉ D'ÉMULATION DU BOURBONNAIS 

w 


tèrent la conversation qu’ils avaient eue avec Pilaud, sur la route de 
Cosne à Montluçon, et que nous avons déjà racontée.. 

Puis Sayet prononça son réquisitoire en ces termes : 

« L'accusateur public a requis que le tribunal déclare François Cha- 
bral convaincu d'avoir été sujet à la déportation, qu'il soit ordonné 
qu’il sera livré à l’exécuteur des jugements criminels pour être mis à 
mort dans les vingt-quatre heures et que ses biens soient déclarés 
acquis et confisqués au profit de la République ; 

« Que Gabriel Feilder soit condamné en six années de fers et préala¬ 
blement exposé pendant six heures aux regards du peuple, attaché à 
un poteau placé sur un échafaud dressé sur la place publique de la 
commune de Moulins ; 

« Que Louise Marquoy, femme Feilder, soit déclarée suspecte et 
comme telle détenue jusqu'à la paix ; 

a Que François Sénat et Gilbert Tourret soient condamnés en trois 
mois d'emprisonnement ; 

« Magdeleine Sivade, veuve Bernon, et Elisabeth Soudry, femme 
Labbaÿe, soient mises en liberté ; 

« Que Gilbert Pilaud soit renvoyé par-devant le Tribunal révolu¬ 
tionnaire et que le jugement à intervenir soit imprimé et affiché dans 
l’étendue du département » (1). 

Aussitôt après, le jugement fut rendu. « Le tribunal, après avoir 
délibéré en la chambre du conseil et opiné à l’audience à haute voix, 
à commencer parle plus jeune des juges, 

« Considérant que François Chabral était prêtre et vicaire en la 
commune de Tronget à l'époque de la loi du 27 novembre 1790 et qu’il 
a rétracté en 1792 le serment qu'il avait prêté, 

« Considérant que Gabriel Feilder a recélé chez lj)i ledit Chabral, le 
sachant prêtre, depuis la loi du 26 février 1793, et antérieurement à 
celle du 30 vendémiaire dernier, 

« Considérant que François Sénat, Gilbert Tourret et Jean Soudry 
ont reçu chez eux ledit Chabral, mais que ces cultivateurs ont ignoré 
qu’ils recevaient un prêtre qui se présentait sous l'habit d'un labou¬ 
reur, que néanmoins ils se sont rendus coupables en ne faisant pas à 
leurs municipalités la déclaration prescrite par la loi du 26 février 
1793, à l’égard de ceux qui logent des étrangers, mais qu’il est dans 

( 1 ) Deux ans plus tard, Sayet lui-mème devait être envoyé devant le tri¬ 
bunal criminel, sous la prévention de vols, de pillage et d'assassinats ; em¬ 
prisonné le 27 vendémiaire an IV, il tut élargi le 3 brumaire, grâce 6 une 
amnistie générale. 


Digitized by LaOOQle 



FRANÇOIS CHABRAL 


373 


r 


les principes d'humanité que la détention qu'ils ont encourue soit 
moins longue pour ledit Soudry, vieillard de 74 ans ; 

« Considérant qu'il n’est résulté aucune charge contre la femme 
Feilder, la veuve Bernon et la femme Labbaye, et que ladite femme 
Feilder étant sous la puissance de son mari n’est pas supposée avoir 
eu le droit de l'empécher de recéler ledit Chabral ; 

« Considérant enfin que Gilbert Pilaud n’est pas convaincu d'avoir 
recélé ledit Chabral, mais qu'il est convaincu d'avoir tenu les propos 
les plus contre-révolutionnaires et que ce délit est de la compétence 
I exclusive du Tribunal révolutionnaire séant à Paris ; 

« Faisant droit sur le réquisitoire de l’accusateur public, déclare 
ledit Chabral, natif de la commune d'Aigueperse, district de Riom, 
département du Puy-de-Dôme, convaincu d’avoir été sujet à la dépor¬ 
tation ; 

« Ordonne en conséquence qu'il sera livré 4 l'exécuteur des juge¬ 
ments criminels pour être mis à mort dans les vingt-quatre heures ; 

« Déclare les biens dudit Chabral acquis et confisqués au profit de 
la République (1), conformément aux articles 5,10,14,15 et 16 de la 
loi du 30 vendémiaire, ainsi conçue et dont lecture a été faite : 

« Art. 10. — Sont déclarés sujets à la déportation, jugés et punis 
comme tels les évêques, les ci-devant archevêques, les curés conser¬ 
vés en fonctions, les vicaires de ces évêques, les supérieurs et direc¬ 
teurs des séminaires, les vicaires des curés, les professeurs de sémi¬ 
naires et de collèges, les instituteurs publics et ceux qui ont prêché 
dans quelques églises que ce soit, depuis la loi du 5 février 1791, qui 
n'auront pas prêté le serment prescrit par l’article 39 du décret du 
24 juillet 1790, et réglé par les articles 21 et 38 de celui du 12 du 
même mois et par l'article 2 de la loi du 27 septembre de la même 
année, ou qui l'ont rétracté, quand même ils l’auraient prêté depuis 
la rétractation. 

o Article 14. — Lea ecclésiastiques mentionnés en l’article 10 qui, 
cachés en France, n’ont point été embarqués pour la Guyane fran¬ 
çaise seront tenus, dans la décade de la publication du présent décret, 
de se rendre auprès de l’administration de leurs départements respec¬ 
tifs, qui prendront les mesures nécessaires pour leur arrestation, 
embarquement et déportation, en conformité de l’article 12. 

«Art. 15. — Ce délai expiré, ceux qui seront trouvés sur le terri¬ 
toire de la République seront conduits en la maison de Justice du tri¬ 
bunal criminel de leur département, pour y être jugés conformément 
à l’article 5. 

« Art 5. — Ceux de ces ecclésiastiques qui rentreront, ceux qui sont 
rentrés sur le territoire de la République, seront envoyés à la maison 
de justice du tribunal criminel du département dans l’étendue duquel 
ils auront été ou seront arrêtés et, après avoir subi interrogatoire 
dont il sera retenu acte, ils seront dans les vingt-quatre heures livrés 


( 1 ) Le 16 vendémiaire an III, les biens meubles de Chabral étaient acquis, 
pour la somme de 53 livres, par la femme Deterre. 

24 


Digitized by LaOOQle 




374 


SOCIÉTÉ D'ÉMULATION DU BOURBONNAIS 


à l’exécuteur des jugements criminels et mis à mort, après que les 
Juges du tribunal auront déclaré que les détenus sont convaincus 
d'avoir été sujets à la déportation. 

« Art. 16. — La déportation, la réclusion et la peine de mort pro¬ 
noncées d'après les dispositions de la présente loi emportent confis¬ 
cation des biens. 

« Déclare Gabriel Feilder convaincu d’avoir recélé chez lui posté¬ 
rieurement à la loi du 6 février 1793 ledit François Chabral, le sachant 
prêtre sujet à la déportation ; en conséquence le condamne à la peine 
de six années de fer ; 

« Ordonne que préalablement il sera conduit sur la place publique 
de la commune de Moulins ; qu’il y sera attaché à un poteau placé sur 
un échafaud, qu’il y demeurera exposé aux regards du peuple pen¬ 
dant six heures et qu'au-dessus de sa tète un écriteau sera inscrit 
portant en gros caractères ses noms, profession, son domicile, la cause 
de sa condamnation et le présent jugement, conformément à l’ar¬ 
ticle 4 de la loi du 26 février 1793 et à l’article 28 du litre premier de 
la première partie du code pénal, desquels il a été fait lecture ; 

« Condamne François Sénat et GilbertTourret à trois mois d’empri¬ 
sonnement, conformément aux articles 1,2 et 3 de la loi du 26 février 
1793, desquels il a été fait lecture ; 

« Ordonne que lesdites Louise Marquoy,femme Feilder, Magdeleine 
Sivade, veuve Bernon, et Elisabeth Soudry, femme Labbaye, seront 
mises sur le champ en liberté : 

« Ordonne que Gilbert Pilaud sera traduit au tribunal révolution¬ 
naire, pour être statué à son égard sur le délit résultant des propos 
contre-révolutionnaires par lui tenus ; 

« Ordonne en outre que le présent Jugement sera exécuté sans re¬ 
cours au tribunal de cassation, conformément à la loi du 27 brumaire 
dernier, et qu’il sera à la diligence de l’accusateur public imprimé 
jusqu'à concurrence de trois cents exemplaires et affiché dans toute 
l'étendue du département. 

« Fait, Jugé et prononcé les jour et an susdits (4 prairial an II), à 
l'audience publique du tribunal, à laquelle siégeaient les républicains 
Marien Meillet, président, Joseph Piron, Sébastien Cornât et Antoine- 
Ignace Audiat, juges dudit tribunal, qui ont signé la minute du pré¬ 
sent jugement avec le greffier Boussac. » 

François Chabral était donc condamné à mort. L’instruction de 
son procès avait été menée rapidement, trop rapidement même, 
puisque le tribunal se borna à entendre les accusés et quelques témoins 
& charge ; aucun témoin à décharge ne fut cité à la requête des pré¬ 
venus ; nul défenseur ne prit la parole en leur faveur. C’est ainsi. 


Digitized by LaOOQle 



FRANÇOIS CHABRAL 


375 


qu’à cette époque, au nom de la liberté, on traitait de pauvres prêtres 
coupables seulement d’avoir exercé leur paisible ministère en faveur 
de leurs ouailles restées fidèles à leur religion. Il faut remarquer ce¬ 
pendant, avec le docteur Cornlllon (1), « que ce reproche atteint le 
législateur et non le juge. Chargé d'appliquer la loi, le tribunal n’avait 
pas à l’interpréter. Du moment que le fait était reconnu constant, il 
ne lui restait plus qu'à rédiger la sentence ».Sans doute, mais, si Au- 
diat et Sayet n'avaient pas mis tant d'ardeiir et de hâte à leur sinistre 
besogne, il n’est pas douteux que le tribunal n'eût été plus clément. 

Le lendemain, 5 prairial, François Chabral paya de sa tète les 
quelques mois de ministère sacerdotal qu'il accomplit dans le bois de 
la Suave : il fut exécuté place Brutus (aujourd’hui place d’Allier). 

Que devinrent les autres condamnés ? Quelque temps après la réac¬ 
tion de thermidor, le 14 septembre 1794, le tribunal révolutionnaire 
de Paris acquittait et mettait en liberté un officier de santé du nom 
d’Etienne Pillot ; c’était vraisemblablement notre Gilbert Pilaud. Ga¬ 
briel Feilder mourut, à 56 ans, dans la prison de Moulins, le 6 bru¬ 
maire an III (27 octobre 1794) (2). Les autres retournèrent en leur 
pays, après l'accomplissement de leur peine. 

On pourrait croire l’affaire Chabral terminée : ce serait mal con¬ 
naître l’esprit et les coutumes de l’époque de la Terreur. 

Le 21 thermidor suivant, Christophe Sayet expose au tribunal cri¬ 
minel que o parmi les effets qu'avait Chabral, lors de son arresta¬ 
tion, se trouvent : 1* un petit discours manuscrit prononcé par ledit 
Chabral lorsqu’il a rétracté son serment civique ; 2* un règlement im¬ 
primé du ci-devant archevêque de Bourges pour des prières pendant 
la tenue des Etats généraux La première pièce n'offre, comme on 
s'en doute bien, que des principes contre-révolutionnaires. Quant à la 
seconde, elle n'est bonne qu'à réveiller le fanatisme, l'un des plus 
cruels ennemis de notre révolution. De tels écrits ne doivent pas 
souiller plus longtemps le greffe du tribunal ; il faut, au contraire, 
livrer aux flammes ces infâmes et inutiles productions, qui ne doivent 
le jour qu’à la plus puante (sic) aristocratie. En conséquence, l’accu¬ 
sateur public réclame qu'il soit par le tribunal ordonné que le dis¬ 
cours de rétractation au serment et le règlement susmentionnés soient 
brûlés par l’exécuteur des jugements criminels, en présence du gref¬ 
fier du tribunal qui en dressera acte ». 

Le tribunal criminel s'empressa de faire droit au réquisitoire de 


( 1 ) Le Bourbonnais sous la Rtvolution, III, 175 . 

( 2 ) Louis Audiat, La Terreur en Bourbonnais, II, 65 . 


Digitized by LaOOQle 


376 


SOCIÉTÉ D’ÉMULATION DU BOURBONNAIS 


Sayet et, gravement, le greffier Boussac lacéra et brûla les deux 
pièces, sur la place Brutus, le 25 thermidor. 

La tète de Chabral était tombée, ses papiers étaient brûlés : la révo 
lulion ne courait plus aucun danger ! 

Conclusion 

Quelques réflexions pour en finir avec François Chabral. Nous 
avons déjà suffisamment expliqué que son serment prêté à Tronget. 
et dont nous ne connaissons pas même les termes, n’enlève rien à 
son orthodoxie ni à son courage ; il le rétracta, du reste, au bout de 
peu de temps. 

11 n’en est pas de même de ses réponses ambiguës au tribunal cri¬ 
minel de Moulins. 11 faut l'avouer, on aimerait trouver chez lui plus 
de courage et de fermeté, puisqu’aussi bien il n'avait alors plus rien 
à perdre. Mais il ne faut pas oublier qu'il n'était pas seul en jeu : à 
la sienne était liée la cause de ceux qui lui avaient donné asile et 
porté secours, et une trop grande franchise de sa part aurait pu coûter 
cher à ceux qu'on appelait ses « complices ». On peut donc supposer 
vraisemblablement que c’est par un sentiment de charité sacerdotale 
qu’il chercha à atténuer la gravité de son cas. 

Quoi qu’il en soit, il n'en reste pas moins vrai que François Chabral 
eut le courage de demeurer au milieu des fidèles de Sauvagny et des 
environs et de leur continuer les secours de la religion. Comme tant 
d’autres, il eût pu s'expatrier, ou encore abandonner momentanément 
le ministère, en attendant des jours meilleurs : il préféra rester prêtre 
en exercice, et par là même exposer sa vie. Au jour de son ordina¬ 
tion, il s’attendait assurément à mener une vie humble et Ignorée 
dans une paisible cure du diocèse de Clermont : l'avenir lui réservait 
au contraire la glorieuse palme du martyre sur la place Brutus de 
Moulins. 

Abbé G. Audin. 






La Bataille de Mazengo 

D'H PRÈS U fi Témoifl BOURBONNAIS 


D epuis quelques années, il a été publié un grand nombre de 
mémoires sur la Révolution et le premier Empire, grâce aux¬ 
quels l’histoire de cette époque se dessine de mieux en mieux. 
Notre confrère Orsel conserve pieusement un certain nombre de 
lettres de son arrière-grand-père Gilbert Rué des Sagets, officier à 
l'armée d’Italie. Il a bien voulu nous autoriser à publier l’une de ces 
lettres, écrite au lendemain de Marengo. 

Gilbert Rué, fils de noble Charles Rué des Sagets, conseiller du roi, 
et de dame Ravier de la Mollière, naquit à Roanne en 1775 et fit ses 
études au collège d’Autun. On sait que Joseph et Napoléon Bona¬ 
parte furent élèves de ce collège en 1778, mais la différence d’âge 
semble s’opposer à ce que Rué ait pu Jouer aux billes ou aux échecs, 
ses jeux préférés, avec le futur empereur. 

La période sanglante de la Révolution, la Terreur, était finie, 
l’épopée militaire commençait lorsqu’à la suite d’une intrigue amou¬ 
reuse, Rué s’engagea comme volontaire au 1" hussards (ci-devant 
hussards de Bercheny). Après avoir combattu à l'armée du Rhin, puis 
en Italie, il se retira avec le grade de capitaine en 1802 et alla se fixer 
à Semur en Brionnais où, pendant la période des Cent-Jours, en 1815, 
il accepta l’écharpe de maire. Ici se place l'épisode tragique suivante. 

Après le désastre de Waterloo, l’armée de Lyon, commandée par le 
maréchal Suchet, duc d’Albufera, refusa de reprendre la cocarde 
blanche et voulut aider les ouvriers lyonnais à s’opposer à l’occupa¬ 
tion de leur ville par les Autrichiens de Bubna, les fidèles alliés du 
roi. Cette armée, forte d'environ seize mille hommes, était composée 
de gardes nationaux mobilisés des départements du Rhône, de la 
Loire et du Puy-de-Dôme, des dépôts des 14', 42° et 52' de ligne, d’un 
bataillon delà jeune garde, d’un bataillon d’anciens officiers en demi- 
solde, de deux escadrons de dragons et de canonniers de la marine- 


Digitized by LaOOQle 




378 


SOCIÉTÉ D'ÉMULATION DU BOURBONNAIS 


Le 17 juillet, les généraux et les deux préfets Pons (bonapartiste) et le 
comte de Chabrol (royaliste) signèrent avec les Autrichiens une capi¬ 
tulation aux termes de laquelle les gardes mobilisés et les corps francs 
étaient licenciés, les troupes régulières devaient se retirer au delà de 
l’Ailier ; mais à peine sorties de la ville, ces troupes, accusant leurs 
officiers généraux de trahison, se mutinèrent au cri de « Vive Napo¬ 
léon II » et se répandirent dans tout le Forez où, ne recevant ni solde 
ni vivres, elles vécurent d'aumônes ; on les appela les Brigands de 
la Loire (1). Vers le 25 Juillet, elles envahirent Montbrison et Roanne, 
forçant partout les municipalités à arborer le drapeau tricolore : on 
envoya contre elles une armée austro-sarde sous les ordres d’un gé¬ 
néral au nom bien français, le général autrichien Latour (2). Une 
nuit, on vint prévenir le maire de Semur que des dragons de La¬ 
tour avaient envahi le château de Saint-Martin-de-la-Vallée, appar¬ 
tenant au baron de Semur (3). Aussitôt Rué des Sagets court à la mai¬ 
rie, prend le lambourde ville, réveille son voisin Semet, ancien trom¬ 
pette, et les voilà tous les deux l’un battant, l’autre sonnant la charge 
sur le chemin de Saint-Martin ; les dragons, se croyant en présence 
de toute une armée, prirent la fuite et l'on retrouva M. le baron et 
et M" la baronne sains et saufs. Mais quelques heures plus tard, les 
Autrichiens envahirent le château des Sagets (commune d'Artaix) et 
assommèrent à coups de crosse de fusil Charles des Sagets, le père 
de notre hussard de Marengo, qu'ils trouvèrent à déjeuner, l'accusant 
d'avoir pactisé avec les brigands de la Loire. 

Gilbert Rué des Sagets mourut à Semur en Brionnais le 1" août 
1835. G. M. 


« Au citoyen Rué Dessagets, propriétaire aux Sagets, département de 
Saône-et-Loire, par Marcigny-sur-Loire. 

« Romano, le 14 thermidor an VIII. 

« Mon cher Père, 

« Je suis enfin satisfait puisque j'ai de vos nouvelles. Mon impa- 

(1) J’ai connu de vieux médaillés de Sainte-Hélène qui se faisaient un titre 
de gloire de pouvoir dire : « J'étais des Brigands de ta Loire. » 

(2) Cette armée austro-sarde, sous le commandement du général Latour, 
avait occupé Grenoble le 7 juillet après un combat où elle perdit 500 hommes. 

(3) Jean Dupuy, écuyer, seigneur de Saint-Martin, acquit en 1693 de Jean 
de Vigot l'engagement à la baronnie de Semur et depuis ses descendants se 
qualifièrent barons de Semur (Courtépée, t. IV, p, t83). 


Digitized by 


Google. 



MARENGO 


379 


tience était à son comble et Je ne savais qu'augurer d’un silence de 
trois mois. 

a Je ne doutais pas que ma présence à la bataille de Marengo ne 
vous fit plaisir. Ce sera une des époques les plus belles de ma vie et 
cette journée sera à Jamais présente à ma mémoire. 

a Je m’applaudis d'avoir pu suivre Buonaparte dans la plupart de 
ses actions et d'avoir pu admirer ce grand homme. Je ne crois pas 
que dans toute l’armée il y ait personne qui ait pris plus de soin que 
moi de se trouver à portée de comparer si sa conduite se rapportait à 
ce que l’on disait de lui. Partout j'ai vu un homme extraordinaire, vif 
dans l’action, prompt dans l'exécution, embrassant d'un coup d'œil 
les fautes de son ennemi, sachant en profiter sur-le-champ et donnant 
ses ordres au milieu d'un tumulte et d'une confusion où personne ne 
s'y reconnaissait que lui. 

« Au moment de la déroute qui eut lieu sur nos derrières, Buona¬ 
parte arrivait avec le dernier corps de réserve. Il aperçoit une com¬ 
pagnie de grenadiers qui se retirait. « Et vous aussi, grenadiers, vous 
« abandonnez le poste de l’honneur ! Qu'on me remarque le numéro 
a de cette demi-brigade et qu'on retienne les noms des officiers. J’ap- 
« pelle les plus braves à mol... » Pas un n’est resté en arrière, tous 
l'ont suivi au pas de charge et se sont ralliés à lui. 

a Deshaies, le brave général à qui l'on doit en partie le gain de la 
bataille, venait d'être tué et Buonaparte, à cette nouvelle, dit : « Que 
« ne m'est-il permis de pleurer ! » 

o II s’avance en même temps comme pour effacer par sa présence 
l'impression que la perte de Deshaies avait pu faire sur le soldat. 
A peine était-il arrivé au milieu de la première ligne qu’un boulet 
emporta deux Jambes au cheval de son premier aide de camp qui 
était à ses côtés. Toute sa garde cria spontanément : « Retirez-vous, 
« premier consul ! ce n’est pas ici votre place !» — « Non, mes amis, 
« dit-il, la victoire n’est pas encore de notre côté et j’ai besoin d'être 
« ici encore quelques minutes. » — « Non, retirez-vous ; nous gagne- 
« rons la bataille, soyez-en sûr ! » Il céda aux sollicitations de la 
troupe et des officiers supérieurs qui l'entouraiënt, se retira sur la 
deuxième ligne d'où il fit porter ses ordres dans les premiers rangs si 
à propos que l’ennemi, culbuté, fut acculé sur la Bormida en moins 
d’une heure. 

« Le soir, en parlant de Deshaies, il dit : « Il vaudrait mieux pour 
« la République qu’elle eût perdu 10.000 hommes de plus ; cet homme 
« est trop difficile à remplacer. » On dit que s’il eût survécu à cette 
affaire, il aurait été nommé, à la place de Masséna, général en chef. 


Digitized by LaOOQle 




380 


SOCIÉTÉ D’ÉMULATION DU BOURBONNAIS 


« Comme il était porté par quatre grenadiers qui le plaignaient tout 
haut : « Parlez bas, mes amis, disait-il, prenez garde à décourager les 
« soldats. Dites au premier consul, en s’adressant à son aide de camp 
« qui l'accompagnait, que tout mon regret est de n’avoir pas assez 
« fait pour passer à la postérité. » Et il expira. 

« Je ne sais quel intérêt il m’avait inspiré, mais sa mort m’a réelle¬ 
ment alïecté. 

« Quelques jours avant la bataille, il était près du consul, sur le 
chemin de Tortonne, où la troupe sous les armes attendait les clefs 
de la ville. Selon ma coutume, Je m’étais approché du cercle des gé¬ 
néraux, de manière à tout voir et tout entendre. Deshaies, Buona- 
parte, Murat et Berthier étaient d’abord seuls, les trois derniers cou¬ 
chés sur l’herbe et le premier debout. Celui-ci était en simple lévite 
bleue, avec un chapeau sans galon et un sabre en sautoir suspendu 
par un cordon de soie, il avait une cravache à la main. De bonne foi, 
je le prenais pour quelque garde-magasin principal et Je me rappelle 
que je réfléchissais à la raison qui pouvait lui procurer l’honneur de 
se trouver en si bonne compagnie, lorsque les généraux Victor, Gar- 
danne et Kellermann fils arrivèrent auprès du consul et, comme par 
un mouvement de surprise, se tournèrent du côté du particulier vêtu 
en bourgeois, le saluèrent respectueusement et s’empressèrent, en se 
rangeant auprès de lui, de lui demander de ses nouvelles et de le féli¬ 
citer de son retour. Je demande quel est cet homme et on me répond 
que c’est le général Deshaies dont j’ai si souvent entendu parler. Il 
ne portait jamais la décoration de son grade et on le voyait toujours 
sous l’extérieur le plus simple. Sa physionomie annonçait un homme 
bon, réfléchi et qui paraissait avoir quelque chagrin. Au moins, il 
m’a paru tel les deux fois que je l’ai examiné. 

« Nous avons quitté Bergame pour venir à Romano, petit bourg qui 
nous sert de cantonnement. Je suis toujours indisposé comme à Paris. 
Tout le bataillon a une espèce de dysenterie qui rend tous les soldats 
presque hors d’état de faire leur service. 

« Ce pauvre Simon est encore plus malade qu’un autre. Il se plaint 
souvent à moi de son sort et il voudrait bien changer son sabre contre 
une bêche ou une pioche du Bourbonnais. 

« Je vous remercie des deux louis que vous me faites passer. La 
poste est bien établie en ce moment et les mesures sont prises pour 
assurer dans les divisions le transport de l’argent. Ainsi, si vous pou¬ 
vez me faire passer encore quatre louis, Je pourrai subvenir à mes be¬ 
soins et payer ce que je dois. 11 me faut rieu moins que cette somme 
pour me remettre dans mes affaires un peu délabrées en ce moment 


Digitized by LaOOQle 




MARENGO 


381 


et qu’il ne tient qu’à vous que je rétablisse en me faisant toucher 
96 francs de plus. 

« Je vous écrirai avec d’autant plus de plaisir tous les trois ou quatre 
jours que ce m’est une preuve de votre amitié et de l’intérêt que vous 
mettez à recevoir des nouvelles d'un fils absent depuis si longtemps. 

« Mandez-moi ce qui s'est passé en France et les nouvelles de la 
capitale. Rien ne pénètre ici et je me perds en conjectures. Un prêtre 
m’a montré un dialogue en italien dans lequel le prince Charles s’en¬ 
tretient de la paix avec Buonaparte, mais je regarde cet écrit fait à 
plaisir. 

« Je suis, mon cher père, votre fils très respectueux et soumis. 

« Rué des Sagets, 

« Au2' bataillon de la 10V demi-brigade l u dicision 
de l'aile gauche , à l'armée d'Italie. » 



Digitized by LaOOQle 



Quelques Ex-lris intéressant le Bourbonnais 



Cet ex-libris typographique est celui de Claude-Antoine Thonier 
de V illiers de Montbillon ( I ), üls de G il bert, s'de Villiers, et de Marie- 
Jeanne Foucault. Il naquit à Beaucotray, paroisse de Rodes, le 23 mal 
1767. Officier de santé à Salnt-Sornin, il mourut le 1" lévrier 1854. Il 
avait épousé à Montmarault. le 17 nivôse an III (6 Janvier 1795), Marie- 
Anne Michelon, fille de Gilbert, député de l'Assemblée nationale, et 
de Marguerite Guy. 

De son mariage, il n’eut qu’une fille unique, Eugénie, qui épousa 
Charles-Eloi Desmercières, conservateur des forêts, et mourut à 
Moulins, en 1886, âgée de 89 ans. 

(Collection M. Dénier.) 

M. D. 

(1) Ainsi dénommé dans un acte de parrainage du 31 mars 1788 à Saint- 
Sornin. (Archives de i'Allier, E. suppl.556.) 


• « « 


Digitized by 


Google 






QUELQUES EX-LIBRIS BOURBONNAIS 


383 



François Joseph Ménage de Mondésir, écuyer, secrétaire du roi, 
seigneur de la Chapelle-sous-Creux en Brie, originaire du Maine, 
épousa en secondes noces une Bourbonnaise, Ellsabeth-Aimée Revan- 
ger, fille de Nicolas-Joseph Revanger de Bompré et d’Henriette Héron. 
Le 22 mai 1751, il se rendit acquéreur du château de Bressolles ; 
en 1754, il fut parrain d'une cloche de l’église et, l’année suivante, il 
fit bénir la chapelle Sainte-Catherine, particulièrement affectée aux 
seigneurs de la baronnie de Bressolles. 

En 1748, sa fille du premier lit, Anne-Gabrielle-Flore, née en 1729, 
épousa Charles-Simon Millet, receveur général des finances de la 
généralité de Moulins, fils de Charles-François, aussi receveur géné¬ 
ral des finances du Bourbonnais, et de Anne Le Tixier de Menetou. 

François-Ioseph Ménage, baron de Bressolles, mourut en 1783, lais¬ 
sant de son second lit un fils, François-Camille, lieutenant aux dra¬ 
gons de Contl. 

Ménage de Mondésir porte : d'azur au chevron d'or, accompagné en 
chef de deux croissants d'argent et en pointe d'une tour du second 
émail. 

(Collection M. Dénier.) M. D. 


O <4 « 


Digitized by LaOOQle 


884 


SOCIÉTÉ D’ÉMULATION DU BOURBONNAIS 



Charles-Philippe-Albert de Bure, descendant d’une vieille famille 
de libraires parisiens, naquit à Paris, le 25 Juin 1822, de Paul-Marie- 
Guillaume et d’Eléonore Lestourgie. Il fut le premier de son nom qui 
vint s’établir à Moulins, à la suite de son envoi comme conseiller de 
préfecture en 1850. Le charme du pays le conquit, il donna sa démis¬ 
sion en 1853 et s’installa définitivement dans notre province. Il fut 
successivement adjoint au maire de Moulins, conservateur de la bi¬ 
bliothèque municipale jusqu’en 1877, membre de la commission des 
hospices, président de la Société d’Emulation du Bourbonnais. 

Il mourut à Moulins le 27 décembre 1904. 

11 avait épousé à Paris, en 1845, Virginie Bellaigue, dont il eut deux 
enfants. 

De Bure porte : d'azur à trois fasces d'argent. 

(Collection M. Dénier.) 

M. D. 


© © © 


Digitized by LaOOQle 
























QUELQUES EX-LIBRIS BOURBONNAIS 


385 



Cet ex-libris (d'après un ancien cuivre) est actuellement employé 
par notre confrère Georges Pégat pour sa riche bibliothèque du ch⬠
teau de la Croix de-l’Orme (commune de Billy). 

Notre confrère est devenu bourbonnais par suite de son mariage 
avec M"* Adeline de La Rochette. La famille Pégat ou de Pégat, ori¬ 
ginaire de Montignac en Bas-Languedoc, fut 3noblie en 1655 en la 
personne de Jacques de Pégat (1) et depuis a donné de nombreux 
magistrats ou officiers de finances. Elle figure sur l'A rmorial de Riets- 
tap (tome II) et l’on compte un Pégat sur la liste des consuls de Mont¬ 
pellier. 

Le père de M. G. Pégat, décédé en 1879, fut président à la Cour 
d’appel de Montpellier et notre confrère, magistrat lui-môme, démis¬ 
sionna en 1880. 

Les Pégat portent : d'or à la fasce de gueules chargée de trois mo¬ 
lettes de sable et accompagnée de trois aigles éployées de même, deux en 
chef et un en pointe. L'écu, soutenu par deux Pégases, est timbré 
d'une couronne de comte. 

(Collection M. Dénier.) 

G. M. 

(1) Archives de l'Hérault. 

• « O 


Digitized by ^.ooQle 









BIBBIOa-BAPHIB 


F. Claudon, conservateur des archives de la Côte-d’Or. — Notice 
sur les archives de la Côte-d'Or. Dijon, 1911, in-8°, 134 p. et 
5 planches. 

Les archives de la Côte-d’Or comptent parmi les plus riches de 
France et aussi les mieux ordonnées. Notre confrère M. Claudon, an¬ 
cien archiviste de l’Ailier, vient d’en écrire l’histoire avec le soin mi¬ 
nutieux dont il est coutumier. On trouvera dans son travail, non seu¬ 
lement des détails particuliers sur les archives de la Bourgogne, 
mais encore bien des renseignements sur l’histoire des archives en 
général. Et on y verra qu’à Dijon comme ailleurs le dépôt eut à souf¬ 
frir de l'indifférence des pouvoirs publics et du pillage dévergondé 
que des intéressés pleins de zèle lui firent subir pendant toute la pre¬ 
mière partie du xix* siècle : cette ère est close, fort heureusement. 

P. F. 

Dulac (lieutenant-colonel). — Les levées départementales 
dans l’Ailier sous la Révolution (1791 1790)... Tome //.Valeur 
morale des volontaires ; correspondances et états de ser¬ 
vices. — Paris, Plon-Nourrit et C ie , 1911, in-8“, 518 p., portraits. 

Voici, en quelque sorte, les pièces Justificatives de l'étude du lieu¬ 
tenant-colonel Dulac dont le premier volume a été sommairement 
analysé dans le Bulletin du mois de mai 1911. L’auteur donne, 
dans ce tome second, les états de services des olflciers, des sous-offi¬ 
ciers et des caporaux de volontaires par bataillon, et des réquisition- 
naires. Il y ajoute des extraits, plus ou moins copieux, mais tous très 
attachants par le parfum de sincérité qui s'en dégage, des correspon¬ 
dances dont il a pu avoir connaissance. Du tout, il a su dégager, 
dans un chapitre de début, une impression personnelle sur la valeur 
de ces bataillons : « A part quelques exceptions, dont il n'y a pas lieu 
de s'étonner chez une jeune troupe, nous pouvons affirmer que les 
volontaires de l'Ailier sont bons ; ils sont bons parce que leurs chefs 
sont dignes de les commander. » La composition du corps d’officiers 
de l'Ailier est incontestablement remarquable ; « leurs états de ser- 


Digitized by 


Google 




BIBLIOGRAPHIE 


387 


vices et leurs correspondances en sont l'irrécusable preuve ». On sait 
que la nomination des officiers appartenait aux volontaires ; il ne 
semble pas que l'on doive se plaindre des résultats donnés par ce 
système, pour dangereux qu'il paraisse en des circonstances ordi¬ 
naires. Sur un total de 198 ofAciers, 46 avaient servi sous l'ancien ré¬ 
gime, dont 10 comme ofûciers ; 7 furent tués à l'ennemi, 7 autres 
moururent de leurs blessures, 18 moururent aux armées et 62 y furent 
blessés ; 2 eurent leurs chevaux tués sous eux ; 13 servirent encore 
sous la Restauration et 2 sous la monarchie de juillet. Le lieutenant- 
colonel Dulac donne également un tableau résumant les états de ser¬ 
vices des sous-officiers et un tableau des états de services de la 
troupe. 

A vrai dire, aucun volontaire de l’Ailier ne devint un grand homme 
de guerre, mais plusieurs officiers réussirent aisément à gravir les 
échelons supérieurs de la hiérarchie militaire. Jean Rabusson, fils 
d’un boucher de Gannat, volontaire au 2’ bataillon en mai 1793, est 
lieutenant en 1804 seulement, mais capitaine en 1807, chef d'escadrons 
en 1811, colonel en mal 1815, maréchal de camp en 1826, commandant 
une brigade de cavalerie en 1831 ; il meurt à la retraite en 1848, avec 
73 ans et 11 mois de services, campagnes comprises, ayant reçu vingt- 
deux blessures, dont dix-sept sur le champ de bataille d'Eylau : 
Larrey, dans ses Mémoires, dit comment, au sortir des rangs de 
l’infanterie russe, il put le sauver de la mort en suturant les 
plaies qu’il portait à la tète et qui rendaient son aspect « effrayant ». 
Gilbert-Joseph Tortel, Als d'un tanneur de Moulins, ancien soldat 
sous Louis XVI, prit sa retraite en 1815 comme adjudant-comman¬ 
dant. Claude-Joseph Jabin, de Montluçon, servit depuis 1792 au 
2* bataillon, passa en 1805 au service de l’Italie et fut admis à la re¬ 
traite en 1823, comme lieutenant-colonel, après être rentré en 1814 au 
service de la France ; il avait reçu deux blessures, dont un coup de 
sabre à la tète et un coup de feu à la hanche droite. Etc. 

Le lieutenant colonel Dulac suit aussi les volontaires originaires de 
l'Ailier qui passèrent dans d'autres formations elles soldats de l'Ai¬ 
lier qui furent incorporés dans les demi-brigades, comme le comman¬ 
dant Place, mort en 1842. 

D’après ces notes trop brèves, on voit que l'auteur a rempli avec 
une conscience dont on ne saurait trop le louer le cadre qu’il s’éfait 
formé. L'étude de détail sur les volontaires de l'Ailier n'est plus à faire ; 
c'est avec une satisfaction, hélas ! trop rare, qu’on achève la lecture de 
cet excellent travail, définitif. 

P. F. 


Digitized by LaOOQle 



388 


SOCIÉTÉ D’ÉMULATION DU BOURBONNAIS 


Notre confrère M. Flament, archiviste de l’Ailier, vient de faire 
paraître une plaquette à la librairie Grégoire dans la collection des 
Curiosités bourbonnaises et qui contient des Lettres inédites de 
Pascal-Antoine Grimaud, vicaire épiscopal du département de 
l'Ailier, membre do la Commission temporaire de Lyon (décembre 1793- 
mai 1794). 

Disposées dans l'ordre chronologique, accompagnées seulement 
des notes indispensables à l’intelligence du texte et précédées d’une 
lumineuse et substantielle préface, ces lettres sont « des documents 
relativement rares » et d’une sincérité incontestable. Aussi consti¬ 
tuent-elles une précieuse contribution à l'histoire de la Révolution 
en province, ainsi qu’à la psychologie des agents de la Convention 
dans les départements. 

P. J. 


CHRONIQUE 


Le ministre de l'instruction publique vient de classer au nombre 
des monuments historiques plusieurs objets mobiliers, au nombre 
desquels : à Souvigny, dans l’église, la Pieta en pierre peinte du 
xvr siècle, un pied de cierge pascal en bois de Tépoque Louis XVI ; 
à Moulins, au Sacré-Cœur, la Pieta en bois polychromé du xvi' siècle, 
et, à la cathédrale, plusieurs panneaux, toiles et sculptures énumérés 
dans l’arrêté du 30 septembre dernier. 


Le Gérant : P. FLAMENT. 


Moulins. — lmp. Etienne Auclairb. 


Digitized by LaOOQle 


PROCÈS-VERBAL 


SÉANCE DU 4 DÉCEMBRE 1911 


Présidence de M. Morand 

r 

E taient présents : MM. le chanoine Berthoumieu, Besson, 
le docteur Chopard, le chanoine Clément, Delaigue, Dénier, 
Flament, L. Grégoire, I.eutrat, Linglin, Milcent et Pays. 
— Excusés : MM. R. Chabot et Joly. 

— Après lecture et approbation du procès-verbal de la dernière 
séance, le Président procède au dépouillement de la correspondance. 
Lettres : deM. Charles Delagrave relative à la publication des Guides 
artistiques et littéraires des pays de France ; — de M. C. Lassalle, de 
Toulouse, relative à la publication de \' Album de paléographie et de 
diplomatique ; — de M. Laude, bibliothécaire municipal de la ville 
de Clermont, annonçant la prochaine réalisation de notre projet de 
publication de VArmorial de Guillaume Revel et demandant à notre 
Société de vouloir bien lui accorder son patronage. La Société charge 
son président de transmettre à M. Laude son acceptation en même 
temps que ses vifs remerciements ; — bulletin de souscription à un 
ouvrage de M. Portallier ; Tableau général des victimes et martyrs de 
la Révolution en Lyonnais , Forez et Beaujolais. 

— Le Secrétaire donne ensuite lecture d’une lettre de M. Jules 
Roy, professeur à l'Ecole des Chartes, remerciant la Société de lui 
avoir décerné le titre de membre d’honneur : 

« La Société m’ayant consacré bourbonnais, j'ai été flatté de cette 
distinction, je lui dois un vif remerciement et je vous prie de le lui 
offrir de ma part. Je mets au nombre des heureux événements de ma 
vie les circonstances qui m'ont conduit dans votre province et m’ont 
mis en contact avec votre Société, qui se recrute, à son grand hon¬ 
neur, dans une élite solide et rélléchie, laborieuse et loyale. Elle con¬ 
serve les traditions des corps savants avec une jalouse attention ; elle 
a soin d'écarter l’élément corrosif qui tend à dissoudre les agréga¬ 
tions humaines et elle forme un terrain neutre, une sorte de champ 

25 


Digitized by LrOOQle 


390 


SOCIÉTÉ D'ÉMULATION DU BOURBONNAIS 


d'asile ouvert aux opinions honnêtes de toutes les nuances, où l’har¬ 
monie se maintient par des concessions mutuelles sans lesquelles un 
corps scientifique ne saurait subsister. Ce sont les qualités que j'aime. 
Messieurs et chers Confrères, et parce que je les aime, il me semble 
que le jour où vous voulez bien me conférer un honneur envié, l'idéal 
qui n’a été longtemps pour moi qu'un eilet d'imagination est converti 
par vos sufïrages en une réalité. Je vous en suis plus obligé que je ne 
saurais dire et, pour commencer à vous témoigner ma reconnais¬ 
sance. je fais tous les vœux de bonheur pour la petite patrie que vous 
honorez si noblement, ainsi que tous les souhaits de longue vie pour 
la Société qui en est l'expression la plus sincère et la plus élevée. » 

— Ouvrages offerts. - De M. Henri Poincaré : Les Sciences et les 
Humanités; — de M. Jacques Madeleine : Les Stances, de Jean de Lin- 
gendes ; — de M. Frédéric Maigret : Les proches parents de Henri 
de Di/nant. La Société adresse ses remerciements aux donateurs. 

— Le Président fait ensuite le compte rendu des publications re¬ 
çues : 

« Dans les Annales de la Loire, à citer la relation d’une excursion 
à Charlieu. bien faite pour nous inciter à diriger un jour nos pas vers 
cette jolie ville si pleine de beaux restes des siècles passés. 

« Les Antiquaires de Picardie, en outre de leur Bulletin, nous ont 
adressé un magnifique album : Les Chants royaux et les Tableaux de 
ta confrérie de Kotrc-Damc u'Amiens, qui renferme 48 photogravures 
de ces tableaux des xv' et xvi' siècles, d’après le manuscrit conservé 
ft la Bibliothèque nationale. A noter spécialement pour nous, bour¬ 
bonnais, la première planche de dédicace qui n’est autre que le por¬ 
trait de Louise de Savoie.notre dernière duchesse de Bourbonnais, à 
qui fut offert le manuscrit. Peul être devrions-nous demander l’auto- 
risaiionà qui de droit de faire reproduire cette planche pour notre 
Bulletin. » 

— M. le docteur Chopard donne lecture d’un travail sur des décou¬ 
vertes gallo-romaines faites à Vichy et spécialement sur une statuette 
de pierre représentant le dieu Taranus (le dieu au maillet), dont il 
fait circuler d'excellentes photographies, ainsi qu'un petit bronze de 
sa collection représentant lui aussi le dieu au maillet (1). Notre 
confrère termine en nous entretenant d'une tombe arabe trouvée 
dans la rue Callou, à Vichy. (Ce travail est renvoyé au conseil 
d'administration.) M. le docteur Chopard donne, en outre, une cu¬ 
rieuse description d’une tapisserie allégorique vendue cet été par un 
antiquaire vichyssoîs. 

— Sur la proposition de M. l'abbé Clément, l’assemblée décide de 
maintenir dans sa rigueur l'article 10 du règlement intérieur et la tra¬ 
dition de notre Compagnie et, à l'instar des autres sociétés, de ne con¬ 
sacrer un article spécial de bibliographie qu'aux ouvrages offerts ; on 
réservera seulement la mention, dans le compte-rendu ordinaire des 

(I) Notre confrère. M. Bertrand, a lu. à la séance de la Société du 2 juin 
19(>8, une intéressante notice relative à ce « dieu au maillet ». 


Digitized by 


Google 




PROCÈS-VERBAL 


391 


séances et à titre de communication habituelle, aux ouvrages qui 
pourraient offrir un intérêt littéraire, artistique ou scientifique. 

Notre confrère fait ensuite passer sous les yeux des membres di¬ 
verses photographies de Pieta qui décorent l’une la face orientale du 
clocher de l'église Saint-Pierre de Moulins, l'autre une maison qui 
fait le coin des rues du Rivage et Jean-Bart. La première lui parait 
surtout intéressante parce qu’elle est datée de 1663 et offre le type 
des Pieta de la fin du xv' siècle ; la seconde est une des belles œuvres 
d’art provincial du milieu du xvii' siècle. M. l'abbé Clément montre 
une photographie prise par noire confrère, M. Verdeau, du beau 
Sépulcre ( ou Mise au Tombeau t de la cathédrale de Moulins. Cetle re¬ 
production d’une œuvre remarquable du xvr siècle est destinée à une 
étude que prépare le docteur Paul Richet, membre de l’Académie de 
Médecine et de celle des Beaux-Arts, ancien élève du pensionnat 
Saint-Joseph de Montluçon. 

Enfin, M. l’abbé Clément ajoute qu’il a reçu de M*' la marquise 
des Ligneris une demande de rectification à la notice qui accompa¬ 
gnait l’ex-libris des Ligneris dans le numéro d’octobre dernier : 

« M“' Anne-Laurence d’Orignv ne portait pas le prénom de Julienne ; 
au lieu de Vaisenon, il faut lire Vaux le-Pény ; enfin, M*' des Ligne¬ 
ris déclare n’être pas propriétaire du château de Bressolles. » 

— M. Delaigue propose de reprendre pour l’excursion de 1912 un 
projet qu’il n’avait pas pu soutenir cette année et qui comporte la 
visite de Toury, Belleperche, Bagneux, Villeneuve, Baleine et 
Avrilly. Le Président prie notre confrère de vouloir bien étudier cet 
intéressant projet, qui sera soumis à l’assemblée au mois de Janvier, 
en même temps que les différents autres qui pourraient être pré¬ 
sentés. 

— A propos de l’excursion et sur demande de M. Milcent, la Société 
décide que chaque monument visité au cours de notre pérégrination 
annuelle sera l’objet d’une description et d’une courte causerie sur les 
lieux mêmes et le jour de notre visite. 

— Sont élus membres titulaires : MM. l’abbé Louis FonESTiER, 
Alfred Hackspill, docteur Paul Roy et Gaëtan-Marcel Sanvoisin. 

— Est présenté comme membre titulaire : M. André Joyeux de Lan¬ 
çon, professeur de dessin à l’Institution Saint-Gilles, par MM. Jacques 
Pays, Louis Grégoire et par le chanoine J. Clément. 

— L’ordre du jour étant épuisé, la séance est levée à 10 heures. 

M. D. 


Digitized by LaOOQle 


ADDITIONS 


AU 

COMPTE RENDU DE LA XIII e EXCURSION 


ChaugY 

D ans le compte rendu de l'excursion de la Société d'Emula- 
tion. à l’article « Sainl-Gérand-le-Puy », page 288, il est ques¬ 
tion de Jacques de Chaugy, qui joua un rôle considérable 
au début des guerres de reiigion, 

Jacques de Chaugy, alias Changy, chevalier, seigneur dudit lieu et 
d’Urbise, appartenait à une famille chevaleresque du Forez. Il 
épousa Françoise de Culant le 25 février 1530, fille de haut et puis¬ 
sant seigneur François de Culant, chevalier, seigneur de Bois-Grenon 
en Berry, et de Pernelle de Blot(l), laquelle l’ernelle, devenue veuve, 
épousa Gilbert, de Chaugy, père de Jacques (La Thaumassière, Hist. 
ilu Berry. — Gén de la maison de Bosredon , par Tardieu). Jacques 
de Chaugy et Françoise de Culant eurent non pas « une fille », mais 
au moins trois filles. 

1* Jeanne, qui épousa par contrat du 8‘décembre 1551, reçu Jacques 
Fauvre, notaire au bailliage de Forez, Gaspard de Mars, écuyer, fils 
de René de Mars, écuyer, seigneur de Rossegnat, Châtelroux, Baleine 
(areh.du vicomte Jurien de la Gravière). 

Jeanne de Chaugy, par son contrat de mariage, renonce à la suc¬ 
cession de ses père et mère en faveur de ses frères et sœurs, moyen¬ 
nant une dot de mille livres tournois. 

Tout le monde sait que les Mars, comme quelques gentilshommes 
bourbonnais, avaient adopté la religion réformée. 

2' Marie, mariée par contrat du 2 septembre 1569 à Antoine Fradel, 

(i) Pernelle de Rlot était fille de Gilbert de Chauvigny de Rlot et de Cathe¬ 
rine Loup de Beauvoir (Les Cliauvigny, par le commandant DU Broc de Se- 
üange). 


Digitized by UaOOQle 






ADDITIONS A L'EXCURSION 


393 


écuyer, fils de Pierre Fradei, écuyer, seigneur de Jarry, et de Mar¬ 
guerite Treille (Bibl. nat., cabinet des Titres, coll. Chérin, vol. 86, 
actuellement fonds français, vol. 31.648. doss. 1740). 

3° Catherine, qui épousa, non en « 1592 », mais en 1572, Charles 
d'Apvrillon, écuyer, fils de Pierre d’Apvrillon, écuyer, seigneur de 
Saint-Bonnet (Aubert de la Faige, Fiefs du Bourbonnais). 


Saulzet 

Les Saulzay, alias Saulzet, seigneurs de Chermont, « ne tirent pas 
leur nom du petit Jlef de Saulsat ou de Sauhaic, situé en la paroisse de 
Saint-Etienne-de-Vicq », ainsi qu’on le dit dans le compte rendu de 
l’excursion de la Société d’Emulation du Bourbonnais, page 308. Ja¬ 
mais ils ne furent possessionnés dans cette région. 

Le premier fief que je leur connais estGravière, paroisse de Saint- 
.Rémy-en-Rollat, où ils touchaient encore des cens en 1611, car, par acte 
du 20 juin de la même année, Claude du Saulzet, écuyer, les vend à 
Thomas d’Apchon, abbé de Saint-Gilbert, prieur de Saint-Germain-des- 
Fossés (arch. de Chermont). M. Tiersonnier et M. l’abbé Peynot incli¬ 
nent à donner aux Saulzet de Chermont, Rax et la Chapelle, la même 
origine qu’aux Saulzet de la Rivière (X' excursion de la Société 
d’Emulation du Bourbonnais, art. Saulzet, p. 132). Je n’en ai pour 
preuve qu’un acte que m’ont communiqué MM Duchon et Gravier du 
Monsseau, où il est dit qu’en 1570 noble Jean des Granges, écuyer, sei¬ 
gneur de Sanssat, fait une vente aux frères du Saulzet de Chermont 
et de la Riciàre. 

Les prénoms sont aussi les mêmes chez les Saulzet de la Rivière et 
chez ceux de Chermont, de Rax et de la Chapelle. 

La filiation donnée dans le compte rendu de l'excursion est abso¬ 
lument controuvée. 

Claude du Saulzet, qui y est qualifié seigneur de Chermont en 1551, 
n’épousa pas Antoinette Corrier, mais Jeanne Morel (arch. de famille ; 
— Aubert de la Faige, Fiejs du Bourbonnais). 

De ce mariage deux fils : 

1° Noël, seigneur des Fontaines, qui épousa Catherine Cornillier 
par contrat passé devant Arnoult, notaire, le 10 septembre 1573, et fut 
l’auteur de la branche de Rax et de la Chapelle, dont MM. de Chaca- 
ton et moi sommes les descendants. 

2* Gaspard, seigneur de Chermont, qui, le 7 avril 1587, acheta la 


Digitized by LrOOQle 


394 


SOCIÉTÉ D'ÉMULATION DU BOURBONNAIS 


seigneurie de Pouantde Pierre d’Epinac, archevêque de Lyon, abbé 
de la Bénissons-Dieu. C'est Gaspard qui épousa Antoinelte Corrier, 
d'une lamille de Cusset. Il n’eut qu’un fils, Claude , qui ne fut jamais 
lieutenant général du roi (?) et qui se maria avec Antoinette Gaudon, 
fille de Jean Gaudon, seigneur de Souye et deFoulet, lieutenant gé¬ 
néral du domaine de Bourbonnais, et de Marguerite de Villaines. 

De ce mariage naquit une seule fille, Antoinette du Saulzet, qui 
épousa par contrat du 26 novembre 1622, reçu Revanglé et Berlié, 
notaires, Jean Guérin, contrôleur général des rentes en la généralité 
de Rouen, fils de noble Jean Guérin, demeurant à Cusset, et de Claude 
Lallemant. C'est ainsi que Chermonl passa aux Guérin (arch. de 
M. Ph. Tlersonnier). 

Antoine du Saulzet, époux de Marie du Buysson, qu’il épousa, non 
en « 1634 », mais en 1650, par contrat passé le 7 février devant Vi- 
gier, notaire, n’est pas le « /Ils de Noël » du Saulzet cité plus haut, 
mais son petit-fils et, par conséquent, il n'appartient pas du tout à la 
branche de Chermont. 

Il était fils d’Emmanuel du Saulzet, seigneur des Fontaines, et de 
Marie Dobeilh Cet Emmanuel hérita de son frère, Jean du Saulzet, 
archiprêtre de Cusset, seigneur des Dupuis, qui, le 22 juin 1621, avait 
acheté la terre de Champblanc et celle de la Chapelle, paroisse de 
Périgny, saisies sur Claude de Champblanc, écuyer (décret de la terre 
de Champblanc, arch. de famille ; — Aubert de la Faige, Fie/s du 
Bourbonnais). Le môme Emmanuel se rendit acquéreur, le 4 août 
1636, de la terre de Rax que lui vendit Sébastienne Degan de la Nes- 
son, veuve de Denis de Chargère, écuyer (mêmes sources). C'est, en 
effet, d’Emmanuel du Saulzet que descendent les Chacaton et les Fra- 
del, parce que les deux dernières héritières des du Saulzet de la Cha¬ 
pelle et de Rax, tilles de Gilbert-Emmanuel du Saulzet, écuyer, et de 
Elisabeth Delageneste, ont épousé, l’alnée. Marie-Antoinette, Gas¬ 
pard de Fradel, chevalier, le 9 septembre 1766, et la seconde, Lau¬ 
rence, Nicolas de Chacaton, président trésorier de France en la géné¬ 
ralité de Riom,le 17 mai 176S (registres paroissiaux de Périgny ; arch. 
de famille, contrats de mariage). 

Les Saulzet portaient pour armes : d'asur, à une tour bretessée de 
cinq pièces, posée sur une terrasse de sinople, et accostée de deux 
étoiles d’argent. Vécu timbré d'un casque de profil orné de lam¬ 
brequins d'asur, d'argent et de sinople. (Lettres de confirmation de 
noblesse de 1698. Bibl. nat, nouveaux d'Hozier, vol. 301, dossier 
6944). 

Ce sont les mêmes armes que les Saulzet du Berry, barons de Conr 
tremoret (La Thaumassière, Hist. du Berry). 


Digitized by LrOOQle 



ADDITIONS A L’EXCURSION 


395 


Dès 1616, les Saulzet obtinrent des lettres de confirmation de no¬ 
blesse (arch. de famille, inv. des papiers de défunt Annet du Saulzet, 
fait par Morand, notaire). 

En 1698, par lettres patentes données à Meudon, le roi accorde con¬ 
firmation de noblesse à « Gilbert-Emanuel de Saulzei, écuyer, 
« s'de la Chapelle, pour les services considérables rendus aux rois ses 
« prédécesseurs dans l’épée, tant par led. Gilbert-Emanuel que par 
« Antoine de Saulzei son père, écuyer, s' de la Chapelle ; par Ema- 
« nuel de Saulzei son aïeul, écuyer, s' des Fontaines, et par Noël 
« de Saulzei, écuyer, s' des Fontaines, son bisaïeul, tant dans l’infan- 
o terie, cavalerie que gendarmerie..., lesquels ont servi pendant plus 
a de soixante-dix années sans disconlinuation et se sont trouvés à cin- 
« quante sièges et prises de villes, à huit batailles ou rencontres, etc. », 
signées Louis, scellées du grand sceau de cire verte sur lacs de soie 
rouge et verte, enregistrées au Parlement le 30 août 1700, signées Du- 
tillet, etc... (Bibl. nat., nouv. d'Hozier, vol. 301, doss. 6944.) 

Notre regretté confrère M. Emile Aubert de la Faige avait l'inten¬ 
tion dè faire une notice sur cette famille importante tant par ses états 
de services militaires que par les fiefs qui lui ont appartenu dans 
notre Bourbonnais. 

C"“ e DE FfiADEL. 



Digitized by LaOOQle 



ERRATA 

DU COMPTE RENDU DE L’EXCURSION 


Page 261, à la noie : Prirent part à l’excursion, au lieu de MM. Joyon, 
Monnier... Scheitk, lire MM. Joyeux de Lançon, Manier... Sc/ielc. 

Page 268,17' ligne : au lieu de Péronnelle, lire Pétronille. 

Page 271,12' ligne : au lieu d’interrogatoire du 25 mars, lire inter¬ 
rogatoire du 25 août 1524. , 

Page 277, 9' ligne : au lieu de : ce (ut cette dernière, etc., lire : ce (ut 
cette dernière, qui avait épousé M. Goyet de Livron, qui devint 
propriétaire du Méage ; sa fille épousa M. de Chantemerle de 
Villette, grand-père de notre conlrère Guy de Villette, etc. 

Page 289, 1" ligne : au lieu de : Jacques de Changv ne laissait qu’une 
fille Catherine, lire : Jacques de Changy laissait plusieurs filles 

1 dont Catherine qui fut dame de Saint-Gerand ci épousa en 1572 
Charles d’Apvillon, etc. 

Page 299, 12' ligne : au lieu d’Alix, lire Agnès de Bourbon. 

Page 308, 25' ligne : au lieu de : de son mariage avec Annette Corrier, 
lire : de son mariage avec Jeanne Morel naquirent, etc. 

Page 308, 28' ligne : au lieu de : un üls, lire : un petit-fils de ce dernier, 
Antoine, etc. 

Page 308, 31' ligne : rétablir une ligne omise. Gaspard de Saulzet, de 
son mariage avec Antoinette Corrier eut un seul fils, Claude 
du Saulzet, seigneur de Chermont, etc. 

Page 316, 18' ligne : au lieu de : Marguerite d'Albon, femme d’Ar¬ 
taud III, lire: ceuee d’Artaud III. 

Page 319, 27' ligne : au lieu de régicide, lire rëgicole. 

Page 322, 22' ligne : au lieu de : les prieurs de Saint-Germain, lire : 
les seigneurs de Saint-Germain. 

Page 324, 7' ligne : au lieu de 1665, lire 1655. 

Page 326, 21' ligne : au lieu de : le prieur était curé, lire : les prieurs 
étaient curés. 

Page 328, 3' ligne : ajouter les lignes omises. Celte navigation que 
l'on rendit praticable sous Louis XIV pour l'Ailier jusqu’à Brioude 
et pour la Dore jusqu’au Pont de Pechadoire, ainsi que l'établit un 
arrêt du conseil d'Etat du 2S février 1669 fixant les droits et 
devoirs des mariniers sur l’Ailier.... 


Digitized by UaOOQle 








^Société d’émulation du Bourbonnais 


Digitized by 




Digitized by 


tyote sw une statuette de Taranas 

TROUVÉE A VICHY <«) 


Q u'il me soit permis d'ajouter une mention à l'obiluaire ar¬ 
chéologique qu’est trop souvent notre Bulletin. Tous ceux 
d'entre nous qui s’occupent d'art gallo-romain savent que 
le sol de Vichy était (permettez cette expression à propos d'une ville 
où l'on fait tant de cuisine et de la si bonne) littéralement farci d’ob¬ 
jets des premiers siècles de notre ère. On en a tiré des monceaux. 
Beaucoup se sont perdus. 

La plupart des autres sont allés enrichir des collections lointaines. 
Notons pour mémoire que, pour sa seule part, le jour où il quitta 
Vichy pour aller chercher fortune à Paris, Aymé Rambert en em¬ 
mena avec lui trois pleins wagons. Et il en commerçait depuis plu¬ 
sieurs années déjà. L’énumération des trouvailles effectuées à Vichy 
couvrirait les exemplaires de plusieurs années de notre Bulletin. Il 
n’en est pas moins vrai qu’il n'v a pas l'ombre d'installation de musée 
dans ia première station thermale du monde. 

Maintenant que le sol de Vichy a été retourné de tous côtés, les 
trouvailles se font rares. Aussi, la dernière de quelque importance 
qui y a été faite n’en mérite-t-elle que mieux une mention. Une partie 
des objets est revenue au propriétaire du fonds. J’avais l’espoir de 
conserver dans le pays les objets gardés par l'inventeur, mais ils s’en 
sont allés je ne sais où. Cette série gallo-romaine, désormais disper¬ 
sée et qui, réunie, aurait fait honneur au plus grand musée, appar¬ 
tenait à l’époque Antonine et fut retirée en 1908 des fondations d'une 
maison de la rue Callou. 

Elle comprenait : 

1” Quatre statuettes d'environ 25 centimètres de haut et représentant 
Jupiter, Mercure. Mars et Vertumne. 

(i) Communication lue à la séance de décembre. 


Digitized by LaOOQle 


398 


SOCIÉTÉ D’ÉMULATION DU BOURBONNAIS 


2" Trois statuettes de 10 centimètres environ : Apollon, Mercure, 
Hercule. 

3 6 Une statuette en pierre calcaire du Vernet, de 18 centimètres de 
hauteur, dont la photographie est jointe à cette note. 

4* Un plateau de bronze de 60 centimètres de diamètre couvert de 
graines de céréales carbonisées. 

5" Une grande faulx de bronze brisée en quatre fragments. 

6’ Un vase de terre rouge sigillée d'une hauteur approximative de 
40 centimètres, comme le sous-sol de Vichy en a tant livré. Mais il 
était d'une forme potiche assez rare. Malheureusement, cette belle 
pièce était brisée en plusieurs morceaux. 

7* Une grande coupe de verre également brisée. 

8* Enfin, soixante-cinq monnaies d'Hadrien et d'Antonin, dont une 
demi-douzaine présentait des revers rares. 

Des quatre grandes statuettes, le Vertumne seul avait un socle. 
Celui-ci était quadrangulaire. La pièce ainsi montée ressemblait abso¬ 
lument^ la gravure que Duruy a donnée de cette divinité dans la 
grande édition de son histoire romaine. Ces quatre statuettes étaient 
du plus bel art classique. Malheureusement, comme elles étaient 
tombées dans un brasier, sans doute lors de la destruction de l’autel 
qui les portait, leur patine était grumeleuse et comme farineuse à la 
surface, quoique d’assez belle couleur verte. 

Les trois petites statuettes de bronze, qui avaient dû être mieux 
protégées grâce à leur petitesse même, par le tas de grains avec lequel 
elles étaient tombées, paraissaient avoir moins souffert de l’action du 
brasier. Leur patine était d’assez belle venue. La statuette d’Apollon 
reproduisait les traits aussi connus que caractéristiques de l’empe¬ 
reur Néron, son front bas surmonté d’une couronne de cheveux drus, 
son cou épais et court, sa face large, son petit menton et ses yeux en 
boule de loto. On sait que Néron avait fait élever sa statue avec des 
proportions colossales et les attributs d’Apollon, dans le lieu où les 
Flaviens construisirent après sa destruction l'amphilhéâtre qui en prit 
le nom deColosseum. Nous savons par Pline l'Ancien que, pour édi¬ 
fier cette statue, Néron avait fait venir d'Arvernie le sculpteur Zéno- 
dore, qui avait élevé la statue colossale de Mercure dans le grand 
temple de la cité des Arvernes. J’ai vu à Lyon une statuette d’Apol¬ 
lon à peu près contemporaine de celle de Vichy et où l’on retrouvait 
les traits de Néron, mais ils y étaient moins nets. 

Chaque divinité avait un type assez défini généralement créé par 
quelque grand maître de l’art grec. Il se peut que, depuis l’œuvre de 
Zénodore, les traits de Néron aient servi, au moins pendant un cer¬ 
tain temps, de modèle pour les Statues d’Apollon. 


Digitized by LaOOQle 



NOTE SUR UNE STATUETTE DE TARANUS 


399 


Chacune des trois petites statuettes de bronze avait son piédestal, 
véritable bijou. Mais elles en étaient détachées. Je me rappelle très 
nettement l’un d'entre eux, petit plateau de bronze flanqué de deux 
mignons escaliers semi-circulaires, délicat ensemble qui faisait son¬ 
ger à une miniature de reposoir de la Fête-Dieu. 

La pièce la plus remarquable de cet ensemble est, à mou avis, la 
statuette en pierre du Vernet. Elle représente un vieillard barbu et 
courbé. Un grand manteau l'enveloppe. Ses cuisses paraissent cou¬ 
vertes de la braie gauloise ou braye, comme disent encore les paysans 
auvergnats en parlant de leur pantalon. Les braies semblent finir en 
molletières. De la main gauche, le vieillard porte un long maillet, 
dans la main droite, un objet sphérique. 

A sa partie postérieure, un arbre se dessine sur le manteau. Cette 
attitude et ces divers attributs rappellent la statuette donnée dans 
l’ouvrage précité de Duruy comme la représentation de Taranus, le 
dieu au maillet. Les Gaulois avaient une vénération mêlée de crainte 
pour cette divinité génératrice du tonnerre et l’invoquaient dans les 
occurrences désespérées. On sait que Vercingétorix la fit évoquer à 
Alésia, par une druidesse, la veille du jour où il se rendit à César. 
Le souvenir de la vieille déité gauloise subsiste encore dans divers 
noms de localités et de personnes du centre delà France, par exemple 
Tarenteix et Taragnat, localités du Puy-de-Dôme; Tarare, dans le 
Rhône ; Taravent, nom porté en Auvergne. 

Qu’on ne s’étonne pas de ces longues persistances linguistiques. Vous 
savez mieux que moi, Messieurs, que si un Longnon s’appliquait dans 
nos régions à l'étude méthodique des noms de lieux dits et de per¬ 
sonnes, il ferait une moisson extraordinaire de remarques curieuses. 
Veuillez me permettre à ce propos une réminiscence et un rappro¬ 
chement que je n'ai vu écrit nulle part : la déilé indo-germanique des 
tempêtes, vous le savez tous, avait nom Ægir ; l’empereur d'Allemagne 
nous l’a rappelé il y a quelques années en composant, paroles et mu¬ 
sique, son hymne à Ægir. Eh bien ! le souvenir de cette déité, pour 
le moins aussi vieille que Taranus, subsiste encore dans une dénomi¬ 
nation courante des montagnes du Mont Dore. Là, les paysans appel¬ 
lent « Ecyrs » les orages accompagnés de grands mugissements d’air, 
mais sans tonnerre. Veuillez excuser cette digression, je reviens à 
mon sujet. 

Notre statuette ne présenterait pas de difficulté de diagnostic sans 
deux particularités. Première particularité : la jambe gauche se re¬ 
lève au-dessous d'une pointe de manteau et s’appuie sur un ton¬ 
nelet. On sait que déjà le tonneau était d'usage en Gaule, tandis que le 


Digitized by LaOOQle 



400 


SOCIÉTÉ D’ÉMULATION DU BOURBONNAIS 


vin était enfermé en Orient dans des outres de peau et à Rome dans 
de grandes amphores en terre dont le mont Testaccio enferme encore 
tant de débris. Notons en passant que l’usage du tonneau dans la Gallia 
bracchata explique la rareté relative dans nos régions des graudes 
urnes à vin ; elles ne commencent à être rencontrées fréquemment 
que dans la vallée du Rhône. 

Deuxième particularité : de dessous la partie du manteau qui est 
relevée sort, horizontalement, l’extrémité d’un récipient, urne, am¬ 
phore ou gourde en terre. 

Je pensai d’abord que gourde et tonnelet étaient une charge carica¬ 
turale et signifiaient que ce Taranus était l’œuvre de quelque mé¬ 
créant juif ou chrétien, à l'instar des déesses Mères à tête de gue¬ 
non, dont quelques spécimens ont été rencontrés tant en Auvergne 
qu’à Vichy. Mais aujourd'hui, je crois qu’il est plus simple de suppo¬ 
ser que le sculpteur était un croyant et nous a représenté Taranus 
avec des attributs plus complets que ceux que nous lui voyons ordi¬ 
nairement, notamment dans les statuettes de provenance lyonnaise, 
dont est, je crois, le Taranus de Duruy. En même temps qu’il en¬ 
gendre le tonnerre, Taranus verse l’orage. La gourde renversée ne 
symboliserait-elle pas celui-ci, comme l’urne penchante des divinités 
fluviales symbolise l’eau qu elles épandent ? 

Le type représenté par Duruy n’a pour faire le bruit du tonnerre 
que son maillet. Cet outil peut suffire pour l’attribution symbolique, 
mais il est incontestablement insuffisant en tant qu'instrumentation. 

Avec un maillet seul, si gros soit-il, vous ne ferez jamais de bruit. 
Avec un maillet frappant sur un tonneau, vous pourrez en faire beau¬ 
coup. Le maillet seul est le symbole réduit à sa plussimple expression. 
Ce symbole devient complet par l'adjonction du tonneau au maillet. Le 
premier tambour a dû être un tonneau. M. Ferdinand Desbrest, pro¬ 
priétaire de la statuette dont j'ai l’honneur de vous entretenir, l’a 
montrée à deux spécialistes et à différents amateurs. Notre confrère 
M. Bertrand lui a dit que « c’était un Dls-Pater » ; c’était déjà beau¬ 
coup de vérité. Taranus était incontestablement une déité émanée de 
l'idée de la toute-puissance divine et, dans ses représentations, il 
emprunte d'une façon non moins incontestable une figure très ana¬ 
logue à celle que les artistes donnent au Dis-Pater. Les exégètes 
païens qui, au second et au troisième siècles, se mirent à imiter les 
méthodes et la subtilité de'la théologie chrétienne auraient pu le 
définir peut-être une modalité du Dîs-Pater. 

M. Déchelette, l’éminent directeur du musée de Roanne, qui a vu 
aussi notre statuette, se proposait d’écrire une note sur elle. Je re- 


Digitized by LaOOQle 



NOTE SUR UNE TOMBE ARABE 


401 


grette plus que personne que les importants travaux archéologiques 
qui l’ont occupé ces dernières années le lui aient (ait oublier. Je sou¬ 
mets humblement mon interprétation à ces deux savants et à tous 
nos collègues qui s'occupent d’archéologie gallo-romaine. 

Parmi les amateurs, les uns ont proposé Bacchus, ce qui ne tient 
debout d’aucun côté ; d’autres, la représentation d’un vigneron gau¬ 
lois, ce qui dénote de leur part un certain sens artistique, car cette 
statuette, avec tous ses attributs divers, est d’un réalisme charmant. 
Enfin, les amateurs les plus frottés d’archéologie gallo-romaine vi- 
chyssoise ont affirmé que c’était l'ex-voto d’un vigneron guéri par. 
les eaux, ce qui est peut-être possible, le souvenir du donateur s’étant 
perdu. Mais pour ex-voto, il a oilert l'image du dieu qui pouvait faire 
beaucoup de mal à sa récolte. 

Ajoutons enfin que la statuette présente diverses taches noires, 
souvenir du brasier dans lequel sont tombées divinités et offrandes. 

Cette sorte de petit trésor gallo-romain est évidemment le reste d’un 
de ces oratoires publics comme il en a été trouvé en différents points 
du sous-sol de Vichy. Au-devant de lui passait un chemin romain 
dont j’ai vu défoncer l’infrastructure en béton de ciment dans la rue 
Callou. J’ai même recueilli entre deux graviers de celle-ci une mon¬ 
naie d’Agrippa. La religiosité fut très développée dans les premiers 
siècles de notre ère, depuis le règne d’Auguste, contrairement à la 
période de scepticisme qui avait précédé celui-ci. 11 y eut même à 
Vichy une confrérie de Dianenses, ainsi qu’en témoigne le massif 
anneau votif qui fut vendu au musée de Saint-Germain par Aime 
Rambert, qui l’avait acheté de terrassiers travaillant dans le vieux 
Vichy. 

Ce Vichy gallo-romain fut détruit par un grand incendie, ou plu¬ 
sieurs grands incendies successifs. Ce qui cause la joie des archéo¬ 
logues a fait le désespoir des contemporains. 

Les belles découvertes archéologiques sont presque toujours le fruit 
des catastrophes et, toutes proportions gardées, il en est de môme à 
Vichy qu’à Pompéï. D r Chopahd. 

- —.—-s— — ■ 

Note sur une tombe arabe trouvée à Vichy 


Vis-à-vis l’immeuble Desbret se trouve, dans la rue Callou, l’hôtel 
de la Concorde. Lors de sa construction, il y a quelque vingt ans, on 
trouva au fond des fondations de l'aile gauche un tombeau sarrasin, 


Digitized by LaOOQle 




402 


SOCIÉTÉ D'ÉMULATION DU BOURBONNAIS 


caveau d’un mètre cinquante de largeur, de deux mètres de longueur 
et recouverte d’une voûte très vétuste. Dans la construction de ce 
caveau entrait un grand nombre de gros cailloux rcueillis dans le lit 
de l’Ailier ou du Sichon. Le terrain de l’hôtel de la Concorde dépen¬ 
dait de l’ancien couvent des Capucins et l’emplacement du caveau 
correspond, ce me semble, à la salle d’ombrage des Pères portée sur 
le plan de Vichy du xvui' siècle. 

’ Au début de la période carolingienne, il y avait déjà en cet endroit 
un monastère habité par des moines obéissant à la règle de saint 
Benoît. La tradition et des chartes disent qu’il fut détruit par les Sar¬ 
rasins vers l’époque de la bataille de Poitiers. 

Ce caveau renfermait un squelette à moitié consumé dont les dé¬ 
bris furent enlevés avant que j’aie pu les examiner. De chaque côté 
de la tête étaient tombées deux minces boucles d’or de 3 centimètres 
de diamètre environ. Le squelette était orienté de l’ouest à l’est, 
comme le caveau. Entre la paroi ouest de celui-ci et la tète, il y avait 
une de ces pierres comme on en rencontre fréquemment dans les 
cimetières musulmans, pierre quadrangulaire à sa base et s'évasant 
à son extrémité supérieure qui présentait une concavité en forme de 
bol. Un ancien capitaine de zouaves l’acheta comme souvenir arabe 
en même temps que les boucles. Je ne sais ce que tout cela est devenu. 
La vétusté du caveau, le choix de ses matériaux de construction qui 
démontre la hâte de son édification et enfin l'état du squelette me 
font penser que cette sépulture était celle d’un chef sarrasin mort à 
l’époque de la destruction du couvent bénédictin et déposé là par ses 
compagnons dans un caveau construit à la hâte peut-être avec quel¬ 
ques débris du couvent. 

On ne pourrait arguer contre cette hypothèse de la proximité de 
l’ancien cimetière de Vichy. Cette sépulture arabe se trouvait à 
30 mètres au moins du mur de cet ancien cimetière. L’état du sque¬ 
lette et du caveau la date de plusieurs siècles. Or, le cimetière qui 
entourait l'église du moutier n'a été ouvert au public que depuis la 
Révolution. Depuis l’époque carolingienne jusqu’à celle-ci, il y a tou¬ 
jours eu là un monastère. 

En dehors de notre hypothèse, il n'est pas admissible qu’on ait 
enterré un musulman dans cette terre deux fois sainte. 

D' Chopakd. 




Digitized by v^ooQle 






BIBlvIO ŒR iLFH œ 


En montagne bourbonnaise,, parle D'Brisson. Souchier, édi¬ 
teur à Roanne. 

Ce sont des souvenirs que publie l'auteur ; ils ont l’attrait des pages 
émues, ils ont aussi l'attrait des pages évocalrices qui sauvent de 
l’oubli les traditions locales et fixent pour les générations futures 
l'image des générations disparues. Les souvenirs de son enfance ont 
fourni au docteur Brisson le chapitre sur les mœurs et les coutumes ; 
les souvenirs de sa carrière médicale,c’est-à-dire de son âge mûr, lui 
ont fourni le chapitre sur la superstition et les sorciers. De 1860 à 
1910, c'est un demi-siècle qui se déroule sous nos yeux comme dans 
un cinématographe. 

I.’auteur évoque, pour nous, ces printemps de jadis qu’inaugurait 
la Chanson du Mai, que les jeunes gens chantaient au son de la vielle 
ou de la musette devant toutes les maisons où habitaient des jeunes 
filles ; — et ces festins des C/iarriaisons où, dans de pantagruéliques 
ripailles, s’effondraient les montagnes de gàtiaux, de galettes, de 
flans, de pompes , de gouërons, en attendant que la bourrée mit tout 
le monde en branle aux accents traînards de la ritournelle ; — et ces 
lundis de Pâques où, dans les prés, se faisait la roule des œufs teints ; 
— et cette tant belle foire d’Arfeuilles où, le 20 juin, se faisait la loue 
des domestiques ; les garçons et les Allés arrivant bras dessus bra3 
dessous avec des cris joyeux, les garçons arborant au chapeau une 
feuille de noyer, les Ailes épinglant une rose au corsage ; à côté d’eux, 
le charlatan vêtu d’oripeaux polychromes débitant ses discours et 
vendant son baume ; les chanteurs de complainte frappant une pan¬ 
carte illustrée et se lamentant sur un très grand malheur ; un peu plus 
loin, la danseuse de corde ; plus loin encore, sur le plan de foire, le3 
hommes vêtus de limousines ou de biaudes et les femmes revêtues de 
leurs capes, discutant sur le sort d'un grand porc noir à grandes 
pattes, méchant comme un sanglier, ou d’une petite vache multico¬ 
lore, grosse comme une bourrique ; — et ces longues journées d'hiver 
qu’on passait dans la grange à écouter le bruit cadencé des Aéaux ; — 


Digitized by LaOOQle 




404 


SOCIÉTÉ D’ÉMULATION DU BOURBONNAIS 


et ces longues veillées d'hiver qui, sous un seul toit, réunissaient 
tout un hameau pour teiller le chanvre ou casser les noix, en racon¬ 
tant des contes fantastiques, des légendes de loups-garous, des his¬ 
toires terrifiantes de chasse-maligne et de feux follets ; — et ces nuits 
féeriques des Brandons où, pour fêter le premier dimanche de ca¬ 
rême, on constellait tout le pays de mille feux-figols qui brûlaient 
l’effigie de carnaval et autour desquels jeunes et vieux, rassasiés de 
bignons, se traînaient parla main en rondes Immenses,en farandoles 
échevelées et bruyantes. 

L’auteur s’est laissé aller à revivre son enfance de montagnard et 
le lecteur le suit avec émotion à travers ses impressions poétiques, 
sentant à certains détails, à certaines scènes, à certains mots, que déjà 
ce sont les récits d’un monde disparu. 

Où sont ces métiers pittoresques qui faisaient, à des époques déter¬ 
minées, changer la physionomie du village ? Ces argouli ou savetiers 
ambulants qui rapetassaient toutes les vieilles chaussures en plein 
air : ces megnins ou magnins, qui rétamaient, soudaient, plombaient, 
fondaient le plomb, l’étain et la ferraille de tous les ménages à la 
fois ; les taillens à domicile, qui s'installaient chez vous pour vous 
habiller. Où sont môme ces minois ou maouni madrés, dont les mou¬ 
lins se transformaient tout le long de l’année en mailleries pour le 
chanvre, en pressoirs pour le cidre, en fabriques d'huile de uoix ? 

Tout à coup, comme au seuil d’une ère nouvelle, surgit l’année ter¬ 
rible, 1870,avec les défaites, la démoralisation. On voit les montagnards 
qui commencent par songer aux cachettes pour leurs objets les plus 
précieux, puis aux projets de fuite dans les Bois Noirs. L’héroïsme 
reprend le dessus : on constitue dans la mairie du Breuil un poste de 
garde nationale où, jour et nuit, veillent des factionnaires qui se re¬ 
layent de deux heures en deux heures et qu’onabreuvedevins chauds; 
les hommes font l'exercice comme ils peuvent, chaussés de sabots 
blancs ou noirs, vêtus de toutes sortes de vieux uniformes, armés de 
t,Hiles sortes de vieux fusils; le zouave,muni d’une carabine à pierre, 
est au coude à coude avec le lancier, muni d'un fusil de chasse; l’exer¬ 
cice fini, on scrute l'horizon pour guetter l’arrivée possible des bal¬ 
lons de Paris. Un jour, les pompiers de tous les bourgs de la mon¬ 
tagne, sè sentant suffisamment entraînés et se mettant au-dessus des 
larmes de leurs familles, résolurent « de porter à la France agoni¬ 
sante le secours de leurs bras vengeurs » ; casque en tête, ils par¬ 
tirent. Assis dans des chariots qui étaient ornés de drapeaux neufs, ils 
passèrent à travers les villages, aux roulements des tambours et aux 
sonneries des clairons jouant éperdùment la Marseillaise. A Saint- 


•0 


Digitized by 


Google 





BIBLIOGRAPHIE 


405 


Germain-des-Fossés, où ces volontaires devaient prendre le train, il y 
eut un malentendu et ils revinrent dans leurs familles, mais leur in¬ 
tention avait été généreuse. 

C’est sur cet épisode guerrier que se termine le chapitre des sou¬ 
venirs d’enfance du docteur Brisson et que commence le chapitre des 
sorciers. 

Qu’il s'agisse du panseur qui soigne les maladies aiguës ou chro¬ 
niques, du gougneur qui remet en place les ventres décrochés , du re¬ 
bouteur ou rhabilleur qui raccommode les fractures et les foulures, ou 
bien qu’il s’agisse des médecins de bestiaux, tous les sorciers dont 
parle l’auteur ne sont en réalité que des médecins marrons, des chi¬ 
rurgiens empiriques, des masseurs sans diplôme, des vétérinaires de 
fantaisie ; c’est à peine si, dans l’exercice de leur art, quelques orai¬ 
sons. quelques signes de croix dessinés avec le pouce conservent une 
allure de surnaturel, c’est à peine si quelques pommades à la graisse 
de vipère, quelques cataplasmes de terre de cimetière conservent un 
relent de sabbat. 

Pour retrouver la vraie sorcellerie, fille des Magiciens, il faut que, 
par des on-dit, le docteur Brisson nous fasse remonter à 1830, avec 
l’anecdote de la Sorcière de Cëron. La sorcière de Céron découvrait 
l’avenir, jetait ou levait les sorts — à la bonne heure ! voilà de la vraie 
sorcellerie. Elle habitait Céron, sur les frontières du Bourbonnais et 
du Charolais, on l'appelait la. Dccinc et nos montagnards étaient au 
nombre de ses plus fidèles clients. Un paysan d'Arfeuilles voyait son 
cheptel dépérir tous les jours. Pas de doute : un sort avait été jeté. 
Le sorcier d’Arfeuilles nommé Beurrier, dit Coquelicot, fut soupçonné 
d'être l'auteur du maléfice ; mais encore fallait-il en être certain et 
fallait il surtout faire lever le sort. Notre malheureux homme eut re¬ 
cours à la Devine de Céron. 

« Oui, un sort a été jeté sur ton bétail, lui dit-elle, et j’en connais 
l’auteur. Il habite la commune. A partir de maintenant, c’est la lutte 
entre Lui et Moi. Fais seulement ce que je vais te dire, on verra qui 
triomphera. Trois jours de suite, entre onze heures et minuit, rends, 
toi à une croisée de chemins où se dressera une croix, et là; tourné 
du côté où le soleil se lève, fais ta prière et regarde ! Si le troisième 
jour, tu n’as rien vu, c’est que j’aurai été vaincue. » 

La bourse vide, mais le cœur plein d’espérance, notre homme revint 
et, sans plus tarder, le soir même, il se rendit au carrefour de la Croix- 
des-Chabannes, point culminant qui domine le bourg et qui remplis¬ 
sait toutes les conditions imposées par la sybille. 

Il ne vit rien ; le second jour, pas davantage ; le troisième jour, 

26 


Digitized by LaOOQle 


406 


SOCIÉTÉ D'ÉMULATION DU BOURBONNAIS 


apeuré par la solitude et le silence de la nuit, il faisait anxieusement 
sa prière quand, juste en face de lui. au-dessus du bourg, des flammes 
s'élevèrent dans le ciel. Un incendie, sans doute. Le tocsin sonna, en 
effet. C'était la maison de Beurrier qui brûlait. Le lendemain, dans 
un étang, près du bourg, on trouva le cadavre de Beurrier avec une 
pierre au cou : il avait mis le feu à sa maison avant d’aller se noyer. 

La sorcière de Céron était victorieuse ! 

En vérité, voilà une belle diablerie. Elle date de 1830 ; le docteur 
Brisson n'en a pas été témoin ; il l’a seulement entendu raconter. 

Mais il a au contraire connu et même endormi une autre devine, 
appelée Catherine Maupertuis ou la Dormeuse de la Palisse. Il pa¬ 
rait que les prodiges qu'elle a accomplis sont scientifiques et font 
partie du bagage de l’hypnotisme; pour les profanes, c’est tout.de 
même de la sorcellerie. La Dormeuse de la Palisse , une fois hypno¬ 
tisée, jouissait de la double vue. Elle a donné une séance concluante à 
l’Académie de médecine de Clermont, puis elle a été examinée et en¬ 
dormie par le docteur Brisson lui-même. Dès qu’elle fut hypnotisée 
elle décrivit avec une vérité saisissante et dans tous ses détails une 
scène qui se passait au même instant à 20 kilomètres de sa maison. 

Les conseils d’une voyante sont toujours salutaires ; on pense bien 
que la dormeuse de la Palisse avait une clientèle de gens qui venaient 
la consulter pour leurs affaires, pour leur santé et pour les affaires 
et la santé de leurs familles. Or, un cultivateur était allé la consulter 
pour la santé de sa femme qui, malade, gardait le lit. La voyante 
avait, en esprit, gagné le domicile de la malade, elle donnait des 
détails sur l’état dans lequel cette personne se trouvait alors,’ lorsque 
tout à coup elle devint hésitante et poussa une exclamation. « Ah ! 
ce que je vois !! » — « Quoi donc ? » demanda le paysan. — « Un tré¬ 
sor ! » répondit-elle. — « Vous devriez bien me l’indiquer », dit 
l’homme stupéfait. Elle répondit par ces mots très prosaïques : « Je 
veux bien, mais vous me donnerez vingt francs. » Il ne les avait pas, 
et puis c'était cher, il refusa. Un soir d'hiver, les enfants de notre 
paysan s’amusèrent à frapper contre le mur de la cuisine ; à côté de 
la cheminée, il y eut une résonnance si particulière que l'homme 
Intrigué pensa au trésor. Il ne douta pas un instant que ce ne fût la 
cachette : il perça le mur et fit bien. Une mince cloison céda au pre¬ 
mier choc : elle masquait l’ancienne niche où l’on mettait autrefois 
le c/ialeu et les chenevottes : il n’y trouva ni chaleu ni chenevottes, 
mais un pot à lait et, dans ce pot à lait, une fort belle somme en 
monnaies anciennes. C’était le trésor annoncé. Quelle était son impor¬ 
tance V On ne l'a jamais bien su : on a parlé de huit mille francs. 


Digitized by LaOOQle 



BIBLIOGRAPHIE 


407 


Toujours est-il qu'à la place de la chaumière s'élève à l'heure qu’il 
est une maison proprette, couverte en ardoise et que ceux qui l’ha¬ 
bitent bénissent la Dormeuse. 

N’est-il pas vrai que cette femme était un peu fée? Elle est cepen¬ 
dant morte à l'hôpital en 1882. 

Le volume du docteur Brisson est émaillé de ces histoires palpi¬ 
tantes qui alternent agréablement avec des histoires humoristiques 
et avec des histoires gauloises, entre lesquelles nous recommandons 
celle de La Cheville du Sorcier et celle de La Chèore ensorcelée. 

P. Duciion. 


Léon Bideau. — Bellenaves. Tome I. — Chez l’auteur. 1909. In-8% 
215 p. — L’ouvrage de M. Léon Bideau est le fruit des longues et 
patientes recherches qu’il a consacrées à l’étude de son pays natal. 
Bien écrit, très documenté, il lui a valu le diplôme d’études supé¬ 
rieures d’histoire et de géographie devant la Faculté des Lettres de 
Clermont. 

Il est divisé en quatre chapitres : 1* les origines et le Moyen-Age ; 
2* les temps modernes ; 3* la Révolution ; 4° le xix e siècle. Dans les 
deux premiers chapitres, M. Léon Bideau s'efforce d'établir la liste 
des divers possesseurs des fiefs, notamment des fiefs de Bellenaves 
et du Peschin. Mais il ne borne pas là son étude et il consacre des 
pages intéressantes à la condition des populations rurales de celte 
époque. 

C’est une préoccupation qui mérite d’être signalée, car elle échappe 
à la plupart des auteurs de monographies rurales. L'histoire d’une 
localité n’est pas plus celle de la famille seigneuriale que notre his¬ 
toire nationale n'est celle des rois de France. Et, avec raison, il a songé 

. Aux défricheurs de lande et de broussaille 

Qu’à l’horizon choisi rien ne put arracher, 

Qui s’unirent jadis autour de ce clocher 

Et de qui l’âme encore dans la cloche tressaille ! 

Dans le troisième chapitre, il faut regretter quelques lacunes im¬ 
putables à la disparition des registres des délibérations des assem¬ 
blées municipales ; il importe toutefois de mentionner la curieuse 
figure du conspirateur royaliste Herre Molette, agent de l'émigration 
dans la région de Gannat. 

L’auteur termine son ouvrage par un hommage ému à « ceux qui 
pieusement sont morts pour la patrie » et il en dresse la liste depuis 
l’an II jusqu’en 1870. 


Digitized by LaOOQle 




408 


SOCIÉTÉ D'ÉMULATION DU BOURBONNAIS 


En écrivant ce livre, M. Léon Bideau a poursuivi un but que nous 
ne saurions trop encourager. Instituteur, chargé de donner l'ensei¬ 
gnement aux enfants de nos campagnes, il a compris l’utilité qu’il y 
a de donner une place importante à l’histoire locale dans les pro¬ 
grammes de l’école. Faire connaître et aimer le pays natal, c’est encore 
le meilleur moyen de retenir fidèles au village, d’enraciner à la terre 
ceux qu’un vent d’ambition ou de découragement pousse sur le che¬ 
min de l'exode. C’est élever aussi l’esprit des populations rurales, leur 
donner un idéal, faire naître en elles un rêve qui les arrache à la 
vie purement matérielle à laquelle elles sont condamnées. 

Tant de choses à notre époque divisent les habitants non seulement 
des villes, mais des plus humbles hameaux, qu’il est heureux d'en 
rencontrer une, comme l’histoire locale, qui puisse encore les unir 
tous dans une môme pensée, dans un même sentiment, dans un même 
élan du cœur. Malgré la diversité des opinions, malgré la lutte ar¬ 
dente pour leur triomphe, malgré les rivalités plus ou moins violentes 
qui les agitent et qui les troublent profondément, tous, sans excep¬ 
tion, sont restés fidèles à l'amour du pays natal, à «cette lente et chère 
accoutumance » dont parle André Theuriet, qui « attache l'homme 
à la province où il est né, à la maison où il a grandi, aux pierres, aux 
arbres, aux horizons contemplés chaque jour ». 

Entretenir cet amour de la petite patrie, c’est donc accomplir une 
œuvre de paix et d'union. 

L'enseignement de l'histoire locale a une portée plus haute encore ; 
en élevant l'esprit au-dessus des mesquineries de la vie journalière, 
en lui montrant ce que pèsent peu dans la suite des siècles les événe¬ 
ments les plus importants, il le rend plus large, plus tolérant, plus 
dégagé des contingences de l'heure présente. C'est là une œuvre mo¬ 
rale. sociale et patriotique, dont M. Léon Bideau a compris la gran¬ 
deur et, à cette tâche, il a donné tout son cœur ! 

Joseph Viple. 


Frédéric Maigret. — Les proches parents de Henri de Dy- 
nant. — Bruxelles, impr. de Ilayez, février 1911, in-16, 26 p. 

Henri de Dinan, le célèbre tribun liégeois, sans lequel l’insurrec¬ 
tion de 1253 eût sans doute été de longtemps retardée, vint mourir, 
vers 1260, à Valencienhes, à la cour de Marguerite la Noire, com¬ 
tesse de Flandres, femme en secondes noces de Guillaume de Dam- 
pierre et, par là, bru de Mahaut I", notre dame de Bourbon. Dans 
son mémoire généalogique, notre confrère cherche à prouver, ce que 


Digitized by LaOOQle 


BIBLIOGRAPHIE 


409 


M. G. Kurth avait déjà précédemment avancé, que la maison de Di- 
nan appartenait au puissant lignage de Saint-Servais. 

P. F. 


Jean de Quirielle. — L'Œuf de verre. — Paris, Méricant. in-16. 

Notre confrère Jean de Quirielle vient de justifier une fois de plus 
la qualité d'homme de lettres qu’il arbore fièrement, comme un dra¬ 
peau, à la suite de son nom, dans la liste des membres de notre docte 
Compagnie. Il a pondu l'œuf de verre et l'éditeur A. Méricant s'est 
chargé d'oflrirun nid au fruit fragile de l'imagination de notre com¬ 
patriote. L'Œuf de verre fait partie d’une série, celle des récits mysté¬ 
rieux auxquels se plaît Jean de Quirielle. Analyse-t-on le mystère, le 
rêve ? Non, n’est-ce pas ? Aussi n'attendez pas de moi un pâle 
compte rendu de ce roman. Si vous voulez percer le mystère, faites 
comme moi et gobez l'œuf. Peut-être trouverez-vous que l’auteur pré¬ 
sente une singulière these de dédoublement d’âme, mais les rêves se 
piquent-ils d'orthodoxie et de logique et un récit mystérieux est-il 
autre chose ? 

Ph. T. 


Les idées révolutionnaires dans les campagnes du Bour¬ 
bonnais, étude publiée dans le « Journal des Débats ». Par Léopold 
Bernard. — Montlu<;on, Herbin, 1911, in-16, 62 p. 

Notre sympathique confrère, M. Léopold Bernard, avait donné une 
forme exclusivement littéraire à ses études sur la désertion des cam¬ 
pagnes et sur le divorce (1). Son nouvel ouvrage, Les idées révolu¬ 
tionnaires dans les campagnes du Bourbonnais, est, d’un bout à l'autre, 
une argumentation précise et serrée qui met à néant les impudents 
mensonges des politiciens. Léopold Bernard n’est pas seulement un 
avocat de talent, un psychologue pénétrant, il est aussi merveilleuse¬ 
ment documenté sur les questions agricoles. Appartenant à une fa¬ 
mille d’agriculteurs bien connus dans le canton de Bourbon, l’auteur 
ne s’est pas contenté de regarder de loin le paysan, il l'a observé dans 
sa vie privée, l’a maintes fois confessé. Les comptes de la Saint- 
Martin lui ont permis d'établir le bilan des budgets campagnards. La 
clairvoyance de L. Bernard et sa documentation nous fixeront sur la 
situation actuelle des classes rurales en 1911. 

Tout d’abord, l’auteur prouve jusqu’à l’évidence que le métayage, 
forme ancienne de la culture en Bourbonnais, est plus avantageux 

( 1 ) Suprême détresse. — Claire liergeron. 


Digitized by LaOOQle 



410 


SOCIÉTÉ D’ÉMULATION DU BOURBONNAIS 


qu'aucun autre système. Le métayer peut avoir besoin d’avances et 
l’aide du propriétaire lui permet de passer, sans presque s’en aper. 
cevoir, les mauvaises années. L’impôt coionique, ce thème des décla¬ 
mations socialistes, ne (ait ressortir qu’à un taux infime les sommes 
souvent considérables fournies par le propriétaire. L’éminent profes¬ 
seur Berthault avait tiré les mômes conclusions lors d’une enquête 
agricole faite en 1910. Si les Bernard et les Berthault se rencontrent 
ainsi, c’est qu'ils ont le souci de la vérité et non le désir d'entraîner 
de « vagues humanités • à des espérances dangereuses autant que 
criminelles. La question du fermier général arrive à son tour et Léo¬ 
pold Bernard nous montre celui-ci comme l'artisan du progrès et l’un 
des auteurs de cette transformation du Bourbonnais misérable en une 
province privilégiée. 

Chemin faisant, l'auteur constate que le paysan a toujours été le sa¬ 
tellite du parti au pouvoir et, s’il ne cite pas le vieux proverbe : «Oi¬ 
gnez vilain », il en évoque le souvenir. 

Pour les besoins de la cause, un politicien a logé le paysan bour¬ 
bonnais dans des maisons boiteuses ou des cabanes en terre battue. 
Comment se fait-il alors qu'on vienne non seulement des provinces 
voisines, mais de l'étranger, étudier le modèle de nos constructions 
rurales ï S’il se rencontre des masures chétives, délabrées dès leur 
achèvement, elles appartiennent à ces petits propriétaires qui atten¬ 
dent avec tant d’impatience le partage des grandes terres et qui ne 
sont pas du tout partageux, mais preneurs. 

L'anarchie est partout. Si le métayer hait son propriétaire, à son 
tour il est haï par ses domestiques, désobéi par ses propres enfants. 
Le respect et la subordination ont disparu. L'honnêteté, cette pierre 
angulaire de toute société, est considérée comme une duperie. La 
haine démagogique est telle qu’un propriétaire rural, habitué à dis¬ 
cerner la vérité à travers les réticences et les hypocrisies des paysans, 
estime que sa vie ne serait plus en sûreté à la moindre commotion 
politique. Doux pays ! 

Les gages qui augmentent, le bien-être partout répandu, l’aisance 
générale ne suffisent plus. La classe rurale veut une nouvelle révolu¬ 
tion qui permettrait à chacun (?) d’arrondir son lopin. Si ce moment 
tant désiré arrive enfin, il apportera de nombreuses désillusions. 

Telles sont, rapidement analysées, les principales propositions trai¬ 
tées dans l’ouvrage de Léopold Bernard. Il faudrait pouvoir citer aussi 
les chiffres qui corroborent les assertions. Ce qui est mieux encore, 
c’est de lire le livre entier et de le conserver dans sa bibliothèque. 

Cette étude marquera une phase de l’histoire bourbonnaise, non la 


Digitized by LaOOQle 


CHRONIQUE 


411 


plus gaie ni la plus honorable. Léopold Bernard se plaît à espérer que 
cette période de haines sociales et d'agiiations stériles n’aura qu'un 
temps. « Notre race aujourd'hui sommeille : Dieu veuille que demain 
elle retrouve sa vigueur. » Associons-nous à ce vœu. Utinam ! 

E. Capelin. 


CHRONIQUE 


Notre confrère, M. Valéry Larbaud, vient de concourir pour le prix 
décerné chaque année par l'Académie Goncourt ; on sait que ce prix 
a été attribué à M. de Châteaubriant pour son roman Monsieur des 
Lourdines. 

M. J.-H. Rosny aîné, membre de l’Académie Goncourt, interwievé 
à ce sujet par plusieurs journaux de Paris, a déclaré que M. Larbaud 
n’a dû son échec « qu'à sa situation personnelle de fortune », et que 
l'Académie, ne s'cn tenant pas seulement à ses statuts, mais bien 
plus aux volontés des fondateurs du prix, a voulu couronner un au¬ 
teur peu fortuné, pour lui permettre de réaliser d'autres productions 
et de poursuivre son œuvre à l’abri du besoin. 



Digitized by LaOOQle 



LISTE DES IBEffiBRES 

DE LA 

Société d’Emulation du Bourbonnais 

(Lettres, Sciences et Arts) 


COMPOSITION DU CONSEIL D’ADMINISTRATION 
Bureau 

Président (1910-1912) : M. Morand (Gabriel), avenue Nationale, 20 (I). 

Vice-Présidents (1912), 2* année : M. le chanoine Joseph Clément, 
rue du Chambon, à la Madeleine — (1912), 1" année ; M. De- 
laigue (Ernest), A. correspondant de la Commission des 
monuments historiques, boulevard de Courlals, 5. 

Secrétaire général honoraire : M. Gustave Bernard, place del'Ancien- 
Palais, 3. 

Secrétaire général (1908-1912) : M. Marc Dénier, rue du Lycée, 6. 

Secrétaire-adjoint (1912) : M. Edgard Capelin, propriétaire, rue Mi- 
chel-de l’Hospital, 28. 

Trésorier (1910 1912) : M. II. Frobert, banquier, avenue Nationale, 22. 

Directeur du « Bulletin » (1912) : M. Flament, A. archiviste du 
département, correspondant du Ministère de l'Instruction pu¬ 
blique, 4, rue Michel-de-l’Hospital. 

Conservateur des collections (1910-1912) : M. Gustave Queyroi, ancien 
ollicier d’infanterie, 34, rue de Bourgogne. 

Bibliothécaire (1910-1912) : M. Joly (Léon), A. Q, ancien professeur 
d'histoire au lycée de Moulins, 10, boulevard du Chambonnet. 

Administrateurs 

MM. Berthoumieu (chanoine), rue Bertin, 5. 

Brinon (C" Henri de), docteur en médecine, b 1 ' de Courtais, 25. 

Chopard (docteur Emmanuel), 172, rue de Nîmes, Vichy. 

Grégoire (Camille), I. O- 9• juge de paix à Sainl-Pourçain-sur- 
Sioule. 

(1) Toutes les adresses non suivies d'indication de ville sont de Moulins 

toutes celles non suivies d'indication de département sont de l'Ailier. 


Digitized by 


Google 





LISTE DES MEMBRES 


413 


MM. Las-Cases (Marquis de), conseiller général, maire de Coulandon, 
château de la Presle, Coulandon. 

Milcent (Georges), ancien olïicier de cavalerie, agriculteur, rue 
de Villars, 25. 

Quirielle (Roger de', propriétaire-agriculteur, Montaiguët. 
Sabatier (Aimé-Henri-Auguste), notaire, rue de Paris, 19. 

MEMBRES DE DROIT 

M« r I’Evêque du diocèse de Moulins. 

M. le Préfet du département de l'Allier. 

M. le Maire de la ville de Moulins. 

M. le Général commandant d’armes de la place de Moulins. 
MEMBRES HONORAIRES 

M. le Comte de Chabannes, ancien officier d’artillerie, place Belle- 
cour, 30 bis, Lyon (Rhône'. 

M. Claudon (Ferdinand), I. archiviste de la Côte-d'Or, Dijon. 

M. Roy (Jules), #, professeur à l’école des Chartes, directeur à l’école 
pratique des Hautes-Etudes, 19, rue Hautefeuille, Paris. 

La Diana, Société historique et archéologique du Forez, Montbrison. 

MEMBRES TITULAIRES 

MM. Advenier (Louis Marie-Henri), notaire, rue Diderot, 25. 

Aubert de la Faige (D r ), à Bussolles, par la Palisse. 

M"' Auclaibe (Alice) (impr. E. Auclaire), place de la Bibliothèque. 
MM. Audin (Abbé), curé de Treteau. 

Baer (Gustave), architecte, place de la République, 7. 

Bailleau (Abel), ing.-agronome à Pierrefltte-sur-Loire. 

Balorre (Frédéric Imbert, Comte de), château de la Cour Con- 
tigny, par Saint-Pourçain-sur-Sioule. 

Bardet (Augustin), avoué, cours de la Préfecture. 

Bargnoux, industriel à Cusset. 

Barriquand, à la minoterie de Sept-Fons, par Dompierre. 
Battu, avocat, château des Laurents, par Lusigny. 

Baury (J.), architecte, 38, avenue Meunier. 

M*' Beauchamp (Michel), château de Vaumas. 

MM. Beaumont (Abbé), professeur au Sacré-Cœur de Moulins. 
Béguet (Louis), banquier à la Palisse. 

Benoit (D' Paul), à Saint-Gérand-le-Puv. 

Bernard (Léopold), avocat, rue du Cherche-Midi, 91 bis, Paris. 
M*' Bertrand, à la Pacaudière (Loire). 

M. Bertrand (Alfred), I. Q, conservateur du musée départemental 
et municipal, cours de Bercy, 10. 


Digitized by LrOOQle 


414 


SOCIÉTÉ D’ÉMULATION DU BOURBONNAIS 


MM. Besson (Gabriel), rue du Lycée, 10. 

Bidault (François 1 , agent d’assurances, 6, avenue Meunier, 
Moulins. 

Bideau (Léon), répétiteur à l'école des Arts et Métiers de Ch⬠
lons-sur-Marne. 

Biernayvski (Louis), archiviste-paléographe, r. Lucas, 19, Vichy. 
Blondeau (F.i, entrepr. de menuiserie, 9, r. du Vieux-Palais. 
Bodard (Georges), A. <&, à Cérilly. 

Boirot (Max), rue Lamartine, 26, Paris. 

M"' Boisé de Courgenay (Joséphine de), château de Chabenet, par 
Saint-Marcel (Indre). 

Boissieu (de', château de la Forêt, à Toulon-sur-Allier. 

M"' Bonand (Françoise de), rue de Bourgogne. 29. 

MM. Bonnerot (Abbé), château du Plaix, par Montluçon. 

Bonnet, notaire, place de la République, 22. 

Bonneton (René), château de Corgenny, par Chantelle 
Bouchet, pharmacien, rue François-Péron. 

Boucomont (Antoine), docteur en droit, avocat-avoué, rue de 
Cours, 18, Cosne (Xiè're). 

Boudeville (Jean-Baptiste , entrepr., à Dompierre sur-Besbre. 
Bouillon (Abbé Benoît), curé de Nocq-Ciiambérat, par Iluriel. 
Bourbon-Busset (Robert, Comte de', rue de Paris, 38. 

Boutal (Louis), agriculteur, avenue Meunier, 23. 

M*' Broc de Sf.gange (du), château de Segange, par Moulins. 

MM. Bujon (Abbé Charles!, avocat, missionnaire apostolique, à No- 
mazy, par Moulins. 

Bure (Georges de), agriculteur, chât. de la Besche, par le Donjon. 
Bukelle (Jean-Baptiste', juge au trib. civil de la Châtre (Indre). 
Buvat (Paul), négociant et antiquaire, rue Voltaire. 

Cailiie, conducteur des ponts et chaussées en retraite, rue du 
Lycée. 

Ciiabannes-La Palice (Jean. Comte de), officier de marine de 
réserve, château d’Avrilly, à Trevol, par Moulins. 

Chabot (Abel', rue de Bourgogne. 

Chabot (René), propriétaire agriculteur, bd du Cbambonnet, 9. 
Chacaton (Maurice de), chev. d'honneur et de dévotion de 
Tordre de Malte, chât. de Chermont, par St-Germain-des-Fossés. 
Chambron (Lucien), industriel, rue de Bourgogne, 30. 

M"' Champeaux (Marquise de), rue de Bourgogne, 10. 

MM. Champfeu (Léon, C" de), *, capitaine de frégate en retraite, 62, 
via Sistina, Rome (Italie'. 

M"' Champigny (de), château de Champigny, par Hérisson. 


Digitized by Lroosle 



LISTE DES MEMBRES 


415 


MM. Champs de Verneix (Victor des), à Cusset. 

Chanier, grenier du tribunal de commerce, b d Ledru-Rollin, 52. 
Chapoutot (Docteur), à Buxières-les-Mines. 

Chauchard (André), agriculteur, château de Mézangy, à Pouzy. 
Clayeux (Edmond), château des Gouttes, par Jaligny. 

Collas (Eugène), maire de la Ferté-IIauterive, rue Choisy, 7. 
Cordez (André), château des Chaulets, par Souvigny. 

Corne (Paul), maire d’Yzeure, château du Parc. 

Coulhon (Pierre), I. $>, cher div. à la Préfecture, r. des Grèves. 
Crépin-Leblond (Marcellin), imprimeur, directeur du Courrier 
de l'Ailier , rue Jean-Jacques Rousseau, 15 bis. ■ 

Crochet (Abbé), curé de Thionne, par Jaligny. 

Croizier (Eugène), notaire, rue des Potiers, 24. 

Cueillat (Abbé), curé de Saint-Germain-des-Fossés. 

Debesson (Abbé), curé de Saint-Victor. 

Décran (Docteur), boulevard Ledru-Rollin, 25. 

M*' Defaye (Albert), à Dompierre-sur-Besbre. 

Defaye (Maurice), au chât. de la Motte, à Dompierre-sur-Besbre. 
DÉHNiÈRE(Léonce) .entrep'dedéménag., bibliophile,r.d’Enghien. 
Deschamps (Chanoine R.), rue de Paris, 51. 

Deshommes (Abbé), à St-Clément, par le Mayet-de-Montagne. 
Desmaroux de Gaulmin (baron), chât. de St-Allyre, par Saint- 
Gerand-le-Puy. 

Desnoix (Abbé), curé de Lurcy-Lévy. 

Desrosiers (Abbé Athanase), à Cuiïy (Cher). 

Devaulx (André), propriétaire, à Saint-Gerand-le-Puy. 

Devaulx de Chambord (Albéric), château de Chambord, à Tré¬ 
teau (Allier). 

Devidal (Abbé), curé d’Autry-Issards. 

Didier, régisseur à Avrilly, par Trevol. 

Dreuille (H .comte de), agricult', chât. de Dreuille, Cressanges. 
Dreuille (Jean, comte de), 54, rue de Ponthieu, à Paris. 

M"' Duchet (Léonie), boulevard de Courtais, Montluçon. 

MM. Duchollet de Costebelle, à Champfeu, commune d'Avermes. 
Duchon (Paul), à Cusset. 

Dumont (Abbé), professeur de rhétorique à l’Institution du 
Sacré-Cœur, rue de Paris. 

Dunan (Maurice), ancien professeur agrégé de l'Université, rue 
de Bourgogne, 118. 

Dupont (Chanoine), rue Pape-Carpentier. 

Dupuis 'Abbé Ch.), 7, place de la Bibliothèque. 

Durât (Vicomte de), château du Ludeix, par Marcillat. 


Digitized by LaOOQle 



416 


SOCIÉTÉ D’ÉMULATION DU BOURBONNAIS 


MM, Duriat (Abbé Abel), curé de Gennetines. 

Durieu de Lacarelle (Comte Etienne), château de la Grillère, 
Monétay-sur-Allier, par Châtel-de-Neuvre. 

Durin (Chanoine), rue de Paris, 23. 

Fabre (Docteur Paul), membre corresp. de l'Acad. de méde¬ 
cine, prés, de la Société des médecins de l’Ailier, Commentry. 
Faulquier (Joseph), rue de Bourgogne, 35. 

Faure (J -B )., #, I. y, de l’Opéra, b d Haussmann, 52, Paris. 
Faure (Pierre), libraire, rue d’Allier. 

Favardin (Docteur), maire de Sauvagnv, par Cosne-sur-l'Œil. 
Forestier (Abbé Louis), curé de Billy. 

Fourny (Maurice), rue de Charonne, 127, Paris. 

Fradel (V" Jehan de), château des Morelles, par Broüt-Vernet. 
M*’ Fradel (C 1 "" L. de), chanoinesse du chapitre noble de Sainte- 
Anne, 3, place de la République. 

MM. Frémont (R. Martin de), avocat, rue de la Boétie, Périgueux 
(Dordogne). 

Gagnière (Abbé Gilbert), missionnaire diocésain, au Réray. 
Garmy, A. O, juge de paix à Commentry. 

Gaulmyn (C" de), château de Rimazoir, par Souvigny. 

Gautier, directeur de l’Enregistrement, rue de Decize, 27. 
Gavelle (le Chanoine), curé-doyen d’Ebreuil. 

M" Gaymy (Berthe), château de Godet, par Yzeure. 

MM. Gédel, sous-intendant militaire de réserve, rue Gaston. 

Gendre (Eugène), expert-géomètre, représentant de la « Mu¬ 
tuelle de l’Ailier », à Varennes-sur-Allier. 

Généraud, Directeur de la Société Générale à Moulins. 

Girard (Emile), avocat, rue de l’Oiseau. 

Giraud, architecte à Moulins. 

Golliaud (André), château des Bédores, commune de Trevol. 
Gomot (Maurice), docteur en médecine, rue Michel-de-l’Hospital. 
Grand-Pacha (Pierre), ancien Directeur général au ministère 
des Travaux publics (Egypte), rue de Nîmes, 48, Vichy. 
Gravier du Monsseaux, rue Verrier, 3, Vichy. 

Grégoire (Louis), libraire, rue François-Péron, 2. 
Grellet-Dumazeau (Albert), avocat général à Lyon, 10, rue du 
Plat. 

Griffet de la Baume (Georges), 88. rue de l’Université, Paris. 
Hackspill (Alfred), 92, avenue d’Orvilliers. 

Jaladon de la Barre (Raymond), château delà Prée, par Chan- 
tenav-Saint-Imbert (Nièvre). 

Joly (Stéph.), agrégé des lettres, 111, rue de Rome, Marseille. 


* Digitized by LrOOQle 


LISTE DES MEMBRES 


417 


MM. La Boulaye (Paul Georgette du Buisson de), artiste-peintre, 
rue Grenier, 5. 

La Boutresse (Roger Préveraud de), chât. des (Juillets,Trezelles. 
La Chauvinière (Léon de), château du Parc, Yzeure. 
Laguérenne (Henry de), avenue Nationale, Saint-Amand (Cher). 
Lamaugarny (Arthur Josset de), agriculteur, château de Ma- 
gnette, par Audes. 

Lamaugarny (Camille Josset de), château d'Audes, à Audes. 

La Planche de Fontenille (Arthur de), agriculteur, château des 
Magnoux, par Meaulne. 

Laplanche (Louis de), chât. du Bevrat, commune de Bellenaves. 
Larbaud (Valéry), licencié ès-lettres, avenue Victoria, Vichy. 

La Tourfondue (Comte de), industriel, rue Portes-des-Forges, 
Montluçon. 

Le Brun (Eugène), directeur des Guides Conty, rue Thiers, 
12 bis, le Vésinet (Seine-et Oise). 

Le Febvre (Baron Maxenee), ►&, château de la Ronde. Yzeure. 
Leutrat (Henri), propriétaire, rue des Potiers, 35. 

Lévêque (Alexis), architecte à Ebreuil. 

Lièvre (Félix), architecte-expert, place de la République, 1. 
Ligier (Abbé', anc. curé de Bressolles, au Iléray, par Villeneuve- 
• sur-Allier. 

M" Ligneris (Marquise des), château de Bressolles. 

MM. Limagne (Abbé), directeur de l’Inslit. Saint-Joseph, MontluçoD. 
Linglin, contrôleur des contr. directes, place de l’Horloge. 
Mareschal (Johanny), 64, rue de Miromesnil, Paris. 

Maresciial (Xavier de), docteur en droit, agriculteur, château 
des Magnoux, Voussac. 

Martin (Maurice), à Saint-Pourçain-sur-Sioule. 

Meilheurat (François-Henri), I. 0, inspecteur primaire en re¬ 
traite, rue de Paris, 68. 

Meilheurat (Gabriel), avocat, château du Seu, par Saint-Léon. 
Méplain (Docteur Firmin), rue du Lycée, 7. 

Méplain (H.), château du Coude, par Montaiguët. 

Michel des Modières (Edouard), chât. des Modières, par Néris. 
Michel de Trétaigne (Baron), chevalier magistral d’honneur et 
de dévotion de l’ordre de Malte, conseiller général de l’Aisne. 
12, rue de Condé, Paris. 

Mitton (Michel), architecte, rue des Couteliers, 46. 

Moitron (AbbéEmile),chan. bon.,doyen de St-Pourçain s Sioule. 
Monicat (Pierre), avocat, avenue Vietor-IIugo. 

Montagne (Louis-Gabriel), juge de paix, St-Germain-des-Fossés. 


Digitized by LrOOQle 



418 


SOCIÉTÉ D'ÉMULATION DU BOURBONNAIS 


MM. Montlaur (Georges de Villardi, comte de), ancien officier de 
cavalerie, rue Choisy, 6. 

Moreau (René), A. Q, architecte, avenue Nationale, 9. 

Moret (Chanoine J.-J.), rue Diderot, 10. 

Moulin (Maurice), château de la Pommeraye, par St-Menoux. 
Nény (Chanoine), vicaire général, rue Regnaudin, 8. 

Noblet (Comte de), #, ancien officier de cavalerie, château de 
Pomay, par Lusigny. 

Olivier (Ernest), A. y, directeur de la Reçue Scientifique, ch⬠
teau des Ramillons, Chemilly, et cours de la Préfecture, 10. 
Olivier (Commandant Henri), &, agriculteur, ancien membre 
du Conseil général, rue d’Allier. 77. 

M”' Orcet (Vicomtesse Aragonès d’), rue de Bourgogne, 10. 

MM. Orsel, notaire à Billy. 

Paturet (A.), pharmacien à Ebreuil. 

Pays (Jacques), directeur du pensionnat Saint-Gilles de Moulins. 
Pégat, au château de la Croix-de-l’Orme, par Billy. 

Perrot (Abbé Louis), curé-doyen de Ferrières-sur-Siehon. 
Peynot (Abbé Michel), curé de Jenzat. 

Picard de Grandciiamp (Louis Charles), à Pierrefltte-sur-Loire. 
Pichonnet, entrepreneur de transports, rue du Lycée. 
Plainciiant (Gabriel), A. avocat, rue de Villars, 8. 
Planchard (Léon), ingénieur, rue de Refembre, 47. 

M’* Prieur (Léon), rue de Decize, 9. 

MM. Provenchères (Henri de), agriculteur, rue de Decize, 24. 

Quirielle (Jean de), homme de lettres, Montaiguët. 

M" Quirielle (Roger de), Montaiguët. 

MM. Ranglaret (Docteur A.), rue Michel-de-l'Hospital. 

Raymond, imprimeur à Saint-Pourçain-sur-Sioule. 

Renaud de Fréminville (Edgard), rue Michel-de-l’Hospital, 2, 
M'" Rogier (Marguerite), château de Reaulon, à Beaulon. 

M" Ronseray (Comtesse Louis de), rue Paul-Bert, 25. 

MM. Roquefeuil (Comte Edouard de), château de Jenzat, à Jenzat. 
Roux (L.), grellier de la justice de paix, correspondant de la 
« Mutuelle de l’Ailier », Chantelle. 

Roy (Docteur Paul), 19, rue Ilautefeuille, Paris. 

M*' Saint-Laumer (Comtesse F. de), boulevard Ledru-Rollin, 5. 
MM.Sampigny (Henri, Comte de), ancien officier de cavalerie, ch⬠
teau de Pannessière, par Geunetines. 

Sanvoisin (Gaëtan), 19, rue de Refembre. 

Sarrot (Philippe), à Saint-Pourçain-sur-Sioule. 


Digitized by 


Google 






LISTE DES MEMBRES 


419 


MM. Sarrot (Pierre), docteur en médecine, courtier d’assurances, 
place des Marronniers, 2, Nanterre (Seine). 

- Saulnier (Félix), avocat à la Palisse. 

Sauroy (A.), A. O, artiste-peintre, rue Racine, 8, Tours. 

Sayet (Hippolytc), avocat, agréé près le tribunal de commerce 
de la Seine, rue de Valois, 11, à Paris. 

Sèque, industriel, bibliophile, rue de Lyon, 80. 

Sorin de Bonne (Louis), ancien s.-préfet, chât. d'Estrées, Molinet. 

Tabouet (Edmond), château de Reterre, par Saint-Désiré. 

Thomas (A.), représentant de la Société des Arts graphiques de 
Genève, 52, route de Paris, Montluçon. 

Thonier (André), château de la Busserie, par Tronget. 

M"' Thonier-La Rochei.i.e, 5, rue de la Croix-Verte, à Montluçon. 

Thonnié :Jean-Baptiste>, #, avocat, rue de Paris, 4L 
M*' Tiersonnier (Charles), 4, rue La Bruyère, Versailles. 

MM. Tiersonnier Philippe', donat d’honneur et de dévotion de pre¬ 
mière classe de l’ordre de Malte, licencié en droit, inspecteur 
de la « Mutuelle de l’Ailier », 3. place de la République. 

Tissier (Léon), avocat, rue Diderot, 20. 

Tixidre (Auguste), à Doyet. 

Tortel (Pierre), maire de Chapeau, rue de Bourgogne, 16. 

Treyve (François', horticulteur, architecte-paysagiste, à Foulet, 
par Moulins. 

Tulle (Alexandre de', cours Choisy, 12. 

Varax (V" Paul de Riverieux de), château de Rochefort, par 
Amplepuis (Rhône). 

Veauce (V" de Cadier de), 39, rue La Boétie, Paris. 

Verdeau (Henri), photographe, avenue Nationale, 5 bis. 

Vignier (Paul), commis des postes, rue du Moulin, â Montluçon. 

Villatte des Prugnes (Robert), ingénieur-agronome, château 
des Prugnes, par Vallon-en-Sully. 

Villeneuve (Antoine), correspondant de la « Mutuelle de l’Ai¬ 
lier », 8, cours Lafayette, Cusset. 

V illequetol’t (Jules Le Fervre Charbonnier de), r.Voltaire, 20. 

Villette (Guy Jacçuelot de), château de Sommery, par Gilly- 
sur-Loire (Saône-et-Loire). 

Viple (Joseph), substitut à Moulins, boulevard du Chambounet. 

Waldner (Baron de), au château de Lévy, par I.urcy-Lévy. 

MEMBRES CORRESPONDANTS 

. MM. Billiet, rue Bonnabaud, 26, Clermont-Ferrand (P.-de-D i. 

Bodinat (Xavier de), 59, rue des Murlins, Orléans (Loiret). 


Digitized by LaOOQle 



120 


SOCIÉTÉ D’ÉMULATION DU BOURBONNAIS 


MM. Chevalier (Jacques), professeur de philosophie au lycée de 
Châteauroux (Indre). 

Doucet (Jacques) (bibliothèque d'art et d’archéologie), rueSpon- 
tini, 19, à Paris. 

Feydeau (Henri de), contrôleur général de l’armée du cadre de 
réserve, avenue du Maine, 70, à Paris. 

Froment (Dorothée de', à Montlevic, par la Châtre (Indre'. 
Gautier (Pierre), archiviste de la Haute-Marne. Chaumont. 
Maigret (Frédéric), boulevard Militaire, 93, Ixelles (Belgique). 
Monery (Louis), rue de la S.-Préfecture, 9, Roanne (Loire). 
Reure (Chan ), prof, à la Fac. calb., aux Chartreux, Lyon (Rhône). 

ABONNÉS AU BULLETIN 

M. Asher, libraire, 73, Unter den Linden, à Berlin (Prusse). 

M"* Benoid-Pons de Fréluc, rue de Paris, 43. 

MM. Bernasconi-Sceti, place d’Allier. 

Bibliothèque de l’Evêciié de Moulins. 

Cayot (Abbé', curé d’Avermes, par Moulins. 

Cercle Bourbonnais, à Moulins. 

Ciiateaubodeau (C" de), capilaine au 2' dragons, 66, roule de 
Gênas, Lyon (Rhône). 

Collas de Chatelperron, ancien colonel du 7' cuirassiers, à 
Châtel-Perron (Allier). 

Croi/.ier, propriétaire, à Liernolles. 

Dardant, ancien notaire, à Saint-Pourçain sur-Sioule. 

Déguisé, horloger, à Beaune (Côle-d'Or). 

Dulac (Lieutenant colonel), 11' dragons, à Belfort. 

Dulaw, 37, Soho-Square, à Londres (Angleterre). 
Etablissement Thermal, à Vichy (deux abonnements’. 

Fagot, propriétaire au Donjon. 

Féjard (Marc), au Prieuré, Souvigny. 

Fournier, tapissier, rue du Théâtre, 19. 

Givois, boulevard de Courtais, 46. 

Lalain Chomel (de), rue de l’Université, n° 5, à Paris. 

Lefort, 54, rue Blanche, à Paris. 

Luylif.r de Couture, château de Couture, par Cosne sur-l’Œil. 
M*' Pâtissier, à l’Eglantier, par Souvigny. 

M" Picard, château de Montperroux, par Saint-Léon. 

MM. Reigneaud. juge suppléant, rue Croizier, à Riom (Puy-de-Dôme). 
Saint-Hillier (de), capitaine au 17' chasseurs, Lunéville 'Meur¬ 
the-et-Moselle). 

M*' Thomas, 13, rue de Deeize. 


Digitized by 



SOCIÉTÉS CORRESPONDANTES 


421 


MM. Tracy (M" de), à Paray-le-Frésil. 

Trochereau (de), rue Pape-Carpentier. 

Vacher (Marcel), ancien député, à Montmarault. 

Ville, sénateur de l'Ailier, à Moulins. 

Messieurs les Membres de la Société et Abonnés sont priés de si¬ 
gnaler au Directeur du Bulletin les erreurs ou omissions commises 
dans l'inscription de leurs titres et adresses. 


SERVICE GRATUIT DU « BULLETIN » 

Membres de droit et honoraires. — Biblioth. munie de Moulins. 

— Dépôt Légal. — Dir. et Secrétariat P.-L.-M., 88, r. S'-Lazare, Paris. 

— M. Ronchaud, rue de Bourgogne. 53 (Trésorerie de la Société). 


Sociétés Correspondantes 


Abbeoille. — Société d'Emulation. 

Agen. — Société d'Agriculture, Sciences et Arts. 

Alençon. — Société historique et archéologique de l'Orne. 

Amiens. — S té des Antiquaires de Picardie. 

Angoulême. — Société Archéologique et historique de la Charente. 
Aurillac. — Société de la Ilaute-Auvergne. 

Aulnn : Société Eduenne. — Société d’Histoire naturelle. 

Auxerre. — Société des Sciences historiques et naturelles de l’Yonne. 
Beaune. — Société d’Archéologie.d'Histoire etdeLittératuredeBeaune. 
Beauvais. — Société académique de l’Oise. 

Besançon. — Académie des Sciences, Lettres et Arts. — Société 
d'Emulation du Doubs. 

Béziers. — Société Archéologique, scientiflque et littéraire. 

Blois. — Société des Sciences et Lettres du Loir-et-Cher. 

Bourg. — Société d'Emulation de l’Ain. 

Bourges. — Société historique du Cher. — Antiquaires du Centre. 
Boulogne-sur-Mer. — Société Académique. 

Brest. — Société Académique. 

Brioes. — Société d’Archéologie. 

Caen. — Académie des Sciences, Arts et Belles-Lettres. 

Cambrai. — Société d'émulation. 

Chàlons. — S té d’Agriculture, Commerce, Sciences et Arts de la Marne. 
Chalon-sur-Saône. — Société d'IIistoire et d'Arehéologie. 

Chambéry. - Société savoisienne d’Histoire et d'Arehéologie. — Aca¬ 
démie des Sciences, Lettres et Arts. 

Chartres. — Société Archéologique d’Eure-et-Loir. 

Cherbourg. — Société académique. 

Clermont-Ferrand. — Académie des Sciences, Arts et Belles-Lettres. 

— Société des amis de l'Université (Revue d'Auvergne). 

Dijon. — Commission des Antiquités de la Côte-d'Or. — Académie 
des Sciences, Arts et Belles-Lettres. 

Draguignan. Société d'Agriculture, scientiliquect littéraire du Var. 
Dunkerque. — Société dunkerquoise des Lettres, Sciences et Arts. 


Digitized by LaOOQle 



422 


SOCIÉTÉ D'ÉMULATION DU BOURBONNAIS 


Gannat. — Société des Sciences médicales. 

Guéret. — Société des Sciences naturelles... delà Creuse, 

Langres. — Société d’Histoire et d’Archéologie de la Haute-Marne. 
Laon. — Société académique. 

Laval. — Commission historique et archéologique de la Mayenne. 

Le Mans. — Société Historique et Archéologique du Maine. 

Le Puy. — Société d'Agrlculture. Sciences, Arts et Commerce. 

Lille. — Société des Sciences, de l’Agriculture et Arts. 

Limoges. — Société Archéologique, Historique et des Arts. 

Lyon. — Académie des Sciences et Belles-Lettres. — Bulletin histo¬ 
rique du diocèse de Lyon. 

Mâcon. — Académie de Mâcon. 

Montauban. — Société Archéologique du Tarn-et-Garonne. 
Montbéliard. — Société d’Emulation. 

Montbrison — La Diana, S'é Historique et Archéologique du Forez. 
Moulins. — Sociétés : d’Agriculture ; — d'Horticulture. — Revue 
Scientifique du Bourbonnais et du Centre de la France. 

Nancy. — Académie Stanislas. 

Nantes.- — Société Archéologique. — Société Académique. 

Ncccrs. — Société nivernaise des Sciences, Lettres et Arts. 

Nimes. — Académie du Gard. 

Niort. — Société Scientifique et Littéraire des Deux-Sèvres. 

Orléans. — Société Archéologique et Historique de l’Orléanais. 
Paris. — Académie des Inscriptions et Belles-Lettres. — Comité des 
travaux historiques et scientifiques. — Société des Antiquaires 
de France. — Sociétés : de l'Histoire de France ;— d'Anthropo- 
logie de France; — de l’Histoire de Paris et de i’Ile de France. 
— Musée Guimet. — Société Française d’Archéologie. — Union 
bourbonnaise. 

Pau. — Société des Sciences et Arts. 

Pèrigueux. — Société Historique et Archéologique du Périgord- 
Poitiers. — Société des Antiquaires de l’Ouest. 

Reims. — Académie de Reims. 

Rennes. — Société Archéologique du département d’Ille-et-Vilaine. 
Rouen. — Académie des Sciences, Lettres et Arts. 

Saintes. — Société des Archives historiques de Saintonge et Aunis. 
Saint-Dié. — Société Philomatique Vosgienne. 

Saint-Lô. — Société d’Agriculture, d’Archéologie et d'Histoire natu¬ 
relle du département de la Manche. 

Saint-Malo. — Société historique et archéologique de l'arr. de S' Malo. 
Saint-Omer. — Société des Antiquaires de la Morinie. 

Semur. — Société des Sciences historiques. 

Sens. — Société Archéologique. 

Soissons. — Société Archéologique, Historique et Scientifique. 
Toulouse. — Académie des Sciences, Inscriptions et Belles-Lettres. — 
Société Archéologique du Midi de la France. 

Tours. — Société Archéologique de Touraine. 

Vendôme. — Société Archéologique du Vendômois. 

Vesoui. — Société d’Agriculture, Sciences et Arts de la H"-Saône. 
Vitry-le-François. — Société Archéologique. 

Publications échangées 

Revue du Berry. Direct' :M. Pierre, chât. de Charon, par Cluis (Indre). 
Revue Mabillon. Directeur : Dom Besse, Chevetogne, par Leignon, 
province deNamur (Belgique). 

Revue des Etudes historiques. 82, rue Bonaparte, Paris. 

Cahiers du Centre. Gérant : M. Buriot, b 1 * du Chambonnet, Moulins. 


Digitized by LaOOQle 



TABLE DES MATIÈRES 


Admission de nouveaux Membres 

M" de Champigny, 104 ; C"“' de Ronseray, 148 ; M"" de Boisé de 
Courgenay et Thonier-Larochelle, 104 ; MM. Bargnoux, 69 ; D’Benoît, 
104 ; Bouchet, 182 ; Cailhe, 182 ; abbé Crochet, 212 ; b“ B Desmaroux 
de Gaulmin, 104 ; A. Devaulx. 148 ; Devaulx de Chambord, 5 ; Doucet 
(bibliothèque d’art et d’archéologie), 250; Duchollet de Costebelle, 
104 ; C" Durieu de Lacarelle, 212 ; abbé Forestier, 391 ; Grellet-Duma- 
zeau, 104; Hackspill, 391; de Laguérenne, 36; Martin, 250; Orsel, 
104; Pays, 69; Pégat, 104; Picard de Grandchamp, 360; Robin, 104; 
D 1 Roy, 391 ; Sanvoisin, 391 ; b°" de Waldner, 104. 

Articles et principales communications 

Pages. 


Audin (abbé). Une victime de la Terreur, François Chabral. 251, 362 
Bodard (G.). Notice sur le « sépulcre » de l’église de Cérilly . 192 

Boirot (Max). Une page de l’histoire d’Ebreuil. 74 

Brinon (D* de). Sépulture du Montet (Chronique). 202 

Capelin (E.). Compte rendu de la 13' excursion. 261 

— Bibliographie (Tournier, Les conventionnels en exil) . . 243 

— — (Bernard, Les idées révolutionnaires dans 

les campagnes du Bourbonnais) . 409 

— D’une « Salle Banville » au musée de Moulins (commu¬ 

nication) . 100,146 

Chabot (R.). Quelques ex libris intéressant le Bourbonnais 

(Le Brun de Royecourt). 169 

Chopard (D'). Les communautés agricoles de nos régions. . . 30 

— Note sur une statuette de Taranus ; — sur une tombe 

arabe trouvée à Vichy. 397 

Clément (chanoine). Les portraits des Bourbon dans les ver¬ 
rières de la S'*-Chapelle de Champigny-sur-Veude. . 149 

— Les édifices religieux de la région visitées par l’excur¬ 

sion de juin 1911 . 338 

— Les armoiries épiscopales de Ms r Penon (Chronique). . 242 

Delaigue (E.). Le rétable de Saint-Menoux. 37 

— Un réglement de compte en l'an IV. 213 

Dénier (M.). Les Bourbonnaises de Saint-Cyr. 153 

— Quelques ex-libris intéressant le Bourbonnais (Du Li- 

gondès, A. d’Urfé, de Bonnay, Salvert-Montrognon, 



















424 


SOCIÉTÉ D'ÉMULATION DU BOURBONNAIS 


Pages. 

hôpital de la Charité d’Ebreuil, Ferrand de Fontorte, 
Chaumejean, D. de la Gaugulère, Chavagnac, Le Gen¬ 
dre, Frères des écoles chrétiennes de Moulins, Rollet 
d’Avaux, Champflour, Barrois, Longueil, Dubouys- 
Delan, comtesse Des Gouttes, Cadier de Veauce, Ri¬ 
chard d’Aubigny,Des Ligneris.PellissierdeFéligonde, 
Thonier de Villiers, Ménage de Mondésir, de Bure) 

26, 89,140, 168, 170,198, 351, 382 


Duchet (L.). Coup de main tenté à Hérisson en 1650. 71 

Duchon (P.). La complainte des Pions. 221 

— Bibliographie (Brisson, En Montagne bourbonnaise) . . 403 

Flament (P.). Fragments de comptes bourbonnais. 116 

— [Note relative à la réponse de M. Pérot à M. Tiersonnier.] 166 

— Notes de lecture. 239 

— Bibliographie (Bujon, Journal des voyages d'Alinda Bru- 

namontî) . 63 

— — {Inventairesommaire des Archives du Puy- 

de-Dôme, série C, t. V). 95 

— — (Dulac, Les levées départementales dans 

VAllier sous la Révolution) . 174,386 

— — (Bois, Le socialisme et la conquête des 

paysans) . 176 

— — (Claudon, Notice sur les archives de la 

Côte-d’Or) . 386 

— — (Maigret Les proches parents de Henri de 

Dynant) . 408 

— Note sur une brochure de J. Fallier, curé de Bagneux 

(communication!. 103 

— Sur un terrier des communalistes de Saint-Pourçain 

(communication). 181 

Fhadel (C“" de). Additions au compte rendu de la 13' excur¬ 
sion, Chaugy, Saulcet. 392, 393 

Frémont (R. de). En marge de la « Contribution à l’héraldique 

bourbonnaise » ; les armoiries des Chevarrier. . . . 219 

Génermont (Maurice). Sur un passage de Marie-Thérèse de 

Savoie à Moulins (communication). 177 

Grégoire (L.). A propos du voyage d'un gentilhomme breton 

à Bourbon-l’Archambault. 183 

Joly (L.). Bibliographie'(Flament, Lettres inédites de P.-A. Gri- 

maud) . 388 

Lavergne (G.). Note sur Pourçain Mallat (communication). . 147 

Montagne (L.). Le trésor de Rongères. 52 


Digitized by LaOOQle 





















TABLE DES MATIÈRES 


425 


Pages. 

Montagne (L.). Programme de la 13' excursion. 105 

— Une sculpture de l’époque de la pierre polie. 108 

— Compte rendu de la 13' excursion, [Notes historiques.] 

Varennes-sur-Allier. 329 

Morand (G.). Coligny-Saligny (1617-1686). 56, 76 

— Compte rendu de la 13'excursion. [Notes historiques.] 

Gayette. 266 

— — Togue. 274 

— — Le Méage. 276 

— — Prenat. 277 

— — Montaigu-le-Blin. 278 

— — Poncenat. 284 

— — Saint-Gerand-le Puy. 286 

— — Larras. 291 

— — Les Angles. 292 

— — Créchy. 293 

— - Billy. 293 

— — Chermont. 308 

— — Saint-Germain-des-Fossés. 311 

— — Le prieuré de Saint-Germain-des-Fossés . . 320 

— — Le port de Saint-Germain-des-Fossés . . . 327 

— La bataille de Marengo d’après un témoin. 377 

— Quelques ex-libris intéressant le Bourbonnais (Pégat). . 385 

— Bibliographie (R. de Frémont, Les doléances financières 

du tiers-état du Périgord en 1789) . 62 

— — (Viple, L'acenir de l’agriculture et le socialisme 

agraire) . 94 

— — (Journal de Jean Grégaine , 1589-15SG ). 205 

— — (Laguérenne, Notes et soucenirs relatifs à l'ancien 

couvent des Ursulines de Montluçon) . 207 

— Le Salon [de 1911], (Chronique). 172 

— D’une « salle Banville » au musée de Moulins. (Com¬ 

munication) . 146 

Pérot (F.) Réponse à M. Tiersonnier. 163 

Quirielle (R. de). Quelques ex-libris intéressant le Bourbon¬ 
nais (G. de Vichy, A. de Vichy-Champrond). 54 

Sabatier (A.). Jaroutllet, notaire à Moulins, guillotiné à Paris 

pendant la Terreur. 11 

Tiersonnier (Ph.). Quelques médisances sur des personnages 

intéressant le Bourbonnais du xvn' siècle. 20 

— Miettes d’histoire bourbonnaise. 396 


Digitized by LaOOQle 
































426 


SOCIÉTÉ D'ÉMULATION DU BOURBONNAIS 


Pages. 

Tiersonnier iPh.). Quelques ex-libris intéressant le Bour¬ 
bonnais (Béraud des Rondards). 200 

— Le sabotage de l'histoire bourbonnaise. 134 

— Bibliographie (J. de Quirielle L’homme qui fit parler 

les bâtes ; — J. de Quirielle, L'œuf de verre) .... 96, 409 

— Monnaies trouvées aux Gourllers. (Communication) . . 101 

Viple. Bibliographie (Bideau, Bellenaoes) . 407 

Statuts de la Société. 6 

Règlement intérieur (approbation du). 69 

Compte de gestion 1909-1910 et projet de budget pour 1911. 66, 67 

Rachat des cotisations. 360 

Envoi de convocations pour les assemblées générales. 360 

Séance d’août remplacée par une séance en octobre. 360 

Décision relative aux comptes rendus bibliographiques. . . . 399 

Attribution à M. J. Roy de la qualité de membre honoraire. 249,360 

Elections du Conseil d’administration.. . 360 

Souscription Philippe Thomas. 2, 246 

Vœu pour l'inventaire des archives de Gannat. 147 

Plaque sur la maison où est mort le compositeur Maillard . . 210 

Procès-verbaux des séances. 1, 33, 63, 97, 143, 177, 209, 245, 357, 389 

Chronique. 32, 144, 172, 202, 242, 356, 388, 411 

Nécrologie : MM. A. Defaye. 63 

— Brugière de Lamotte. 64 

— Mazzla. 97 

— Ducrot. 245 

Liste des membres et abonnés. 412 

Sociétés correspondantes. 421 


DONS A LA BIBLIOTHÈQUE 

MM. R. de Frémont, Les doléances financières du Tiers-Etat du 
Périgord, 2.— Flament, Un compte de la châtellenie de Souvigny, 2 : 
cirtes postales, 34 ; Lettres inédites de P.-A. Grimaud, 245. — L. Gré¬ 
goire, cartes postales, 2 ; carte du département de l’Ailier, 98 ; dessin 
représentant la porte de Varennes-sur-Allier, 181. — Bréhier, Les 
mosaïques mérovingiennes de Thiers, 34. — Caillet, lot de brochures 
sur la région lyonnaise, 34.— J. de Quirielle, L'homme qui fit parler 
les bêtes, 66. — C. Grégoire, Le bureau des finances de Moulins, 98. 
— Lebrun, Procès-verbal de la prise du château d’Hérisson, 98. — 
Dulac, lot de photographies, 145; Les levées départementales dans 
l'Ailier sous la Révolution, 145, 357. — M"" de Tulle, collection de 
la semaine religieuse, 179. — L. Bernard, Les idées révolutionnaires 
dans les campagnes bourbonnaises, 357. — Claudon, rapport annuel 


Digitized by 





















TABLE DES MATIÈRES 


427 


sur les archives de la Côte-d'Or, 357. — M" Duchollet de Coste- 
belle, un exemplaire de la reproduction d’un chemin de croix peint 
par elle, 357. — M. Lefèvre-Pontalis, Congrès archéologique de 
France, 76' session (à Avignon), 245. 

DONS AUX COLLECTIONS DE LA SOCIÉTÉ 

MM. Baury, monnaies diverses, 4. — Lieutenant-colonel Dulac, 
carreau de terre cuite provenant de Verneuil, 148. — Tiersonnier, 
aquarelle de M. Mouret représentant la rue des Orfèvres à Moulins, 
148. — Bourdery, liasse d’actes notariés, pièces et médailles, 359. 

ILLUSTRATIONS 

(Pour les planches hors texte [h. t.], la pagination indique la place où 
elles doivent être insérées.) 

Page* 

Ex-libris du Ligondès. 26 

— d’Antoine d’Urfé. 27 

— de Bonnay. 28 

— de Salvert-Montrognon. 29 

Le trésor de Rongères. 52 

Ex-libris de G. de Vichy. 54 

— d’A.-Cl.-M. de Vichy-Champrond. 55 

Jean, comte de Coligny-Saligny (h. t.). 57 

Armoiries des Coligny-Saligny. 88 

Ex-libris de l’hôpital de la Charité d’Ebreuil. 89 

— de Ferrand de Fontorte. 90, 91 

— de Chaumejean. 92 

— de D. de la Gauguière. 93 

Carte de la 13' excursion. 106 

Sculpture de l’époque de la pierre polie (h. t.). 113 

Ex-libris de Chavagnac. 140,141 

— de Le Gendre de Saint-Aubin. 142 

— des Frères des écoles chrétiennes de Moulins .... 143 

— de Rollet d’Avaux. 168 

— de Le Brun de Royecourt. 169 

— de Champtlour. 170, 171 

Le château de Bourbon.\ . 184 

Vue de Bourbon-l’Archambault (h. t.). 185 

Saint-Menoux, intérieur de l’église. 188 

Saint-Menoux, entrée. 189 

Vue du moulin de Bourbon. 191 

Ex-libris de J.-J. Barrois. 198 

— des Longueil. 199 

— de P. Béraud des Rondards. 200 

— de J.-A. Dubouys. 201 

Fers de reliure du prince de Soubise. 211 

Armoiries des Chevarrier. 220 


Digitized by LaOOQle 


































428 


SOCIÉTÉ D'ÉMULATION DU BOURBONNAIS 


Pages. 

CoifTe de Ferrières et de la Guillermie. 238 

Armoiries épiscopales de Mg r Penon. 242 

Groupe d’excursionnistes dans le château de Billy. 262 

Cheminée du château de Gayette .... 

Montaigu-le-Blin, une porte du château . 

Billy, cul-de-lampe d'échauguette .... 

Billy, linteau de porte. 


Gayette, le donjon (h. t.). 266, 268 

Le Méage (h. t.). 276 

Montaigu-le-Blin, le donjon (h. l.j. 278 

Montaigu-le-Blin, profil du château (croquis de Barriaut. . . 279 
Montaigu-le-Blin, porte et plan incliné du pont-levis (h. t.). . 280 

Poncenat, ruines (aquarelles de G. Fournier). 284 

Billy, porte de la ville (dessin de J.-C. Grégoire). 294 

Billy, le château vu de l'étang (dessin de J.-C. Grégoire) ... 296 

Billy, porte du château (dessin J.-C. Grégoire). 297 

Billy, enceinte du château (h. t.) . 300 

Billy, tours (dessins de J.-C. Grégoire). 307 

Porte de Varennes-sur-Allier. 334 

Varennes, écusson sur une maison. 337 

Rongères, église (h. t.). 340 

Rongères, chapiteau. 341 

Montaigu-le-Blin, /nota . 312 

Langy, plan de l’église (par le chanoine Clément). 344 

Epitaphe de Jacqueline de Morainville. 345 

Chapelle de Saint-Germain-des-Fossés, plan et vue (par le cha¬ 
noine Clément). 349 

Découverte de la statue de Saint-Germain-des-Fossés (par le 

chanoine Clément). 350 

La chapelle du château de Saint-Germain-des-Fossés (par le 

chanoine Clément).. . 350 

Ex-libris de la comtesse des Gouttes. 351 

— Cadier de Veauce. 352 

— Richard d’Aubigny. 353 

— Des Ligneris. 354 

— Pellissier de Féligonde. 355 

— de Thonier de Villiers. 382 

— de Ménage de Mondésir. 383 

— d’A. de Bure. 384 

— Pégat. 385 



Le Gérant : P. FLAMENT. 


Moulins. — lmp. Ltienne Auclairb. 


Digitized by LaOOQle 




































Année 1911 


Janvier — N° l 


BULLETIN 

DE LA 

SOCIÉTÉ D'ÉMULATION 

DD BOURBONNAIS 


Lettres, Sciences et Arts a-*— 



MOULINS 

IMPRIMERIE ÉTIENNE AUCLAIRE 
1911 


Digitized by o.ooQle 




SOMMAIRE 

de la livraison de Juillet 1911. 


TEXTE 

Page» 


Procès-verbal . 20? 

Un règlement de compte en l'an IV, par M. Delaigue . 213 

En marge de la contribution à l’héraldique bourbonnaise, par 

M. de Frémont. 21? 

La complainte des Pions, par M. Duchon . 221 

Notes de lectures, par M. Flament. 239 

Chronique . 242 

Bibliographie . 243 

ILLUSTRATIONS 

Dans le texte : 

Fers de reliure du prince de Soubise . 211 

Armoiries des Chevarrier . 220 

Coiffe de Ferrières et la Guillermie . 238 

Armoiries épiscopales de Mgr Penon . 242 


Toutes communications doivent être adressées à U. FLAUENT, 
directeur du « Bulletin », 4, rue du Hichel-de-l'Hospital, à Moulins. 


NOTA. — Les auteurs sont responsables des articles insérés 
dans le « Bulletin ». 


Dates des réunions mensuelles de la Société 
pour 1911 


6 

6 

3 

1 er 

12 

3 


6 

4 

FÉVIt. 

MARS 

AVRIL 

MAI 

JUIH 




DÉCbre 


Cette indication des jours des séances remplace 
la convocation mensuelle. 


Le conseil d’administration se réunit tous les mois, le vendredi qui suit 
la séance de la Société d’Emulation, à la bibliothèque de la Société. 


Digitized by LaOOQle 























Année 1911 


Novembre. — N° 9 


*^^^AM^»»>A»AMA«^M>AA^AAAOAAAftAAA«AA<UUUWAA<WIAAIUWlAAAA»«««« « ll ». » « «« ««««» V | V < Yyyy w 

BULLETIN 

DE LA 

SOCIÉTÉ D'ÉMULATION 

DU BOURBONNAIS 


Lettres, Sciences et Arts 



MOULINS 

IMPRIMERIE ÉTIENNE AU CL AIRE 
1911 


Digitized by 



SOMMAIRE 

de la livraison de Décembre 1911. 


TEXTE 

Page* 


Procès-verbal .. 389 

Additions au compterendu de la XIII' excursion. Chaugy et 

Saulzet, par M*' le C"*" de Fradel . 392 

Note sur une statuette de Taranus trouvée à Vichy. Note sur 

une tombe arabe trouvée à Vichy. Par le D’ Chopard. . . . 397 

Bibliographie . 403 

Chronique . 411 

Liste des membres de la Société et des abonnés au « Bulletin ». 412 

Liste des Sociétés correspondantes. . . . * . 421 

Table des matières . 423 

ILLUSTRATION 

Hors texte : 

Statuette du dieu Taranus, trouvée à Vicny en 1908 . 399 


Tontes communications doivent être adressées à M. FLAHEMT, 
directeur du < Bulletin », 4, rue Michel-de-l’Hospital, à Moulins. 


NOTA. — Les auteurs sont responsables des articles inséré» 
dans le « Bulletin ». 


Dates des réunions mensuelles de la Société 
pour 1912 


8 

5 

4 

1" 

6 

3 

1 er 

7 

4 

2 

JANV. 

FÉVR. 

MARS 

AVRIL 

MAI 

JUIN 

JUILLET 

OCT. | 

SOV. 

' DÉC 


Cette indication des Jours des séances remplace 
la convocation mensuelle. 


Le conseil d’administration se réunit tous les mois, le vendredi qui suit 
la séance de la Société d’Emulation, à la bibliothèque de là Société. 


Digitized by LaOOQle 











Chemins de fer de Paris à Lyon et à la Méditerranée 

CARTES DE CIRCULATION A DEMI-PLACE DÉPARTEMENTALES 

La Compagnie délivre des cartes nominatives et personnelles valables 
pendant 6 mois ou 1 an et donnant le droit d’obtenir des billets 6 demi-tarif 
pour des parcours exclusivement P.-L.-M. entre toutes les gares d’un même 
département. 

Les départements desservis par le réseau P.-L.-M. sont répartis en 3 caté¬ 
gories, selon l’importance kilométrique des lignes qui les sillonnent. 

Les cartes sont délivrées moyennant le paiement préalable des prix sui¬ 
vants. 

A. Caries donnant droit À des billets a demi-tarit de toutes classes, pendant 
6 mois, l r * catégorie, 60 francs; 2 e catégorie, 50 francs ;3*catégorie, 40 francs, 
lan, — 80 - — 65— — 55 — 

U. Cartes donnant droit à des billets À demi-tarif de 2* et 3' classes, pendant 
6 mois, l r * catégorie, 40 francs ; 2* catégorie, 32 francs ; 3’ catégorie, 25 francs. 
1 an. — 50 — — 40 — — 32 — 

C. Caries donnant droit à des billets à demi-tarif, de 3* classe seulement, pendant 
6 mois. I" catégorie, 25 francs ; 2* catégorie, 20 francs ; 3* catégorie. 15 francs 
1 an, — 30 — — 25 — - 20 — 

11 sera perçu, en outre, à chaque voyage, la moitié du prix d'un billet 
simple (place entière) de la classe demandée par le voyageur pour le par¬ 
cours qu'il veut effectuer. 

Les certes courent du l ,r et du lo de chaque mois et doivent être deman¬ 
dées au moins 5 jours à l’avance. 

Consulter le Livret-Guide-Horaire P.-L.-M. vendu au prix de 0 fr. 50 dans 
toutes les gares du réseau. 

VOYAGES CIRCULAIRES A ITINÉRAIRES FACULTATIFS SUR LE 

RÉSÉAU P.-L.-M. 

Les renseignements les plus complets sur les voyages circulaires (prix, 
conditions et itinéraires), ainsi que sur les billets simples et d’aller et retour, 
cartes d'abonnement, relations internationales, horaires, etc., sont rentermés 
dans le Livret-Guide-Horaire P -L.-M., mis en vente au prix de 0 fr. 50dans 
toutes les gares, les bureaux ue ville et les bibliothèques des gares de la 
Compagnie. Cette publication contient, avec de nombreuses illustrations, la 
description des contrées desservies par le réseau. 

La Compagnie met également à la disposition du public, dans les biblio¬ 
thèques des principales gares : 

1“ La carte-itinéraire de Marseille à Vintimille avec notes historiques, 
géographiques, etc., sur les localités situées sur le parcours, 0 fr. 25 ; 2“ les 
plaquettes illustrées désignées ci-après, décrivant les régions les plus inté¬ 
ressantes desservies par le réseau P.-L.-M. : 

Editées en langues française, anglaise et allemande 

Monuments Romains, Villes du Moyen-Age du réseau P.-L.-M., 0,25 ; 
Mont-Blanc, Chamonix, 0,25 , Savoie-Suisse, 0,25: Dauphiné, 0,25 ; Le Rhône, 
de sa source à la mer, 0,50 ; la Côte d’Azur, brochure polychrome, 0,50. 

L’Auvergne (en français seulement), 0,50 ; la Corse, 0,25 ; Album de vues 
du réseau P.-L.-M., 0,50 ; Album : Côte d’Azur, Corse. Algérie. Tunisie 
(avec cartes postales), 0,50 ; Album : Banlieue de Paris, 0,25 ; Albums itiné¬ 
raires illustrés : Paris-Simplon-Milan (édite en langues française et anglaise), 
0,50; Paris-Lyon-Marseitle-Côte-d'Azur (éditéen langues française et anglaise ), 
0,50 ; Paris au Mont-Blanc (édité en français seulement), 0,50 ; Brochure- 
Calendrier 1907, illustrée. Couverture d Abel Faivre ; hors texte en couleurs 
de Allègre, Bourgeois, Didier-Pouget et Willette, 0,50. 

L’envoi de ces documents est fait par la poste sur demande adressée au 
Service Central de l'Exploitation, 20, boulevard Diderot à Paris, et accom¬ 
pagnée de 0,85 eq timbres poste pour le Livret-Guide-Horaire P.-L.-M ; de 
0,60 en timbres poste pour chacune des brochures mises en vente au prix 
de 0,50 ou de 0,35 en timbres poste pour chacune des autres publications 
énumérées ci-dessus. 

VOYAGES CIRCULAIRES A ITINÉRAIRES FIXES 

La gare de Paris-Lyon, ainsi que les principales gares situées sur les 
itinéraires, délivrent,toute l’année, des billets de voyages circulairesà itiné¬ 
raires fixes, extrêmement variés, permettant de visiter, à des prix très réduits, 
les contrées les plus intéressantes de la France, ainsi que l'Algérie, la Tu¬ 
nisie, i'Italie et fEspagne. 

Les renseignements les plus complets sur les voyages circulaires et d’ex¬ 
cursion (prix, conditions, cartes et itinéraires), ainsi que sur les billets sim¬ 
ples et d'aller et retour, cartes d'abonnement, relations internationales, 
horaires, etc..., sont renfermés dans le Livret-Guide-Horaire P.-L-M. vendu 
ü fr. 50 dans toutes les gares du réseau. 


Digitized by LaOOQle 



Digitized by 



Digitized by LaOOQle 




CIRCULATION DEPARTMENT 

oo9 Main Library--- 


return 
TO^_ 

loan period 1 

home use 


frjTERUBRAR' 


--J-MMIVERSITY OF CALIFORNIA, dcUKELEY 

40m 10*77 UN1VERS ^ R KELEY, CA 94720 


form 

































ft}& 

fl $0mï i 

^ lî s> “ «'il î; i 








\ 










m 


V 




J 







Digitized by 


Google